ACTE PREMIER
TIIOUVENIN.
On VOUS voit trollinor, de temps en temps, du côlé du léli'graphe où vous allez porter vous-même vos petites dépêches.
PONTFERRAND.
A un ami.
THOUVENIN
Hé! vous n'allez pas les adresser directement à la petite, vous êtes plus fort que ça, et le lendemain, régulièrement, on vous voit partir pour Paris, où vous restez deux bons jours.
PONTFERRAND.
C'est vrai.
TIIOUVENIN.
Je vous mettrai dans un conseil d'administration; mais dites-moi pourquoi, puisque vous étiez veuf, vous ctes-vous remarié? Par mortification?
PONTFERRAND.
Vous y êtes. J'étais inconsolable de la mort de ma première femme, qui n'avait aucun rapport avec celle-ci... un auge, un auge, et plus on est inconsolable...
TIIOUVENIN.
Plus on a besoin d'être consolé. Mais ce n'était pas le moven.
PONTFERRAND.
Mais je me croyais sincèrement inconsolable pour toujoui-s. Alors, on a abusé de ma douleur. On m'a dit qu'il fallait me remarier, à cause de Clarisse, avec une femme sérieuse. J'ai cherché une personne que l'on ne put pas m'accuser d'avoir épousée par amour; on m'a indiqué mademoiselle de Laville Serteux, je me suis dit tout de suite : voilà mon affaire.
14 DENISB
THOUVENIN
On ne pouvait pas trouver mieux.
PONTFERRAND.
Je ne crois pas. Il faut vous dire que, tel que vous me voyez, je suis resté très jeune.
THOUVENIN
De cœur?
PONTFERRAND.
De cœur et de tout.
THOUVENIN
Alors?
PONTFERRAND.
Alors, dans le commencement de mon mariage, moins il y avait d'entraînement de ma part, plus il me paraissait juste de concilier et mes devoirs envers la mémoire de ma première femme, et ce que je devais, après tout, aux aspirations légitimes de la seconde. Je m'étais remarié, je devais au moins.. .
L'obole du veuf. Ce n'est pas énorme, mais enfin c'est tonjours ça. C'était bien, celte combinaison.
PONTFERRAND.
Oh ! oui, c'était bien . Elle ne m'en a su aucun gré. Elle est ievenue exigeante, jalouse. Elle n'a plus voulu voir que des vieilles femmes. Elle dit pis que pendre de toutes les autres. Bref, elle m'a rendu la vie tellement insupportable qu'elle a coniplùtcment dénaturé ma douleur. Au lieu de rester inconsolable d'avoir perdu ma première femme, je suis inconsolable d'avoir pris la seconde. Mais de cette douleurlà j'avais bien le droit de me consoler.