ACTE PREMIBK S
ANDRÉ
Qu'est-ce que M. de Fulvières avait ditï
MADAME DE THAUZETTE.
Que Femand avait des moyens particuliers de se procurer de l'argent, et cela, parce que Pernand avait i^agiié de l'argent à M. de Loriac, au piquet ; je rous demande un peu.
ANDRÉ
Cent mille francs. Après avoir dîné en tête-à-tête ave« M. de Loriac dans un cabinet de restaurant!
C'était à M. de Loriac de ne pas jouer.
ANDRÉ
Et surtout sans témoins, entre deux carafons de cognac retrouvés vides le lendemain et dont Fernand n'avait pas bu une goutte.
MADAME DE THAUZETTE.
Qu'en savez-vous?
ANDRÉ
Il ne boit jamais.
MADAME DE THAUZETTE.
C'est une qualité de plus. Il a offert une revanche i M. de Loriac.
ANDRÉ
11 a promis une revanche, ce qui n'est pas la même chose, et, le lendemain venu, il a refusé, trouvant que ce qui était bon à gagner, était bon à garder... Sigism-.nd n'a pas dit un mot et il a payé.
MADAME DE THAUZETTE.
Mais enfin, Fernand a joué loyalement!
3f D£NISE
ANDRÉ
ÎI est évident que, si je croyais le contraire, il ne serait pas ici. Mais le fait seul n'en reste pas moins de ceux dont on dit au Palais : le Tribunal appréciera.
MADAME DE THAUZETTE.
Cependant, vous ne trouviez pas Fernand si coupable, puisque vous vous êtes porté garant de son hoilneur en lui servant de témoin dans ce duel.
ANDRÉ
Vous savez bien pourquoi je l'ai fait. Je l'ai fait pour vous seule. Je vous avais tant aimée autrefois que je ne voulais pas permettre une honte publique sur votre nom. On pouvait reprocher à la mère ses inconséquences, c'était suffisant. Je ne voulais pas qu'on pût accuser son fils d'une infamie.
MADAME DE TIIAUZETTE
Vous m'avez doncvraiment aimée?
ANDRÉ
Comme un fou, comme on aime à vingt ans. Mais quelle triste et douloureuse influence vous avez eue sur ma vie. Le cœur se ressent longtemps d'une première déception comme celle-là. C'est pour tâcher de vous oublier que je me suis jeté pendant des années dans les désordres et les gaspillages dont Thouvenin m'a retiré.
MADAME DE THAUZETTE.
Eh bien ! moi aussi, je vous aimais beaucoup ; mais ça ne pouvait vraiment pas être bien sérieux, pour moi du moins. Songez donc que, la première fois qucvousm'èlos apparu, vous aviez le même uniforme que Fernand. Je vous voiseiicore en tunique de collégien, tournant votre képi dans vos mains, les yeux écarquillés, en 'extase î Jamais je n'oublierai votre tunique, votre ceinturon, vos