‹ DeniseChapitre 67 sur 91 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

sacrer toute sa vie, minute par minute, qu'à mourir tout à coup pour lui épargner une douleur du corps ou de l'àrae, si c'est là aimer, oui, je vous aime, Monsieur, et jamais homme n'a été plus, n'a Jté autant aimé que vous. Vous nous avez recueillis, vous nous avez sauvés de la misère, du désespoir, du mépris des heureux et des insultes des méchants. Oh! oui, je vous aime et je vous le dis bien vite, puisque vous me le demandez, car si je mourais aujourd'hui, — nul ne sait s'il verra la fm de la journée, — je mourrais désespérée que vous ne l'ayiez pas su.

ANDRÉ

Alors, vous serez ma femme.

Non.

ANDRÉ

Pourquoi?

Parce que je suis de celles qui aiment, je ne suis pas de celles qu'on épouse. Je ne me marierai jamais. Donnons-nous la main, regardons-nous bien en face, lisons-nous bien jusqu'au fond de l'âme, et restons cojnme deux camarades, comme deux frères, sachant qu'ils peuvent compter absolument l'un sur l'autre. Le voulez-vous?

ANDRÉ

Vous avez donc bien aimé Fernand?

Apparemment, puisque je ne me crois plus le droit d'en épouser un autre.

ANDRÉ

Et vous l'aimez encore?

Oh ! non !

Je connaissais cet amour, et jugez de la puissance du mien, je toui k "pardonne.

Le pardon! Yô^ôz-vous déjà le mot qui pèserait éternellement sur notre bonheur, si j'étais assez folle pour y croire? Et ce mot, en vous venant aux lèvres malgré vous, a rétabli subitement la distance qui nous séparait tout à l'heure encore et que j'ai franchie trop vite, paraît-il? Mais c'est tout ce que vous aurez à me pardonner, Monsieur le comte ; adieu.

ANDRÉ

Ah! ne vous éloignez pas, je vous en supplie! vous n'avez pour moi que de la reconnaissance et de l'amitié, avec ces sentiments-là, on peut rester auprès d'un homme, il n'est ni dangereux, ni gênant. Vous pouvez donc rester dans cette maison avec votre père et votre mère.

Mademoiselle votre sœur part demain. Je n'ai plus de raisons, surtout après la conversation que nous venons d'avoir, de rester ici quand elle ne doit plus y être.

ANDRÉ

Marthe ne part plus, du moins jusqu'à son mariage; et quand elle sera mariée, c'est moi qui partirai, et pour très longtemps.

Votre sœur se marie?

ANDRÉ

Avec Fernand.

Page 1