‹ DeniseChapitre 69 sur 91 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ans que nous nous regardons en silence, ma mère et moi, sans oser nous parler du passé. Ma pauvre mère à laquelle j'ai été forcée de tout avouer, dont les cheveux sont devenus tout blancs en quelques jours. Ah ! mon Dieu ! mon Dieu !

Elle 8e laissa tomber lur une chaise et sanglote, la tête dans ses deux mains. ANDRÉ.

Vous savez, n'est-ce pas, que ce secret est à jamais enseveli au plus profond de mon cœur.

Mais oui, je le sais; vous n'êtes pas de ceux qui ont besoin de dire ces choses-là. Mais ce n'est pas tout. S'il s'en était tenu à cet abandon, tant pis pour moi. Je n'avais qu'à me défendre. Il ne m'a pas épousée avant, pourquoi m'aurait-il épousée après ? Nous savons toutes que c'est comme ça, et nous tombons tout de même. Nous n'avons pas d'excuses. On nous méprise; on nous repousse, on fait bien, et l'homme qui nous a vues si faibles avec lui n'a pas de raison de croire à notre vertu avec d'autres. Mais l'innocent, celui qui n'a rien fait de mal, celui-là, on l'aime, on le protège, on ne l'abandonne pas, on a pitié de lui, on se souvient, ne fût-ce qu'un moment, qu'il vient du fond de vos entrailles. Quand la femme qui va être mère vous apprend ce malheur dont elle accepte toutes les conséquences, on ne l'épouse pas, c'est convenu, mais on la soutient, on la console, on lui promet assistance, on est là quand elle va donner la vie à votre enfant et qu'elle peut en mourir; on ne se sauve pas comme un voleur; on ne la laisse pas se débattre toute seule dans la honte, dans la douleur et dans l'épouvante! Oh ! cette petite chambre de village, cette nuit d'hiver, ces larmes de ma mère, ce premier cri de cet enfant !... 11 y a encore de bonnes gens. Ma mère avait écrit à une vieille amie, en l'appe-

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lant pour un malheur secret. Elle est venue, elle nous a emmenées avec elle; mon pauvre père ne se doutait de rien, il ne me croyait que mallieurfuse et mourante. Comment aurait-il soupçonné- une llllé' qu'il adorait, à laquelle il n'avait donné que des exemples d'énergie, de droiture et de probité ? — Eh bien, voilà ! c'est fini, vous savez tout, vous n'allez pas donner votre sœur à cet homme-là.

ANDRÉ

Et cet enfant, qu'est-il devenu?

Ah! oui, c'est juste. Vous m'aimez, vous voulez tout connaître, pour soulTrir davantage et pour m'aimer moins. L'enfant, notre vieille amie, — elle est morte depuis, — l'eafant, elle Ta amené à Paris sans nous, il ne fallait pas qu'on nous rencontrât jamais avec lui. Il y a des mères qu'on ne doit pas voir à côté diî leur enfant, c'est défendu. Tu as aimé, tu as été confiante, tu es devenue mère, c'est un crime, c'est comme ça! (Avec un cri de colère et de révolte.) Ail! — Il était à quelqucs lieues de Paris, chez une nourrice; nous allions le voir de temps en temps, ma mère et moi; ma mère cachait ses beaux cheveux blancs sous des cheveux noirs et moi les miens sous des cheveux roux pour ressembler à la première fille venue. Il était beau; il avait déjà un an; il nous reconnaissait quand nous arrivions; il avait l'air de comprendre, il nous souriait, il faisait aller ses petites mains et ses petits pieds. Nous donnions tout ce qu'il fallait; mais cette nourrice, elle ne l'aimait pas; il n'était pas soigné comme par sa mère. Elle n'avait que de la curiosité, cette femme, elle aurait voulu savoir pour gagner davantage. Chacun son intérêt. Alors il est mort. Il me regardait en mourant, ce pauvre petit. Maman et moi, nous l'avons bien embrassé, bien habillé tout en blanc,

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