‹ Dent pour dent [microforme]Chapitre 2 sur 23 · OS D D LA · texte numérisé non relu

OS D D LA

ee

—Oui, milady. É

—Vous ferez remplacer ces vieux meubles brisés par d'autres, simples mais solides.

—Bien, milady.

—Vou. ‘erez blanchir et réparer cette pièce, mettre des rideaux aux lits et aux fenêtres.

—QOui, milady.

—-Vous porterez de la batterie de cuisine, de la vaisselle, en un mot tout ce qui est nécessaire, sans oublier du linge et des provisions.

—Milady, vous serez obéie ponctuellement.

—C’est bien, je viendrai m’en assurer.

Sans s'occuper autrement des habitants de la chaumière, milady repartit.

La famille de Willy Podgey se crut l’objet d’un rêve le jour où des ouvriers, sous :a direction du bailli de lady Walwich, arrivèrent, blanchirent les murailles, remplacèrent les vitres brisées qui donnaient passage au vent et à la pluie, et portèrent de beaux et sclides meubles de chêne. Les enfants poussaient des cris de joie, Jenny admirait tout, Willy riait béatement ; il leur semblait qu’une baguette de fée transformait tout à coup leur misère en une position fortunée. Le bonheur est relatif, ces braves gens é‘aient aussi heureux dans une modeste chaumière que milady dans sa somptueuse demeure.

—Il me semble que je rêve, disait Tomy.

—Pourvu que tout cela ne s’évanouisse pas, ajouta le père.

—C’est le petit frère qui nous vaut ce bonheur, reprit Susy.

Les enfants adoraient déjà le petit frère qui leur promettait tant de prospérité.

—Et si nou . : une soeur? dit Tomy, qui se laissait moins allk : enthousiasme.

PE. 7 —Tais-toi, fit la mère, tu es un oiseau de mauvais augure; j'ai l’idée, moi, que ce sera un garçon,

Pendant quinze jours la joie régna dans Ja pauvre

L 1 chaumière, les plus doux songes hantaient toutes les Fi} têtes,

Lo fermier avait Payé son terme surpris et satisfait, lui dit en se fro

e de tenir ferme,

t les épaules, mais il était si u des observations du bailli.

- Ivant les ordres de milady, Couraït au châte

Muniquer 1a nouvelle attendue,

Malgré le temps rigoureux et la nuit qui approchait, À lady Walwich ordonna d’

mière de Willy Podgey : n’en communiqua rien a

Le jeune homme leva la tête.

0mment cela va-t-i] ? reprit la dime.

—Bien, milady. |

—Et votre frère, mon Edouard.

Tomy ne répondit pas.

Milady, inquièce, pénétra dans li

intérieur de la chauanière, Will

| , Sombre et triste, se tenait près du foyer ; ki un joli baby blanc et rose reposait dans l’'élégant borccau.

— Edouard ! le voilà ! s’écria-t-elle.

—Milady, reprit le médecin qui connaissait les e,pétances de la grande dame, milady...

—Eh bien, que signifie toutes ces figures morose : ?

—Milady, c’est une fille,

—Une fille!...

Et sans même jeter un regard 4 l’innocente créature qui brisait tant de beaux rêves, milady s’élança vers la porte et on ne la revit plus.

Ainsi s’évanouit pour la pauvre famille l’avenir de fortune et de bonheur un instant cæressé; l'enfant fut appelée Ketty, et il n’y eut que des larmes autour de son berceau et l’adoration réservée au futur Edouard se

changea en dépit haineux contre l’infortunée petite Ketty.

TOMY PODGEY

Les premières années de Ketty furent tristes et dé. laissées; privée des soins dévoués et de l'affection nécessaire à l’enfance, la petite fille s’étiolait dans une atmosphère de froide indifférence.

—Sans cette enfant, je serais à la tête d’une ferme importante, tandis que je ne pourrai encore payer non 10yer cette année; grâce à elle un jour ou l’autr> nou: serons jetés dehors.

-Ketty était trop jeune pour lui répondre que les). rance seule de sa naissance l'avait préservé une fois de ce malheur.

L’infortunée ne comprenait rien à la haine dont elle était l’objet, elle se retirait à l’écart et pleurait.

Si la nourriture manquait, et ce n’était Pas rare, sa

er

fois William; les traitements injustes qu’on faisait subir à sa petite soeur révoltaient son bon coeur.

—Tais-toi, lourdaud, criait la mère en lui allongeant un soufflet retentissant.

L’aisance qui régnait dans la chaumière à l’époque de la naissance de Ketty ne dura pas longtemps, les privations revinrent bientôt, les beaux meubles de chêne donnés par milady disparurent l’un après l’autre; la batterie de cuisine, la vaisselle, le linge suivirent la même voie; un an plus tard, la chaumière avait repris l'air pauvre et délabré que nous lui avons vu au commencement de ce récit; le sol de la cour, défoncé par les pluies, était redevenu un bourbier où picotaient quelques volailles.

Il ne restait rien du beau rêve d’un jour qu’une immense déception, un chagrin qui aigrissait les caractères et une haine toujours grandissante contre la pauvre Ketty.

Wily s’adonnait à la boisson, sa femme devenait de plus en plus hargneuse ; Tomy, d’un caractère sombre et concentré, souffrait vivement d’une situation dont son âge lui permettait mieux de comprendre la tristesse; il devenait dur, intraitable, son visage autrefois beau et ouvert avait pris une expression taciturne qui en enlevait tout le charme.

Tomy avait aujourd’hui vingt ans, il était grand, fort, énergique ; l'exploitation de son père ne suffisant pas à faire vivre une nombreuse famille, le jeune homme devait songer à se créer une position. Il allait en journée chez des fermiers voisins, mais ceux-ci n’étaient guère plus riches que Willy et l'ouvrage manquait souvent.

On connait la position déplorable du paysan irlandais; déshérité des libertés et du bien-être accordés aux autres habitants des Etats Britanniques, le malheureux tenancier, rançonné par des maîtres très durs, sans sé-

curité, sans lendemain, vit mMisérablement sur un sol qu’il arrose de ses Sueurs et d’où une loi barbare peut le chasser à tout moment,

L’Angleterre applique son joug de fer sur cette îlesoeur qu’elle a de tout temps traitée avec la tendresse que témoignait à Ketty sa famille.

L’Irlande, persécutée Pour sa constance dans Ja foi

Omy cherchait done un moyen de gagner sa vie et ne

le trouvait pas.

Lady Walwich n'avait pas reparu depuis le jour de la naissance de Ketty, elle avait sans doute trouvé ail. leurs l’héritier désiré et n’avait Pas pensé un instant

vent qu’apparente: ils prodiguent follement l'or pour satisfaire une fantaisie ou se donner le mérite d’une ac-

catholiques, pratiquées seulement par ceux qui s’inspirent de cette parole du Sauveur : “Aimez-vous les uns

Tomy était satisfait; son caractère se modifia tout à coup, il devint moins brusque, moins maussade, son visage même commença à perdre cette expression sauvage qui le rendait déplaisant.

Qu’était-il donc survenu dans sa vie?

En le suivant à son retour du travail, nous aurons le mot de cette énigme.

Un soir, après la journée terminée, Tomy revenait lentement au logis; plongé dans ses mélancoliques réflexions, il marchait la tête baïissée, sans regarder les gens qui passaient près de lui, quand il s’entendit interpelé par une voix jeune et gaie.

—Holà! maître Tomy, vous passez fièrement, on dirait que vous ne connaissez personne ?

Le jeune homme le va la tête et répondit en souriant :

—Bonjour, Colette, je ne vous voyais pas.

—Je crois bien, vous regardiez en dedans.

Celle qui parlait ainsi était une belle jeune fille de seize ans, blonde, fraîche, au regard vif, au franc sourire. Elle était appuyée à la barrière d’une prairie où plusieurs vaches pâturaient l’herbe épaisse.

—À quoi pensiez-vous donc, Tomv? demanda malicieusement la jeune fille.

— Il serait gracieux de vous dire, Colette, que je pensais à vous, mais, en vérité, mes réflexions ont rarement un si aimable objet.

—Voilà un compliment singulièrement tourné, fit la jeune Irlandaise en riant aux éclats.

omy n’était pas adroit, en effet, il rougit et balbutia :

—Quand on est malheureux, les jeunes filles se moquent de vous.

—Ne vous fâchez pas, maître Tomy, dit Colette en reprenant à grand-peine son sérieux.

—Riez, Colette, ne vous gênez pas, fit le jeune hom-

me d’une voix indignée. Si c’était tout ce que vous aviez à me dire, il ne valait pas la peine de m’arrêter.

La jeune fille, rieuse comme on l’est à son âge, s’amusait fort de la colère de son ami Tomy.

—De grâce, quittez cet air tragique, il n’est pas besoin d’être toujours morose parce que vous avez manqué un jour de devenir riche, s’écria-t-elle.

Cette réflexion fut loin d’amener le calme sur la figure du jeune homme.

—Décidément, reprit Colette, qu’avez-vous donc perdu ? beaucoup de folle; espérances, mais votre situation rest pas changée. A votre âge, Ti. :y, on a plus d’é- Dergie, on travaille et quand les soucis viennent, on leur rit au nez,

—Vous en parlez à votre aise, olette; notre condition est bien malheureuse, le travail est rare et la vie gi difficile.

— Allons, pour chasser vos idées noires, Tomy, aidezmoi à faire rentrer mes vaches.

Le jeune homme obéit; chemin faisant la conversation devint plus amicale, Tomy et Colette se connaissaient depuis l'enfance, mais la pauvreté et les préoccuuations de sa famille erlevaient à Tomy le goût de:se mêler à la jeunesse du Pas, aussi vivait-il très isolé.

—Viendrez-vous samedi à la noce de Patrick Yenky ? On dansera, il y aura beaucoup de plaisir.

—Ÿ serez-vous, Colette ?

—Certainement.

—J’irai, reprit Tomy.

La fillette sourit avec satisfaction.

—C’est bien, nous allons redevenir amis comme autrefois. Emmenez votre soeur Susy, je l’aime beaucoup, je serai enrhantée de la voir. :

—Je ne crois pas que Susy vienne,

—Pourquoi ?

Tomy secoua la tête sans répondre ; il pensait que sa

s aviez e, s’a-

as be-

manla fi-

} peration s d’éleur

Jndiie si dez- TSalAÏS- CCu-

e se

ky ?

Es

saeur, vêtue de ses vieux vêtements fanés, ferait triste figure à la noce.

—Vous n'êtes pas décidément un compagnon agréable, reprit Colette avec une moue significative ; heureusement que samedi William Pody sera de la fête.

Tomy la regarda avec une expression de dépit.

—Je vaux bien William Pody, fit-il.

—Lui au moins est gai et aimable.

—C’est qu’il est heureux, Colette.

—Eh! mon Dieu, il a aussi ses soucis, mais il n’a pas l'air comme vous de s’en prendre à l’humanité. Nous voici arrivés, bonsoir Tomy, à samedi.

Les jours suivants, le jeune homme continua à passer devant la prairie où Colette filait en gardant son peau, il lui souhaitait le bonsoir, causait un moment et, pour ne pas sattirer les railleuses épigrammes de la jeune fille, il reprenait sans s’en apercevoir son humeur d'autrefois.

Le samedi matin, Tomy, qui depuis huit jours ne rêvait qu’à la noce de Patrick Yenky, ou plutôt au plaisir d’y rencontrer Colette et d’être son cavalier pendant la durée de la fête, voulut s’habiller de son mieux.

—Tu tiens bien à aller à cette réunion ? lui demanda sa mère.

—Oui, j'ai promis d’y assister.

—C’est de son âge, dit le père.

—Les plaisirs ne sont pas pour les pauvres gens, reprit la mère. |

——Îl faut bien que les jeunes se distraient, ajouta le paddy.

—Songe donc, mon fils, que les autres seront bien vêtus et que toi tu n’as rien de beau à mettre.

—'rais si, ma mère, j'ai ma veste neuve d'il y a trois ans que je n’ai presque pas portée.

—Elle serait trop étroite pour toi, mon ami.

—Non, ma mère, je l’ai essayée la semaine dernière,

personnes à nourrir, l’

> avec cela et ma veste bleue, je serai aussi beau que William Pody

Oupirant, 0MY commença sa toilette,

en embrassant sa soeur :

rai te faire éléga er ainsi que les autres jeunes filles de ton âge,

—Ma mère, qu’as-tu donc à pleurer ?

— Rien, mon fils.

—Ne dirait-on Pas que je vais à un enterrement. Susy, ma mignonne, prends m

à veste dans l’armoire que Je la brosse avant de m’habiller.

La fillette Courut à un vieux bahut où s’entassaient

quelques vêtements, elle chercha mais ne trouva pas a veste bleue à boutons brillants.

—Tomy, où l’as-ty mise ? :

—Dans cette armoire,

Susy chercha encore.

—Je ne trouve que ta vieille jaquette brune.

—Demande à notre mère,

Jenny continuait à pleurer.

—Mère

» Qu'est devenue ma veste ? fit Tomy avec inquiétude,

—Tomy, Pardonne-moi, tu sais notre pauvreté, dix | autre jour...

—Tu l'as vendue. F3

—Hélas ! il ne nous resta

dé | Lgemenmenss es

ncore,

lui a passé Ile le oleue,

dit-il JOUTr- > les

ent.

que ent ja

en

voix dans le chemin; pensant que c’étaient des gens qui

—Un shilling, mon fils, c’est peu, mais les marchands sont encombrés de propositions.

—Ma belle veste bleue pour un shilling, gémit Tomy, mon Dieu, mon Dieu!

—Mère, il eût mieux valu vendre le chapeau que :n°a donné mon parrain, dit William.

—Hélas! mon pauvre enfant, ton chapeau ne nous appartient plus depuis un mois.

Un silence douloureux régna dans la chaumière.

Willy Podgey, morne, consterné, regardait fixement le sol. Les enfants pleuraient.

Tomy, sans dire un mot, repoussa les objets que Susy avait si soigneusemeut préparés et qu’elle considérait avec désespoir.

--Merci, ma soeur, fit-il tristement.

Passant sa blouse de travail, il enfonça sur ses yeux son vieux chapeau aux bords déchirés et sortit.

Tomy marcha, sombre et agité, j usqu’à l’entrée de la route; là, se laissant tomber sur l'herbe du fossé, il se mit à pleurer.

Ses poings crispés semblaient maudire le sort qui l’accablait, l’inexorable misère l’enserrait de ses griffes sanglantes et lui arrachait des cris et des imprécations.

A la ferme de Patrick, on était déjà réuni; Colette gaie et pimpante, appuyée au bras du beau William Pody, lui prodiguait ses sourires et ses joyeux propos.

Penserait-elle au malheureux qui ne regrettait la fête que pour elle ?

Fatalité d’être si pauvre! Pas de jeunesse, pas d’amour ! le malheur, voilà son lot.

Tomy pleura longtemps, puis, pour secouer son chagrin, il se rendit à son ouvrage; triste et taciturne, il travailla tout le jour en silence, ses compagnons ne purent obtenir de lui une parole.

Le soir, en rentrant au logis, il entendit un bruit de

fillette en ac rire.

rentraient de Ja noce, il ge Pour n'être pas vu en s;

Plusieurs 8Toupes passèrent, Un Peu à l'écart venait Colette au bras de William Pody.

€ la journée, i] lui a parilliam rayonne de jolie que jamais,” ] homme arriva près ient arrêtés, De là, s être vu. Le procédé n’est ; Mais qui oserait affirmer qu’à ça

Pas fait autant ?

—Colette, disait ]

torisé à vous parler tin même : William

tre père m’a aul m'a dit ce ma-

» reviens me

bien parlé cela, ai-je répondu. Père

Un froissement se fit dans Je feuillage, — Qu'est-ce que cela? dit Colette effrayée,

—Une couleuvre Peut-être, n’y faites Pas attention et répondez-moi.

—Rien ne Presse, William, et nous d’y penser.

—Ce n’est Pas une réponse —Îl faudra Pourtant vous

avons Je temps

» fit le jeune homme, €n contenter, répartit la Pagnant ces paroles d’un frais éclat de

| uiss gr | — rie ne m’aimez donc pas, Colette ?

venait E La jeune fille, dégageant sa main de celle de William, s’éloigna en chantant:

à | par J'aime l'oiseau qui s'envole, Fa d « Et les fleurs de la prairie, Le beau papillon frivole, près | Glissant sur l'herbe fleurie.

le 1 ns D William fit un geste d’impatience. Tomy s'était re- Fe | levé pour se rapprocher de l'endroit où se trouvaient f maintenant les deux jeunes gens.

ue —Colette, reprit William, dois-je croire que la de-

mande d’un autre serait mieux accueillie que la mienne ?

La jeune fille répondit par un nouvel éclat de rire perlé qui l’irrita davantage.

—Colette, insista-t-il, écouteriez-vous mieux Tomy Podgey? ,

—Ce gueux de Tomy Podgey, fit Colette en riant de pius belle.

—Cependant !

—Vous êtes fou, mon pauvre William, votre jalousie vons rend insense. J’ai parlé à Tomy comme à un ancien compagnon d’enfance, mais je n’ai jamais pensé à l'épouser. Le pauvre garçon est loijn d’y songer luimême et, y songerait-il, il ne le pourrait pas.

—C’est certain, quand on a après soi sept frères ou soeurs, y Compris ce petit garçon manqué qui a achevé de leur faire perdre la tête à tous, on ne peut se créer une famille nouvelle.

—Tomy était bon enfant autrefois, reprit la jeune fille, son malheur l’a rendu triste et farouche, je ne sais pourquoi il n’est pas venu aujourd’hui.

—On dit, fit ironiquement William, qu'après avoir peu à peu vendu leur mobilier, les Podgey envoient à tour de rang leurs habits chez le revendeur.

de sa fortune.

—Pauvres gens!

rieuse,

La jeune fille reprit :

. Il ÿ a vingt ans, Jenney Podgey

chose, Colette, votre sort avec moi serait tout différent > MOn oncle m’a laissé une

Si cela va ainsi

—Sans doute, William

, elle en jeta une poignée à son Compagnon et s'enfuit en

refrain Populaire.

Tomy, abrité Par l& haie tcuf.

fue, put Continuer à ente

Voix moqueuse de Cot aux reproches du jeune homme par Jes

chapper de son gosier,

bruyant nue gé.

nt bonà deux de sa

8 plus e plus | arri-

e pas

sort une adnous

nos +-il

sûr

—Colette, disait-il en essayant de fixer l'attention de Ja jeune fille, ce n’est point sans raison qu’on vous appelle la linotte du Greenish; mais si votre tête est l6-

} gère, votre coeur est bon.

—Monsieur William Pody, répliqua Colette en se fâchant, pourquoi recherchez-vous pour femme ane fille

1 étourdie, une tête de linotte?

—Je n’ai pas voulu vous offenser, Colette, vous savez que personne ne vous apprécie autant que moi.

Un autre groupe se rapprocha des jeunes gens et le bruit des voix se confondit. Tomy ne put désormais suivre leur entretien, mais il ne les perdit pas des yeux. Colette boudait son compagnon, celui-ci s’épuisait en protestations tendres, afin de vaincre le ressentiment de a jeune fille. Sans doute il y parvint, car on entendit. bientôt les frais éclats de rire de Colette.

A l'entrée d’un chemin aboutissant à la route, on s'arrêta; la jeune fille dit à William qu’elle allait rentrer à son village avec les autres personnes qui l’accom- Pagnaient. Il fit mine de vouloir la suivre, elle refusa.

Le jeune homme prit sa main et la serra tendrement.

—Au revoir, Colette, dit-il.

Elle prononça quelques paroles que Tomy n’entendit pas, maïs la brise perfide lui apporta ces mots:

—À demain, Will, venez trouver mon père.

Tomy crut voir, peut-être était-ce sa vue qui se troublait, Colette poser deux doigts sur ses lèvres roses et envoyer un baiser à William qui la regardait s’éloigner.

Tous les gens de la noce sæ dispersèrent, les uns chantant gaiement, excités par de copieuses libations, les plus jeunes causant ou rêvant, car plus d’un emportait en son Coeur un souvenir heureux.

Tomy, resté seul sur la route que les ombres du soir commençaient à envelopper, était en proie à une rage indicible, il se demandait sil n’allait pas s’élancer sur

LS

William et lui faire expier son bonheur insolent. LE au moment de rejoindre Colette.

Que lui dirait-i] ? Pauvre, misérablement vi Lu, sa Position, il ne Pouvait obtenir d’elle que pitié ou ra lerie,

Ce gueux de Tomy!

Oui, William avait Prononcé cette parole, il avait ;

son malheur, i] l’avait traité comme un vagabont Un va-nu-pieds,

A cette pensée une colère intense grondait dans l’âm du jeune homme. Il s’élança du côté où William avai disparu.

Tout à Coup il cessa sa course folle,

“Que vais-je faire? se dit il, je suis plus fort que William, mais il n'est pas seul : mon agression ne servi. rait qu’à donner à tous le spectacle de ma jalousie et de ma honte, Attendous. \illiam Fody, , Æiancé de Colette, nous nous retrouverons!.. :

“Ah! murmurait le pauvre garçon en se rapprochant de sa Chaumière, un peu d'argent suffit à changer une

liy Ï

Tomy atteignait une allée de peupliers et de frênes qui bordait un étang profond; Ja nuit était venue, la lune se levait brillante, reflétant sur la surface unie de

aucun bruit ne troublait le silence de la nature, si ce D’est le Coassement des grenouilles parmi les roseaux :

. I] fut

Lu, sans ou rail-

avait ri gabond,

8 l’âme n avait

rt que servi- > et de olette,

chant r une 1rrais

rênes le, la le de penpar ntaur ; i ce UX ;

rcé

M vs

ne parvient à rien découvrir et qui, sous un calme apparent, cache des abîmes sans fond. Si une main téméraire avait jeté dans ces eaux tranquilles un bloc de rochers, on eût vu s’élever une violente tempête, engloutissant par sa violence les roseaux: de la rive et les modestes” plantes qui confient à ces ondes leur existence incertaine,

C’est ce qui se passait dans le coeur du pauvre Tomy.

Pendant qu’il se livrait à ses amères réflexions, un objet que l’obscurité rendait confus s’agita près de lui.

—Qu'est-ce que cela ? fit-il.

La forme devint plus distincte, c’était un enfant.

—Ketty, s’écria le jeune homme d’une voix qui effraya la petite fille, que fais-tu ici ?

Rien ne pouvait être plus désagréable en ce moment à Tomy que la vue de cette enfant ; lui et ses parents la

: considéraient à tort comme la cause de leur malheur.

“Ah! se dit Tomy, si cette stupide créature n’avait pas été une fille, nous serions riches, j’épouserais Colette.”

Cette pensée évoquait dans son esprit une vision enchanteresse trop tôt évanouie. 11 voyait leur chaumière fraîche, coquette, ornée de meubles neufs, leur cour propre et bien soignée, la riche lady et son bel équipage; qu’ils avaient été heureux un mois, que de beaux rêves, que de brillantes espérances!

Et Ketty était venue, cette enfant causerait la ruine de sa famille.

Le jeune homme abaissa un regard de haine sur la petite fille qui se tenait timidement près de lui.

—Que fais-tu ici, vagabonde? dit-il en la secouant rudement par le bras. Voilà deux fois que je t’adresse cette question.

Ketty avait quatre ans, elle était grêle, “alingre, sa figure pâle, ses grands yeux exprimaient la iristesse et la souffrance. Jamais cette jeune âme n’avait reçu une

parole d'affection, les mauvais traitements étaient s Partage, aussi son existence res

semblait à une sorte végétation Mmaladive qu’un souffle eût brisée.

—#s-tu muette autant qu’idiote, reprit violemment

frère en la SéITant au point de Ja broyer dans ses mail e fer.

—Je ne sais Pas, répondit l'enfant affolée, ne com Prenant rien à cette brutale, sinon qu’elle y était accou tumée.

—Tu ne sais Pas si tu es muette ? ricana Je jeun. homme, Mais pour sûr tu es idiote, Que faisais-tu ici: Téponds où je t’arrache la langue.

—J’étais venue jouer et je ne trouvais plus Je chemin de la maison.

—Tu es allée mendier :

; Ce n’est pas assez de porter malheur à ta famille, tu veux Ja déshonorer, abominable enfant !

Tomy n était

é, Jour de ta Daissance, maudite soit ta vie!

ty, de grosses larmes cou-

r ses joues, ses membres grêles semblaient prêts

se disloquer sous la pression des doigts qui l’enser. rajent,

Cet aspect touchant, loin déveiller la pitié dans le COeUr du jeune homme, porta à son comble lexaspéra. tion de son esprit.

ient son —MiséreSe avorton, dit-il, je me sens une folle envie

sorte de | de te briser comme du verre, de t’anéantir. Des fré.nissements convulsifs l’agitaient. L'enfant

iment le

pleurait,

S Mains : Tomy regardait l'étang, un mouvement et c’était fini de Ketty; il posa l’enfant à terre.

1e com- —Va, dit-il durement, éloigne-toi, je sens le vertige. aCCou- Ketty voulut courir, elle trébucha et tomba en jetant des cris.

jeune Ÿ —Tais-toi, fit Tomy. | tu ici? ‘ L'enfant ne pouvait se relever et pleurait toujours. { Le jeune homme, hors de lui, la poussa brusquement hemin « du pied, il faisait noir, un bruit sourd et le clapotement | de l’eau annoncèrent Ja chute d’un corps; l'étang avait porter reçu l’infortunée victime.

inable

Tomy s’arrêta saisi d’épouvante.

—Je ne voulais pas le faire, murmura-t-il.

J;en | Il se pencha sur l’eau et ne vit rien.

njns- ! —C’est un accident, reprit-il, non, je ne voulais pas

Oeur. À Je faire.

'rère, : Puis effrayé, consterné, il se mit à courir vers le cot- 1 tage. La lune s’était voilée de lourds nuages, l'obscurité

8 la © était complète, l’étange avait repris son immobilité, le

dite © vent gémissait plaintivement dans les roseaux. Tomy se 4 heurtait aux arbres, se blessait, l’écho répétait ses cris

sans # qui lui semblaient des voix vengeresses le poursuivant

comme Caïn après son crime.

20rn

—Je ne l’aurais pas fait, non, je ne le voulais pas, Ou- répétait-il.

rêts À Des éclats de rire moqueurs répondaient à la voix de e re ses remords, des figures grimaçantes se dressaient à ses 4 Jeux, les démons étendaient leurs bras décharnés pour

le 2% le saisir, il voulait fuir et il tombait dans les branches Fa- Æ enlacées des taillis, il roulait sur le sol, luttant contre

des ennemis invisibles.

Il atteignit enfin la route et aperçut le toit de chaun de sa demeure. À cette vue, le calme se fit dans s -ens, il se retourna, il ne vi. £lus rien.

é ne repasserai jamais Je soir par cet endroi

! fit-il. Ketty! Que vais-je dire? Personne n’en saur

rien, elle aurait pu tomber dans l'étang en jouant ; aprè tout c’est un débarras pour la famille et je ne l'ai pa fait exprès.

Quand on le vit entrer, pâle, défaillant, ses vêtement: déchirés, Je visage meurtri, les mains en Sang, sa mère s’élança vers lui.

— Tomy, mon fils, qu’est-il arrivé ?

—Calme-toi, ma mère,

—Mais d’où viennent ses blessures ?

€ me suis attardé, jai traversé le bois qui borde l'étang; sans ma force et mon Courage, je n’en serais jamais sorti.

—Tu as été attaqué? demanda Je père.

. Tomy pâlit davantage encore.

€ ne saurais dire le nombre de mes ennemis, mais Voyez en quel état je suis sorti de leurs mains.

’ai toujours dit, mon fils, reprit Jenny, qu’il y avait danger à traverser ce bois à la nuit, il est mal fré. quenté, sans parler des revenants.

Personne ne s’informa de ce qu'était devenue la petite

elle avait passé la nuit dans une grange sans qu’on s’en occupât ; on exprimait seulement Je regret de la voir

chaume lans ses

endroit, 1 saura ; après l'ai pas

ements a mère

borde ais ja-

mais

vil y l fré-

etite JS, sa fois, s’en

voir

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