‹ Dent pour dent [microforme]Chapitre 3 sur 23 · III · texte numérisé non relu

III

| Tomy, sombre et taciturne, toucha à peine au repas

aw’on lui servit, Les événements de la journée, l’amère

“eption qu’il avait éprouvée et surtout le remords du

le accompli involontairement dans un coupable ac-

cês de colère, torturait son âme et ne lui permettaient

pas de goûter le repos.

es parents ne l’interrogèrent pas, ils pensaient que

le chagrin d’avoir manqué la fête à laquelle il tenait tant l’attristait ainsi.

Un bruit de pas retentit au dehors.

—Qu’est-ce donc? s’écria Jenny.

—À cette heure! reprit le fermier.

Mu par un vague effroi, Toray s’élança vers la muraille, saisit le fusil de son père et l’arma. Il lui semblait que son crime était connu et que les constables venaient Je prendre pour le conduire en prison.

—Holà! vous autres, ouvrez donc! criait-on du dehors.

—Que demandez-vous ?

—Je vous apporte un objet perdu, ricana une voix éraillée.

—Nous n’avons rien perdu, dit la femme.

—Qui-dà, ouvrez pour voir.

ae DE

Le p° ddy, voyant qu’il n’avait affaire qu’à un homme, poussa ie premier verrou.

—Prends garde, dit Jenny, c’est peut-être une ruse.

—Ïl est seul.

—Qui sait, les autres sont cachés; si tu m’en croyais, tu n’ouvrirais point, il y a des malfaiteurs dans le pays.

—ÂAllez-vous me faire passer la nuit ici, il fait froid et je suis pressé, cria le visiteur.

—Quel est votre nom ?

—James Book pour vous servir, ouvrez donc, morbleu !

Willy reitra le ses gonds rouillés,

— Entrez, James vous.

— Vous avez bien tardé à vous en informer.

Le nouveau venu était un garçon de quinze ans, maigre, pâle, nerveux; il pénétra dans la chaumière et, regardant Jenny en clignotant ses petits yeux verts, il dit :

— Vous prétendez n’avoir rien perdu, mère Podgey, ah! ah! ceci est plaisant. Sur vos huit enfants il vous €n Manque un et vous dites que vous n’avez rièn perdu !

—Ketty n’est pas rentrée, c’est vrai.

Tomy frissonna.

James Book avait déposé sur la table un lourd paquet ; il défit avec soin la vieille couverture qui l’enveloppait: c'était la petite Ketty inanimée, ses vêtements mouillés, pâle comme une morte.

Tomy s’approcha d’elle et l’examina avec une visible anxiété.

--Vit-elle encore ? demanda-t-il.

—Oui, ma mère lui a donné les premiers soins; maintenant il faut la changer et ia mettre au lit.

Tomy éprouva un immenee sentiment de soulagement. Il dit à sa mère de s’occuper de l’enfant.

Jenny prit la petite fille d’assez mauvaise grâce, la

dernier verrou et la porte grinça sur

Book, on ne savait pas que ce fût

omme,

) ruse.

royais, } pays.

froid mor-

a sur

e fût

mait, re- | dit :

dgey, vous rdu !

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sible

ainage-

, la

déshabilla, la frictionna durement et la coucha sans plus de sollicitude.

—C’est bien, mon garron, dit le fermier voyant que James restait là immobile; on vous remercie de votre peine, bonsoir, me: compliments à votre mère.

Le jeune garçon ne bougesit point.

—Qu’attendez-vous? demanda brusquement Jenny, voilà votre couverture ; bien obligée, James Book.

Celui-ci décidément avait pris racine dans le sol, il retournait entre ses doigts son chapeau déformé.

—Willy Podgey, commença-t-il timidement, lorsawon rend un service.

—Quoi? que dites-vous? fit le paddy se retournant vers lui et le considérant d’un air narquois.

—Oui, lorsqu'on rend un service, n a droit à un té-

ÿ ‘ moignage de reconnaissance.

—Cela dépend de la valeur du service rendu.

—J’ai risqué ma vie pour retirer de l’eau votre fille.

—Vous avez eu tort de vous exposer.

—J’aurais pu périr.

—C’eût été de votre faute.

—J’ai mouillé mes vêtements.

—Faites-les sécher.

—Que voulez-vous donc ? interrompit la fermière,

—Mistress Podgey, quand on a rendu un service...

—On sait le reste, vous croyez que je vous donnerai seulement un penny pour avoir tiré de l’eau un semblable poisson. Alors même que les shillings rempliraient mon armoire, je ne donnerais rien; mon pauvre 8arçon, vous avez fait une mauvaise spéculation.

—Vous eussiez été plus contents, n'est-ce pas, que je laissasse l’enfant dans l'étang! mais je n’ai pas un mauvais coeur, moi, je l’en aurais tirée quand même, oui, je

l'aurais sauvée pour rien et cependant ce n’est pas ma

fille, ni ma soeur. Et j'agirai toujours ainsi. —Vous ferez bien, répliqua sèchement Willy Podgey

UE di dirénmannen… + he

ss

€n ouvrant la porte, maintenant bonne nuit, il est temp de rentrer chez vous.

°—Je n'ai Pas Un mauvais coeur, moi, répétait l jeune garçon rouge de colère, j’ai six frères et soeurs el je n’en jetterais aucun dans l’étang.

Tomy devint blême; poussant james dehors, il lui dit :

—On n’abuse pas ainsi de la patience des gens, vat'en.

Le paddy referma la porte et poussa les deux verrous. —Vous êtes de méchantes gens, cria James à travers la serrure, cela vous portera malheur. J'étais là, Tomy, oui, j’y étais.

—Que dit-il? demanda la mère.

—Je ne le Comprends pas, le garçon est un peu innocent.

— Ah! bien, oui, reprit la fermière, donner mon argent pour nous avoir rendu cette petite chenille-là ! —L’argent est trop rare chez nous, ajouta Susy. —On aurait pu au moins le remercier, dit William. Une heure plus tard la famille était couchée. Le père ne dormait pas, il pensait qu’il ne pourrait payer son fermage et qu’il serait expulsé. Tomy ne parvenait pas non plus à fermer la Paupière; les paroles de James l'effrayaient peu, celui-ci n’avait aucune preuve contre

Le jour le Surprit dans ses douloureuses réflexions. T1 se leva et s’habilla à la hâte, il lui tardait de sortir, dêtre seul et de respirer Vlair pur de la campagne. Avant de quitter la maison, il jeta un regard sur la couche où reposait Ketty; elle avait la fièvre.

—Susy, dit le jeune homme, prépare de la tisane pour ia petite.

Sa soeur le regarda surprise,

: temps

tait le eurs et

il lui 18, Va- TTOUS.

ravers Tomy,

—Pour Ketty? dit-elle,

Tomy comprit en ce moment combien était odieuse leur conduite à l’égard de ce pauvre être inoffensif.

—Oui, pour Ketty, répondit-il 35 il faut la soigner comme une autre; si tu veux m’être agréable, ma chère soeur, tu t'en occuperas.

—Je le ferai, frère, répondit Susy, qui aimait pardessus tout Tomy, dont ell eétait aussi la préférée.

Le jeune homme sortit ; ce bon mouvement avait produit un certain apaisement dans son âme, il se sentait moins malheureux en se rendant à son travail.

Il évita de passer le soir devant la prairie où se trouvait Colette, il ne la revit pas pendant huit jours.

Ketty se remit, grâce aux soins de Susy. Tomy ue la maltraitait plus, il empêcha même sa mère de la battre. Avec l'intuition des êtres souffrauts, la petite fille sentit ce changement dans les manières de son frère à son égard et la frayeur qu’elle avait d’abord montrée à sa vue s'effaça rapidement.

La misère devenait chaque jour plus grande pour la Pauvre famille; le désespoir fut à son comble lorsque le bailli fit signifier à Willy Podgey qu’il était mauvais Payeur, que la ferme ne rapportait pas suffisamment en ss mains et qu’il eût à chercher une position ailleurs.

Que devenir? Louer une autre ferme? c'était impossible, Une morne douleur régnaif dans la chaumière.

— Notre seule ressource est d’aller mendier ou mourir de faim au bord d’un chemin, disait Jenny en pleurant.

Les enfants sanglotaient. Tomy, silencieux et triste, se demandait ce qu’il pourrait faire pour sa famille.

Le moment approchait où les Podgey devaient quitter leur cottage ; Willy, malgré toutes ses tentatives, ne trouvaït pas à s’occuper ; Tomy n’avait plus de journées, ni Pespoir d’en avoir.

PPT TE

On était au mois de septembr , l’automne comme ait sombre et pluvieux, l’hiver apparaissait avec 8 inquiétudes cruelles pour les pauvres gens.

Un jour que Willy Podgey se tenait mélancoliqu ment sur sa porte, regardant autour de lui ces lieux o il avait vécu vingt ans d’une existence tourmentée, mai entremêlée cependant de quelques joies, il vit venir lui un gentleman d’un aspect correct et grave.

—Bonjour, monsieur, dit l'étranger, vous êtes bier Willy Podgey ?

ui, monsieur, en quoi puis-je vous servir ?

—Je voudrais causer Un peu avec vous et vous demander quelques renseignements,

—Sur cette ferme ?

—Ne la quittez-vous pas ?

—On m'en chasse, répliqua Willy d’une voix sourde.

—Le sort de l’homme attaché à la terre est intolé. rable en ce pays, dit l’étragner.

—Ah! oui, bien malheureux ; nous n’avons ni avenir ni sécurité.

—Vous dites vrai, mon ami, fit le monsieur en #’as-

—C’est notre sort, répondit Tomy.

—À votre âge, jeune horame, je ne comprends pas que vous subissiez une Moi si dure,

—Que faire, monsieur, pour m’y soustraire ?

—Lauttcr contre les difficultés et vous créer une position meilleure.

—Vous savez bien, monsieur, que c’est impossible, notre pays n’offre par l’intelligence et le travail aucune Perspective à un pauvre diable comme moi. .

—Pourquoi ne pas demander à une autre contrée ce que votre ingrate patrie vous refuse ?

—Comment cela ?

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—N'avez-vous jamais entendu parler de ces pays nouveaux où la fortune sourit aux travailleurs, où la terre donne à profusion ses trésors, où la richesse et 1e bonheur sont le partage des courageux colons qui se vouent à sa prospérité ?

Willy et son fils écoutaient attentivement l'étranger; celui-ci parlait avec conviction, il reprit :

—Par delà les mers, il est des pays merveilleusement

4 fertiles, favorisés d’un climat enchanteur, des colonies } superbes auxquelles il ne manque qu’un nombre suffi-

sant ‘d’habitants pour les exploiter. Elles tendent les bras vers le vieux monde et disent : “Venez donc avec nous, vous tous que la misère écrase, vous que le malheu: broie sous un joug de fer; venez, déclassés, proscrits, persécutés; nous offrons à tous le travail, le relèvement, l’aisance pour vous et la richesse pour vos enfants. Vous gémissez sous l'oppression, voici des horizons de liberté, d'indépendance, de bonheur. Si Vous avez encore des journées de fatigues et d'épreuves, du moins ‘ous ne connaîtrez plus le despotisme humiliant, vous serez les égaux de tous. Enfants d’une même patrie nouvelle, vous grandirez dans la mesure de votre intelligence et de votre activité. Travaillez, la récompense est proche; voyez parmi nos hommes heureux, nos millionnaires, nos puissants, il en est qui étaient bergers ou manoeuvres el aussi pauvres que vous, leur mérite et ieurs efforts courageux les ont placés au premier rang.

Tomy demanda à l'étranger :

—Quels sont ces pays dont vous parlez, monsieur ?

—Le plus beau de tous est l’Australie.

—Le connaissez-vous? demanda Willy Podgey. Je me méfie de ces belles choses lointaines,

—Vous avez raison de vous tenir en garde contre des fictions mensongères: il m'est facile de vous prouver la vérité de mes paroles, j’ai habité l’Australie.

—Vraiment ! fit Tomy.

—Ce que je vous dis, je l’ai vu. Je suis Irlandais , si; voulez-vous connaître mon histoire, elle sera la n

—Nous vous écoutons avec un vif intérêt, monsie dit le fermier.

L’étranger commença :

—Je naquis dans un Pauvre village du Munster. vois encore Ja colline sur Je penchant de laquelle sé

de terre, était séparé des clos voisins par des pierri entassées formant une muraille mobile. Au-dessus d village s'élevait Je clocher de la vi. iglise dont ]

mille, accablé par les exigence: du landiord, par la dîm

ue au ministre protestant, par les vexations de toute. sortes; il gémissait dans la misère et mon enfance fu: ben triste,

À l’âge de dix-huit ans, je résolus de m’embarquer. afin de me créer une position et de venir un peu en aide à ma famille; je DaViguai durant quelques années.

Je me trouvai un jour dans un port au moment d’un départ d’émigrés Pour l’Australie ; je m’informai, on me dit les avantages qu’allaient trouver dans ce pays les infortunés qui tous fuyaient la Crueile misère.

Mon parti fut Pris, je me rendis au Commissariat et Je si- -ai l’engagement de résider deux ans dans la cn-

Mes parents approuvèrent ma détermination, ils pro-

ndais ausa la meil père Aus-

monsieur,

nster. Je lle s’étalont une !

la fumée | tes, sans # le déla- | ue, Derpomme:

pierres ssus du dont la nts.

de faa dîme toutes !

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nnées.

t d’un on me es in-

lat et a co-

pro-

el

mirent de me rejoindre dès que j'aurais pu me créer une situation suffisante,

Les premiers temps de mon séjour en Australie furent tristes; cependant je ne me laissai pas abattre, je me livrai résolûment au travail. Le pays, alors sans cu!ture (c'était au commenceemnt de la colonisation), n'offrait pas tous les charmes qu’il possède aujou.d’hui, mais le soleil était si radieux, le climat si doux, la vie si calme que j’oubliai tout pour ne voir que les espérances d’avenir qui me souriaient.

I fut fait une distribution de terres aux nouveaux colons, les unes louées, les autres vendues avec la facilité de payer par dixième chaque année.

J’acquis un lot de terre à cette condition ; je me construisis une petite cabane où, à défaut de confortable, je jouissais d’un air pur et salubre. Ce s0. ‘’une rare fertilité se prête à toutes les cultures: le blé, le riz, le houblon, me donnèrent bientôt un revenu suffisant, puis la vie était à si bon marché!

Je me sentais heureux, j'entrevoyais le jour prochain où je deviendrais propriétaire de mon exploitation, où des perspectives nouvelles s’ouvriraient devant moi.

J’étais dans la colonie de Victoria, non loin de Melbourne, une ville de peu d'importance alors, qui compte aujourd’hui trois cent mille habitants, et possède la richesse et les splendeurs des plus belles capitales européennes.

La campagne se peuplait de modestes villages; sur ‘es collines de jolis cottages miraient leur façade de briques de couleur dans les eaux transparentes de la Yarra. Les chaumières des nouveaux émigrés n’étaient poir confortables, mais elle ne valaient pas moins que celles qu'ils avaient quittées et elles leur appartenaient. Là ‘ls ne connaissaient plus la misère ni l'oppression; ils nc souffraient ni du froid, ni de la faim; les enfants qui jouaient devant la porte étaient en haïllons, c’est

Avec le temps et l’économie, la position de ces f miers grandit ; quelques années plus tard, à la place « Pauvres cabanes s’élevaient de jolies maisonnettes aya Parterre et verger.

Je pus bientôt faire venir près de moi mes paren et mes frères et mes soeurs; quelle joie d’être réun, jouissant d’une large aisance, de la liberté et du grar air! .

Je n’entrerai Pas dans tous les détails de notre exi: lence, elle était douce, stable et heureuse ; une circons ‘ance vint la changer totalement.

De riches mines d’or venaient d’être découvertes ; Bellarat ; l'or est un des produits du solaustralien et 4e toutes parts on ACCOurait vers cette nouvelle source fortune, Je fis comme Jes autres, en moins de deux an: j'étais riche; je fondai à Melbourne une maison de commerce qui prospéra ; je m’associai un de mes frères, le #eond resta avec nos Parents dans une exploitation im-

—Pourquoi n’êtes-vous Pas resté dans ce pays? de-

attention le récit de l'étranger.

—Mon intention est d’y retourner bientôt; je voyage €n ce moment, pour étendre les relations Commerciales de ma maison, qui fait l'exportation des laines, En An.

Connus de l’émigration ; Convaineu de lutilité d’ane si üelle cause, je m’en suis fait volontiers l’apôtre ; je ranJs service à mes compatriotes que j'aime toujours et à mon Pays d’adoption. Je Pars prochainement pour Melbour.

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