‹ Dent pour dent [microforme]Chapitre 5 sur 23 · LE COLLECTEUR DES DIMES DE SA REVERENCE · texte numérisé non relu

LE COLLECTEUR DES DIMES DE SA REVERENCE

es animaux, Je c les oreilles les moins délicates.

Un pâle soleil] d'automne éclairait la fête.

rain qui venait de laisser à Cork un commerce ass prospère; si le jeune homme était à la ville un bi mince personnage, pour les pauvres habitants de s village natal, c'était un richard; sa mise relativeme élégante faisait soupirer d’envie les jeunes garçons « pays; toutes les jeunes filles en voulaient à Côlet d'absorber l’attention de William.

Colette elle-même était fière de cette préférence € lout en ayant l’air de ne pas céder de suite aux instai ces du, jeune homme, elle n’avait garde de je laiss échapper. Tomy était plus beau garçon que William, el . le connaissait dès l'enfance et avait toujours eu de /’: mitié pour lui. Tomy était pauvre tandis que Williar avait du bien. Des maris de ce genre ne se trouvaier pas au village et le père de Colette n’eût pas pardonn à sa fille de le refuser.

Tomy avait mis ses vêtements les moins délabrés qu Susy avait passé la semaine à repriser et, monté sur 1 poney de son père, il fit son entrée sur la place du mar ché.

—Ah! cest Tomy Podgey, dit, avec un sourire amet un jeune garçon vêtu d’un reste de costume militair qui avait certainement vingt ans d’usage, comme il es élégant et fier sur son poney! On dirait que son pèr est plus riche que les autres.

—Laisse ce jeune cop relever la tête, reprit un autre il ne chantera pas longtemps sur ce ton-là.

—Comment ?

—On dit que Willy Podgey a plusieurs termes en re. tard, sans compter les arriérés de dîme qu’il doit à Sa Révérence.

—Quel est le paddy qui n’en peut dire autant ? interrompit un homme.

—Sans doute, mais on s'attend à voir un de ces jours les Podgey expulsés de leur cottage.

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—Est-ce vrai ce que tu dis, James Book? fit une vieille femme. | —Oui, je n’invente rien; pour mon compte je ne les

ivement #® plains pas, ce sont des gens sans coeur.

—Ne parle pas ainsi, méchant garçon. Willy est un honnête homme, il a une femme et huit enfants. Hélas! mon Dieu! pareil malheur peut nous arriver un jour ou l’autre.

— Vous avez raison, vieille mère, reprit un paddy, qui de nous ne doit rien au landlord ni à Sa Révérence ? Ce dernier surtout ne plaisante pas.

—D’ailleurs, reprit un jeune homme, si on payait, on sait bien que le landlord augmenterait les baux immédiatement.

—Oui, et ils sont déjà si excessifs que, même en se luant de travail on n’arriverait pas à gagner le prix de son fermage ; mais ce qui est plus intolérable encore c’est de voir un ministre anglican venir prélever la dîme sur de bons catholiques romains; la terre est au seigneur, après tout, quoiqu'il y aurait bien des choses à dire làdessus; mais Sa Révérence n’a rien de commun avec LOus.

—Hélas! reprit la vieille femme, voilà des siècles que L peuple d'Irlande gémit dans la persécution et dans les larmes; le jour de la délivrance viendra-t-il jamais, mon Dieu!

—Toutes ces lamentations n’enlèvent rien à nos maux, fit un des hommes, un bon verre de Whiskey fait mieux oublier les chagrins.

Le paddy, qui paraissait avoir déjà essayé ce moyen de consolation, s’éloigna avec son camarade et entra au cabaret.

Tomy avait traversé le champ de foire, adressant la parole aux uns et aux autres; il n’apercevait pas Colette.

Il remonta l’unique rue du village ; à son extrémité

il vit la jeune fille arrêtée avec quelques amis. Tom sauta lestement à terre et, prenant son poney par ] bride, il se dirigea vers elle.

—Bonjour, Colette, dit-il, il y a longtemps que jer Vous ai vue.

—L’est vrai, Tomy. Pourquoi n’êtes-vous pas venu la noce de Patrick Yenky ?

—Je ne l'ai pas pu, fit Tomy en rougissant.

Colette eut un sourire de pitié et ses yeux se portèren sur le pauvre accoutrement du jeune homme. Celui regardait aussi la toilette de la jeune fille, jamais il n l'avait vue habillée avec tant de luxe.

—Que vous êtes belle, Colette! fit-il d’un ton amer

—Mais sans doute, pourquoi ne le serais-je pas ?

— Nulle jeune fille dans la paroisse ne peut rivalise avec vous.

—C’est ce que je désire.

—Vous êtes bien changée, Colette.

—En quoi suis-je changée? Est-ce parce que mor père m’a apporté de Cork le joli costume que je porte

—Votre père ?

—Oui, certainement.

Tomy secoua la tête avec découragement, il pensa que le mariage de Colette avec William était décidé, il n’; avait done plus à espérer.

—Vous allez au marché, Colette? demanda-t-il.

—Non, jen reviens.

— Voulez-vous me permettre de vous accompagner f

—Je ne peux pas vous en empêcher.

La réponse n’était point encourageante, Tomy voulait cependant s'expliquer, car dans quelques jours il avait une grave détermination à prendre.

IL resta longtemps silencieux, tourmentant la bride de son poney. Colette, oubliant presque sa présence, se mit à chanter.

À Tomy 1 par la “rien perdu de sa joyeuse humeur.

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ss —Je vois avec plaisir que la linotte de Greenish n’a —Pourquoi serais-je triste ?

—Sans doute, vous êtes heureuse. :

— Heureuse! je ne sais pas, enfin je n’ai pas trop à

—Colette, dit résolûment le jeune homme, est-il vrai

D que vous épousiez William Pody ?

—Qui vous l’a dit?

—Tout le monde en parlait aujourd’hui au village. —On parle de tant de chose au village.

—Cependant le jour de la noce de Patrick...

—Vous n’y étiez pas, Tomy, vous ignorez ce qui

ST. À s’est passé.

ivaliser

—Je sais que William a l’approbation de votre père. —Oui, mais il n’a peut-être pas la mienne.

—Est-ce vrai?

—Malgré ma tête de linotte, Tomy, je réfléchis.

— William est riche! soupira le jeune homme.

—Oui, répondit Colette.

— Vous tenez beaucoup à être riche? demanda Tomy. —Ce n’est pas à dédaigner; je ne consentirais pas à

j entrer en ménage pour avoir la misérable existence des

paddies qui nous entourent ; les privations, la faim, les

Ÿ guenilles et après tout cela l’expulsion.

Tomy, reprit la jeune fille d’une voix plus grave, est-

) il vrai que votre famille soit menacée d’un sort si cruel ?

—Oui, c’est vrai.

—Pauvres gens, fit Colette, que deviendrez-vous ?

—Mes parents émigreront en Australie, on leur fait des offres très avantageuses.

—C’est bien le mieux, et vous, Tomy, vous irez aussi ?

—Si vous vouliez, Colette, je resterais.

La jeune fille se mit à rire.

—Moi, vous empêcher de suivre vos parents, de pro-

[ fiter des seules chances d'avenir qui se présentent à

vous, je serais folle! Non, Tomy, je vous veux du b

je vous dis au contraire : allez dans ce pays nouveau

suis sûre que vous y trouverez l’aisance et le bonheur —Le bonheur, non, Colette, je le laisserai sur «

Qu terre d’Irlande où je vous ai connue.

nl | —Vous êtes bien sentimental aujourd’hui, Ton

1h Non, Croyez-moi, à vingt ans, on ne laisse jamais co

pl

{! 1} ii plètement le bonheur derrière soi,

all —Colette, tenez-vous beaucoup à épouser Willi | fl Pody ?

nf} }

IF 4 —Que vous importe William Pody? Parlons d’au

H chose, Tomy, vous êtes un excellent garçon, pour leqn

j'ai beaucoup d'amitié, mais vous êtes encore plus pa

“re que moi, à nous deux nous ferions un triste n

nage.

— Vous ne quitteriez pas votre pays, Colette ?

—Je n’ai aucune raison de le quitter.

HE —Vous n’auriez pas de chagrin de me voir partir ? sl | —Pas assez pour désirer vous suivre, répartit en ria di l'espiègle. :

bn — Vous n’avez pas de coeur.

—Je n’ai pas de coeur Parce que je ne veux poir abandonner ma famille pour vous suivre à l'étranger Ah! Tomy, reprit la jeune fille sérieusement, quels t tres avez-vous pour exiger de moi un pareil sacrifice

—C’est vrai, je suis un insensé, vous avez raison d me le rappeler.

On approchait du cottage de Colette, il lui tardait d terminer cette conversation.

—Je vous verrai avant votre départ ? dit-elle.

—Je ne partirai pas.

—Vous auriez tort.

—Que vous importe ?

La jeune fille paraissait indécise, Tomy se méprit sur le sujet de sa préoccupation, il lui dit:

—Colette, on assure qu’en Australie il n°y a qu’à creu-

« du bien, * Juveau, je !

onheur.

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