CHAPITRE IX GREFFE DENTAIRE
La greffe dentaire est une opération qui consiste à réimplanter dans un alvéole où elle doit continuer à vivre une dent qui a été momentanément séparée de l'organisme (Brasseur).
Cette opération a été très anciennement pratiquée, soit pour remettre en place, soit pour remplacer des dents extraites accidentellement ou intentionnellement.
Ambroise Faré la cite; Lécluse (1754) rapporte qu'il l'a pratiquée sur plus de trois cents soldats: Bouidct (1757), Jourdain 1761), Fauchard ^1786) en rapportent plusieurs cas.
Au commencement du siècle, Maury, Lefoulon et Delabarreont publié un certain nombre d'observations; mais la greffe dentaire n'a réellement pris place dans la thérapeutique dentaire que depuis quarante ans, après les travaux d'Alquié (de Toulouse), de Magitot, Mitscherlich, Fredel, David, etc.
La nature des phénomènes qui permettent la consolidation de la dent à la suite de la greffe dentaire est encore assez obscure.
Elle a été expliquée suivant trois hypothèses :
lo Par la simple réunion mécanique ;
' Par la réunion cicatrielle avec circulation incomplète ;
3° Par la restitution ab integrum,
.Mitscherlich el Fredel ont fait à ce sujetdes expérience Intéressantes, qui les ont amené-* aux conclusions suivantes :
Dans la greffe dentaire, la pulne dentaire se mortifie
>.g6 GREFFE DENTAIRE
constamment ; la membrane péri-dentaire reprend ses connexions partout où elle est intacte ; la consolidation s'opère beaucoup plus rapidement vers le collet que vers la racine ; les parties correspondantes de la racine où le périodonte a été enlevé deviennent le siège d'une résorption variable ; enfin, le vide causé dans l'alvéole par la résection partielle de la racine est comblé d'abord par du
Kg. 85.
Fig. 85, 86, 87. — Résorption à la suite de réimplantation : fig. 85, face postérieure: fi?. 86, dent, grandeur naturelle, d'après Godon (1) ■ fig. 87, face antérieure, grossissement 8 diamètres.
tissu embryonnaire, puis remplacé par du tissu osseux. Ces données, qui ont été confirmées depuis et qui résultent de l'expérience, expliquent les résultats si variables obtenus à la suite de la greffe dentaire et justifient le manuel opératoire actuellement adopté.
(1) Godon, Revue internationale d'Odontologie, mars 1893, ;> 102.
Depuis les progrés réalisés en thérapeutique dentaire pour la conservation des dents malades, les indications de la greffe ont considérablement diminué, comme on le verra plus loin. Elle n'en reste pas moins la dernière ressource, en cas d'échec du traitement conservateur, quoique la dent greffée ait une durée limitée à quelques années, généralement pas plus de dix ans, par suite de la racine, comme celle qui est représentée ici (Kg. 85 à 87). La greffe dentaire se présente sous trois formes : lo La réimplantation ou greffe par restitution, 2° La transplantation ou greffe d'emprunt, 3° h' implantation.
La greffe est dite autoplastique, lorsque la dent provient de l'individu lui-même, et hétéroplastique, dans le cas contraire.
Art. Ier. —Réimplantation.
La réimplantation est la greffe par restitution de Magitot.
L'opération consiste à replacer dans le même alvéole unedent arrachée accidentellement ou intentionnellement. Elle peut être immédiate, ou /an/ire avec perte ou sans perle de substance.
Manuel opératoire. — Quatre opérations distinctes :
1° Extraction de la dent :
2o Préparation de la déni ;
3° Placement delà dent ;
i° Maintien de la dent .
I" extraction delà dent. — Elle comporte les diverses phases indiquées.
( in observera toutefois que :
a) Il m' l.'i'ii pas employer d'autre instrument que le davier :
298 greffe dentaire
h) On ne doit pas léser les bords alvéolaires ;
c) On ne pratiquera sur la dent que de faibles mouvements de latéralité ;
d) L'extraction se fera progressivement sans secousse ni heurt.
2° Préparation de la dent. — Plonger immédiatement la dent dans un bain antiseptique à 35 ou 40° d'acide borique à saturation, d'acide phénique au 1/100 ou de sublimé corrosif au 1/1000.
L'alvéole doit être détergé et nettoyé avec un coton imbibé dans la même solution que ci-dessus; un tampon de ouate est maintenu en place.
Puis on procède à l'examen de la dent.
Si le périodonte est altéré dans la partie terminale de la racine à la suite de périodontites répétées, par exemple, la racine de la dent doit être tout d'abord réséquée^ dans la partie offrant des lésions, avec la pince coupante ou la scie. La partie coupée est adoucie à la lime, en ayant soin de ne pas décoller le périodonte.
La couronne est débarrassée également de toute trace de désorganisation de l'émail ou de la dentine.
Enfin, que la dent soit saine ou non, il faut procéder à l'extirpation de la pulpe et à l'obturation de la cavité pulpaire et des canaux dentaires avec une solution de chloroforme et de gutta-percha, des pointes de gutta-percha ou de l'or. Dans ce but, il faudra trépaner la couronne comme cela a été indiqué pour le traitement des dents à pulpe mortifiée i& de°-ré), puis l'obturer.
3° Placement de la dent. — Après s'être assuré que l'alvéole ne saigne plus, la dent est mise en place.
On fait ensuite fermer la mâchoire pour régulariser l'articulation et le niveau de pression.
4<> Maintien de la dent. — Puis on procède aux moyens contentifs :
Bandage ou ligature en 8, en se servant des dents voisines comme point d appui.
REIMPLANTATION 2 0,0.
On a préconisé dans le même but un morceau de digue en caoutchouc sur les dents voisines ;
Une coiffe en gutta-percha ou en caoutchouc vulcanisé ;
Des appareils spéciaux, surtout pour les dents qui n'ont qu'un côté en contact avec les dents voisines.
Ces bandages ou appareils sont maintenus en place pendant cinq ou six jours, quelquefois plus.
Dans cet intervalle, la dent doit être irriguée avec une solution détersive et antiseptique.
On combat l'inflammation qui suit généralement la réimplantation par des applications révulsives sur lagencive, une solution d'iode et d'aconit, par exemple, que nous avons déjà signalée.
Indications. — La réimplantation est indiquée lorsqu'une dent est extraite accidentellement par un traumatisme ou une faute opératoire, ou à la suite d'une périodontite chronique du sommet traitée par le canal sans succès.
La greffe par réimplantation tardive ne doit généralement pas excéder quelques heures. On cite pourtant des cas de succès obtenus après six heures.
La présence d'une fistule n'est pas une contre-indication. « Le maintien d'une fistule pendant les premiers jours qui suivent la greffe est même une condition essentiellement favorable au succès » (Magitot).
Complications. — En cas de suppuration persistante, la dent peut ne pas se consolider et être entraînée, au bout de quelques jours, hors de l'alvéole.
Contre-indications. — La réimplantation ne doit pas être tentée, lorsque la dent a été extraite à la suite de pvorrhée alvéolaire, de nécrose alvéolaire étendue ou sur des sujets débilités.
(jllEFFE DENTAIRE
Article II. — Transplantation.
La transplantation ou greffe d'emprunt peut être : A uiopl astique, lorsque ladent transplantée est extraite
du sujet lui-même ;
Hétéropiastique, lorsque la dent est fournie par un
autre individu.
Manuel opératoire On procède de même que pour
la réimplantation, au point de vue de l'extraction, de la préparation, de la mise en place et du maintien de la dent.
Pourtant il est nécessaire de prendre quelques précautions spéciales, que nous résumons ainsi, d'après Magitot:
La dent à transplanter doit avoir des dimensions moindres que celle qu'il s'agit de remplacer, afin d'éviter toute mutilation de la couronne ou de la racine; la même forme et la même direction, afin d'éviter tout déplacement et toute rotation sur l'axe, et, autant que possible, la même coloration.
Il faudra, dans le cas de périostite chronique de la dent à remplacer, pratiquer soigneusement le drainage du foyer, soit par la fistule, s'il en existe, soit par une ouverture artificielle.
Indications et contre-indications. - — La greffe par transplantation d'un individu à un autre est une pratique presque abandonnée de nos jours, par suite de l'immoralité des procédés employés pour obtenir les dents nécessaires pour cette opération. Pourtant dans le cas où des dents ont été extraites comme surnuméraires dans le traitement des irrégularités, elles peuvent être employées pour la transplantation.
Nous nous souvenons avoir, dans ces conditions, transplanté à une personne, dont la première bicuspide supé-
IMPLANTATION 3o I
rieure était atteinte de périodontite, la dent homologue jeune sieur, extraite pour faciliter le redressement de ses dents.
Néanmoins il importe dans ce cas de faire « une enquête minutieuse sur les antécédents pathologiques du sujet ; les découvertes sur le rôle des microorçanismes et des virus comme causes de maladies doivent rendre très circonspect avant d'essayer une transplantation de sujet à sujet, car la syphilis, la tuberculose, etc. , pourraient être inoculées par cette voie » (Dubois).
Article III. — Implantation.
L'implantation consiste à creuser des alvéoles artificiels dans les os maxillaires, pour y fixer les dents naturelles de dimension et de forme convenables.
Dans ce <?enre de greffe, l'alvéole est créé artificiellement.
On emploie des dents récemment ou anciennement extraites.
Manuel opératoire. — 1° Perforation de la gencive. — La gencive est ouverte par une incision en forme de croix ou de H (fi":. 88).
Ces quatre lambeaux serviront à s'appliquer ultérieurement sur le collet de la dent pour la consolider.
La perforation du maxillaire s'opère avec des fraises, des forets ou un trépan montés sur le tour dentaire (fiff. 89 à 93).
Ces instruments doivent être maintenus dans un état constant d'asepsie, en les trempant pendant la durée de l'opération dans m e solution de sublimé à "1 1000.
2° Préparation de la dent. — Pendant les manœuvres ci-dessus, la tient est plongéedansun récipient contenant de l'eau boriquée (i p. 100) ou du sublimé à 2/1000, dont la température est maintenue entre fi.'i0 et 60°.
Le canal radiculaire et la chambre pulparre de la de ni ont été préalablement obturés avec de la gutta-percha pour les trois quarts de la couronne et avec de l'or pour le quart apical (Andrieu).
3° Mise en place ou implantation de la dent. — La dent est essayée à plusieurs reprises, en ayant soin chaque fois de la replacer dans le bain antiseptique. L'articulation doit être essayée et assurée avant la fixation.
Mêmes moyens de contention que pour la réimplantation.
4° Procédé d' Amoëdo. — Amoëdo a modifié la techni-
Fig. 88. — Incision de la gencive (Amoëdo).
que de cette opération en décalcifiant une- couche de cément de 3/10 de millimètre d'épaisseur, afin de favoriser la consolidation des dents "'reliées. Il procède de la façon suivante :
« Il fait bouillir les dents dans l'eau phéniquée à 2 p. 100, les met ensuite dans une solution d'acide chlorhydrique à 10 p. 100, pendant trois ou quatre heures ; il essaie de temps en temps, avec un couteau stérilisé, la profondeur de la décalcification ; lorsque le couteau entre à un tiers de millimètre, il lave les racines et les neutralise à l'ammoniaque. Naturellement, lorsque la racine est pourvue de la couronne, il faut isoler celle-ci de l'acide avec un morceau de disque ou un tube en caout-