‹ Déontologie, ou Science de la moraleChapitre 12 sur 15 · II · texte numérisé non relu

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bieojEaûanoe active $ur une vaste échelle. Af ais dUnâ l'excitation que produit toute agglomération uombrewe ^ ce sont presque toujours les passions qui dominent; et lea pasaions de ïorst^ teuTy agissant sur celles de rauditeur, amènent des conséquences que la bienveillance déplore. Cette habitude funeste, et quelquefois perfide , d'attacher à la conduite dea qualifications d'éloge ou de blâme ; cette habitude de con^lérer les actions non sous kiu* véritable caractère , sous leur forme simple , mais en leur assodant des termes de louange ou de reproche , n'a que trop de chances de prévaloir dans des occasions où l'on a tout autant a cœur de remuer les passioans des hommes que de convaincre Leur jugement^ où le grand ob^t de l'ambitioa de l'orateur est de trouver de^ instrumens qui le mettent k même d'entraîner ses auditeurs aux conclusion& où il désire les amener. Maia que la loi déontologique soit présente à son espriA y et il ne désii^ra de triomphe que celui du principe qui a poKir objet la maximisât ion du bonheur des hommes. Si c'est là le but, le seul but qu^il se propose , la victoire de toute opinion plus conforme à ce principe que la sienne sera regardée par lui comme sa propre victoire.

Quel que soit l'objet utile que notre iuterven-

SGIEUrCIS DK LA MORALE. 3^3

lion ait pcmr ob^ d'aceonfiplit ^ le meiHétir mojen' d'atteindre ce bût est d'emplôyef k yéracitë et d'éloigner l'exagëration. Si nous avons à parler d'actions quelconques^ représentons-les comme elles sont^ sans y ajouter ces termes d'approbation ou de censure par lesquels nous avons coutume de distraire l'attention de Faction die même pour la reporter sur l'estimation que nous en faisons. La meilleure preuve, c'est le simple énoncé des faits ; la pire de toutes est tjelle qui commence par tordre et torturer les faits pour leur pilonner une forme prédétermii^e , et les comnraniquer ensuite aux autres en leur accola ntun jugemeiit tout Êiit . Or, l'homme qui, me demandant mon opinion sur la conduite ^'un autre , me £iit comfiditre sa propre opinion au moment où il m'adresse cette question , cet homme fait tout ce qui est en son pouvoir pour me priver de la faculté de former un ju- ^ment consciencieux^ et de m'exprimer avec véracité.

Signaler les abcis de l'administration publique ^st l'une, des hauti^ fonctions exercées par la bienfaisQiace^ effective , et la mission de la vertu intellectuelle est de faire en sorte, en les signalant, que leur suppression soit accomplie au prix du moindre sacrifice possible de h part de

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ceux qui sont intéressés à leur maintien ; car il arrive souvent que , dans notre empressement à écarter un mal y nous infligeons à un individu pu à une classe un mal plus grand que celui dont nous afiranchissons la communauté , et que les souffrances éprouvées par le petit nombre ne sont pas contrebalancées par les avantages obtenus pour le grand nombre. Lorsqu'on demande des réformes politiques y il est rare qu'on fasse entrer en considération , comme l'exigeraient la bienveillance et la moralité , la situation de ceux qui profitent de l'état de choses qu'il s'agit de réformer. « Détruire les abus » y c'est là sans doute la maxime d'une sage politique ; mais y en les détruisant y faites en sorte de créer le moins possible de désappointement , de molestation ou de peine. Un homme occupe une place dont le traitement est trop élevé; mais il l'occupe sous la convention tacite entre lui et les autorités publiques, que son poste lui sera conservé : est>41. sage, est-il juste de le destituer? Peu importe comment on résoudra cette question ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que le principe de la maximisa tion du bonheur, tout en veillant à ce que personne ne remplace cet individu aux mêmes conditions, fera en sorte également qu'aucun tort individuel ne lui soit infligé , et qu'un bien

public à venir ne soit pas acheté au prix de son malheur présent. '

On peut trouver dans quelques règles de la bienveillance et de la bienfaisance positive une source immédiate de bonhem^ au milieu des* événeméhs de la vie commune.

Toutes les fois que vous n'avez rien à faire, en d'autres termes, toutes les fois que vous n'avez en vue aucun objet spécial de plaisir ou de profit, de bien immédiat ou éloigné , mettezvous à faire du bien , de quelque nature que ce soit , aux hommes , à tous les êtres vivans rationnels ou irrationnels ^ à un seid ou à plusieurs, à un individu ou à la race tout entière.

En agissant ainsi , et dans la mesure de vos actes, vous amasserez dans les cœurs de vos semblables un trésor de sympathie et de bonne renommée qui sera à votre disposition quand vous en aurez besoin. Chemin faisant, quels que soient les résultats pour vous ou pour eux , vous aurez exercé vos facultés intellectuelles et corporelles , et par cet exercice vous les aurez for-

' C'est une chose remarquable dans Bentham, que cette généreuse sollicitude pour les intérêts individuels dans la réforme des abus politiques dont il fut toute sa vie l'adversaire inflexible et infatigable. C'est là que cette âme bienveillante se révèle tout entière.

3a6 DioMTOLOGie.

tifiées. En toot ca» , vous aurez éprouvé et goûté le plaisir d'exercer vos forces physiques ou morales; car Fexercice des forces a cela de particulier, qu'à lui seul il est un plaisir^ indépendamment des avantages qu'on peut retirer^ soit des fruits du travail, soit de tout autre résultat de cet exercice.

La chose ne saurait être contestée; Texpé^ rieiice universelle en offre la preuve ; témoin le plaisir que procui^nt les jeux d'adresse dont tout profit pécuniaire est exclu; par exemple, parmi les exercices de l'intelligence , le jeu d'échecs ou le jeu de dames; parmi les exercices du corps , les marches longues et rapides, les courses à cheval.

Quand vos efibrts ont pour but de fab^ du bien a un individu , en un mot , de lui rendre service , si vous avez le choix du mode ou des moyens , cherchez celui qui est le plus de son goût.

Si, suivant vos propres idées, vous Vobligez à votre manière et non à la sienne, vous pouvez réduire indéfiniment la valeur de vos services^ Si vous poussez trop loin cette prétention d'obliger un homme non comme il désire l'être y mais comme il doit l'être , comme il est de son intérêt qu'il le soit , votre action , au lieu d'être de

la bienfaisance , ne sera que de la tyrannie ; ce sera un exercice de pouvoir poiu* gratifier l'affection personnelle , non un acte de bienfaisance pour satisfaire l'affection sympathique ou sociale.

II est vrai que, pourvu que vous procuriez à l'individu en question un excédant de bien , vous avez la liberté dp régler vous-même la quantité de bien que vous produirez , et que cette quantité soit grande ou petite, c'est toujours un acte de bienfaisance; mais si, en vous imposant une légère contrainte à la suite d'un peu de réflexion, vous pouvez le servir à sa manière et l'obliger selon son goût , il y a de votre part fausse économie et faiblesse à préférer lui faire moins de bien à votre manière, tandis que vous pourriez lui en faire plus , lui rendre de plus grands services, en l'obligeant a sa manière et non à la vôtre.

Dans la croyance sincère que nous agissons sous la véritable influence de la bienveillance, nouS sommes quelquefois entraînés à des actes inopportuns et tyranniques. On s'ar<t)ge le pouvoir de faine ce qu'on croit être le bien. Faire h bien est un acte bienfaisant, d'où l'on Muelttl cfu'il faut le Élire. La bienfaisance est une vertu, 6t la vertu doit être praticpée dam tous le$ cas.

3î28 BjiONTOLOGIE.

Sous la foi de ce sophisme y on a inondé h terre d'un déluge de maux, et cela dans les intentions les plus bienveillantes.

Voilà où le mal prend sa source. Un homme s'imagine qu'il sait mieux que personne ce qui convient aux autres; qu'il connaît mieux qu'eux leurs sources de bonheur; qu'i^ possède des lumières plus sûi'es , et qu'ayant plus de puissance , il peut leur rendre ses lumières profitables. Il s'est formé des idées à lui de ce qui est bon. Il est fermement convaincu que telle ou telle chose est bonne ^ et comme elle est bonne ^ il prétend obliger les autres à la recevoir et h l'adopter, par le motif qu'elle est bonne et parce qu'il le sait par expérience.

Et cependant le despotisme n'est jamais plus funeste que lorsqu'il se produit sous le manteau de la bienveillance; il n'est jamais plus dangereux que lorsqu'il agit dans la conviction qu'il représente la bienveillance. •

Les plaisirs et les peines , les amertumes et les joies de l'existence d'un homme ne peuvent être appréciées que par lui. Ce n'est pas à la personne qui se pix)pose de faire le bien , mais celle à qui il est destiné, qu'il convient déjuger ce qui lui est bon. Il peut se faire qu'un autre ait pour but

d augmenter mon bonheur; mais je suis seul le gardien et le juge de ce bonheur. Ses sentimens ne sont ni ne peuvent êti*é les miens. Il ne peut comprendre mes sentimens que lorsque , seit par ses propres observations , soit par de libres communications de ma part, il est parvenu à découvrir les ressorts de mes actions , mes plaisirs et mes peines. Mais aucune observation de sa part, aucune communication de la mienne , ne peup^ vent l'avoir initié aussi complètement que moimême à mes jouissances et à mes soufTrances , et toute prétention à en savoir plus que moi a cet égard, est une velléité d'usurpation.

Evitez donc de faire du bien à un homme contré sa volonté, ou même sans son consentefnent. Obtenez d'abord son consentemeiit, ou soyez sûr de l'obtenir après. Si le bien que vous vous proposez de lui faire est tel qu'il doive réellement, dans sa pensée, ajouter à son bonheur, il ne vous opposera à cet égard aucune résistance. Nul ne s'oppose à voir augmenter son bonheur, lorsqu'il a des raisons de croire que cette augmentation aura lieu. Dans son intérêt, ne manifestez pas, dans le vôtre, réprimez le déplaisir que pourrait vous faire éprouver son refus du bien que vous lui offrez. Il y aura plus de véritable bienfaisance à vous abstenir qu'à

33o D^OBnroLOGic.

persister mal à propos dans le projet le plus bien^ faisant.

C'est à cette source , k cette prétention de (aire du bien aux autres en dépit d'eux-mêmes , que se rattachent les plus effroyables persécutions religieuses. Elles prenaient leur origine dans le désir d'être utile aux persécutés , de leur donner l'occasion de jouir de ce bonheur étemel dont •n supposait que leur persistance dans l'erreur les priverait entièrement. Et qu'on ne croie pas que ces forfaits qui ont couvert le monde d'un déluge de calamités y doivent être attribués à des intentions malveillantes* Faire le mal pour le mal n'est pas dans la nature de l'homme. Les attentats les plus horribles j les forfaits les plus dévastateurs et les plus meurtriers y si on remonta kleur origine, on n'y verra qu'une aberration du principe qui nous fait rechercher le bonheur; que la création d'un mal destiné à en empêcher un plus grand , mais se méprenant dans son but, et calculant mal ses moyens. Et ces méprises, ces erreurs de calcul , ce qui les a le plus mililti-* pliées, c'est le despotisme des intentions bienveik lantes; ce despotisme qui ne tient compte des individus qu'il soumet à son influence ; ce de^^O" t«me qui impose sa volonté pour mesure du bonheur d'autrui. Un homme qui , par principe.

se prétend , ou est en efièt un bienfaiteur , en dépit et contre la volonté de ceux que son intention est de servir , n'est qu'un tyran des plus funestes : bienfaisant ou non d'intention y il est nécessairement malfaisant de fait.

Nos motifs pour rechercher la bonne opinion des autres seront proportionnés au pouvoir qu'ils ont de nous être utiles. L'infériorité de position sociale diminue les moyens d'action bienveillante^ et permet à peine l'exercice de la bienfaisance positive* Il y a deux moyens de nous concilier l'afTection et la sympathie de nos supérieurs : en nous accommodant à leurs désirs et a leurs plai-^ sirs y ou en manifestant des talens à l'exercice desquels ils puissent prendre un intérêt ultérieur, et qu'ils puissent espérer approprier un jour à leur usage. Mais cette dernière condition exige des talens éminens, et n'est accessible qu'à un petit nombre d'individus ; l'autre est à la disposition de tous.

A mesure que l'homme grandit en supériorité y il croit en utilité. En effet, la supériorité représente le pouvoir, le pouvoir sous ses formes diverses : le pouvoir du bien, le pouvoir du mal. Associer tout le pouvoir que nous possédons à l'exercice , et oonséquemment à l'habi--^ tude de la vertu , c'est donner à la vertu tous

33a DfONTOLOGIK.

ses développemens. Quelles doivent éti*e les ii«mites de cette bienveillance ? Elle doit embrasser tout ce qui est susceptible de peine ou de plaisir; elle ne doit pas être bornée par les limites de famille , de caste , de province ou de nation ; pas même par celles de la race humaine : elle ne doit reconnaître de limites que celles de la prudence. La prudence ne doit pas permettre que l'individu sacrifie plus de bonheur qu'il n'en gagne. La bienveillance exige que chaque homme contribue le plus possible à accroître le capital du bonheur universel.

A cette universalité de bienveillance y on a fréquemment objecté cpi'elle affaiblit les liens d'amitié et de famille , et donne moins de jouissances au grand nombre qu'elle n'en retire au petit nombre. Et pourquoi? L'expérience prouvet-elle que, dans les véritables philanthropes, il y ait absence des affections domestiques? Ceux qui sont en contact avec eux ne leui' offrent-ils pas l'occasion d'employer le langage et le caractère qui constituent la bienveillance? Ne devonsnous pas croire que le principe social a nécessairement plus de force et' d'influence lorsqu'il met son possesseur à même d'agir sur le champ si vaste du bonheur public? En général , loin de négliger les jouissances de ceux qui sont sous

sa dépendance immédiate , le véritable ami des hommes fait réagir sur le cercle de leurs jouissances privées Tinfluence bienfaisante qu'il exerce sur une plus vaste échelle. Ce qu'il fait pour le bonheur du genre humain est autant d'ajouté au bonheur qu'il crée dans sa sphère sociale particulière. Que personne ne craigne > ni pour lui ni pour autrui , de produire trop de bien , d'écarter trop de mal. Ce n'est pas en faveur de la bienveillance expansive qu'une méprise est à craindre. Qu'il fasse tout le bien qu'il peut , partout où il peut : il n'en fera jamais trop pour son propre bonheur ou le bonheur' des autres.

Ce qui peut beaucoup ajouter à l'immoralité des actions malfaisantes , c'est l'absence de tentation; lorsque, par exemple, le mal est fait sans besoin, et que, par cette cause ou par toute autre , le plaisir acheté par le malfaiteur est peu de chose , comparé ati dommage qu'il inflige à sa victime. C'est ainsi que le vol commis par un homme riche est bien plus coupable que de la part d'un homme pauvre; et dans le domaine de la bienfaisance active ou positive, lorsque le bien accompli a exigé quelque effort spécial en conséquence de la situation du bienfaiteur, le mérite (en supposant toujours que les lois de la

prudence ae soient pa» ykAée») sera propoi^ tionuë à la grandeur du sacrifice* De même qu'un acte nuisible sera natureUement regardé comme lUie preuve de malveillance s'il a pour conséquence naturelle la production d'autres actes nuisibles ; de même , les actes bienfaisans les plus louables seront ceux cpii auront pour résultat et pour effet la création d'autres actes de btenfaîsance , c'est-à-dii^e , lorsqu'un acte vertueux sera jNX)ducti£ d'autres actes de vertu.

li'exercice de la bienveillanoe effective positive Rmène une augmentation dans le pouvoir qui constitue la supériorité. De deux hommes occupant une position égale à l'égard d'autrui ^ cehd qui contribuera plus au bonheur des autres obtiendra infailliblement plus d'influence, et disposera d'une plus grande quantité de services. Il fortifiera sa position en augmentant le nombre de ses bonnes actions. Tout bienfait qu'il aura conféré à autrui lui sera productif. Les bienfaits que nous conférons aux autres augmentent la somme de pouvoir dont ils disposent ; et toute augmentation dans le pouvoir de ceux qui ont la volonté de nous rendre service est un accroissement de notre pouvoir. Heureusem.ent qu'il n'y ^ pas de limites à l'intérêt composé que le» actes bienveillans rapportent à la bienveillance efièe^

live. De& semences déftosée» par la vertu y il en esl bien peu qui ne fructifient.

Et k reconnaissance que nous témoignons à celui qui nous a fait du bien est, de notre part^ un acte de bienfaisance positive.

On peut établir en principe qu'un homme voit le capital de ses plaisirs augmenter en proportion de la somme dé plaisirs qu'il confère à autrui. Sa générosité deviendra la mesure de son (^lence. Toutes les fois qu'il se crée un plaisir' par la communication d'un plaisir ou la suppression d'une peine y il augmente la somme de aoa propre bonheur d'une manière directe, prompte^ certaine. Toutes les fois qu'il oblige quelqu'un , il augmente la somme de son propre bonheur d'une manière indirecte, éloignée, lente; mais^ dans les deux cas , la bienveillance ajoutera à son bien-être.

Que conclure de là? Lorsque voufi n*avez pa»

l'occasion d'ajouter à votre bonheur d'une manière directe, cherchez les moyens d'y &ire des additions indirectes. Dans le domaine de la bienveillance active , il y a toujours à faire. .

La nuit est destinée au repos; commtent pouvez -vous mieux employer la journée €{u'â la recherche du bonheur? Vous ne pouvez pas toujours ajouter à votre capital par des moyens dî-

rects; il vaut mieux y ajouter par des moyens indirects que de n'y rien ajouter du tout. Ces moyens indirects consistent dans les oeuvres de bienfaisance.

Peut-être prëférez-yous les plaisirs solitaires. Vous êtes seul ; vous fumez votre cigare , vous buvez votre café : vous faites bien si votre jouissance ne cause de molestation à personne. Mais quels objets occuperont votre pensée? Elle ne peut être mieux occupée qu'à réfléchir a tous ces moyens divers d'être utile y que vous pouvez faire servir à votre propre bonheur , bien * que leur objet principal semble être le bonheur des autres.

Nous avons signalé la promptitude comme l'une des manifestations de la bienveillance effective. En général^ une attention immédiate aux matières qu'on nous présente, épargne beaucoup de peine, ou communique. quelquefois beaucoup de plaisir.

Les délais ne font qu'exciter de fausses espérances , que tenir péniblement l'esprit en suspens. Dans les fonctions publiques , où les matières à examiner sont souvent de la plus haute importance, ce qui rend naturellement plus intense la sollicitude de celui que la matière concerne, la vertu qui évite les délais est particu-

lièrement méritoire. Sous ce rapport on peut citer en Angleterre l'administration des postes comme un véritable modèle. Là, la promptitude est à Tordre du jour, et toutes les deman-» des y sont l'objet d'une attention immédiate. C'est là une honorable distinction , à laquelle on ne saurait donner trop d'éloges. Toutes les fois que cette vertu est pratiquée, si rien n'est ajouté au bonheur, il y a toujours quelque chose de retranché à l'inquiétude.

Si chaque jour nous notions dans notre mémoire les petites circonstances qui nous ont plu dans la conduite des autres, afin de l'imiter dans l'occasion, et dans l'intérêt d'autrui; si, d'un autre coté , nous r^narquions les causes de molestations créées par les autres, dans l'unique but de les épargner à nos semblables dans nos rapports avec eux , il ne se passerait point de jour, que nous n'ajoutassions quelque chose à notre provision de vertu.

Vous sortez de votre domicile le matin ; beaur coup de circonstances peuvent se présenter où il serait utile et pour votre Ëimille et pour les étrangers , de connaître l'hem^e de votre retour. Dites donc l'heure à laquelle vous ci*oyez pouvoir rentrer; et faites en sorte, dans' l'indication que vous donnerez, d'être aussi exact que

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