PRINCIPES GÉNÉRAUX
L^OBJET du Déontologiste est d'enseigner à l'homme à diriger ses affections^ en sorte qu'elles soient le plus possible subordonnées à son bienêtre. Chaque homme a ses peines et ses plaisirs qui lui sont propres y et avec lesquels le reste des hommes n'a aucun rapport; il a aussi des plaisirs et des peines qui dépendent de ses relations avec les autres hommes y et les enseignemens du Déon-
tologiste ont pour but de lui apprendre y dans l'un comme dans l'autre cas y à donner au plaisir une direction telle qu'il soit productif d'autres plaisirs; et une telle direction à la peine qu'elle devienne y s'il est possible y une source de plaisir^ ou du moins qu'elle soit rendue aussi légère y aussi supportable y et aussi transitoire que possible.
Abstractivement parlant, tout peut se réduire à une seule question. Au prix de quelle peine future , de quel sacrifice de plaisir à venir, le plaisir actuel est-il acheté ? Par quel plaisir futur peut-on espérer que la peine actuelle sera compensée? La moralité doit sortir de cet examen. La tentation est le plaisir actuel; le châtiment est la peine future; le sacrifice est la peine actuelle; la jouissance est la récompense future. Les questions de vice et de vertu se bornent pour la plupart à peser ce qui est contre ce qui sera.
, L'homme vertueux amasse dans l'avenir un jLvésor de félicité; l'homme vicieux est up prodigue qui dépense sans calcul son revenu de bonheur. Aujourd'hui l'homme vicieux semble avoir une balance de plaisir en sa faveur; le lendemain le niveau sera rétabli , et le jour suivant on verra que la balance est en faveur de l'homme vertueux. Le vice est ua insensé pra-
SCIENCE DE LA MORALE. Sq
digu^int ce qui vaut beaucoup mieux cjue la richesse^ la santé 9 la jeunesse et la beauté^ c'està-dire, le botiheur; car tous ces biens s^ins \e bonheur n'ont aucun prix. La vertu est un économe prudent, qui rentre dans ses avances et cumule les intérêts.
Il est des momens plus propices que d'autres pour l'accomplissement des devoirs du péontologiste , c'est lorsque saisissant l'occasion où la pensée est paisible et calme , où les passions font silence , il recueille dans son esprit ou transmet à Tesprit des autres ces instructions , qui plus tard, au milieu des tempêtes de l'âme, pourront être mises à profit.
Le temps le plus convenable pour planter l'arbre de la vérité, c'est lorsque l'atmosphère de l'âme est libre et calma. Les vérités ainsi dé^ posées dans l'âme, peuvent, au moment de l'orage, déployer leur salutaire puissance. Il est des occasions où les aflections se prêtent d'une manière toute spéciale l'influence des inspirations vertueuses.
U est des heures de bien-être, des heures de soleil et de sérénité, qui nous disposent à accueillir les impulsions de la prudence et de la générosité. Daqs de pareils momens, un mot placé à propos pçut laisser après lui d'heureux
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résultats ; la loi déontologique présentée habilement y peut faire dans l'esprit une impression durable, et devenir un moniteur pratique et efficace , au moment où des impulsions imprudentes ou nlalfaisantes voudraient nous égarer ; car ramener la passion dans les régions de la vertu, en sorte que la vertu puisse régner d'une manière souveraine, ou conduire avec un égal succès la vertu dans le domaine de la passion , c'est là le plus beau triomphe qu'il soit donné à la morale d'obtenir; triomphe qui ne peut être maintenu que par cette prudence prévoyante, qui pourvoyant aux besoins de l'avenir, amiasse des trésors de préceptes^ utiles. Ce n'est pas au milieu de la tempête que les tentations soulèvent en nous , que nous pouvons chercher avec sécurité les motifs propres à réprimer ces mouvemens de notre âme. Recueillons les règles y fixons en nous les motifs, dans l'absence des tentations, et c'est ainsi, et seulement ainsi que lorsque les tentations seront présentes, nous trouverons sous notre main des argumens à leur opposer.
Lorsque du coBur calmé les orages se taisent , Que de la passion les tumultes s*apaisent , Homme I de la sagesse amasse les trésors !
Les passions plus tard redoubleront d'efForts;
SGIEICCS DE LA MORALE. ^t
La sageése opposant sa digue à cet orage ,
Tu yërras sa fureur expirer sur la plage.
Le ruisseau qu'un caillou naguère eût arrêté,
Roule aujourd'hui les rocs dans son cours indompté.
Le principe de l'utilité, ou plutôt le principe de là maximisa tion du bonheur, a cet avantage sur tous les autres , que toutes les fois que des opinions divergentes , qui reconnaissent l'autorité' d'un autre principe, viennent à s'accorder, c'est sur le terrain de l'utilité que se conclut cet accord. Lorsqu'elles ont entre elles un point d'union ou d'harmonie, c'est là qu'il se manifeste. Lors même que des hommes s'accordent à reconnaître une certaine autorité, comme un livre , une loi , on trouvera plus de difficulté à leur faire adopter à cet égard une interprétation commune , que s'il s'agit d'une question soumise à la loi déontologique. Que dans une occasion donnée , on invoque , comme la seule règle de rectitude , soit les articles d'un code , ayant l'aù* torité pour base, et s'éloignant entièrement dé l'application du critérion utilitaire, soit le texte d'un livre de morale ; et l'on verra que ceux qui reconnaissent l'autorité du code ou du livre , seront bien moins unanimes dans leurs suffrages, que ne le serait le même nombre d'individus qui.
49 D^NTOLOGIE.
prenant Tutilité pour règle fondamenUle) auraient à émettre une décision sur le point en question.
Et en eflèt, sous l'influence de l'impulsion aveugle et instinctive, les hommes, depuis l'origine du mpnde, out été dans l'habitude de consulta le principe de la maximisation du bonheur; et toutes les fois qu^ils ontagiraisonnaHeiyieQt, ce principe a été leur guide. Us l'ont suivi sans se douter de son existence ; comme lorsque le ciel est vôilé.de nuages, les hommes marchent à la clarté du jour, sans attribuer ce jour qui les éclaire à l'astre caché à leurs regards. Helvétius est le premier moraliste dont les yeux se soient fixés sur le principe utilitaire. Il en vit l'éclat et la puissance , et c'est sous son influence et échauffé de ses rayons , €[u'il formula ses raisonnem^ps.
Nous avons fréquemment rappelé le jurincipe général. La morale est l'art de maximiser le bonheur. Ses lois nous prescrivent la conduite dont le résultat doit être de laisser à l'existence humaine, prise dans son ensemble, la plus grande quantité de bonheur.
Or , la plus grande quantité de bonheur doit dépendre des moyens^ des sources ou des in-* strumens par lesquels les causes de bonheur sont produites , ou les causes de malheur évitées.
SCIENCE DU tA MORALE. 4^
En tant que ces causes sonl accessibles à rhonuue et sous Tinfluence de sa volonté, et deviennent la règle de sa conduite pour la pro^ duction du bonliaur, cette conduite peut être désignée par un seul mot, cfèui dd^veftu.; ai tant que , sous l'empire jdes .mêmes eirconrstances, la conduite qu'elles amènent produit un résultat de malheur, iQCtte conduite est désignée par un mot d'un caractère contraire, celui de mce.
Il suit de là que ce qu'on nommera Vertu n'aura mérité ce nom qu'autant qu'il coqtri^ J)uera au bonheur > au bonheur de l'individu lui-même, ou de quelque autre personi\Q. De m^me, on ne pourra donner le nom de vice qu'a ce qui sera productif de malheur.
Les sources du bonheur sont ou physiques , ou intellectuelles : c'est des sources physiques que le moraliste s'occupe plus spédalemiend:. La culture de l'esprit, la création àii plaisir par l'action des facultés purement iqtellecfcualles 9 appartiennent à une autre branche d'iostruc* tion.
Or, comme le bonheur de tout homme dé^ pend principalement de sa propre conduite , soit envers luinnéme^ soit envers les autres, dans toutes les occasions où il exeix^e une influence
quiconque sur leur bonheur, ii nous reste à donner à la théorie de la morale sa valeur pratique, en en Élisant l'application aux circonstances de la vie, et en groupant les actions humaines sous les deux grandes divisions que nous avons si souvent indiquées , nous voulons dire la prudence et la bienveillance.
Il semble, au premier aperçu, que les considérations de la bienveillance doivent l'emporter sur les considérations de prudence, en ce sens que la carrière où se développe l'action de la prudence est étroite et tout individueUe; celle de la bienveillance , au contraire , sociale , vaste, universelle. Néanmoins, c'est à la prudence à avoir le pas ; car, bien qu'elle ne re* garde qu'un individu , cet individu est l'homme lui-même ; cet individu est l'homme sur les actions duquel il s'agit d'exercer une influence que nul autre que lui ne peut exercer. Un homme peut disposer de sa volonté; mais il n'a sur la volonté des autres qu'une autorité limitée. Et cette autorité même, la possédât-il, les affections personnelles et prudentielles sont plus essentielles à l'existence, et conséquemment au bonheur de l'homme , plus essentielles à chaque homme en particulier, et par conséquent à la totalité de la race humaine , cpie ne le sont les affec-
tiens sympathiques. Il est d'ailleurs plus simple et plus facile, jpour traiter conyenablemeiit cette matière, de commencer par un individu isolé avant de passer aux rapports de cet individu avec le reste de la société. Il est donc naturel que nous nous attachions d'abord à rechercher l'influence de sa conduite sur son propre bonhem*, là où le bonheur d'aucun autre individu n'est en question; nous devrons ensuite examiner quelles sont les lois de la prudence qui comprennent dans leur sphère le bien-être d'autrui; et , enfin , nous aborderons la partie la plus vaste de ce sujet , la considération des lois de la bienveillance efiective.
On a trop fréquemment attaché aux considérations personnelles une sorte de discrédit, parce que, dans leurs calculs erronés, on leur a laissé envahir et troubler les régions de la bienveillance ; parce qu'il est quelquefois arrivé que les sympathies bienfaisantes leur ont ^té sacrifiées. £t une estimation erronée de ce dont la nature humaine serait capable, si l'on pouvait réussir à faire prépondérer le principe social sur le principe personnel, a conduit certains hommes à conclure qu'il existe des raisons suffisantes pour commander et justifier le sacrifice de la personnalité. Des animaux du même sexe se rassem-
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blent^ a-t>ou dit, qui n'ont, par conséquent, aucun besoin à satisfaire par leffr réunion, et qui n'obéissent en cela qu'à un instinct d'agrégation. On en conclut que" l'homme recherche la société pour elle-même; qu'il y a en lui un instinct irrésistible de sociabilité indépendant des jouissances qu'il en retire. Mais la vérité de cette assertion peut être mise en doute. Il y a tout lieu de croire que le principal motif qui réunit les animaux, est la nécessité de se procurer leur nourriture et de se défendre (et c'est assurément là un motif personnel). Le lien le plus fort est, sans contredit, la communauté de besoins et de dangers; et c'est elle qui détermine le plus souvent l'association de certains animaux. Ceux , au contraire , qui ne trouvent dans letws semblables aucune assistance, soit pour se nourrir, soit pour se défendre; ceux chez qui la rareté et la nature précaire de leurs moyens de subsistance , crée une opposition d'intérêts , et c'est dans cette catégorie qu'il faut ranger les principaux animaux de proie, comme le lion, le tigre, etc., ceux-là ne s'associent pas; et s'il en est autrement pour ceux d'entre eux qui sont plus faibles , tels que les loups , par exemple , on peut attribuer cette différence à l'impossibilité où se trouve chacun d'eux isolément de vaincre
les animaux qui sont leur proie habituelle. Ils s'attaquent aux cheTaux et aux boeufs qui sont plus forts qu'eux 9 et aux moutons qui sont veillés et gardés par les hommes leurs propriétaires. Le renard est un animal carnassier^ et rarement il s'associe ; mais y aussi , il a pour proie la volaille et des animaux plus faibles que lui. Ses intérêts étant d'une nature solitaire plutôt que sociale^ son caractère et sa condition sont de la même nature.
Ainsi la prudence se divise en deux classes : la prudence qui ne concerne que nous^ la prudence isolée , lorsqu'il n'est question que des intérêts de l'individu lui-même; et la prudence qui concerne autrui^ celle dans laquelle il est question des intérêts des autres; car, bien que le bonheur d'un homme soit nécessairement et naturellement son objet principal et définitif, cependant , ce bonheur dépend tellement de la conduite des autres à son égard, que la prudence lui fait un devoir de chercher à régler et à diriger cette conduite dans le sens le plus favorable à ses intérêts.
De là l'association de la prudence à la bienveillance; de là la nécessité de s'assurer des prescriptions de la bienveillance effective, ne fât-ce qu'en vue des intérêts de la prudence.
48 OEOKTOLOGIE.
De même la bienveillance soit négatÎTe , comme lorsqu'un homme s'abstient de faire ce qui peut nuire à autrui^ soit positive^ comme lorsqu'un homme confère du plaisir a autrui; la . bienveillance est de deux espèces^ l'une praticable sans sacrifice personnel , l'autre dont l'exercice exige ce sacrifice.
Pour ce qui est de l'application de ces principes à la pratique^ comme ils portent sur toutes les choses de la vie^ sur les événemens de chaque jour, de chaque existence individuelle , et comme ces événemens sont variés à l'infini dans leur caractère y il est évident que tout ce que nous pouvons faire c'est d'établir des règles générales, et de donner quelques exemples à l'appui. Ces exemples seront comme ces lampes dont la flamme, bien qu'exiguë, étend au loin sa sphère lumineuse. Dans tout l'édifice moral, il y a unité , simplicité , symétrie ; chaque partie fait comprendre toutes les autres; chaque fragment donne le caractère, la mesure du tout. Une fois qu'on quitte le cercle du vague et du dogmatisme , tout est harmonieux dans le code moral , qui ne comprend qu'un très petit nombre d'articles , lesquels sont applicables à tous les cas possibles, et résolvent toutes les questions discutables.
SCIENCE DE lâA MORALE. 49
L'amour du moi sert de base à la bienveil-' lance universelle ; il n'en saurait servir à la malveillance universelle : et c'est, ce qui prouve l'union intime qui existe entre l'intérêt de l'in-" dividu et celui du genre humain. \
' Cette union s'appuie aussi sur le désir univeiv sel d'obtenir la bonne opinion d'autrui. Nul homme n'est insensible à l'expression de I approbation et de l'estime; tous y trouvent des sources de satisfaction } car si au sourire et aux éloges étaient joints des coups de verges^ et qu'au contraire un front sévère et des reproches fussent accompagnés de dons précieux y qui n'éviterait pas le sourire, qui ne rechercherait pas là physionomie sévère? on ambitionnerait les reproches comme on ambitionne aujourd'hui les éloges; la sévérité du visage répandrait la joie qui accompagne maintenant le sourire ^et le sourire lui*méme serait l'avant-coureur de la tristesse. Le besoin de la louange se mêle aux premiers développemens de notre sensibilité ; nul de nous ne se rappelle l'époque où qp désir n'existait pas en lui ; et le regard perçant du philosophe , ses recherches s^ttentives ne sont pas nécessaires pour établir un principe incorporé aux bases mêmes dé notre nature. Se manifes^^ tant de si bonne heure dans l'homme, fortifié par II. 4
5o BiONTOLOGIE.
un exerdioe répété et habituel ^ ce désir d'appro* bation devieut indissolublement et intimement uni à nos besoins physiques; il s'y trouve telle* ment associé qu'il est difficile de le détacher de ridée d'un plaisir personnel. U semble que la louange soit désirée pour elle-même; mais le désir est tellement uni au principe personnel ^ qu'il y a impossibilité de les séparer.
Rien d'intéressant comme de suivre la bienveillance dans son origine et ses développemens^ dont le résultat est d'associer la vertu au bonheur. Un enfant reçoit des éloges et des témoignages d'affection lorsqu'à la voix maternelle il cesse de pleurer , ou avale une médecine , ou lâche UB objet qu'il avait indûment saisi. C'est alors qu il £iit ses premiers sacrifices au principe moral ^ au principe source du bonheur ^ et ils trouvent leur récompense. Son affection pour 36$ parens^ ses frères» ses soeurs » sa nourrice y les personnes qui le servent » nait de sa sensibilité physique » laquelle est éveillée au sentiment du bonheur par l'action même de cette affection.
Et qu'on n'objecte pas ici que cette marche est trop compliquée y trop confuse » trop longue et trop difficile pour l'intelligence de l'enfant. La gradation suivie par la nature dans la production des résultats y est la seule cause de la diffi-
SCIENCE DE LA MORALE. 5l
cuite qu'on ëpt*ouve à les exprimer j et l'absence de mots convenables pour rendre ces divers phénomènes nous fait croire à tort que ces phéno-»mènes sont compliqués et confiis. Nier la con^ nexion y c'est nier l'association des idées dans l'esprit des enfans ^ bien que cette association se manifeste dès les premiers dévelôppemens de l'intelligence ; et si l'on s'en étonnait^ il faudrait s'étonner aussi de voir iiu enfant étendre ses mains plutôt que ses pieds pour saisir un objet , ou diriger , sous le point de vue organique , ses petits moyens vers une fin»
Lorsqu'ensuite Tenant est devenu homme ^ lorsque la nature^ l'armant de facultés et de pas^ sions nouvelles, lui commande de plus ambitieuse efforts , la soif dé la louange devient pltkjs aiv dente. C'est pour elle que l'homme sacrifie son repos; pour eHe qu'il se précipite au milieu des douleurs de la vie publique ^ k travers une armée de compétiteurs^ et dans une carrière de fbtigues et de dangers ; c'est pour elle que y dans des mc^ mens plus heureux y l'homme de bien perçant les phalanges , et bravant les dards de l'ignorance et de l'envie , se dévoue à Tfîeuvre pénible de la félicité publique , à laquelle il a fuit d'avance le sacrifice de sa propre tr&nqiliUité.
Le monde présente à nos regards une con^^
5 a DÉONTOLOGIE.
Gurrence si universelle et si constante pour. c>l>tenir le respect, Festime et Tamour des autres; la dépendance où chaque homme est de ses semblables est si évidente et si intime, qu'une certaine portion de bienveillance est presque une condition nécessaire de l'existence sociale. Il est vrai que ceux à qui leur position permet de disposer avec le plus de facilité des services des autres, sont ceux qui les estiment au prix le plus bas ; et que celui qui en éprouve le plus le besoin , est aussi celui qui a le plus de peine à se les procurer. Ms^is il n'est pas d'honmie si pauvre, qu'il ne puisse, par sa bonne conduite, accroître la disposition de ses semblables . à lui être utile; pas d'homme si puissant, qu'il puisse dédaigner les services d'autrui sans en diminuer la somme, sans en réduire la valeur et l'efficacité* Nul n'a le privilège d'une indépendance absolue; et s'il était possible de concevoir un homme se suffisant à lui-même pour toutes ses jouissances, un homme ne recevant ni peine , ni plaisir des événemens et des personnes qui l'entourent, cet homme-là ne serait pas un objet d'envie; comparé à lui, l'hyssope serait un être privilégié, puisque quelques marques d'attention peuvent du moins ça et là. lui être accordées, tandis que l'homme, éloigné des régions de la sympathie.
se verrait, par cela même, exilé de celtes de- la bienfaisance.
L'énergique activité du sentiment bienveillant n'a pas de fondement pli» solide que la dépendance mutuelle de chaque homme à l'égard d'un autre, ou de tous les autres membres de k famille humaine; et c'est dans cette dépendance qu'il faut chercher le contrôle à opposer aux affections malfaisantes; car si ni la haine, ni l'amour, ne produisaient de réaction , si un homme pouvait exercer sur le» autres son mauvais vouloir sans être payé^ de retour par leur mauvais vouloir; et, d'autre part, s'il prodiguait ses affections sympathiques en pure perte, sans éveiller une réciprocité de sympathie en sa faveur, le lien qui unit la prudence k la bienfaisance n'existerait plus. Si un homme inflige de la peine à un autre j soit par ses paroles , soit par ses actes , il est dans la nature des choses que cet autre s'efforce de liii infliger une peine en retour.
La haine produit la haine, par voie de représailles et comme moyen de défense. C'est un instrument de châtiment prompt et quelquefois vindicatif, qui, jusqu'à un certain point, est k la disposition de celui qui l'emploie. Il est sans doute des cas où la disposition k rendre le mal pour le mal est réprimée par les principes d'une
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Afin d'appliquer cette règle générale à tous les cas particuliers y il faut que le Déontologiste considère : i"". les diverses formes sous lesqudlés la peine peut se produire ^ car elle est multi*^ forme; 2*"* les occasions dans lesquelles elle peut se produire, occanons qui se présentent toutes les fois que des rapports s'établissait enti% nous et nos semblables; 5"*. les personnes sur les^ quelles elle peut se produire, et 4''' ^^^ actes par lesquels elle peut se produire. Ce sont là des élémens importans à connaître , en ce qui concerne la soufirance. Quand on examine lautre côté de la question , quand il s'agit d'évaluer le bien dont l'existence peut seule contre-baknoer et justifier le mal , il faut produire la. quantité de ce bien ; la situation et la sensibilité des personnes qui doivent profiter du bien qui résuW tera; et quand elle n'est pas appréciable dans tels ou tels individus en particulier, son existence, à l'égard des hommes en général, doit être démontrée. Nous aurons, par la suite, l'occasion d'appuyer d'exemples cet important principe. Ici nous n'avons voulu qu'appeler l'attention sur cette matière , et poser la rè^e générale. Les dé-ductions abonderont dans l'esprit des penseurs. Ils verront que le seul fSsiit d'une conduite répréh^sible, de la part d'autrui, ne saurait, par
56 DéOITTOLOGiE.
loi -même 9 justifier l'infliction d'une peine. Si cette infliction est destinée à empêcher la répé-r tition de la conduite en question^ alors il peut être sage et moral d'infliger la peine : ici l'uti- Ktë de la peine est évidente; mais on ne doit créer aucune peine ^ ni supprimer aucun plaisir, sans qb'il y ait un but approuvé par l'utilité. 11 suit de là que le reproche, le mépris, dirigés contre les autres , en conséquence de quelques défauts irrémédiables, sont des inflictions de peines inutiles, cruelles, immorales : des imperfections soit physiques , soit intellectuelles , qu'il est impossible de contrôler ou d'extirper, ne sauraient être l'objet de chàtimens quelconques. La stupidité, les travers de l'esprit, les défauts de caractère , lorsqu'ils ne peuvent plus être réformés, lorsqu aucune attention ne peut les guérir, ne sont point dea objets susceptibles d'être corrigés par une inutile infliction de peines. Combien cette infliction est moins justiâablé encore quand elle ne fait qu'exaspérer la victime et aggraver le défaut I
En amenant la conduite dans la région des plaisirs et des peines, on facilitera beaucoup ses recherches si l'on remonte à la source des actions, et si l'on distingue lés relations qui exis-r teut entre les impulsions auxquelles ces actions
doivent naissance. C'est daps les émotions, les affections j les passions et les humeurs j soit iso* lées, sôît réunies, que l'action prend sa source, et chacune d'elles présente des élémens de jouissances et de souffrances. On dit qu'un acte est l'effet d'une émotion, quand le motif par lequel il est produit est un plaisir ou une peine d'un caractère transitoire. Lorsqu'une situation permanente et habituelle de Fesprit , par exemple , la sympathie ou l'antipathie pour un individu, a créé une disposition continuelle à obliger ou à nuire, le motif est le résultat d'une affection ; quand l'émotion devient véhémente , qu'elle s'allie ou non à une affection habituelle , on appelle ses conséquences l'efjfèt de la passion. Le caprice participe davantage de la versatilité dû caractère, et implique soumission des émotions ou de la passion à une prédétermination de l'intelligence; c'est ainsi qu'on dit : « C'était mon caprice. J'ai soumis mes actions à ma volonté du moment ; je n'ai eu pour motifs que mon caprice. »
Mais parmi les sources d^erreurs de jugement, parmi les causes de despotisme^ Tune des plus fécondes est l'empressement à rechercher les motifs qui dirigent les hommes. Partout on entend invoquer la pureté des motifs , ou accuser
leur impureté ^ pour excuser, justifier, louer, ou pour blâmer , réprouver , oondamner. Tout le domaine de l'action est hérissé de prétentions semblables, affichées avec persévérance, con* stamment invoquées , et qui n'ont le plus sou« vent d'autre base que les assertions de l'individu qui justifie ou qui accuse. Pourquoi cette persistance opiniâtre dans une habitude aussi funeste au bien-être général? C'est que d'abord les affections personnelles sont flattées par ce mode de procéder. Il met l'écrivain ou l'orateur à même d'établir sa règle fondamentale du bien et du mal; il lui épargne la nécessité pénible de rechercher les conséquences des actions ; il le met à même d'introduire les opinions d'autrui dans l'esprit d'un autre individu chez qui elles ne trouvent point de lumière qui les guide , et qui^ par son indolence même , n'est que trop di^osé à laisser consacrer l'usurpation. Si un homme veut déterminer la valeur d'une action par ses conséquences , il lui faut faire une étude de ces conséquences; il faut qu'il les présente à ceux dont il désire obtenir l'approbation ou la condamnation de cette action : s'il en impose , il sera contredit; on le reprendra, s'il erre volontairement ou involontaire^nent. Les lacunes qu'il laissera , on pourra les remplir; on pourra
réduire ce qu'il aura exagéré ; il faut , en un mot 9 qu'il produise ses témoignages , et qu'il établisse complètement la vérité de ses asser-^ tions. Mais si, au contraire, il lui est lobible d'é* tablir , de son autorité privée , et sur sa seule parole, que l'auteur de l'acte en question avait un bon ou un moussais motif, dès lors la mission du juge est facile. Ses arrêts sont bientôt rendus ; plus d'embarras , plus de complications. Le bien et le mal apparaissent tout d'abord ; et des fonctions , qui ne devraient être le partage cpie de la philosophie et de la raison , sont usur* pées par l'étourderie et la suffisance.
Les imputations de motifs sont un des instrumens les plus dangereux pour attaquer un adversaire, et constituent l'une des bases les plus trompeuses sur lesquelles on puisse asseoir un jugement } car les motifs ne peuvent être connus que de celui-là seul dont la conduite est en question , et ne peuvent être que devinés par les ,àu>tres. Cette disposition dans l'improbateur ou le justificateur d'une action, à l'estimer digne d'éloge ou de blâme, non en raison de ses résultats, mais en raison des intentions impénétrables de son auteur^ peut anéantir tout l'honneur et toute la récompense d'une conduite vertueuse , sous prétexte que ses motifs étaient mauvais ; comme
6o IxiOJfTOLOGIE.
aussi tout le déshonneur et tout le châtiment dû à une conduite vicieuse^ sous prétexte de la bonté des motifs qui l'ont amenée. Mais , d un autre côté y il ne faut pas oublier que toute imputation mal fondée n'est pas nécessairement inventée avec mauvaise foi par celui qui l'articule le premier. Un homme juge qu'une mesm^e est mauvaise lorsqu'elle est opposée à son intérêt ; et si elle est mauvaise à ses yeux, il est tout simple qu'il l'attribue à un mauvais motif. La morale exige donc impérieusement que nous évitions d'attribuer des motifs à autrui , comme aussi de condamner légèrement et à la hâte ceux par qui sont imputés ces motifs.
£n outre , le sentiment de la force prodigieuse inhérente à l'autorité , vient fortifier encore la tendance des affections personnelles. Les mêmes raisons qui influencent l'improbateur des motifs, ont, dans une proportion plus ou moins grande, influencé pareillement tout le monde. L'autorité, avec les préjugés qu'elle enfante, s'allie au principe de l'égoïsme. Dans l'estimation de la conduite, on est convenu d'abandonner au jugement sur parole la presque totalité de la question , et d'en laisser à peine une faible portion à la décision du jugement spontané et libre. C'est ainsi que , dans les causes déterminantes des ac-
SCIEICGE DE LA MORALE. 6l
lions humaines y deux élëmens principaux leur servent de guides ; la présomption orgueilleuse et l'aveugle déférence^ qualités qui semblent mutuellemetit s'exclure ^ mais qui se réunissent pour exercer une pernicieuse influence ; la déférence étant y par le fait ^ la soumission à cette espèce d'autorité qui flatte le principe personnel.
Il est vrai que la phraséologie ordinaire du monde est. bien propre à égarer l'investigateur. Les qualités auxquelles on a imprimé le sceau de l'approbation publique , sont souvent celles qui méritent le moins cette honorable distinction ; tandis, que , d'autre part ^ la réprobation publique intierdit.des actes auxquels il serait difficile d'attacher de la honte ou du vice. C'est ainsi que les arrêts, du tribunal de l'opinion publique sont quelquefois en opposition avec les lois de l'utilité;, et les conventions sociales y dont quelques* unes ne sont que des restes de barbarie^ font des lois qui résistent à tous les argumens^ et demeurent inébranlables sur la base des {préjugés légués par les temps .féodaux.
On écrira un jour sans doute les fastes de la morale , et ce sera une lecture instructive , s'il en fut jamais , que l'histoire des dynasties morales qui ont régné tour à tour sur le domaine des actions humaines.
6a DÉOWTOLOGIE.
La première époque est celle de h/brce. C'est le seul code y la seule règle y Tunique source de la morale : la yiolence est la loi y violent est le législateur. J^irtuSy la vertu est prise alors dans son acception primitiTC, le t;t^ des Latins. Cette force mise en action y prit le nom de courage ou de vertu y qualité qui y parmi les peuples sauvages y est le premier objet d'admiration; qualité beaucoup plus animale que morale y et qui ne mérite d*éloge qu'autant qu'elle s'allie à la prudence et à la bienfaisance.
Vient alors le second règne y le règne de la fraude. La force appartient aux temps d'ignorance; la fraude à une demi -civilisation. Son influence y comme celle de la force^ est une usur«* pation ; mais elle marche h son but à Taide du so^ phisme , et non à force ouverte. Elle entretient la crédulité ; elle se ligue avec la superstition. Elle s'empare des teiTCurs de l'esprit, et les fait ser^ vir à son despotisme réel y mais souvent caché. Sous cette dynastie y fleurissent l'usurpation du prêtre et l'aristocratie des hommes de loi.
Enfin arrive le règne de la justice ^ le règne de l'utilité. Sous ses auspices l'œuvre du législateur sera allégée^ et plusieurs de ses fonctions passeront dans les attributions du moraliste. Le tribunal de l'opinion publique évoquwa la dé-
cision de questions nombreuses^ qui sont maintenant dans le domaine de la juridiction pénale. La ligne de séparation^ entre le juste et l'injuste^ sera plus nettement et plus largement définie^ à mesure* que la prédominance du grand intérêt social renversera les barrières élevées dans des dessins coupables^ ou léguées par les traditions ignorantes des anciens jours. Ce sera alors un spectacle délicieux de contempler les progrès de la vertu et du bonheur; de les voir^ par de puis* sans efibrts ou de paisibles influences^ étendre chaque jour leurs conquêtes pacifiques dans le domaine où les fausses maximes de morale publique et privée avaient jusqu'alors régné sans partage! Plus délicieuse encore est l'espérance qu'il viendra enfin une époque où le code mo-rai, ayant pour base le principe de la miaximi* sation du bonheur, deviendra le codé des nations, leur apprenant, dans le vaste champ de leur politique ^ à ne pas créer de maux inutiles , et k subordonner leur patriotisme aux lois de la bienveillance. Si le progrès des lumières a réuni des familles et des tribus autrefois hostiles dans une communauté d'intérêts et d'afièctions, on les verra un jour , dans leurs progrès ulté-rieurs, réunir aussi, par les liens de la bienfaisance, les nations aujourd'hui séparées. De
même qu'une opinion plus éclairée a réussi a diminuer le nombre des crimes violens, de même il est impossible que cette opinion^ ac-^ quérant chaque jour de nouvelles forces y n'arrive pas à exercer une semblable influence sur les autres genres d'improbité« Qui doute que la guerre 9 ce / maximisateur de tous les crimes^ cette condensation de toutes les violences, ce théâtre de toutes les horreurs y ce type de folie , ne soit à la fin vaincue et anéantie par la puissante et irrésistible influence de la vérité y de la vertu, de la félicité?
L'homme ne peut que jusqu'à un cettâin point se tracer à l'avance sa destinée mortelle. U ne choisit point sa position ici-^bas. L'accident de sa naissance décide pour lui une foule de questions. U met en ses mains certaines sources de plaisir, et lui en interdit certaines autres; les instrumens de jouissance et de soulîrance sont tellement réglés, si admirablement balancés , si équitablement compensés , que la portion définitive de bien-être répartie a chaque homme dans l'échelle sociale , ne diffère pas matériellement en quantité; car, de quelque manière qu'on évalue les plaisirs de la jouissance, dans ses divers attributs, les peines de privation doivent subir une augmentation pro|K)rtionneIle. De»
l)tiioins qui bientôt deviennent des {^ines, se développent plus facilement dans Thomme gorgé de superflu y que dans celui dont les jouissances peuvent se satisfaire à peu de frais ; et bien sou^ vent les plaisirs de la grandeur et de la richesse sont suivis de près de la lassitude et du dégoût. Les plaisirs des sens s'affadissent par un long usage et s'énervent par l'abus. La sanction sociale est moins puissante quand Forgueil s'ima^gine pouvoir, sans son secours , obtenir les services d'autrui. Le contrôle de l'opinion publique perd de son efficacité y là où se manifeste une disposition croissante à méconnaître son autorité et à braver ses arrêts. Tous ces dangers, et d'autres encore, accompagnent l^opulence, et lui font perdre de sa tendance à créer le bonheur. Cependaint le pouvoir^ dans toutes ses formes, est le seul instrument de moralisation ; et loin que la- lutte livrée pour l'obtenir , lorsqu'elle se renferme dans les limites de la prudence et de la bienveillance, mérite le blâme, c'est peutêtre le plus fort de tous les stimulans à la vertu. Dans le domaine d'action assigné à l'individu par sa naissance , son éducation , et sa position sociale , il est en son pouvoir de donner à sa conduite et à ses occupations une direction conforme «ù bonheur général de la vie. Tout II. 5
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homme « des momens de loisir qu'il peut emploj^r à la recherche du plaisir^ ou^ en d'autre» tonnes y à la pratique de la vertu qui produit le plaisir; et il n'est pas d'occupation qui ne crée ou ne fasse naître ces pensées y soit de soutenir, soit d espérance, qui sont elle»*ménies du bonheur. Il n'est personne ajant le don de la pan^, qui, en présence de ses semblables, ne trouve à chaque instant l'occasion de confér^^ une jouissance. Ce qui fait que nous répandons sur notre existence beaucoup moins de bonheur que nous ne le pourrions, c'est que nous négligeons de recueillir ces parcelles de fjaisîr que chaque instant nous offre. Tout occupés du to* tal , nous oublions les ehifires dont ce total se compose. Luttant contre d'inévitables résultats à l'égard des€[Uels il est impuissant, l'homme ne néglige que trop souvent ces |4aisirs accessibles dont la somme, lorsqu'on les réunit , n'est certes pus à dédaigner. Il étend la main pour saisir les étoiles I et oublie ks fleurs qui sont à ses fied» , çe« fleurs si belles pourtant, si Oidoi^ntés, si vwiées, $i nombreuses.
Qu'on ne s'imagine pas que la condensation 4»^ UH^te^ les vertus &a deux vertus principales , ili, ^^^deno^ , et la bienveillance eiOfective , ait ^«)ilt r^what d'écarter du domaine n^e la mo-
i^te une senk vertu réelle y substantielle ou utile. Malheureux serait le moraliste qui chercherait à détruire une yertu» Il échouerait dans ses efforts. Si donc^ après Texamen le plus approfondi et le plus sévère y il reste constant que toute vertu rentre nécessairement dans l'utie de ces deux vertus principales y cette découverte ne le cède pas en importance aux résultats (^tenus dans les sciences chimiques y par la réduction de la variété infinie dés composés à im petit nombre de substances simples et élémentaii^^- Peut-« être ne jugera^t-on pas hors de propos de passer ici en revue ces qualités morales ^ que de temps ifraxnémorial ^ du moins depuis l'époque d'Aris*tote 9 on a prétendu placer sur la liste des vertus» C'est y jusqu'à un certain point y répéter ce qui a déjà été dit ailleurs ; cependant on ne peut se le dissimuler y avant de pouvoir trouver place poiu* lés vertus réelles et légitimes y il est nécessaire d'en expulser toutes les vertus fausses y impar-*fattes et douteuses. Cette répétition d'ailleurs est utile pour déblayer le sol des élémens étrangers qtii l'encombrent i eft y {Nréparer l'introduction d'tine morale pratique p simple et naturelle.
I . La Piété, Par ce mot on entend le respect pour la Divinité; elle se manifeste par l'obéissance à sa volonté* Ce respect ne peut s^oir sa
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source que dans la hante idée que nous noti9 formons de ses attributs y principalement les attributs de sagesse 9 de puissance et de bonté. Or^ vers quelle fin ces attributs, pour qu'ils puissent harmoniser 9 doivent-ils être dirigés, sinon vers ta production du bonheur? Quel autre ob* jet peut se proposer la bonté infinie? A quel autre but l'infinie sagesse peut^Ue être appliquée plus efficacement qu'à la découverte des moyens les plus propres à conduire l'homme au bonhem* ? Et en cpioi l'infinie puissance , alliée à la sagesse et à la bonté infinie, peut-^le mieux se manifester que dans l'accomplissement de cette grande fin? Dans quelle situation l'homme est-il donc placé à l'égard de la Divinité? En quoi pourra-'t-il le mieux témoigner cette piété qui consiste dans l'obéissance ? Sans doute en avançant le grand objet que la Divinité se propose, en travaillant dans la même carrière , celle de la bienveillance. Et sur qui seulement peut cette bienveillance s'exercer? Sur lui et sur ses semblables. A ses semblables et à lui sa puissance d'utilité est donc limitée. Hors de là la sphère de son action est nulle. Qu'est-ce donc que la piété séparée de la prudence t de la bienveillance ? Un mot vide de sens.