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I ^8 DioirroLOGiK.
lière. Mhis il n'est pas aussi facile d'apprécier avec exactitade l'influence des parcJes sur l'esprit de cehii qui parle ou qui ëcouite. La même Mmme de mal de dents affecterait ^ d'une mamelle assez égale , dix personnes différentes ; mais les mêmes paroles qui y adressées a im homme, lui infligeraient une douleur poignante, un auti^ les entendrait peut-être avec une complète indifférence.
Les calculs de la prudence sont d'une grande utilité y lorsqu'il s'agit de savoir quand on peut donner des conseils à autrui, et quand on doit s'en abstenir. Il est rare qu'un avis donné n'inflige pas une peine à celui qui le reçoit; car s'il n'y avait dans sa conduite quelque chose de répréhensible , il n'y aurait aucun motif de lui donner cet avis ; et il est naturel que oelui que Ton veut servir en le conseillant , voie avec chagrin qu'on lui montre ses défauts et qu'on divulgue ses faiblesses. Y a-t-il certitude que l'avis sera donné en pure perte ? que le conseilleur s'épargne à lui-même les peines du désappointement , et au conseillé l'infliction d'une peine inutile. Mais si, consultanttout a la fois et la prudence personnelle et la bienfaisance, vous avez lieu de croire que vos leçons ne seront pas perdues , ce sera du temps bien employé. Évitez
SGIEirCE DE ^A MORALE. lyg
(Je .reyenir sur la CQn^uite passée j à moins que par Jlà TOUS ne .donniez pl^us d'effiçficité à yos paroiieç. Au lieu d'attristier yos conseils par des reproches sur \in pas/s^é qui n'est plus ^ faite^y j|p(rilj[^ plutgtdes encouragemens pour Tayeaiir. Pn un mot, regardez en ayaqt plutôt qu'en arrière , et tâchez que celui qui vous écoute eç fasse autant. En lui<^^rgnant des souvenir^ de doujieur^ en lui ouvrant une perspective dç plaisir., vou^ iu'en remplirez que mieu;sL votre ,x^ission mprale.
'Répi:imer ces saillies de l'esprit qui ^ui^rj^ient déplaire à autrui est ,un -de^ devoirs p .et sqp ^^eiicice n'est pas facile , que nous impose \^ prudence extra -personnelle. I^a complaisance avec laquelle nous aiuxons en géné;ral à déployer notre .supériorité intellçqtuelle ^ surtout .en .inatière de ridicule ., pe ,nous i^ntraîue que trop souvent à déd^^igner \e& sentimens que nous ble^ns., . et leur Téactiotjp sur nous-méiues. Heureux celui -qui , tenfé de .çjire up uiot spirituel., mais iualveillaqt,«a donné au principe de la bienveillance un tel epapire sur sop ampu^ propre ,, qu'il peut, -çn tpute occasion ^ réprimer l'eii^preasiqn d^ ce. qui pourrait, affliger autrui! Et plus heureux encore l'homuie qui s'est. 910çpy,tumé à soumettre à l'ii^fluçnce de la bie^fei-
1 go DEONTOLOGIE.
sance le talent de la plaisanterie , de manière à ne jamais éprouver le besoin de dire ce qui pourrait causer a autrui une peine inutile! Il est des hommes qui ont imposé k leur esprit une discipline si efficace , qu'ils se sont mis , par un tempérament qui leur est devenu habituel , à l'abri de l'influence , et même des tentations de cette faiblesse qui irrite ceux qui en sont victimes beaucoup plus qu'elle ne leur fait de mal, et qui provoque souvent la réaction d'une malveillance d'autant plus intense que ses craintes ne lui permettent pas de donner à ses manifestations une expression modérée. La plaisanterie, la gaie et joyeuse plaisanterie, qui naît du contentement de l'âme, et qui évite tous les sujets qui peuvent produire de la peine, est tout à la fois un moyen de plaire et un mérite.
Gardez que vos paroles ne fassent naître des espérances sans que vous ^yez la certitude de leur réalisation ; et si vous avez cette certitude , que l'attente soit plutôt au-dessous qu'au-dessus de ce que vous espérez. La valeur du plaisir, quand il viendra , sera augmentée de toute la quantité , l'intensité et la durée dont il aura excédé ce qu'on attendait. Le désappointement auquel vous auriez donné lieu, vous ferait déchoir dans votre propre estime , et dans celle
SCIENCE DE liA MORALE. l8l
des autres. En perdant de votre réputation, vous perdriez quelque chose de votre utilité. En faisant naître moins d'espérances que le cas en question ne vous y autorise, vous ne pouvez faire de mal ni à vous, ni *à la personne qui espère ; car si l'événement arrive , le plaisir qu'il donnera sera d'autant plus grand qu'il aui^a plus dépassé l'attente; si au contraire il n'arrive pas, la peine sera diminuée en proportion que le désappointement sera moindre; et la loi qui veut que nous empêchions tout désappointement inutile, n'est qu'une conséquence de cette autre loi qui veut que nous ne fassions naître aucune espérance mal fondée. Si la création du bonheur constitue la base fondamentale de toute saine morale, de toute bonne législation , le principe le plus important après celuilà, c'est le principe du non-désappointement. Son application au langage est évidente. La pa-^ rôle qui crée une espérance qui ne doit pas se réaliser, ou en d'autres termes, qui jette les fondem.ens d'un désappointement inévitable, est aussi pernicieuse que toute autre action qui ne produit pas une plus grande somme de souffrance. Les promesses faites à la légère, et violées de même, sont une source fréquente de peines, La prétention d'assigner des motifs aux aç-
1 8a DJÉONTOLOGIE.
lions des autres est presque toujôtu^ fertile et ofTensante ; car si le motif est ce quéf nous le supposons y si c'est un motif louable , il se mani-^ Testera dans l'jiction elle-même ; si au contraire il est blàtnable y en le signalant vous tie faites que déplaire à celui auquel le motif est attri-* bué. Après tout, nous n'avons rien à délnêler avec les motifs. Si de mauvais motifs produisent de bonnes actions y tant mieux pour la société ; si de bons motifs produisent des actes mauvais y tant pis. C'est à l'action , non au motif, que nous avons afiàire ; et quand l'action est devant nous et que le motif nous est caché, c'est la chose du monde la plus oiseuse que de s'eiiqûérir de ce qui n'influe en rien sur notre condition, et d'oublier ce qui exerce sur nous la seule influence réelle et véritable. Quels actes si coupables et si extensivement pernicieux qui ne puissent s'excuser et se justifier, si on juge de leur moralité par leurs motifs et non par leurs conséquences! Il n'a peut-étrfe jamais existé d'hommes plus conscienciieux et tnieux intentionnés que les premiers inquisiteurs. Us croyaient fennfement servir Dieu; ils étaient sous l'influence des motifs les plus religieux , les plus pieux , l6i*s^'ils tersaient des torrens de sang , et faisaient mourir daiis lés tôrtUt-es les meilleurs et lés plus sages
SGIKNCE D£ LA MOftALE. l83
des hommes. Des motifs ! Gomme si tQus les wo^ tiÊ ii'étaieiil pas les mêmes ! Comm.e si tous n'a*-> vaient pas pour but de procurer à celui qui agit une récompense quelconque de $on action , en lui évitant une peine ou en lui conférant un plaisir !
Le plus vicieux des hommes y cc»niue le plus vertueux , ont des motifs absolument semblables; tous deux se proposent d'accroître leur somme de bonheur. L'homme qui tue , celui qui vole , croit que le meurtre et le vol lui seront avantageux y lui laisseront plus de bonheur après qu'avant le crime commis. Si on le juge par ses mo* tifs, il ne lui sera pas difficile de se donnçrpour le plus ^ moral des hommes. La seule manière sage de raisonner avec lui, sera de lui dire que ses motifs ont été mal dirigés vers leur objet. Mais lui dire que ses motifs n'avaient pas pour objet l'obtention pour lui-même de quelque avantage , c'est nier la relation entre la cau^ et Veffet. Les hommes ne sont que trop disposés aux assertions dogmatiques y ils n'ont que trc^ de penchant à détourner leurs regards d^ conaéquenoes d'un acte pour en rechercher h source. C'est une recherche qui doit être sans résultat y et ne le fôtrelle pas , elle serait encore imnile ; car lors même que les motifs seraient
1 84 DiONTOU>GlE.
autres, lors même qu'ils prouyeraient exactement et oonvenablement le vice ou la yerta d'une action donnée , il n'en resterait pas moins vrai que l'opinion ne pourrait baser son jugement que sur les conséquences de cette action. Les nioti& d'un homme , tant qu'ils ne font pas naître une action, n'importent à personne; et c'est aux actions , et non à leurs motifs, que les individus et les sociétés ont affiiire. Évitons donc , dans nos discours , toute indication des motifs. Cela épargnera à l'esprit de celui qui parle une source d'erreur et de faux jugemens, et à l'esprit de ses auditeurs une source de malentendus.
En exprimant votre approbation de la conduite méritoire d'un autre, que votre expression soit chaleureuse et cordiale , que la récompense soit au niveau de ce que la circonstance autorise. La sincérité et la candeur sont , il est vrai , des modifications de la véracité , ou plutôt la véracité est une modification de la sincérité ; mais la véracité a des formes plus ou moins attrayantes ; et quand elle peut disposer de la matière du plaisir , que la manière dont elle le distribue soit aussi agréable que possible h celui qui le reçoit. C'est une vérité presque proverbiale que la grâce du refus peut donner à une faveur refusée près-
que autant de prix qu'à un bienfait accordé ; et chacun a pu se convaincre par ses propres obser* Tations y que le langage de l'approbation peut perdre toute ou presque toute sa valeur par la forme de l'expression^ ou par la manière dont il est prononcé. Quand donc vous avez à louer, que votre éloge soit accompagné de tout ce qui peut en relever le prix. L'exercice de l'approbation est des plus salutaires. Qu'elle soit l'expression de la vérité unie à la cordialité. Une phrase ainsi caractérisée en vaudra cent auxquelles cette qualité manquerait.
Et lorsque la prudence extra-personnelle nou5 fait un devoir d'exprimer a quelqu'un notre désapprobation , ayons soin de ne créer tout juste qu'autant de peine qu'il en faut pour atteindre le but que nous avons en vue. Si vous créez trop peu de peine , cette peine est inutile , car vous manquez le but en. vue duquel elle était produite; mais c'est habituellement dans le sens opposé qu'on se trompe. L'animosité ne s'immisce que trop souvent dans les arrêts de la justice. La disposition qu'a le pouvoir à se manifester, conduit habituellement à l'infliction d'une plus grande somme de souffrance que ne l'autorise la prudence ou la bienveillance. Et ordinairement , l'expression de la désapprobation a lieu
t86 1>É0NT0L0GIS.
au moment où la passion nous rend moins capa^ blés de joger de. la quantité de souffrance rigoureusement nécessaire. En thèse générale , é^itezi d'exprimer votre désapprobation quand vous êtes en colère. Les expressions violentes que Tirritation suggère sont celles qui sont le moins adaptées au but proposé ; car l'aveuglement de la colère nous empêche de voir et de saisir les moyens les plus convenables à l'objet^que nous avons en vue. Si un homme vous a fait du tort, évitez^ s'il est possible y de dispenser vousHoaème le châtiment qu'il a mérité : attendez que d'autres prennent en main votre injure. La chose produira plus d'effet que si elle venait de vous , et vous n'en assumerez point l'odieux.
Certaines personnes ont un défaut qui est pour les autres une grande source de molestation y et dont elles portent la peine en rendant leur conversation moins agoéable , ou même intolérable : nous voulons parler de l'habitude d'in-sister pour avoir le dernier mot. Qu'ils aient tort ou raison, qu'ils soient vaincus ou vainqueurs y il est des gens qui veulent absolument exercer ce despotisme petit et vexatoire. Cette disposition est une manifestation de l'orgueil sous une forme extrêmement offensante. C'est une usurpation par laquelle on prétend dominer
J*amônr-propfe des autres snr le terrain où cet amtour-propre est ordinairement le plus irritable. C'est la résolution fortnelle d'humilier celui atvec qui nous parlons, de Thumilier ncm par la supëriorité d'argumens irrésistibles, mais par l'intervention d'un pouvoir tyrannique. Evitez donc ce défaut , de peur d'en contracter l'habitude } et si cette habitude existe , la prudence extra -personnelle exige que vous vous en corrigiez. Veillez attentivement siu: vous-même. Informez-vous près d'un ami sur la sincérité duquel vous puissiez compter , informez-vous , si vous êtes sûr que sa réponse ne vous sera pas pénible, si vous avez manifesté , ou s'il a remar-que en vous cette faiblesse ; s'il répond affirmativement, appliquez-vous à vous en défaire.
Nous avons déjà fait sentir la nécessité de subordonner la vertu de la véracité à celles de la prudence et de la bienveillance. Le vice du mensonge , qui est l'opposé de la vertu de la véracité, ée Subdivise en plusieurs ramifications d'un caractère plus ou moins pernicieux, mais contre lesquelles la prudence exige que nous nous mettions sur nos gardes. Le mensonge est un des modes nombreux dans lesquels la déception est pratiquée. L'artifice en est un autre. Sa tendance toujours, et en général son intention , est d'in-
lS8 DÉOHTOLOGIE.
duîre en oreor. Une autre forme da mensonge est la mauvaise foi ^ dont le caractère pernicieux doit être estimé par retendue du mal qu eUe^ produit. Excepté les cas rares où les nécessites
uses de la fmjuienœ et de la bieu-
▼eillance exigent le sacrifice de la i^éracité , la franchise et la bonne foi sont au nombre des vertus ({ue la prudence extra-personnelle prend sous sa protection. Elles exercent singulièrement d^empire et de séduction. L'intérêt que tout individu ressent habituellement dans la communication de la vérité lui donne un mérite tout particulier, quand elle se présente sous une forme aussi attrayante. Alors son charme est à la surface, perceptible à la vue, visible à l'intelligence.
Quant à l'influence générale de nos actions sur les autres , en tant qu'elles se réfléchissent sur nous-mêmes , et seulement en vue de notre propre bonheur, c'est-à-dire, en supposant que le bonheur des autres n'entre pour rien dans nos calculs , il est certain qu'un égoîsme éclairé nous prescrirait d'agir amicalement à leur égard. En effet , prenez le premier objet de désir venu , le pouvoir , par exemple , le pouvoir considéré comme source de plaisir , et il Test indubitable* ment; et voyez quels sont les meilleurs moyens
de l'obtenir, en ce qui concerne les autres hommes. Deux voies à suivre se présentent , leur faire du bien ou leur faire du mal; car toute action doit produire des résultats quelconques. En leur faisant du mal, vous vous créez des ennemis ; en leur faisant du bien , ce sont des amis que vous vous conciliez : lequel des deux , dans votre intérêt , est préférable?
L'homme solitaire et isolé ne dispose que d'une bien faible portion de plaisir. Seul, tous ses efforts suffiront à peine à lui procm^er la nourriture et le vêtement, et à le protéger contre les élémens. Même dans les premiers temps de la civilisation , où ses moyens d'association sont en petit nombre, l'absence firéquente des nécessités de la vie lui inflige une somme considérable de souffrances , et sa destinée est souvent de périr par le manque de coopération. Le but de la science sociale est de faire que les hommes se soient mutuellement plus utiles; de donner à chacun un intérêt dans les ressources de tous; d'assigner à chaque homme en particulier une part dans les jouissances dont les autres disposent , supérieure à celle qu'il eût pu autrement se prociu'er.
Bien que les définitions de l'école d'Aristote soulèvent mille objections irrésistibles; bien que
I go . DÉONTOLOGIE.
sa qlassiJEicatiaii morale , sous la double division des vertus çX des semi-y^us, soit tout^-Êiit iisisouteuable 9 néanmoûos on doit reconnaître que le^ vertus peuvent très conyenablement se .diviser en deux sections ^ l'une constituai^ l|i ^morale supérieure et l'autre la. morale usueiHe, (OU «de chaque jour. La première se rapporte apx intérêts les plus importans, mais qui ne sont «que rarement «n cause ; la seconde à des intérêts .comparativement moins grands 9 mais qui soiït continuellement en question.
Les mén(ies règles s'appliquent aux deux sech itions; mais par cela même que la quantité de bien et de mal attachée à des actes qui se rapportent à la morale usue^e , est comparativement rpetite y il est quelquefois difficile de tracer avec •précision la ligne de conduite que prescrivent^ 4ans ces occ$isions^ la prudence et la bienveUlance. Mais la sanction populaire a pris sous sa juridiction une grande partie de la morale usuelle^ •et l^s lois du savoir-vivre sont [H:esque toujours conformes au principe déontologique. 11 est rare .qu'il y ait hostilité contre ces lois de la part ^e Ja ;portion aristocratique de la société. Comme le reste des hommes^ la minorité des gouvernans voit son propre bonheur dépendre en grande partie de leur cbseryance], et ep cpp^équenceelle
SCIEirCE DE LA MORALE. I9I
oofloourt à leur imprimer l'action et l'efficacité. Tout kisoucseuses que soient les classes riches et privilégiées des prescriptions de la morale y dans ses x>bjets les plus éle^é^ et les fdns importons , elles ont cependant grand soin de ne pas enfreindre ses lois dans cette partie plus rétoécie de son domaine y où l'opinion aristocratique a tracé k ligne de conduite à suivre. Leur prudence extrapersoixnelle a mis un frein positif aux affections dissociales. En mille circonstances la disposirtion à infliger une peine à autrui est désarmée par les lois établies et reconnues de la courtoisie. La^ civilité tolère déjà les différences d'opi- <nion en religion ^ en politique, en matière de goût. Les licences qu'on aurait pu laisser prendre à l'intolérance, il n'y a pas long-temps encore , sont aujourd'hui réprimées par les prescriptions impérieuses de la politesse. Un système de morale , supérieur à celui qui a si long-temps gou- ' verné la société , commence à s'introduire et à donner aux jugoq^ens des hommes une règle morale plus juste et plus fidèle. C'est là un sujet de consolation ; il y a tendance vers un état de choses où les récompenses et les punitions de la sanction sociale et populaire suffiront pour réprimer ou encourager un grand nombre d'actes, laissés aujourd'hui à l'intervention des pouvoirs
IC)3 DÉOirrOLOGlE.
légbbtif y administratif ou judiciaire, à Tautoritë de la religion ou aux terreurs de la loi. Le critérion déontologique en main , qu'on lise , soit les Lettres de lord Chesterfield , soit tout autre livre consacré à renseignement de la morale usuelle, et on trouvera facile de séparer dans ces ouvrages l'ivraie du bon grain , d'en extraire et réduire en pratique tout ce qu'ils contiennent de sage et de vertueux, et d'en arracher et rejeter comme inutile toutes les instructions qui violent les grands principes fondamentaux. Ce serait là un exercice délicieux, et pour l'intelligence, et pour les affections : pour l'intelligence , chargée spécialement d'apprécier les demandes de l'intérêt personnel ; pour les afiections, occupées à peser les inspirations de la bienveillance eflective.
Si l'on soumet l'accomplissement de l'objet qu'un homme se propose , quel que soit d'ailleurs cet objet, à toute autre règle des actions que celle (|ue nous avons posée, cette autre i^le lui donnera-t-elle plus de chances de succès , ou rendrat^elle son succès aussi complet et aussi économique que ne le fera la règle déontologique , qui peut se résumer dans ces deux préceptes si simples : « Maximiser le bien , minimiser le mal ? » Pi'eues un c»s quelconque. Vous avez, par exemple , été long-temps dans l'habitude de fréquen-
ter quelqu'un ; sa sbciélë a cessé de vous eoiiTenir; vous désirez ne plus le voir. Or, pour mettre un terme, «oit temporaire^ soit définitif, à ses risiies, quel meilleur conseil que celui'qni recommandé que^ tout en tous délivrant du déplaisir que vous donne sa .société, vous ayez soin de lui causer aussi peu de chagrin que possible. D'une peine excitée dans son esprit ou dansile vôtre , ne peut résulter aucun bien . La prudence seule vous ferak un devoir de ne pas vous affliger inutilement^ La bienveillance vous empêchera de lui infliger une peine inutile. En partant de cette loi g^érale, vous aurez soin de lui donner^ éans ^on application y le plus d'efficacité possible. Si la personne eu question a quelque susceptibilité particulière, vous ferez en sorte de ne la pas blesser. Â moins qu'il n'y ait nécessité à une rupture immédiate, TOUS ne mettrez fin à votre liaison que graduellement. Dans le cas où il serait nécessaire de cesser immédiatement toute relation, vous prendrez soin d'en donna* la raison la moins ofiënsniaite qu'il se pourra.
:Lorsqu'un homme désire se concilier l'afifeotion d'un autre, objet- légitime .et coirrenable, lorsqu'on n'emploie ,' pour l'obtenir y que des iiM3yens approuvés pair la poradence et k bien- Teillance ^ que lui faudrâ*t-il iàkfi <pour réussir? II. i3
] ^4 wkoUTOlJOCVE.
Comonent appliquerait- il la rè^ dëontofe-
gique?
Pour vous ooncilier l'afièction d'un autre , il faut lui donner une bonne opinion de tous , acMt -dans une occasion particulière, soit dans toutes les occasions. Cette bonne opinion produira en lui le désir de tous obliger par tels ou tels sei>- TÎces en particuliep, ou par des services d'une tNitim« plus générale»
Vous désires qu'il ne vous considère pascomme tout le monde ou oonune ceux qui lui sont inxx>nnusy mais qu'il vous porte des sentimeius d'affection : toos avez pour cela deux mojens à emtployer. Si vous avez le pouvoir de maaifeato* .votre disposition à rendre des services effectifs à la personne dont vous recfaerohez la bonne opinion y et si vous avez en outre le pouvoir de Jfui rendre de idb services j si vous pouves &ipe en aoKie qu'elle voua cionsidère comme probajbloment o^ séeUement capable d'ajouler quelque dbose à. sas jouissances f en un mot , si voua ètesÀ même d'exercer à son égard les vertus delà bienveiUauce et de la bien&isanoe^ iâîtes-le; c'est là |e promîer moyen de vous.£iireaimner; on peut aj^lcr cela fidre sa orar..
Maia si ce mayseu ne: réussit paa^ y^m^.ea avez un «utrOé Odbtenefc l'^sltme des hiMiin^es «eo : gé-
SCIENCE |>£ Li IfORALE. 1^5
«éral. Ef&pcezrTOU^ de parait!^ » se» ]^eg«M:*^ comme un objet digne d'af{ëcti<m sQciaW > ccwim^ digne d'aâBection ou d'esUme, ou de tontes deiiai^ C'est ce qu'on peut appeler ae ree^moq^joderf 9fi Élire valoir.
Auprès .de quelques perscMines^ ce sy^tèitie 4# recommandation est celdi qui réussit le n^/ew ; avec d'autres, il vaut mieux faire sa cour; ,e^ d'autres termes, les qualités qui tous i^eoomr mLandeat à l'afiection particulière peuvent se manifesta avec plus de succès et ojioins de rér âerve à ceai^aines personnes qu'à 4 ai;itres.
Quand le désir de plaire se montre avec pxiir
dence et sagesse, il manque rarement de réussir ;
car il n'est personne qui ne dépende plus ou
moins du bon voujoii^ 4f^ autres , et il est peu
<l'hom.mes c{ui, dan^ le calcul évident 4e leur
intérêt personnel, ue ^ent disposés k payer
de quelque r^our les servicies utiles qu'op leui'
ofire. Mais le système 4e recommaudation ç^ç
pteut s'employer sans courir plus ou moin^ de
chances. C'est eu qiiel<]ue sorte s'eflforcer d'occM-
per dans l'estime de la personne k qui pous vq^*
Aons .{daire , une place plus olevée que qelle ^^a
nous y occupons. Si now n y réu^issQni^ .pas,
lums perdons daus.sop opinion, ^ç^^s so^imes
humiliéa à nos propres yeux. Néanmoins çe^t
I<)6 DlÉOlfTOLOGIE.
le moyen qui nous plaît le plus y celui qui flatte le plus Tamour-propre : c'est celui qu'on met le plus fi'équemment en usage pour se concilier les afiections sympathiques des autres ; et le zèle que nous mettons à l'employer empêche souvent son succès. Il séduit et trompe fréquemment la jeunesse. Elle est naturellement portée à s'assigner à elle-même une place plus élevée que celle que le monde est disposé à lui acconier ; une place habituellement au-dessus du niveau ordinaire dans l'échelle de l'estimation publique. Elle ne se prête que difficilement à faire sa cour^ dans la crainte qu'on ne l'accuse de flatterie déshonorante, et préfère s'appuyer sur son propre mérite.
Mais quand la bonne opinion d'autrui peut être achetée au prix de services rendus, et si ces services peuvent l'être au moyen de sacrifices personnels qui seront récompensés par un plus grand résultat de bien , nous devons saisir toutes les occasions qui nous mettent à même de nous concilier l'affection des hommes en général , ou de tout individu en particulier dont l'approbation peut augmenter la somme de notre bonheur ou du bonheur général.
On a souvent donné bien des règles diverses pour réprimer la colère. La plupart consistent
SCIENCE DE LA MORAXE. IQ^.
à laisser à l'irritation le temps de se calmer^ aidant cp'elle n'éclate en paroles ou en actions pfiènsantés. Toutes ces règles se réduisent à en appeler des emportemens de la passion au calme du ju* gement. Répéter les lettres de l'alphabet y faire un tour de promenade si c'est au logis qu'est le siège de l'excitation , en un mot, tout moyen qui aura pour but de distraire l'esprit de sa tendance irascible, peut être employé avec succès. Mais au lieu de s'en rapporter au hasard du soin de trouver, le cas échéant, le moyen d'apaiser l'irritation, ne vaudrait-il pas mieux acquérir la puissance de dompter cette irascibilité par l'exercice habituel d'influences correctives et réformatrices. Quand vous êtes calme , quand.rien ne trouble la tranquillité de. votre âme, pénétrez-vous de l'utUité et de l'applicabilité de ces règles dont vous pourrez avoir besoin dans des momens d'irritation. Mettez-les, fixez-les fortement dans la mémoire, pensez-y fréquemment, et, lorsque plus tard quelque cause accidentelle provoquera votre colère, le souvenir de ces règles p^ura servir à la réprimer. C'est ainsi que vous parviendrez aux moindres firais , et avec le plus de certitude. possible, à briser le joug de l'esclavage auquel la passion vous avait assu-> jetti.
198 DliONTOLOGiS.
Là manie de thësaurifter est an nombre des erreurs produites par l'imprudence et un faux calcul. En ce qui nous concerne, entasser des trésors improductifs est évidemment une fausse estimation de l'intérêt. Comme moyen de jouissance , transporter les affections de la réalité à ce qui n'est que l'instrument propre à la faire obtenir^ c'est une manie qui, dans ses oonsé* quences, arriVe à réduire tous les plaisirs k un sisul^ lequel est luinnéme distinct des plaisirs des autres j et souvent leur est opposé. La sensibilité pour le phisir étant amortie en lui par le défaut d'tteercice , l'avare s'exagère l'antibipation vague et iildéfinie des biens que l'argent peut pn>^ cmrer. Les plaisirs individuels k'évanbuissetlt suc*ceèiàtemimt^ et en même temps le plaisir de pDltoéler là iom:t;e de tant de plai^brs s'enracine plus fortement dans les affections. Ge plaisir devient ltd*4nême un objrt de désir, indépendant des autres, qui les domine tous, et qui finit par les exclure tous. •
Voilà donc un homme qui a séparé le prindpe personnel du principe social , et qui s'^^ eiforcé d't)btènir pour lui-même une {)ortion addition-' nelèé de bien^ en éloignant les autres de toute oMpéi^tion à son propre bonheur 1 et les con-*séquences sont telles que la Déontologie et la
SGIENGB DE Là MORALE. 199
pfaibntropie peurent le désirer. Cet hoomie a y dans son propre intérêt^ ftk un mauvais flnr^ chë. Il a perdu beaucoup de bien pour en obtenir peu; et ce peu est^ pour lui^ devenu presque un mal par les anxiétés qui acoMopaginent sa seule, son unique mrurœ de plaisir, faidiffîrent à Topi- Hion des autres y cette Ofnnion à son tour réagit oontre kki par un sentiment qui n'est pas celui de rindifl^encèw Gar, quelque désir qu'on ait d'échafpper au jugement des bommes, cela est kxipossible. Le tribunal de l'opinion , sévèt^ , inexorable y nous traduit tous indistinctement à sa bame*
Les règles de la prudence extt^^-personnelle y quoique simples datis leurs prescriptions, nous imposent diéfêrens devoirs en raison de la dtf^ fiéarenoe des posions dans lesquelles un iK^nme* peut se trouver à l'égard des auti^s* La loi , néanmoins ^ est la même dans toutes ies occasions , et la question se réduit aux moyens de dommr' à cette ioi le {dus d'efficacité. Diverses règles dupliquent aux diverses positions sociales* C'est si^ la moyenne de ces situations qu'est fondé le principe généraL Mais il lie sera point inutile <i'in4iquer ^elques-unes de x^es diviersités de position quîrédament l'attention duBéon- [i&te< • . * :' ' .
aOO DiONTOLOGIB.
, . Les oocurrences qai ne présentent le conflit d'flœun intérêt seéAit d'une déciâîon Ëicile. Lorsqu'en fisôsant œ qni nous est agréable nous Élisons également ce qui est agréable à autrui y et lorsqu'en agissant comme. il nous pkdt^ nous nous trouvons plaire aussi aux autres, notre tâche n^a rien de difficile. Lorsque sans sacrifice de prudence , d'une part , ou de bienTeilbnce de l'autre, tous pourrez faire accorder vos désirs avec les désirs des autres, vos intérêts avec les leurs , vous servirez la cause de la vertu et du bonheur qui en est la conséquence.
Mais la difficulté commence là où commence le conflit d'intérêts contraires, ou ce qui est pire , d'intérêts irréconciliables % là où la oonr* duite qui vous convient le mieux est repoussée par les autres , comme leur étant une cause de vexation et de peine. Il se pourrait cjue ce îikl pour un homme une grande jouissance que de fumer, n'était l'inconvénient qu'il occasionerait à d'autres en les enveloppant dans la fîimée de son tabac. Si nous écartons ici la question de bienveillance, n'est*il pas évident que la prudence extra-personnelle lui demandera le sacrifice de sa jouissance, afin de mettre son propre bienêtre à Tabri de la réaction du mauvais vouloir de ceux qu'il pourrait incommoder ? 11 réfléchira
SGIEIfGE DE LA MORALE. aOl
que la quantité de plaisirs que lui donnerait l'action de fumer n'égalerait pas ceux que lui ferait perdre la perte de la bonne opinion d'au*trui, ou ne compenserait pas les peines que les autres a^raient le pouvoir, et peutrétre aussi la i^olonté de lui infliger.
De même , les lois de la prudence extra-personnelle s'appliquent avec plus de facilité lors^ qu'il y a égalité de condition entre l'individu et celui auquel il a afiàire. Des actes qui, con- , sidérés d'tinc manière générale, paraissent subordonnés au principe déontologique, peuvent avoir avec lui plus ou moins de conformité, quand on pèse attentivement la position des parties respectives. La même conduite qui pourrait être a la fois prudente et bienveillante , tenue par un homme opulent à l'égard d'un voisin indigent , par un homme sage envers un individu moins éclairé , par un père « envers son enfant, par un vieillard envers un jeune homme , peut changer de caractère , si elle est adoptée par des individus placés sous le rapport de la fortune , de la science, de la paternité ou de l'âge, dans une situation diamétralement opposée. Quand les positions sont égales, l'esprit est afiranchi de la nécessité de faire entrer dans son estimation plusiefurs
points de diffërence^ qui^ s'ils existent vérî' tablement^ méritent une maire considération.
Comme les peines soufiërtes on les plaisirs goàtés par des personnes de la même condition , ont eiUre euic plus de ressemblanœ qne lorsque les hommes sont séparés par les gradations de rang , l'assimilation de position rendra plus facile l'érdluation exacte du plaisir et de la peine ; car les plaisirs et les peines ne méritent d'être évités ou recherchés qu'autant qu'ils agissent sur l'indiridu^ et lui sont spécial^sient applicables.
Les relations domestiques et sociales imposent , dans leurs caractères divers^ des devoirs diffërens pour l'exercice de la( prudence extrapersonnelle. Plus les rapports sont intimes ^ plus notre bonheur y est attaché y plus se trouve fortifiée l'influence du principe prudentiel , en nous msettant plus immédiatement en présence de ceux qui , dans des communications habitudlles et fréquentes 9 ont en leurs mains le pouvoir de nous di^enser nos plaisirs et nos peines. Les liens du sang sont ordinairement les plus forts de tous.; après eux viennent ceux de la parenté ^ puis ceux qui resultent de oonvetitions domestiques , par exemple ^ entre le maître et le séi^ iàtear ; puis ceux qui proviennent de relations sociales accidentdies ^ puis eiifin ceux de voisi^
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nage. Il n'est j^iresque personne qui ne fesse psatie de <|aelque cerde dbmestiqpe. Chaoun des mem^ bres de ce cercle dépend de tous les autres pour sa part habitu^le de bonheur. Immédiatement en dehors ou au--dessous de ces rapports de famille^ Tiennent les relations accidentelles résultant dîes communications qui amènent quelqtiefois d'autres individus dans notre cercle domestique^ ou qui nous tran^rtent ddns le leur.
Les relations amibales y mais moins intimes y de voisinage peuvent être considérées comme for- Hiant le dernier de^:^ auquel s'applique la sanc* tion sociale : au-<lelà^ l'action de la sanction populaire commence.
Une famille est une petite communauté dont les chefs remplissent des fonctions analogues à celles des gouvernans dans un Etat. C'est un gouvernement en petit , un gouvernement armé de tous les pouvoirs nécessaires pour régler se^ afikires intérieures^ iet spécialement celles qui renijrent dans le domaine de la Déontologie. I>es récompelises appropriées pour rémunérer ks acte!» qui ajoutent au bonheur domestique^ et des chàttmens appropriés pour punir les actes qijâ le diminuent , sont aux mains de ceux qui exercent lès fcnnctions de l'autorité ; et à eux s'appliquent lesiiègles de la {Prudence exti^-persoU'^
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nelle ; car leur autorité doit être plus ou moins influente ^ selon qu'elle est exercée ayec plus ou moins de sollicitude pour le bien-être de* ceux qui leur sont soumis.
U n'est point d'être humain qui ne dépende d'autrui en quelque chose. Du sommet de la pyramide sociale y les influences descendent sur les degrés in£érieurs ; et à leur tour, ceux qui forment la base de la pyramide exercent une influence réelle sur ceux qui sont au-dessus d'eux ^ appelés qu'ils sont à rendre des services nécessaires aux jouissances des classes privilégiées. Les lois de la Déontologie s'appliquent à tout individu, protecteur ou protégé, gouvernant ou gouverné. Si sa vue ne s'étend pas au-delà de son intérêt personnel , s'il est indifiërent à tout , si ce n'est au moyen de tirer de ses semblables le plus de services utiles et agréables , les prescriptions de la sagesse lui apprendront à cheiv cher dans l'instrument du bonheur l'accomplis sèment de l'objet qu'il se propose. Qu'on examine l'une après l'autre les diverses conditions de l'homme. Gomment le maître pourra-t-il obtenir de son domestique un service zélé et assidu? comment , si ce n'est en associant les intérêts du domestique à ses devoirs ^ en les lui rendant agréables? Gomment le domestique se conci-
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liera-t-îl la bonne opinion de son maître^ laquelle doit alléger ses traVanx et en faire une source de jouissances? Il n'y parviendra certainement qu'en donnant à son maître la conviction que ses services influent d'une manière bienfaisante sur sa félicité.
En nous occupant des différens devoirs qu'impose à l'homme la diversité des conditions , nous avons signalé la supériorité, l'infériorité ou l'égalité de position , comme devant être l'objet de considérations distinctes.
Far supériorité j on peut entendre la qualité d'exceller en général ou d'exceller dans quelque branche particulière et spéciale. C'est sur la supériorité de pouvoir, quelle qu'en soit l'origine , qu'est basé ordinairement le droit à une supériorité de services, et ce droit est évident ; car quels qpe soient les motifs de prudence et de bienveillance qui vous engagent à faire des actes de bien- , feisance envers vos inférieurs ou vos égaux , ces motifs vous les avez , joints à d'autres encore , pour exercer ces mêmes vertus à l'égard de vos supérieurs. Les prescriptions de la prudence personnelle viennent ajouter le poids de leur autorité à celles de la bienfaisance. La supériorité de celui à qui voiis rendez service augmente les moyens qu'ail' a de vous iréeotnpenser; et cette
ao6 DéolSTOUOGtB.
véofHDjpense , votre iqtérêt personnel svffit pour que vous ¥oiu efibreiez de Tobtaûr.
La supériorité de pouvoir^ lorsqu'elle est due à la fortune , neutralise jusqu'^ un certain point , sous ce rapport spécial^ Tinfluaice de l'inférieur. Un homme peu aisé perd plus dans le sacrifice d'une petite somme que l'homme riche ne gagne dans l'acquisition d'une. somme [dus considé* rable. La valeur qu'a Tarant dans des mains difiérentes est ui»e considération iinportante, quand il doit être employé comme moyen d'influence.
Dans la jeunesse y l'inexpérience nous fait com^ m<ettre de grandes erreurs. jL'indiJPfêrence ou mémç la hfiuteur envers nos supérieurs es| prise {M>ur de l'indépendance , et comme une preuve de grandeur d'âme; et cependant dételles manir festatjkms Kie changent rien à la situation fjqs* peçtivj^ de chacun, l^ hiérarchie dea rangs e:^'«ile ien dépit ^e tout ce que la bienvciUsinçe peut espère^., de içiop qç qp§ peut dire la philosopl^j^^ Que iqu^lqu'ijin djse 'Ce ,qu'il a gagné à npbépriser jou dédwgper «f u?, qui sQi^% au-4es$tis 4e hxu l^ vmikfsa^ towloîr de ceu?: ^^m ^ïwat. plû^ piu^tsains (^ç lui ue p^ut; Jui ^ti:e. d'aui5une utililéviQMwd jUtêi^e }a Jt|ifinf^iB^nce.î;^.4'eiig?g€îrajyt pa^ ai éyi-
tf9^.y^^qti(f^r^.d'^W^pm^^^ iwtilei, upe-.wlli»-
SCIENCB DE LA MORALE. l^kOq
tude prudente pour, son propane hiennStre lui recommanderait de s'abstenir.
En ^néral, il faut par supéniiaui^ entendre les supérieurs en pouvoir; et conscquemment , de k part des personnes qui sont considérées €omme leurs inférieurs ^ il existe à leur ^ard un degré correspondant de dépendance. Aeliitivement à la conduite que les inférieur^ doivent tenir à l'égard de leurs supérieurs > les ux^s et le^ aiotres envi^igés âous le point de ^uà d^ Imr^ situations Tcspectives^ l'erreuir dont n^ous laT^w^ parlé est fréqiaemmenfc ocmmise. iEJUe n'e^t p^ moitis pr^udiciaible à la Imn&isanoequ'à la prtidence; et il est à ct^indne qu'elle neslai^nête pais à ïisi£csiCÛon de ces vertus uégatiTes ^ aiais ipit'^lle passe à la violatu»! des viertus positites quî leur correspondent. Il est des bonines qui aitacbenlt une .sorte de mérite à refuser à kura ;supëmui?^ des aaïaiiques de eonsidévation qu'il» ne infuser raient pas à leurs égaux ou à leurs. in£ettkAir(<rj}L œ médite pnêtendu se rattacha plw^ <Nu<»ifins àd vmité pcirsonnêile; o».se féhdiiè de m ^r^j, Maison ihdépi^ndanoe.; xxm» «'il n'y ii dû()un>iH^^ ittte il en&mndbe l«slpisld'i9i^.^ujii^ V9^yl^\^iM)y iCBi a mokis eiMS(tM*e,k AJ^jiM^rw^ (Çette il^irat^ti^ 45eHe des kÂs ide h .prud^e^e jp^sQiTO^lk^ , yl^r
êpusiiiie im^p^tff^ki ftt^ei^ Qi»i;a]p^ncQ'4fl^
ao8 DifoirroLOGiE.
tiers 5 dans l'occasion dont.il s'agit^ peut modi*fier beaucoup la question.
C'est lorsque des tiers sont présens y que cette espèce de fierté est plus apte à se produire.
Cependant y cela dépendra de la disposition d'esprit des personnes présentes. U peut arri* Ter que Tindividu en question gagne dans leur opinion 9 ou dans Topinion de quelques-unes d'entre elles y et que cette manifestation d'indépendance leur donne une haute idée de son caractère. S'il en est ainsi y ce qu'il perd dans l'affection et dans l'estime de son supérieur y il le regagne 9 peut-être même avec bénéfice^ dans l'estime des individus présens. Dans ce cas > il y a entre les deux vertus une sorte de conflit. Les prescriptions de la bienfaisance sont négligées; celles de la prudence y de la prudence per«sonnelle sont consultées et obéies^ et le sacrifice qu'une vertu fait à l'autre profite au boniieur de l'individu.
Dans le second cas y dans le cas dd il n'y a personne de présent à cette manifestation de fierté, l'acte d'imprudence ainsi commis prendra habituellement sa source dans la mauvaise humeur et la colère. La passion anti- sociale étouBe la voix des afiections personnelle et sociale réunies : un acte de folie devient à nos yeux
SCIEirGE DE LA MORALE. aOg
un acte méritoire : nous nous imaginons faire preuve de force , lorsque , en réalité^ nous ne faisons preuve que de faiblesse.
Un autre cas^ qui n'est pas absolument impossible et sans exemple, c'est lorsque, par cette manifestation d'hostilité dans une occasion où la déférence est plus opportune et plus générale, l'inférieur espère gagner dans l'opinion de son supérieur; et il est même possible que cette espérance ne soit pas déçue. Mais l'expérienee est hasardeuse, et pour réussir, elle exige une habileté et une attention peu communes.
On conçoit l'idée d'égalité aussi facilement que celle de supériorité et d'infériorité ; elle est la négation de ces deux dernières.
Mais son existence entre deux personnes quelconques ne peut être démontrée ou cokistatée afvec précision.
Supposons, par exemple, qu'elle soit constatée entre tous et un autre individu quelconque.
La préférence personnelle fera que vous vous estimerez plus que lui ; lui , plus que vous.
Cette diâérence , donc , il importe que vous ne la perdiez Jamais de vue , pas plus en ce qui regarde la bienfaisance , qu'en ce qui concerne la prudence personnelle.