‹ Déontologie, ou Science de la moraleChapitre 9 sur 15 · BIENVEILLANCE EFFECTIVE- NEGATIVE · texte numérisé non relu

BIENVEILLANCE EFFECTIVE- NEGATIVE

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Le terme composé de « bienveillance efièctive » a été adopté faute d'un mot unique impliouant l'union de la bienveillance et de la bienfaisance. Ces dernières opèrent, soit en arrêtant, soit en eitcitant l'action. Leur nature est ou restrictive ou instigative. Là bienveillance efièctive qui exige l'abstinence d'action est la première qui réclame notre attention. Il est

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un grand nombre d'actes qui^ lorsqu'ils sont interdits par la bienveillance effective ^ le sont évidemment par des considérations de prudence. Et quand il y a alliance visible entre la prudence et la bienveillance, la ligne du devoir n'est pas douteuse ; mais les faux calculs de l'intérêt personnel empiètent si fréquemment sur les droits de la bienveillamee , il arrive si souvent que nous sacrifions le bonheur des autres dans la croyance erronée que ce sacrifice est utile à notre bonheur, que la première et la plus importante tâche du moraliste consiste à établir l'harmonie entre le principe égoïste et le principe bienveillant , et à démontrer qu'une juste sollicitude pom^ la félicité d'autrui est le meilleur et le plus sage moyen d'assurer le nôtre.

La bienveillance effective - négative consiste uniquement à éviter de faire du mal à autrui.

Mais , du mal fait à autrui , une 4)artie tombe sous la juridiction de la loi ; le reste est abandonné à l'action de l'opinidYi , avec ses sanctions diverses ou ses instHunena de peine et de plaisir.

Dans le mal qu'un . hoivone fait à un autre, il y*»(Hiolûstation, et la moleotatîon est passible ou non passible des peines ](^[ale».

• Il est évident que cette division n'fest pas.natUrrelie , mais factice. La li^e de démarcation

change ayee les temps et les lieux. Dans difi^ens pays , des lois difiërentes attachent aux mêmes actes des conséquences dÎTcrses* Ge que la législation d'un peuple sanctionne^ la législation d'un autre le passe sous silence ou le prohibe, Dans le même pays , le même agt£ a été, à différentes époques 9 récompensé ^ permis ou puni. La molestation dont la loi connaît s'appelle dommage y dommage personnel.

Mais le mal que nous nous proposons d'empêcher est celui'lâ et celui-là seul qu'un homme a le pouYoir de produire sans encourir aucun châtiment légal.

Ce serait un important service rendu à l'humanité qu'un ouvrage spécialement destiné à recueillir et à signaler les maux et les molestatic^s auxquels les hommes sont exposés, et que la loi ne punit pas. Un manuel de ce genre fournirait une grande masse d'instruction morale pratique dont on pourrait tirer bon profit (hns* les choses de chaque jour.

Si des ou'vrages qui nous offrent le tableau des malheurs des hommes dans un but, sodt de sym^ pathie , soit de ridicule , on extrayait avec soin toufi les faits de molestation et de soufiBrance produits par les actes d'autarui , et qu'on e6t épargnés rien qu'en s'abstenant, un tel recueil

pourrait devenir le manuel de la vertu d'abstinence.

Ce. maux pooixaient coinp»»dre deox divisions. L'une se composerait de ceux dont Tinfliction ne produit ou n'est destinée à produire aucun avantage positif à leur auteur. Ceux-là prennent leur source dans l'une ou l'autre de ces deux causes : i^. l'antipathie ou la méchanceté; â"*. le plaisir de mal faire.

L'autre comprendrait des cas où l'auteur du mal trouve ou se promet dans sa production un avantage positif quelconque.

A cette classe peut s'en rattacher une autre, composée des cas où l'individu exerce ou est supposé exercer une supériorité quelconque à l'égard et aux dépens de sa victime.

De telles investigations, conduites dans un e^rit de bienveillance et d'instruction , feraient sans doute découvrir de vastes régions de peines où l'on pourrait déraciner bien des maux et se* mer bien du bonheur.

A combien de petits plaisirs l'intervention inopportune des tiers n'est elle pas funeste l Combien sont immolés à l'ascéticisme y au mauvais vouloir, à la moquerie , au mépris du premier venu! Combien les qualités dissociales ou l'étourderie d'un témoin peuvent aggraver les contra-

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riétés les plus légères ! A la fin de la journée y que de bonheur perdu par la négligence de ces élémens minimes qui le composent ! Quel total considérable forme la réunion de toutes ces particides de peines que la seule insouciance a produites !

Un temps Tiendra peut-être où toutes ces sources de maux seront recherchées, groupées d'après leurs signes caractéristiques , démontrées par des exemples, et leur incompatibilité avec la vertu rendue si notoire que l'opinion se chargera de les extirper, l'opinion, dont le moraliste a principalement pour mission' d'augmenter les lumières et l'influence.

Les règles générales de la bienveillance peuvent se résumer ainsi :

1°. Ne faites de mal à personne, sous quelque forme ou dans quelque quantité que ce soit , si ce n^est en vue de quelque bien plus grand , spécial et déterminé.

En moins de mots,

Ne faites le mal qu'en vue d'un plus grand bien.

2°. Ne faites jamais le mal par ce seul motif qu'il est mérité.

Ces deux branches de la morale correspondent II. i5

2a6 D^NTOLOOIE.

à la classe des délits positifs et négatifs qui ren*« trent sous l'empire de la loi.

Il y a délit négatif, quand on s'abstient d'empêcher un acte qui , étant commis y constitue un délit positif. C'est un délit d'abstinence; c'est laisser faire un mal que notre intervention eût empêché.

Un délit positif est l'infliction directe d'un

mal.

Dans les deux cas, le délit consiste dans la ligne de conduite qui laisse après elle un excédant de mal.

Il y a en moi bienfaisance négative , quand je m'abstiens à dessein de faire ce qui causerait du mal à autrui.

Ma bienfaisance a pour cause ^ ou du moins pour compagne la bienveillance , lorsque j'apprécie le mal en question , et qu'il y a en moi désir et effort efficace pour éviter de contribuer à la production de ce mal.

Il sera utile, pour pratiquer la bienfaisance et la bienveillance négative, d'avoir présentes à la pensée les diverses sources dont il peut résulter du mal pour autrui. Ces sources ou motifs peuvent être classés de la manière suivante :

I . L'intérêt personnel en général , et plus spécialement l'inlérêt des sens et l'inténêt de domi-

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nation ; le premier ayant pour mobile les jouissances corporelles y l'autre le pouvoir.

a. L'intérêt de la paresse^ qui correspond à l'amour du repos, à l'ayersion pour les travaux de l'esprit et du corps. Dans ce cas, la cause du mal peut s'exprimer par un seul mot , tel que ceux de négligence , insouciance , inadvertance , indifférence, etc.

3. L'intérêt de faire parler de soi , qui correspond aux plaisirs et aux peines de la sanction populaire ou morale , et qui comprend l'intérêt affecté par les blessures infligées à notre orgueil du à notre vanité.

4- L'intérêt delà malveillance, qui correspond au motif qu'on nomme mauvais vouloir ou antipathie.

Le mauvais vouloir ou l'antipathie, considéré sous le point de vue de sa source ou de sa cause, peut se subdiviser ainsi :

1 . Le mauvais vouloir ou l'antipathie de rivalité. C'est l'opposition des intérêts en ce qui concerne l'intérêt personnel en général.

2 . L^e mauvais vouloir provenant du dérange*ment qu'on nous cause , du surcroît d'occupation imposé à notre esprit par l'individu objet du mauvais vouloir ainsi produit. Chi peut l'appeler affection anti-sociale.

mi8 DEONTOLOGIE.

3. Le mauvais vouloir provenant de l'orgueil ou de la vanité blessée; quand nous éprouvons les peines de la sanction morale ou populaire^ et que nous les attribuons aux actes ^ aux habitudes^ aux dispositions d'un autre.

4. Le mauvais vouloir ou l'antipathie ayant sa source^ sa source immédiate dans la sympathie, la sympathie pour les sentimens d'une personne à qui nous croyons qu'une autre personne , devenue de notre part l'objet de cette afiectioh anti-sociale^ inflige ou infligera plus ou moins probablement un dommage quelconque.

5. Le mauvais vouloir excité par la différence d'opinion. Dans ce cas^ l'intérêt affecté se compose des intérêts qui correspondent respectivement à l'amour du pouvoir, ainsi qu'à l'auLOur des plaisirs et a l'aversion pour les peines de la sanction populaire et morale. Dans l'homme dont les opinions sur un point, un principe ou un système important , sont diamétralement opposées aux miennes , je vois un homme qui ne peut avoir pour moi l'estime ou l'affection que je puis Ux)uver dans l'opinion opntraire; je vois un homme dans lequel mon amour du pouvoir ne trouvera pas le concours et la satisfaction qu'il tix>uverait si je pouvais faire que cet homme abandonn&t son opinion et adoptât la mienne ^

SCIENCE DE LA MOBALE. ft^g

je vois un homme qui m'expose à éprouver la peine résultant du sentiment de ma propre faiblesse intellectuelle ; car plus grand est le nombre des personnes qui professent ime opinion contraire à la mienne, plus il est probable que la mienne est erronée.

Parmi les souffrances qu'éprouvent les autres par suite de notre conduite à leur égard, la plus grande partie ne nous rapporte aucun profit , de quelque espèce que ce soit. Les intérêts personnels ne gagnent rien qui puisse former contrepoids à la peine que nous avons fait naître. La seule justification des molestations infligées à autrui serait l'obtention de quelque avantage pour nous-mêmes ; et la justification ne peut être complète qu'autant que l'avantage obtenu est manifestement plus grand que la peine infligée.

De là, cette règle d'application générale : Ne faites rien qui, dans votre opinion, puisse, de quelque manière que ce soit, faire éprouver la moindre peine à un individu quelconque, à moins que quelque avantage évident , spécial et prépondérant, soit pour vous, soit pour un autre ou d'autres individus , ne doive être le résultat certain de votre action.

Cette question de savoir si les peines ou les plaisirs d'autrui sont compromis, demande la

a3o DEONTOLOGIE.

plus stride investigation ; car^ ôtez à un individu les peines et les plaisirs qu'il possède y qu'il se rappelle ou qu'il espère; ôtez^kd ces élémens dont se compose sa vie, et cette vie n'a plus aucune valeur à ses yeux.

Même en plaisantant, ne faites ni ne dites rien qui puisse causer une peine à autrui ; c'est puiser sa gaité à une triste et indigne source.

Et lorsque ce motif même n'existe pas, lorsque l'action qui produit la peine n'est que le produit de la méchanceté , est-il rien au monde de plus intolérable ?

Quoique la sensibilité des hommes soit plus ou moins vive, et que les mêmes actes qui ne causeraient que peu de soufirance à certains individus, puissent en causer plus, et même beaucoup à certains autres , le meilleur moyen d'évaluer convenablement la sonune de soufirance infligée , c'est de se mettre à la place de la victime. Figurez-vous dans sa position , supposez que c'est à vous que les peines sont infligées , et évaluezen l'intensité et la somme.

Plus vous aurez accoutumé votre pensée à peser les différentes classes de peines et de plaisirs , mieux vous connaîtrez leur valeur , plus votre jugement acquerra de justesse dans toutes

SCIENCE DE LA MORALE. a3l

les questions de morale où leur interTention est inévitable.

Mais la bienveillance , smt négative y soit positive, admet des exceptions dans certains cas qu'une prépondérance ^ soit de bien \ soit de mal^ &it sortir des occurrences ordinaires.

Afin d^ic d'éviter de produire, par ignorance, un naal prépondérant , la circonspection est né* cessaire.

Deivc guides aideront la circonspection à éviter une conduite pernicieuse.

Un guide direct est dans l'indication ou la création de la peine.

L'indication ou la création du plaisir est un guide indirect.

Le guide indirect , quand il est possible , est préférable; car il confère du plaisir aux deux parties, et a plus de chances d'efficacité.

Les modes de satisfaction et de molestation sont au nombre de deux :

L'un physique, agissant sur les organes du corps.

L'autre mental , agissant sur l'esprit , par les impressions.

Les occasions d's^ction et d'abstinence bienveillante, sont :

Accidentelles ou permanentes.

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Les occasions permanentes sont :

Domestiques ou extra-domestiques.

Les occasions domestiques se subdivisent en celles de la parenté ^ qui commencent à 1 origine des relations sociales, et ne se dissolvent que lorsque la mort met un terme à ces relations ; celles qui existent entre les maîtres et les serviteurs, ou entre le maître d'une maison et ses hôtes , lesquelles conunencent et finissent à la volonté soit de lune ou de l'autre des parties, soit de toutes deux.

Les instrumens par lesquels la bienveillance effective manifeste son existence, sont les paroles et les actes; les paroles dans le discours parlé ou écrit; les actes qui influent sur les peines ou les plaisirs d'autrui.^

Les motifs que nous avons développés au sujet des prescriptions de la prudence e^tra-pei*sonnelle se reproduisent à notre examen pour la bienveillance effective. Leurs nécessités sont en beaucoup d'occasions les mêmes; leurs intérêts heureusement identiques.

Cependant il est un sujet que nous avons déjà traité , et sur lequel il nous reste peu de choses à dire. Dans la région de la pensée , de la pensée improductive d'actions et considérée isolément des actes, la prudence a bien des lois à pre-

scrire ; car les pensées exercent une grande iniluence sur les actes.

Mais tant que les pensées ne deviennent pas des paroles ou des actes ^ elles ne concernent point autrui ; elles ne rentrent pas dans le do* maine de la bienveillance effective. Toute invasion dans leur sanctuaire estuneusujrpation. Si des pensées ne font de mal ni à vous^ ni à autrui, de quel droit vous en occuperiez-vous ? Si elles font du mal, elles doivent se manifester sous quelque forme nuisible. Il faut qu'elles trouvent une expression , qu'elles deviennent des actes.

C'est donc dans les paroles et dans les actes qu'il faut se renfermer , en recherchant les pre^ scriptions de la bienveillance effective ; et d'abord il convient d'examiner ce qu'exige dans le dis^ cours^ la bienveillance effective négative.

La règle générale qui veut que nous nous abstenions de l'infliction de toute peine inutile, inutile à l'éloignement d'une peine plus grande , ou à ]a production d'un excédant de plaisir, doit être adaptée aux diffërens cas , selon la manière dont ils se présentent. La grande loi morale est péremptoire : saUf les exceptions, n'infligez point de peine. La mission du législateur et du moraliste est de rechercher , de produire et de justifier les exceptions.

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Les instruotions auiyaatoft ont pour objet d'empêcher le déplaisir produit par le discours , lorscfue ce déplaisir^ dans ses résultats ^néraux , serait inutile ou pernicieux* Et avant tout , comme précepte fondamental :

Considérez s'd y a probabilité que les paroles dont TOUS allez fiiire usage causeront du déplaisir à ceux à qui tous les adresserez, ou à qui elles pourront être rapportées.

Le discours est transmis par des signes fugitifs ou permanens; quand fugitifs, communément par la parole; quand permanens , d'ordinaire par l'écriture ou la presse.

Le discours parlé étant le plus simple , et le seul mode originairement en usage, commen- ^ns par celui-là. Et d'abord supposons que les idées y aiuH exprimées , ne soient communiquées qu'à une seule personne. Cette personne peut être ou présente quand le discours est prononcé, ou absente.

Si, parmi ses effets probables, est celui de produire du déplaisir, examinez ensuite si , dans la balance du bien et du mal , en compensation du déplaisir ainsi produit il ne peut pas arriver que du bien soit produit sous une forme ou sous une autre, lequel excéderait en valeur le déplaisir en question.

SCIENCB DM LA MORALE. 235

Ou , pour ptirler arec plus de précision , si le discours doit avoir le déplaisir pour, efièt pro-^ bable, toyez si ce déplaisir ne peut être compensé par un bien plus grand et plus qu'équi*^ valent. En ce cas^ vient l'examen des causes justîficatoires j autorisant la production du dé* plaisir par la voie du discours.

De même lorsque le déplaisir d'autrui doit être le résultat probable du discours y vous de^ vre^ compter parmi les effets qui accompagne-* ront ce déplaisir^ la colère^ dont vous seriez l^objèt, et que vous pourriez exciter contre vous.

C'est faute de faire suffisamment attention aux causes particulières qui peuvent faire du discours une source de peines ^ ^P^'îl arrive sou*vent qu'une quantité indéfinie de soùflrance est produite par la parole y lors même que celui qui parle n'en retire qu'une bien faible sonuïie de plaisir. Des paroles inconsidérées peuvent souvent causer des souffrances plus grandes que la malveillance elle-même né serait disposée à en infliger. L'inattention peut créer des peines plus intenses que ne le ferait la haine ; et la légèreté être plus funeste que l'immoralité.

Dans tous les cas cependant^ pour qu'un homme cause de la peine à un autre , il faut qu'il

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y soit porté par un motif de plaisir y quelque Êiible qu'il soit.

Quant au mal gratuit, il est impossible. Car il ne se fait, il ne peut se faire aucun mal , si ce n'est en vue d'un bien. Ce bien est à son minimum quand vous faites du mal à un homme par mauvais vouloir, sans en retirer d'autre bien que la satisfaction de votre mauvais vouloir. Si vous avez éprouvé un dommage de la part de l'individu en question , et si c'est en vue de ce dommage que vous agissez, cette satisfaction s'appelle vengeance.

Mais quelque immense que puisse être le mal ainsi produit par vous, quelque faible que soit la satisfaction que vous en retirez , cependant le but qui a motivé votre action n'est pas un mal, mais un bien.

Four faire du bien à un homme', le mai que vous dites ne doit pas se dire de lui , mais bien à lui , k. moins que dans ce que vous dites de lui votre intention ne soit d'attirer sur lui, pour son bien , les châtimens des sanctions politique ou populaire.

En ' supposant toujours que le mal en question ne puisse être produit à moindre frais , les causes justificatoires , c'est-à-dire celles qui justifient la production du mal, sous quelque

SCIENCE DE LA MORALE. ^tij

foiinë que ce soit , et par conséquent sous cellelà y soilt les suivajites :

I**. La production d'un bien prépondérant pour celui qui prononce les paroles d'où doit naître le mal.

!2". La production d'un bien prépondérant pour la personne k qui l'on parle, ou de qui l'on parle, et à qui on fait ainsi du mal.

3®. Un .bien prépondérant pour toute autre, ou toutes autres personnes quelconques.

4°. Un bien prépondérant pour la société en général.

Cette dernière hypothèse se présente lorsque dans l'infliction d'un déplaisir , celui qui l'inflige agit en sa qualité dé membre du tribunal de l'opinion publique, appliquant la force de la sanction morale et populaire.

' Mais il y a une distinction à faire entre le cas où il n'y a- d'autres personnes présentes que celle à qui le déplaisir est infligé, et celui où d'autres individus sont présens à cette infliction. Abstraction faite de toute relation particulière entre les personne^ présentes et l'une des deux parties , plus grand sera le nombre des témoins, plus grand sera le déplaisir produit.

Ne perdez donc jamais de vue la nécessité de minimiser la souffrance; et si le langage que la

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bieiiTaîUanoe toqs impoae peut remplir le but désiré, adressé à l'individu en l'absence de toute autre personne y c'est en leur absence que vous devreii le lui adresser. Si la présence de tiers est indispensable à l'efiët que vous vous proposez, que le nombre des personnes présentes soit celui qui est sirictement nécessaire pour produire cet effet.

Dans l'exarcice de l'autorité domestique, comme aussi de l'autorité publique officiellement exercée, c'est-à-dire comme dépositaire de la sanction politique , il peut se présenter des motifs légitimes et convenables pour l'infliction de peines par la parole, lesquels étant isolés de cette autorité ne seraient plus justifiables ; et conuae membres du tribunal de l'opinion publique , conune dispensateurs de la sanction po** pulaire^ la bienveilknoe dans la réprobation des délits nous impose fréquemment un langage qu'elle n'autoriserait pas s'il était adressé directesnent aux délinquans eux-mêmes.

Mais, dans les cas ordinaires, il est rare que les peines infligées par la parole soient justifia-blés. Il ne suffit pas, à beaucoup près, de dire que l'assertion est vraie ; que la personne à qui la peine est affligée l'a méritée ; qu'elle est coupable , incorrigible , et que la charité vous fait

un devoir de punir son inconduite : jusqu'à ce que vous prouviez qu'il doit résulter de la peine que vous créez un bien prépondérant , tous les reproches que vous faites à votre victime, tous les éloges que vous vous donnez à vous-même , sont autant de paroles en pure perte.

Notre langage peut blesser les sentimens d'autrui de bien des manières; par exemple :

Par des réprimandes directes , soit que nous imputions à ceux à qui nous parlons une faute positive , ou que nous nous arrogions le droit de nous constituer leurs juges.

Le droit de réprimande est en lui-même une prétention positive de supériorité , prétention qui doit naturellement blesser l'orgueil et la vanité de ceux sur qui elle s'exerce. La réprimande est l'infliction d'une peine , et plus sera douteux le droit d'arbitrage et de condamnation que s'arroge celui qui se constitue arbitre et juge, plus son intérêt personnel aura à craindre de l'inimitié de celui qu'il punit. Ce sera là aussi la mesure de sa malveillance , et l'étendue de l'usurpation sera en raison de l'inutile sévérité de la réprimande. •

Donner aux argumens l'appui d'une autorité despotique, c'est de l'arrogance. Il est des hommes qui , non contens d'avoir raison , semblent prett-

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dre plaisir à mettre les autres dans lenr tort. Il faut 4pie leur dogmatisme triomphe non moins que leur raison. Vaincre ne leur suffit pas , il faut encore qu'ils humilient. Us sont gens à vous jeter par terre ^ bien que votre chute ne soit pas essentielle à leur succès. Non seulement ils exigent que leur antagoniste ait tort , ils veulent entore le lui faire avouer. Us le condamnent^ les autres le condamnent; leur tyrannie n'est pas satisfaite s'il ne se condamne lui-même.

Insister pour avoir le dernier mot est encore l'une des formes sous lesquelles se manifeste cette disposition impérieuse y triomphe petit et misérable qui ne sert qu'à prolonger la peine de notre adversaire, et qui l'exaspère en l'humiliant.

Elle prend aussi quelquefois la forme d'une affirmation positive et absolue ^ rendue encore plus offensante quand elle contredit l'opinion opposée qu'un autre a exprimée; et l'arrogance est à son comble quand l'assertion est de nature à ne pouvoir être appuyée de preuves.

Un homme peut affirmer qu'il a vu telle ou telle action ; mais la question de savoir si cette action est un crime ou une vertu peut être une matière d'opinion, et si la question est douteuse, une affirmation péremptoire sur le caractère de l'ac-^

SCIENCE DE Là MORALE. ^/^l

lion ne peut manquer de blesser celui qui aura exprimé une opinion contraire.

tt en est de même des assertions positives à propos de faits dont on n'a pas été témoin y et dont la preuve ne peut s'appuyer cpie sur des témoignages; des assertions qui^ faisant abstraction de ces témoignages , ne donnent pour motif à la croyance qu'elles 'imposent que l'assertion elle-même. Mais nous en reparlerons.

Une décision péremptpire aidant d'avoir donné aux autres l'occasion d'exprimer leurs convictions est une usurpation qui clôt toute discussion; une décision péremptoire après l'exprès sion de l'opinion d'autrui est une molestation et une offense.

^ Une contradiction inutile constitue une autre infraction a la bienveillance; c'est aussi une manifestation insensée ; car tout en trahissant Fimpuissance y elle blesse le pouvoir.

Il est une autre forme d'arrogance un peu moins molestante ^ mais qu'il ne faut pas moins réprimer et réprouver; on peut l'appeler ^r^somption. Elle se manifeste généralement dans l'assertion piu:e et simple d'une prétendue vérité, sans l'appuyer d'aucune raison. Elle a la prétention d'exiger une croyance implicite.

Or si y en exprimant son opinion , celui qui II. 16

a4^ diIoutologie.

parle indiquait les preuves sur lesquelles elle se fonde, il ne perdrait rien dans l'estime de ses auditeurs y et il leur épargnerait le déplaisir de l'appel inconyenant et gratuit fait à leur crédulité.

Une autre manière de montrer de la présomption, c'est d'affirmer d'une manière péremp-' toire les choses à venir , d'assurer positivement que telle circonstance aura lieu. Si celui qui parle a des informations qui lui permettent de prédire l'avenir, il peut, sans blesser Famourpropre des autres , se servir de formules telles que celles-ci : i< J'ai lieu de croire que telle chose arrivera »; « Je m'étonnerais », ou « Je ne m'étonnerais pas que tel événement eût lieu. »

Que l'humeur impérieuse se montre en dépréciant le mérite de votre interlocuteur on en exagérant le vôtre, sous quelque forme arrogante et hautaine que son penchant se manifeste , soyez sûr que l'esprit de tyrannie et d'aristocratie est la.

Elle aura pour conséquences le ressentiment déclaré ou secret : si déclaré, des querelles s'ensuivront contre vous; si secret, des complots pour vous nuire.

La bienveillance nous l'interdit formellement ; ses efforts sont malfaisans pour tout le monde :

fexercée avec un inférieur, c'est de la lâcheté ; à l'égard d'un supérieur, de l'imprudence.

Si voiis avez rendu service à quelqu'un, n'allez pas croire que votre bienfaisance vous donne le droit de Je tyranniser. Ne détruisez pas le bien d'une action par le mal d'une autre.

Le langage peut blesser en conseillant , lorsque le conseil ressemble à une réprimande , ou se produit sous une forme qui implique la possession d'une autorité que l'auditeur ne reconnaît pas. Donner un conseil, même utile, c'est s'arroger une autorité de sagesse.

Un homme peut être dans l'erreur; mais quelque manifeste que soit son erreur, ne croyez pas que ce soit pour vous un devoir absolu de l'éclairer.

Si vous jugez un conseil utilç , s'il y a nécessité de le donner, faites en sorte de ménager Id plus possible , en le donnant , l'amoui^propre et la vanité de la personne conseillée.

Pariez-lui plutôt seul qu'en compagnie , plutôt devant peu que devant beaucoup de témoins.

Si tin homme s'est engagé dans tme entreprise qui ne peut réussir, et dont les frais lui causeraient un grave préjudice, conseillez -lui d'y renoncer.

3 44 DÉOlfTOLOGIE.

Sinon ^ évitez de lui dire quoi que ce soit qui puisse contribuer à le décourager.

Au contraire ^ dites-lui tout ce qui ^ compatible ayec la vérité y vous parait propre à l'encourager.

Offrez à sa vue les considérations qui tendent à rendre le succès probable ^ en évitant de produire de vous-^méme les considérations d'une tendance contraire ; et surtout si , dans votre opinion ^ le succès doit être , somme toute , avantageux à lui-même et à la société en général.

Si y dans ce cas , vous présentez le succès comme improbable y vous froissez ses sentimens sans utilité possible. Si y de son côté , il croit à la probabilité du succès, il verra en vous un homme qui prétend à une supériorité de sagesse y et qui le méprise comme dupe de ses propres idées; tandis que le défaut de jugement peut se manifester aussi bien en regardant comme improbable un succès probable y qu'en le considérant comme probable lorsqu'il ne l'est pas.

On s'expose à blesser en conmiuniquant des informations; d'abord, lorsqu'elles supposent, dans la personne informée , une ignorance gêné- ^ raie, ou une infériorité générale de connaissances, ou une ignorance relative en ce qui concerne certains objets que , pour des raisons

SCIENCE DE LA MORALE. Ct/\S

spéciales, cette personne devrait connaître; et, secondement, lorsqu'elles impliquent une prétention de supërioritë de celui qui parle à l'égard de celui auquel il s'adresse.

Dans tous ces cas, nous supposons toujours que, relativement à la personne qui parle, celle à qui Ton parle possède , en général , une supériorité; ou, si elle lui est inférieure, que cette infériorité n'e^t pas telle qu'elle autorise cette manifestation de supériorité.

En dehors de ces cas, la communication d'informations utiles ne saurait être une faute ; car nul n'est assez éclairé pour n'avoir pas quelquefois besoin des lumières d'autrui , mémo de celles des ignorans.

Si vous avez à communiquer une information quelconque, évitez l'arrogance.

Spécialisez vos assertions, plutôt que de les généraliser ; mentionnez , si vous le pouvez , Tauto^rit^ou les autorités, la personne, ou les personnes qui constituent vos témoignages.

Les assertions générales ne sont que des conclusions; des conclusions, que le jugement tire de faits particuliers, réels ou supposés. L'assentiment donné à une assertion générale suppose deux choses : une confiance illimitée dans l'aptitude suffisante de tous les témoins supposés, par

a46 DiONTOLOGIE.

l'esprit y la langue ou la plume desquek le fait a passé ou est censé avoir passé; et une confiance pareille dans la rectitude de leurs conclusions; par conséquent 9 dans la rectitude générale des facultés intellectuelles de ceux de qui on tient la communication dont il s'agit.

Si vous faites cette communication à un ami particulier, c'est lui témoigner un manque de confiance que de ne pas lui indiquer la personne^ ou toute autre source de témoignage , dont vous tenez votre conviction. Si les convenances ne

VOUS permettent pas de faire cette révélation y l'aveu que vous en ferez sera moins blessant que l'arrogance qui exige une créance implicite : cela prouvera quelque confiance, et non l'absence de toute confiance.

Si vous êtes séparé de votre ami par une absence permanente , ne lui faites point part de ceux de vos chagrins qu'il n'est pas en son pouvoir de soulager. Epargnez cette souffrance à sa sympathie.

La parole peut blesser par l'expression du mépris pour les opinions religieuses d' autrui. Le mépris déversé sur ceux qui diffèrent avec nous en matière de religion , n'est pas loin de la haine. Le dogmatisme des religions d'état, la foi intolérante d'églises usurpatrices , ajguisent l'arme

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du mépris à l'aidç de la malfaisance : (c Pourquoi épargnerais-je mes anathèmes à ceux que Dieu a maudits? » Pourquoi? Parce que je ne puis haïr sans souf&ir^ et que cette souffrance augmente avec la haine , en sorte que mon intérêt person-^ nel m'ordonne de réprimer en moi le sentiment de la haine. Pourquoi? Parce que je ne puis haïr sans désirer punir ceux que je hais^ les punir en proportion de ma haine; et^ comme les manifestations de la haine doivent être nécessairement malfaisantes , ma sollicitude pour autrui m'ordonne de prohiber cette manifestation. Et ce qui est vrai de la haine ^ est, dans un moindre degré 9 également yrai du mépris. Le mépris a aussi ses peines; et, bien qu'elles soient quelquefois excédées par les plaisirs de celui qui méprise , ces dernières ne peuvent contrebalancer les souffrances prodmtes dans l'âme de 1% personne méprisée.

La parole peut blesser en exprimant le mépris ou le mauvais-vouloir contre la classe ou le pays auquel l'auditeur appartient. C'est de la malveillance au premier chef, et il n'arrive que trop souvent qu'elle trouve sympathie dans ceux qu'une communauté de condition unit à la personne malveillante. C'est ce qu'on appelle ordinairement esprit de corps , nationalité , ce qu'on

a48 DÉONTOLOGIE.

déooi'e quelquefois du titre pompeux de patriotisme ; et en tant que ces sentimens impliquent le désir et l'action de faire du bien à ceux k qui des liens spéciaux nous lient , il n'y a rien à dire r c'est la diffusion du principe de la bienveillance et de la bienfaisance. Mais ^ du moment où leur exercice , exdusiTement dirigé dans l'intérêt du corps y de la classe , de la nation dont nous Élisons partie , est refusé aux autres ; du moment où ils se produisent en actes et en paroles d'antipathie; du moment où^ par cela seul qu'un homme parle une autre langue que la nôtre, vit sous un autre gouyemement, il devient un objet de mépris , de haine et d'actes hostiles : dèsJors ces sentimens sont malfaisans. Tel est le caractère du toast suivant 9 porté aux Etats-Unis : « A notre patrie y qu'elle ait raison ou tort » y lequel équivaut à une proclamation de malfaisance universelle, et, appliqué à la lettre, pourrait ouvrir au crime et à la folie une carrière illimitée, et amener le pillage, le meurtre , et toutes les conséquences d'une guerre injuste. Elle n'était pas moins blâmable, cette déclaration d'un premier ministre anglais : w Que sa sollicitude avait pour objet l'AngleteiTC , et rien que l'Angleterre. » Une philanthropie éclairée eût pu donner à ces deux expressions une signification déontologi--

SCIE]VC£ DE LA MORALE. !À^g

que y puisque les vrais intérêts des nations comme des individus^ sont également des intérêts de prudence et de bieiiTeillance ; mais ces paroles n'avaient pour but que de justifier l'injustice y lorsqu'elle est commise par le pays que nous appelons le nôtre.

Parmi les diverses formes que revêt la supériorité, lorsque par la parole elle inflige à autrui ses molestations, il n'en est point de plus vexatoire que l'arrogance du commandement , soit pour ordonner, soit pour défendre.

Souvenez-vous en toute occasion que des paroles de bonté ne coûtent pas plus que des paroles dures.

La bonté dans le langage ne coûte rien. La dureté coûte toujours cpielque chose, plus ou moins; quelquefois plus à celui qui l'emploie qu'à ceux à qui elle s'adresse. Mais chacun est tenu de prévoir qu'un langage dlir doit produire les fruits de la dureté, c'est-à-dire créer la souffrance dans l'esprit d'autrui.

Le commandement qui enjoint l'obéissance peut perdre le caractère despotique que lui donne la rudesse; il peut même devenir agréable lorsqu'il est transmis dans des termes et avec des formes de bonté. Il est des hommes qui ^ par la délicatesse et les égards dont ils acccom-

a5o DiONTOIiOGIS.

pagnent leurs ordres , font de TobéUsaiice un

plaisir.

L'interrogation est souvent offensante quand elle n'a pas une demande pour objet. Il y a une manière d'interrogei' empreinte de tout le dogmatisme du commandement. On feiit une question^ et on lui donne une forme impérative. On demande une information d'un ton d'autorité.

C'est une des manifestations de la hauteur. £lie est principalement exercée par les supérieurs à l'égard de leurs inférieurs; elle est d'autant plus vexatoire qu'il y a moins de distance entre l'interrogateur et l'interrogé. Une question ayant pour objet d'obtenir une réponse , la moralité nous fait un devoir de ne point asso^ cier à cette réponse une peine inutile.

La parole peut blesser par la censure prenant la forme , soit de la désapprobation directe^ soit de l'éloge donné à une conduite semblable à la nôtre, et opposée à celle de la personne censurée. A la censure joindre la réprimande y c'est assumer les fonctions de juge et de bourreau ; la difi&mation , quand il n'y a de présent que la personne diffîimée , est la réprimande spécialisée.

Si vous avez l'occasion de parler d'une faute commise par quelqu'un ; si 5 pour empêcher qu'il ne la renouvelle , ou dans quelque autre

SGI£]yG£ DE LA MORALE. ^5l

bût incontestable de bienveillance , il est désirable que vous lui en parliez, fournissez-lui lin moyen de se disculper; supposez y si la chose est poissible, qu'il n'a fait mal que par ignorance y accidentellement et sans qu'il y eût de sa faute; supposez aussi que ce n'est qu'accidentellement qu'il vous est donné d'en savoir plus que lui à cet égard.

Évitez également d'accompagner votre cen* surfe d'expressions de mépris. Que rien dans votre langage n'annonce le désir de le dégrader ou de le rabaisser dans l'échelle sociale.

Abstenez-vous de toute parole de réprimande quand des paroles neutres pourront vous suffire. Au lieu de dire qu'un tel a voulu vous faire tort de ce qu'il vous devait, dites qu'il a paru désirer d'en éviter le paiement.

Si vous pensez qu'un homme s'est mal con»

duit à votre égard, ne l'accablez pas de re^ proches, ne lui faites même pas connaître votre pensée à cet égard, à moins que cette communication ne soit nécessaire pour éviter la répé* tition de l'action blâmable. Presque toujours le reproche aura meilleure grâce dans la bouche d'un tiers ; car le jugement d'un tiers sera moins sujet à être influencé par l'intérêt , ou exaspéré par la passion.

a5a BÉoirroLOGiE.

Si vous êtes appelé à émettre une opioion defavorable sur des discours ou des actes que vous désapprouvez 9 ne vous empressez pas d'exprimer votre désapprobation par le seul motif que votre amour-propre est flatté de Tappel fait à votre jugement. Si l'influeuce de ce que vous désapprouvez est pernicieuse à la société , en Élisant part de votre opinion aux autres^ dans la vue d'un bien prépondérant y n'employez tout juste que le langage nécessaire pour exprimer la somme de votre désapprobation ^ ayant soin qu'aucun motif de malveillance ne se mêle au jugement que vous portez.

Évitez de rappeler des fautes ouUiées y à moins que ce ne soit dans un but évident de bien a venir : garder dans votre mémoire le souvenir des fautes d'autrui^ c'est enfreindre les lois de la prudence et de la bienveillance ; c'est faire de votre âme un arsenal de douleurs pour les autres et pour vous-même. L'expression du mécontentement pour les fautes passées, quand elle ne se rapporte point à des fautes actuelles y et ne peut servir à empêcher des fautes à venir y crée un mal sans but, ou dans un but mauvais.

Si vous croyez avoir à vous plaindre d'un homme y et de sa conduite à votre égard ,.et s'il vous parait utile de le lui faire connaître, faites

en sorte de lui rendre cette communication le moins pénible qu'il se pourra. Que votre expression ne lui donne pas à entendre que vous pensez mal de lui. Parlez-lui de manière qu'il puisse croire que tous attribuez sa conduite à une cause qui laisse peser sur lui peu ou point de blâme* Vous l'avez , par exemple , invité à venir vous voir; il n'en a rien fait; il n'a pas même répondu. Il aurait dû venir; ou du moins donner les motifs pour lesquels il n'a pas pu ou n'a pas voulu venir. Imputez sa négligence à des motifs valables. Feut«-étre que votre lettre ne lui est pas plirvenue; ou si c'était un message verbal^ peutêtre le porteur l'a-t-il mal compris ou mal rendu, ou oublié ; car, comme sa négligeiïee peut être le résultat de l'une de ces causes , il n'y a pasw défaut de sincérité k les supposer.

Quand la bienveillance effective exige que vous adressiez des reproches , prenez bien votre temps pour cela. Si quelqu'un a eu un tort à votre égard y évitez d'en parler dans le moment même ; car tout ce que vous pourriez dire ne fera pas que ce qui a eu lieu n'ait pas eu lieu. Vos observations auraient pour effet naturel et nécessaire d'infliger à l'individu uiie souffi^nce , et de provoquer de sa part la mauvaise humeur que la souffrance fait naître. ^

a 54 DÉONTOLOGIE*

Si It fiiit menace de se reproduire plus tard, alors, et seulement alors, avant que la chose ait lieu , si tous croyez votre intervention utile^ le moment est venu de lui rappeler son premier tort. Vous aurez produit un effet salutaire en temps opportun , et toute la souffi^nce intermé^ diflire aura été épargnée.

Mais rappelez-vous qu^un reproche inutile a pour conséquence un niai sans mélange; mal certain et considérable dans l'humiliation de la personne réprimandée; mal probable dans là perte de son amitié et la production de son inimitié.

Ces leçons peuvent se résumer dans ce peu de mots : Ne blâmez personne y si ce n'est pour enn pécher de nouvelles causes de blâme.

Interrompre celui qui parle, d'une matiière directe et ouverte, c'est une manifestation de mépris et de mésestime dont il faut se gar-* der soigneusement. C'est une oiïense intolérable qui change en peine le plaisir de la conversation , et qui produit assez de molestation pour provoquer même la réaction du mauvais vou-* loir.

L'interruption indirecte et détournée, en couvrant la voix de l'interlocuteur avant qu'il ait terminé ce qu'il avait à dire, est un autre

SGIEjrCE DE LA MORALE. 2 55

tnode lie mokstation; la tentative seule est une ofiènse; si elle réussit, c'est de l'oppression.

Quand ^ par une semblable interruption, le fil du discours a été une fois rompu, il n'est sou-^ ▼ent plus possible de le renouer. Celui qui a une Toix forte peut ainsi rendre virtuellement muet celui dont la voix est plus faible; ce dernier est tenu dans un véritable état d'oppression, et l'autre se trouve par là privé de tous les avantages qu'il aurait pu retirer de sa con-versation.

Quitter votre interlocuteur avant qu'il ait achevé ce qu'il avait à dire, est une des infrac* tions aux lois du savoir-vivre qui rentrent dans le domaine de la prudence d'abstinence. Il faut que la présence de l'auditeur soit ailleurs bien urgente , pour qu'il soit autorisé à quitter celle de son interlocuteur. On doit aussi blâmer, quoiqu'àun moindre degré, les manifestations d'impatience , par paroles ou par gestes, pendant une conversation que la morale usuelle prohibe, en exceptant toujours les cas où il y a un bien prépondérant à opposer à la molestation ainsi produite.

Affecter le dédain tandis qu'une autre peiv sonne parie , c'est encore une manifestation de mépris.

^56 DliONTOLOGIS.

Enteudre ce qae quelqu'un tous dit^ et n'en tenir aucun compte ^ c'est une infraction auK lois du savoir-vivre, que pardonne difficilement l'opinion publique ; cette inattention est plus offensante encore, quand quelqu'un vous demande de ne pas fiaiire telle ou telle chose, et que , sans vous occuper du vœu qu'il exprime, vous continuez à la faire. C'est de la malveillance, non négative, niais positivç; la bienveillance négative vous porterait à vous abstenir.

Un mode de molestation qui n'implique pas nécessairement usurpation de supériorité, est l'acte direct ou virtuel de s'enquérir des affaires privées de la personne à qui l'on parle. Des questions de cette nature créeront certainement une peine. Dans les cas ordinaires , s'il y avait utilité définitive à faire connaître la chose , cette communication serait spontanée. A tout événement , le droit de juger de son utilité appartient à la personne interrogée , non à celle qui interroge. La question crée une peine pour le questionneur, si l'information qu'il demande lui est refusée ; une peine pour son interlocuteur y- s'il la donne avec répugnance ; et la plupart du temps , une peine pour tous deux. Et lorsque le résultat probable doit être une peine

pour l'un ou pour l'autre > il y a motif de s'abstenir de faire la question .

Évitez d'affliger par la communication d'informatiops désagréables ^ pénibles ou inutiles.

L'exception générale s'applique, lorsque la peine ainsi causée doit être excédée par le bien que l'information produira. Les personnes à qui ce bien doit revenir sont : i. Celle k qui l'information est transmise. 2. Celle par qui elle est transmise. 3. Des tiers, quels qu'ils soient.

Si l'on a lieu de penser que l'information ne peut faire de bien à aucune des personnes de l'une de ces trois classes, c'est évidemment le cas d'appliquer la règle d'une manière absolue» Cette conununication serait contraire à la bienveillance et k la bienfaisance. Mais si des cas se présentent dans lesquels le. mal résultant de l'information doit être contrebalancé d'autre part, par un bien quelconque; par exemple, lorsque la communication d'une nouvelle désagréable est nécessaire a l'adoption de certaine^ mesures d'une impoi^tance prépondérante ; lorsque la peine causée par la communication empêche une peine plus grande ; lorsque celui qui Ëiit la commiunication a pour but l'accomplissement de quelque objet important, ou quelques II. 17

258 oiOMTOLOGIE-

services importans à rendre à des indÎTÎdus on h la société en général; dans ces occasions la peine doit être infligée , car son infliction préviendra une peine plus grande , ou assurera un plaisir plus que suffisant pour contrebalancer la peine.

Ne rappelez jamais des malheurs irréparables^ surtout dans la conversation ou en la présence de ceux qui, dans votre opinion ou dans celle d'autrui, peuvent avoir contribué à ces malheurs , ou à d'autres semblables. Ce que vous en direz ne fera pas qu'ils ne soient pas arrivés ; n'a* joutez donc pas à la souffrance qu'ils ont causée celle que peut amener leur souvenir.

Évitez les paroles de condoléance aux personnes en deuil de la mort de leurs amis. Les condoléances y aussi bien que le deuil , sont des choses funestes. Les hommes, et surtout les femmes y ne font qu'accroître leur douleur en se faisant un devoir ou un méiîte de la manifester. Si on renonçait à l'usage du deuil , on épargnerait au monde une grande somme de souffrance. Des nations sauvages ou barbares se réjouissent aux funérailles de leurs proches; sous ce rapport ^ elles sont plus sages que les nations policées.

Au lieu d'offrir à votre ami vos sentimens de condoléance y si vous ne pouvez le résoudre à se

SCIENCE D£ LA MORALE. ^5q

livrer à quelque amusement^ faites en sorte que^ de manière ou d'autre^ ses affaires absorbent toute son attention.

Abstenez-vous de relever dans un individu des imperfections qu'il n'est pas en son pouvoir de corriger ou de faire disparaître. Plus votre position sera supérieure a la sienne , plus cette abstinence de votre part aura de mérite. Si TOUS êtes tellement indépendant de lui ^ que son mauvais vouloir ne puisse vous faire de mal^ la bienveillance effective exige que vous ne lui causiez pas de souffrance inutile.

Cette abstinence est un devoir; que l'infirmité soit intellectuelle, morale ou corporelle, elle est un devoir, même en l'absence de témoins; à plus forte raison en leur présence.

Le résultat infaillible de ce genre de malveillance y est une peine d'humiliation.

Cette peine sera plus ou moins grande , sdon la nature des i^Iations qui existent entre la personne ainsi molestée et les autres personnes présentes ; et quelles que soient ces relations , plus les témoins seront nombreux , plus la peine sera grande.

Et si l'on recherche les conséquences de cette malveillance , on verra que toutes les parties ont a en souffrir. U en résulte : i . Un mal pour la

a6o DEONTOLOGIE.

personne ainsi molestée^ par Thumiliation qu^ott lui fait subir. 2. Un mal pour la personne présente j par riufliction de la peine de sympathie c[ue produit dans son esprit l'idée de la soufSrance de cet individu. 5. Un mal par la peine d'antipathie y de l'antipathie produite par cette sympathie^ et dont vous êtes l'objet. 4* Un mal pour Yous-méme, par le danger des représailles de la part de la personne molestée par tous ; ou de la part de ceux en qui votre conduite aura soulevé des sentimens d'antipathie : à ces maux^ quelle qu'en soit la somme , il ne peut y avoir de compensation, sous quelque forme et en quelque quantité que ce soit. Oui , peut-être , s'il y avait possibilité de corriger les imperfections ainsi signalées; mais nous avons supposé le contraire.

Si les lois de la bienveillance défendent ainsi toute allusion a des infirmités irrémédiables , a plus forte raison cette prohibition est-elle décisive et de rigueur quand l'allusion revêt la forme du ridicule. La dérision appliquée aux défauts natiu-els est une des formes les plus cruelles que puisse revêtir la malveillance. Des imperfections peuvent être ou ne pas être remédiables; mais quand c'est dans la constitution même de l'individu que l'infirmité réside, la

SCIEirCE DE LA. MORALE. â6l

bienfaisance fait un devoir rigoureux de s'abstenir. '

A cette classe de maux appartiennent un grand nombre de ces actes de malveillance qu'on ap-* pelle tours d'ëcoliers. Quelque difformité , quelque infirmité physique, Sert fréquemment de prétexte et de but à l'infliction de peines jour-^ naïières. Que cette tendance malfaisante soit ré-^ primée dès ses premières manifestations. Il fatrt surtout apprendre aux enfàns que le plaisir qui trouve son aliment dans la peine d'autrui, dans^ la peine inutile et sans compensation , contient le germe de toute immoralité.

Qtiand il s'agit de défauts réparables , quoique la règle qui défend d'y faire allusi0n ne soît pas rigoureusement applicable, cepëndint,.avaiit d'en parler devant témoins, assurez-vous que l'objet que vous avez en vue ne peut s'accomplir sans les peines d'humiliation que votre langage devra nécessairement amener. Assurez-vous que ce bien ne peut être obtenu au prix d'un moindre mal. Assurez-voua^ique vous êtes la personne la plus propre à obtenir ce résultat.

Dans vos rapports avec un enfant, un domestique ou quelque autre subordonné, en ce qui regarde les défauts et les imperfections que ses efforts peuvent arriver à corriger, rappelez-les-

36a piONTOLOGIE.

lui toutes le$ fois que tous ayez roccasiou de les Toir^ tant qu'il y aura espoir d'amendement.

Quand cet espoir n'existe plus , cessez de lui en parler ; et ne lui laissez plus aperceyoir que tous les remarquez.

Dans le choix des sujets de conversation^ la iMenyeillance d'abstinaice trouvera de fréquentes occasions de s'exercer. Telle est l'organisation de chacun de nous^ tel est le pli que lui ont fait prendre l'habitude et l'usage y que certains sujets nous agréent moins que d'autres. Evitez ceux qui sont les moins agréables^ et que votre sollicitude à les éloigner soit en raison de leur déplaisance. La présence d'intérêts importans peut iitécessiter l'introduction de sujets sur lesquels il y a dissentiment certain. Cette introduction nepeut.se justifier que par la nécessité^ ou une utilité prépondérante. '

' Je me rappelle à œ ni^et un fait intéressant Pendant les deux ou trois premières années de mon intimité avec Bentham, nous eûmes de fréquentes discussions sur des points de controverse religieuse. Assurément son affection pour moi , mon respect pour lui, n'étaient en rien diminués, bien qu'après des <}ébats si longs et si fréquens, chacun de nous eût gardé son opinion. Un jour il me dit : <t Je vois que je ne changerai pas vos idées ; je sais que vous ne changerez: pas lek miennes. Si nous continuons, je vous ferai de la peine; vous m^en ferez. Le résultat sera de la peine pour tous deux. Laissons-là cette

SGI£NC£ J>£ LA MOAALE. ^63

Evitez en toute occasion de blesser l'amourpropre d'autrui. Si un homme ne comprend pas^ ou comprend mal votre conversation, attribuezle , non à son défaut d'intelligence, mais à ce que TOUS vous êtes mal exprimé. Car la méprise dans l'expression a pu en prodxdre une dans la conception , et il n'est pas besoin d'aller chercher une explication pénible, quand vous en avez une inofFensive sous la main.

Ne donnez point expression , et autant que possible ne donnez point place dans votre esprit au ressentiment inutile ; pas même quand tous vous sentez calomnié. Si vous êtes accusé d'avoir tenu ou de méditer une conduite immorale, et qu'il soit possible de réfiiter l'accusation, ne vous mettez point en colère, mais présentez YOtre réfutation. L'emportement est la ressoiu'ce unique et conséquemment naturelle de l'homme coupable. Une réfutation est le seul moyen que vous ayez de ne point être confondu avec lui.

Quand vous woyez remarquer de la stupidité dans quelqu'un, ne mettez point de rudesse

matière, et n'en reparlons plnt. » Et nous n'en avons plus reparlé d0puis. Et cependant, si jamais honnie vérék son cœnr à on antre, fie^tham m'a révélé le siçn.

a64 DÉONTOLOGIE.

dans vos observations. Elles ne seront utiles qu'autant que ce défaut aurait sa source dans la négligence. Dans le cas contraire, la rudesse aura pour effet d'infliger une peine complètement inutile et d'exciter contre vous le ressentiment que provoquent l'injustice et la cruauté.

La patience contre les injures est une leçon difficile à apprendre et plus difficile à pratiquer, mais digne assurément qu'on l'apprenne et qu'on la pratique.

Si , en votre présence , une attaque est dirigée contre vous , quelqu'insultante qu'elle soit, surtout si c'est devant témoins, traitez-la, si vousi pouvez,. avec une indifférence manifeste, ou en riant, ou en plaisantant, selon l'occasion. Plus l'attaque est insultante, plus elle est honteuse pour celui qui se la permet, plus efficacement elle sera écartée; il sera désappointé, humilié, mais non irrité; son hostilité contre vous n'en sera pas accrue, il peut même se faire qu'elle soit désarmée. Quant à son désappointement, il est immanquable; du moins, s'il n'y avait personne de présent. Car, dans ce cas, quel pouvait être le but de son attaque? Nul autre assurément que de vous &ire. souffiîr; et plus grande sera votre tranquillité, plus il échouera dans son projet.

SCIEirCE DE LA. MORALE. 2 65

C'est sans doute là une de ces règles qu'il est plus facile de donner que de suivre. En effet , il est peu de leçons de la prudence personnelle^ ou de la bienveillance effective, dont la pratique soit plus difficile.

Néanmoins , dans ce cas , comme dans beaucoup d'autres , lorsque (fts motifs suffisans l'exigent , on peut, par des exercices préparatoires , acquérir la force de se maîtriser. On a inventé la gymnastique pour fortifier le corps , et on eiî a fait l'application avec tin succès merveilleux. Le moyen dont nous parlons est basé sur les mêmes principes , et peut faire acquérir à l'es* prit la force passive de la patience.

Quand vous ne pouvez accorder ce qu'on vous demande , que votre refus cause aussi peude peine que possible à la personne qui en est l'objet. '

Quelque inopportune et peu raisonnable? que vous paraisse sa demande, ce n'est pas une raison pour que vous lui laissiez voir la répugnance que vous avez à l'obliger et à la servir. S'il est nécessaire de la convaincre que sa demande n'est pas raisonnable, faites-le avec douceur, autrement ce serait l'humilier ou l'irriter, bu' même Tun et l'autre à la fois : Vous lui' feriez de la peine sans nécessité ni utilité ; vous pourriez même vous en faire un ennemi , et quel avantage pbxkr

a66 DEONTOLOGIE.

ves-vous retirer de ses souflSrances y quel bien de son inimitié ?

Au cas où il y aurait impossibilité de réprimer son importunité y c'est-à-dire si la bonté et un langage affectueux n'ont pu réussir à vous délivrer de sa présence y aijez recours à la méthode rétributiye* m

Abstenea^YOUs de toute expression qui aurait pour objet de manifester votre opposition à la volonté ou au jugement d'un autre y dans les occasions même les moins importantes.

Ne contestez pas un point qui n'a aucune importance pratique y par cela seul que vous avez raison et qu'un autre a tort. De ces contestations proviennent les dissentions et l'inimitié.

Si à {NTopos de quelque chose qu'un homme a fait y vous êtes dans la nécessité de parler de lui d'une manière défavorable y mentionnez le &it particulier , m^is n exprimez pas l'opinion générale que vous avez formée à propos de ce &itf Le fait peut prouver l'équité de votre cond^n^iation^ Le^ tenues dç cette condamnation flp. prouveront su» yeux de la personne k laq))qlle vpus parlez., que l'état de vo^ affections l*<^)aliv^fan0nt ji l'individu en question.

I<i['exei^z dans l'esprit des autres aucune es* péi^nçe exs|géi^9 en leur offrant une perspec-

SCIENCE D£ lA MORALE. S167

tive à la réalisation de lacfaelle il peut y avoir des doutes raisonnables. Que votre langage ^ en parlant de plaisirs attendus, soit tel, qu'il laisse la plus faible somme de désappointement, au cas où ces plaisirs ne se réaliseraient pas. Vous ne perdrez que peu à abaisser l'écbelle de vos espérances ; vous pouvez pendre beaucoup à 1'^ lever trop haut.

Nous avons déjà dît que la passion de la colère n'était jamais utile , et presque toujours perai^ cieuse et pénible. Il faut donc éviter toptes les hafaâtudçs qui peuvent y conduire. Parmi ces habitudes , l'une des plus sottes et des plus Sa*nestes ^ est celle des jiu*emens. Heureusement que la sanction populaire dirige avec succès sa réprobation contre de telles xnanifestatioQs. La loode les avait prises auti:efois sous sa protection; auJQurd'hui , elle les répudie* Outre h peine produite par la colère qui les provoqua y une aiiitre peipe f»era produite par l'expression de lit colère §o^s uae forme .^ussi ofiensantç. Dans res|^ri?t des pns , e}le.cbpq[ueiti les ajSëctions^ religieus(3$.$ dans r^$prit<des ai^tres^ .^le, produira des sensations que la bienveillance dpi); ^yi^er de faire naître- . r ^

L'irréfleiûon ^t l'insouciance dçs iconséq^aenoes du langage ^^nt la source de la ptcn^ 'grande

a68 DlioNTOLOClE.

partie des maux infligés par la parole. Les hom^ mes ne sont que trop sujets k parler ^ sans considérer l'effet que leurs paroles peuvent produire sur ceux avec qui ils conversent ou qui les entendent.

On a dît que toute vérité n'est pas bonne à dire. Mais il y a dans cet aphorisme une ambiguité dangereuse , qui fait qu'on l'emploie souvent dans un but pernicieux. Il a deux sens; l'un mauvais y l'autre bon : « Il est quelquefois bon de mentir »; c'est là le sens dangereux. «Il est des occasions où la vérité ne doit pas être dite. » Que faut-il dire alors? Un mensonge. Nonî rien du tout. C'est la le sens véritable, et ce n'est que dans ce sens que la moralité doit l'employer comme aphorisme.

Lès maximes que nous avons présentées comme règles de conduite en matière de langage seront également applicables aux actions. En eflet , dans le cours de nos investigations , on a Vu que nous avons quelquefois associé les actions comme cou* séquence des paroles, leur liaison étant si intime, qu'en les passant en revue ^ il serait difficile de les* séparer.

Néanmoins, un plus grand nombre d'actions que de paroles rentrent sous la juridiction de l'autorité judiciaire. Les actions contrôlées par la

loi peuvent être considérées conune obligatoires. On peut regairder comme libres celles dont les lois ne connaissent pas; ce sont celles qui ne rentrent pas dans le domaine de la justice pénale.

Les actes déplaisans à autrui peuvent Fétre de deux manières : ils peuvent offenser les sens physiques ou les sentimens intellectuels.

Parmi les cinq sens, il ne saurait être ici question du toucher et du goût. Le mal infligé à ces deux sens se présente sous la forme d'un délit légalement punissable. La molestation par la voie du toucher constitue ce qu'en terme légal. on appelle voie de fait. La molestation du gcfût présente l'idée de poison; et, à moins qu'il ne s'y mêle de la fraude ou de l'intimidation , c'est encore un délit corporel.

En un mot , les seuls sens exposés aux molestations qui sont de la compétence de la Déontologie , sont les trois sens sur lesquels on peut agir sans contact immédiat, c'est-à-dire l'odorat, l'ouïe et la vue.

I . L'odorat. Les molestations dont ce sens est susceptible sont, pour le plus grand nombre des cas, suffisamment évidentes. A ce sujet, quelques recommandations ne sont pas hors de propos.

U^Sà DÉONTOLOGIE.

par des actes qui cependant n'affectent réelle^ ment que le sens de l'ouïe.

L'éducation a beaucoup fait pour la suppres-sion des molestations provenant de cette source. Le savoir-vivre , qui a pénétré jusque dans les couches inférieures du sol social^ a réussi à rendre rares des actes regardés conune des preuves de grossièreté et de mauvais ton ^ au point de rendre leur exercice périlleux pour la réputation du délinquant.

Le pouvoir d'empéclier les émanations désagréables de la bouche ne peut être possédé dans la même étendue ; mais on a la faculté absolue de les régler de manière à les rendre inoflënsives pour autrui. L'éructation^ qu'il n'est pas toujours possible de réprimer^ peut être rendue moins déplaisante aux autres^ si l'on donne aux miasmes une direction telle ^ qu'ils ne puissent atteindre personne; faites en sorte que l'air s'échappe dans cette direction 9 du coin de la bouche^ et par la plus petite ouverture possible ^ en sorte que personne ne s'en aperçoive.

Si vous êtes entouré de manière à ce qu'il vous soit impossible d'empêcher que cette émanation n'arrive à quelqu'un , couvrez-^vous la bouche de la main ou de votre mouchoir; le gaz d'acide carbonique descendra de son propre poids.

Si VOUS êtes»à table ^ et qu'il y ait quelqu'un vis4i-vis de vous , il vaut mieux vous couvrir la bouche que de laisser visiblement échapper les miasmes; car si la distance est assez grande pour que vous n'affectiez pas désagréablement l'odorat de la personne en question, vous pouvez lui épargner le dégoût de se l'imaginer ; ce qui ne manquerait pas d'arriver si elle était témoin de l'acte d'éructation.

2. L'ouïe. Ce. sens peut être affecté désagréablement, d'une manière directe ou indirecte, par le moyen de l'association des idées.

Il peut être affecté directement par la qualité du son ou par sa quantité.

Il n'est guère, possible d'affecter ainsi par des sons d'une qualité offensive, indépendamment de leur quantité , sans que la production de cet effet ne soit le résultat d'une intention. Si cette intention existe, l'acte peut être considéré comme légalement punissable ; en tout cas , il serait su^ perflu.et inutile d'insister sur la nécessité de s'en abstenir.

En vertu du principe de l'association des idées, tout son qui a pour effet de rappeler l'idée d'une sensation désagréable à un autre sens , au sens de l'odorat par exemple , ne saurait manquer de nous répugner par cela seul.

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