‹ Département de la Seine-InférieureChapitre 2 sur 68 · I.NTIIOI» I CTION I · texte numérisé non relu

I.NTIIOI» I CTION I

Grandes NCnIcs. le procps-verl)al jic iiiciilioiinc que \H comparants (4 il y a '.V2 signatures (1).

Mais si les pioci s-\'erl jiiix nous donncMit approximativenient le nombre des eomparants, ils ne nous renseignent pas sur leur situation sociah^ el leur fortune. Six seulement indiquenl Ifs professions : ceux d'Auberville-sur-Kaulne, de (lalleville-h'sdeux-Eglises. (i"Osnioy-sous-Bures, de Riljeuf, de Saint-Ouensous-Bailly-en- Rivière, de Thibermesnil. Dans les quatre premières paroisses, nous trouvons des représentants de tous les éléments de la population rurale de cette région : propriétaires, fermiers, toiliers. tisserands, ouvriers de métier, journaliers. A Saint-Ouen, sur 18 comparants, il n"y a que 4 laboureurs : Je reste se compose de 5 cordonniers, 3 galochiers, 2 chaisiers. 2 charpentiers, un charron. A Thibermesnil. au contraire, rassemblée ne comprend que les plus imposés : un avocat en Parlement et des laboureurs. 1,'ne septième paroisse, Saint- Valéry-sous-Bures, ne mentionne spécialement, parmi ses comparants, que les cultivât eurs-herbagcrs.

Nous avons heureusement une autre source pour étudier la question qui nous occupe: c'est' la collection des rôles de la taille de Télection d'Arqués depuis 1695. qui contient, pour presque toutes les paroisses, le rôle de 1789 (2). Ces rôles indiquent la profession du contribuable et, s'il est propriétaire ou fermier, la valeur présumée de son exploitation. Xous constatons ainsi que, dans un tiers environ des paroisses, la majorité, et, parfois, la presque totalité des comparants, se compose de cultivateurs : dans un autre tiers, les commerçants, les industriels, les ouvriers de l'industrie ou du sol. sont largement représentés et forment au moins la moitié de l'assemblée électorale ; dans le dernier tiers, enfin, ils sont de beaucoup les plus nombreux (3). Dans quelques paroisses, et elles appartiennent, pour la plupart, au premier groupe, l'assemblée, très réduite, ne comprend que les membres de la municipalité et les plus imposés, « les principaux habi-

fl) Signalons encore quelques particularités curieuses. A Rainfreville, une femme, «Mii*^ Anne Pillon», a assisté à la délibération et signé le cahier. A Ribeuf, le curé a écrit et sisrné le cahier. La présence du curé est mentionnée aussi à La Chaussée.

(2) Arch. S.-Lif. C. 1718-208!^.

^3) On pourra contrôler cette assertion en se reportant aux notes qui acconipa2:nent chaque cahier. Dans la plupart des paroisses, nous avons Indiqué, d'après le rôle de la tadle. la profession des comparants, la valeui' de leurs exploitations, le montant de leur taill(\ accessoires et capitation.

X II AM,I,!A<;r I) Alinr KS

tants » (1). Ainsi s ('\'|)!iqnoul certains arlidcs qui nv radront j^iirre nvor les vi^oiiriMiscs |)r'nt«'stati(ins de la rnajoi'ité dds (•ailiers «'ontro les iiiéj^alilés fiscales di\ Vé\)0(\iiv. (2).

Xi les prot'ès-verbaiix, ni l(»s cahif^rs n<' nous laiss(uit suj>[)()S(îr qifil y ait eu quelque divergence de vues entre les cultivateui's el les autres comparants. Il faut cependani faire (ixceplion pour (]alleviIle-l<'s-(hMix- Eglises, [)aroisse voisine de Tûtes, où les tisserands ont refusé d'appuyer les réclamations des cultivateurs sur la question du blé et n'ont pas adhéré à tous les articles du cahier. A cette époque, il n'y a pas, du reste, de séparation absolue entre les (Jivers groupes de la population rurale ; nous voyons, par les rôles de la tailh^ que beaucoup de marchands, de toiliers, de tisserands, rneme des ouvriers de divers métiers, sont aussi cultivateurs.

On peut donc admettre que, d'une façon générale, les assemblées représentaient assez exactement la population ; miais il n'en est pas de même des députée qu'elles ont envoyés à l'assemblée préliminaire et qui sont, en très grande majorité, des propriétaires ou des fermiers (3). Là même où les tisserands et les journaliers forment la majorité, ils ont le plus souvent nommé des cultivateurs. Ainsi, à La Gaillarde, où les 63 comparants se composent surtout d'ouvriers, les députés sont un propriétaire et un fermier ; à Crespeville (8 tisserands, 3 journaliers, un domestique, un qouvreur sur 17 comparants), 2 fermiers ; à Lintot (13 tisserands, 5 journaliers sur 28 comparants), un officier garde-côte et un propriétaire ; à Saint- Denis d'Acquelon (6 tisserands, 4 journaliers sur 15 comparants), deux riches cultivateurs ; à Sauqueville (12 toiliers, 7 journaliers. 2 charpentiers sur 33 comparants), deux fermiers.

(1) A La Cliaus-éc, avec les inenibres do la municipalité, y compris le c\zré, il n'y a qu'un propriétaire. A Boudeville et à Saint-Pierro-le-Petit, les membres de la municipalité sont mentionnés spécialement, en tète des comparants. A Fresles. on trouve la formule « les principaux habitants, « Nous, principaux habitants, propriétaires, fermiers, laboureurs ».

(2) Par exemple, l'article du Càtelier, de Cent Acres, Muchedent, Saint- Crespin. Saint-Honoré, qui réclame le parta«fe des terres vagues « entre les seuls propriétaires, et non par tête «.

3) Sur 429 députés présents à l'appel nominal du 9 mars il n'y en a que 70. y compris les 16 députés de Dieppe, auxquels le plumitif du procès- verbal attribue une autre profession que celle de laboureur, et, parmi eux, on nf^ trouve que 4 tisserands : 2 à Epineville, un à Martigny. un à Saint-Denis-du-Val. En fait, comme on le verra, il y avait au moins 13 tisserands députés à l'assemblée préliminaire. Mais ils étaient presque tous, en même temps, cultivateurs, et c'est la qualification qu'ils ont prise à l'appel nominal : cela même est caractéristique.

1 NTltODl CTIO.N M

l'n cortain nombit^ do paroisses, roporidant, ont élu comme dcj)utés (l('s toiliers, des tisserands ou de petits patrons de divers métiers. A (Tosvilli^-sur-Srie. à Ej)ineville. à Mesnil-Rury, à Saint-Denis-(iu-\'ai, les deux (léj)utés sont des tisserands. [1 y a un tisserand député à Appeville, à Glicourt, à Denestanville, à .\tanehouvili<\ à Martigny. A Sassetot, les deux députés sont des toiliers-cultivateurs ; on trouve un matelot à Bracquemont, un charbonnier et un sabotier aux Ventes-Saint- Rémy, paroisse située dans la foret d'Eawy et à peu près uniquement eomposée de sabotiers, de charbonniers et de bûcherons. Mais aucune paroisse n'a nommé de journaliers, c'est-à-dire d'ouvriers agricoles véritables (1). Ainsi les deux classes les plus nombreuses et les plus malheureuses de la population rurale, les journaliers et les tisserands, sont Tune. faiblement représentée, et rautre,pas du tout. C'est la bourgeoisie rurale : propriétaires, gros fermiers, classe déjà aisée dans ce fertile pays, qui dominera à l'assemblée préliminaire. Outre sa situation et son influence dans la paroisse, où il était le plus souvent syndic ou, tout au moins, membre de l'assemblée municipale, une autre cause a contribué à faire nommer comme député le propriétaire ou le riche fermier : c'est l'étendue même du bailliage et l'éloignement de la ville de Dieppe, distante de 6. 7, 8 lieues et davantage de certaines paroisses. Seuls les cultivateurs aisés avaient les chevaux, l'argent et les loisirs nécessaires pour se rendre à Dieppe et y rester plusieurs jours. Sans doute les frais de voyage et de séjour devaient être remboursés : mais il fallait provisoirement en faire l'avance. Ajoutons enfin que. s'il y avait opposition d'intérêts entre les cultivateurs et les ouvriers sur certaines questions : le prix du blé. de la viande, la réglementation des marchés, le mode de partage des biens communaux (2). l'entente était complète sur les questions politiques, fiscales et sociales les plus importantes à cette date.

Les cahiers. — • Si maintenant nous passons à l'étude des cahiers eux-mêmes, la première chose qui nous frappe est leur

; 1 ) C'est par orreur qu'une copie de l'appel nominal du 9 mars, à l'assemblée préliminaire, qualifie de journalier un des députés de Belleville-sur-Mer, \ atier ouVattier : le eliifl're de ses impositions, taille, capitation et accessoires (461.). prouve qu'il était cultivateui. et non journalier.

^21 Cette opposition d'intérêts entre les eultivalcurs et les ouvriers est nettement siiirnalée dans la curieuse lettre d'un certain Martin Lcmaître, d\ vetot, à Necker (A. nat., B^ 30). Nous la donnons en appendice (appendice VIII). Elle se plaint aussi du rôle prépondérant des riches fermiers dans les as-emblées élei'torales

\ii r. M ii.i \i; i; :» \ i;«)i!i:s

cxlrrinc \;ii'irl (' : aspccl cxl ('riciii', ('Ictidiic, divisions, sLyl(\ (tri lio^raplic. <M>il me, loiil les difl^M'cncic (1) (^)ii('l(]ii('s-iins rrorit <jii«' (juiiizc ou \iiii|l li«4M('s (riiiic i(r'()KS(» (M'i'il iift, «j^aiicdu» et mal loniicc : ils smil ToMiNrc de paysans illcll fôs, i'oi'l t'inhai'F'Usriés d"t'\ |>i'iim'r leur |m'iis('m'. Tels sont 1rs caliici'S de JJi'acqiicliiii . La ( lliaiisstM' (<S lio'n(\s), Daiiipicrrc, ( j()iicliaii|)r'(';, Mesriil-aiix Moines. Ponisillc ( I .'> lignes), Saiid-Laiii'cfd -(riMWCM'riieu, Saiid- Mais, Sainl-Mai'l iii-s()iis-B('ll(Mironil)i'(' (1.) lii^nes), Sairil-Oiit'iis()iis-15(»ll(Micoinl)r(\Sainl-l*i<'n'»'-l('-l*('lil ,Saiiil('-\lariçn<'ril<',S(3vis, Thiédoville, L(» Thil, VihcMif (2).

Mais ('(>s petits cahier*^, (|iii sont [)rosqne tous aussi des cahiers o(Mo-nards, si Ton p(Mit ainsi parler, forment l'exception dans ce l:)ailliai^e : il y en a hxuuicoup plus dans celui de Neufchâtel. Presque tous les autre* sont divisés en articles; ils en comptent eu moyenne d(^ 10 à 1;"). Quelques paroisses, comme Dracqueville et Totes, oi'oup(Mit l(Mirs articles en chapitres ; d'autres, comme I)ivilI<'-la-Baignarde et Sainte-Geneviève, mçttent un titre à chaque article. Aucun cahier cependant, sauf celui de Dieppe, n'est comparable, par le nombre et l'importance des questions traitées, à certains cahiers du Cotentin, par exemple à ceux de Bricqueville-la-Blouette et de la Bloutière, véritables mémoires de juristes et d'économistes, trjès intéressants à lire et à consulter, mais qui ne sont pas l'œuvre directe des habitants.

Le cahier le plus important est celui de Dieppe (26 articles). La municipalité avait fait rédiger à l'avance un exposé de principes et un projet de cahier qui s'inspirait des idées de Thouret. Ce projet, qui ne s'occupait guère que de questions d'ordre général, fut très modifie et surtout très complété par l'assemblée des 45 députés de la ville qui travailla trois jours (6-8 mars) à la rédaction du cahier définitif et y inséra 14 articles nouveaux, dont quelques-uns traitent de questions maritimes et commerciales d'un réel intérêt. Le cahier de Dieppe a passé presque entièrement dans le cahier général du bailliage, dont il forme la première partie (33 art. sur 60). Parmi les autres cahiers, nous citerons celui d'Auffay (22 art.), rédigé très probablement

(1) Saint-Ou(>n-sous-Bpll('iicombro pt Tliiédcviiio ont écrit leur caliicr au dos du modèle du procès-verbal. Sévis a utilisé l'exploit de l'Iiuissier chargé de notifier au syndic la convocation des Etats oénéj'aux et les instructions du bailliao'".

2) Par exemple le cahier de Saiut-Pierre-le-Petil. «Les hal)itanfs de Saint- Picrre-le-Petit ont l'honneur de représenter qu'ils sont misérables, attendu que cette paroisse n'est composée que de 45 feux et n'est habitée (jue par des journaliers et toiliers, excepté .M. .l(\an Om ry et ]M. Bazire ».

INTIJODl (TION Mil

pal" K' présidcMil d" l'asscnihléi^ La\'an(li(^r, îivorat en railrnicnt , notaire apoGtoliqm\ conlrolonr des actos. prociinMii- fiscal de la liante^ ju.Tlice, celui de Bacqiieville (15 arl.). <liii «> servi de modèle à nu i^roupe de dix cahiers, celui d'Enveiiueu (25 art.), très hostile au elerij^é réii^ulier, celui de Gueures, le seul, avec le cahier de Dieppe. (|ui s"inspire nettement des idées de Thouret. Citons encore les deux eahiers, en grande partie semblables, de Biville-la-Baignarde et de Sainte-Geneviève, ceux de Gruchet- Saint-Siméon, Omonvillo, Saint- Hélier, Saint-Nicolas d'Aliermont. Un des plus saisissants est celui de La Chapelle-sur-Dun (22 articles consacrés aux maux présents et autant aux remèdes), tout en phrase s hachées, qui nous fait un poignant tableau de Textrème misère de la région du Dun à cette date.

Un assez orrand nombre de cahiers commencent ou finissent par des effusions royalistes à la mode du temps, en particulier ceux des Authieux, de Bazomcsnil, Martigny, Saint-Aubin-sur- Mer. Saint-Martin-le-Cauf, Varengeville. Quiberville. Royville. Le Torp. Louis XVI est comparé à Louis XII et au grand Henri. Il est le père du peuple. « Grâces immortelles, dit le cahier de Saint-Aubin-sur-Mer. soient rendues au meilleur dqs rois, auteur d'un si grand bienfait ! Son nom. chéri comme celui de Louis XII. le père du peuple, sera gravé en caractères ineffaçables dans le cœur de tous les Français ». Xecker n'est pas oubUé non plus. Il est « le vertueux, Tillustre Xecker ». Il est aussi « le plus honnête, le plus fidèle, le plus instruit des ministres >^ (Martigny). Il est « un nouveau Sully » (Royvilh).

Parfois leur enthousiasme royaliste s'exprime d'une façon naïve et pittoresque, par exemple à Martigny et à Saint-Aubinle-Cauf. « Ils ont remarqué dans la lettre, que \'. M. leur a écrite, que le calme et la tranquillité de son âme était troublée depuis longtemps. Ils supplient \\ M. de vouloir bien reprendre sa tranquillité ordinaire. Votre santé leur est trop précieuse pour ne pas vous remontrer la crise où tomberait l'Etat s'ils avaient le malheur de vous perdre »(1). A Quiberville, c'est une véritable invocation religieuse, c Ils ne cesseront, dans tous les temps, de bénir un prince qui. l'image de l'Etre suprême, cherche ici-bas à adoucir leurs malheurs et à les rendre heureux. Leurs mains élevées vers le ciel, ils demanderont dans leurs prières la conser-

(1) Préambule de Martigny. Même préambule à Saint-Aubin-le-Cauf. La lettre, dont il est question, est celle du 24 janvier pour la convocation des Etats ojénéraux.

\ I \ l»AI l.l.I AC i: I» \ net i:s

vatioii '.riiii in()n;ir;)ii(' (|iii leur csl (r;nil;uil plus j)i'('M-irii\ (jc/il leur rappelle ce roi elieri. resliiiie cl ramoiii' des \ rais l'raiieais, (lonl liii aiilre Neeker ('lait le ennseillei- el r;imi '; (1).

('es eriiisioiis. on les I ioiinc iimmim' dans des ealiiei'S à I end a. ri ces radicales, coîiniie ((lui de !{oy\ille. l'illes soFd sincères. Le 'liei's Liai esl l'econnaissanl à Louis \\ I de la coru'ocal iofi des l^]lals ii^ônéranx, h eel ordi'c jMcstpie di\in », dit le cafiier- de Varcni^eiville. il est j'econnaissani à .\e(d<er de lui avoir aec'ordé L^ même nomhi-e de l'eprésenlants qu'aux d(Mi\ antres ordr(?s réniiis. Il compte sur h^ roi et sur son ministr(^ pour supprimer les privilèi]^(îs et l'éorganiseï- le royaume (2). Quelques caliiers, soit naïveté, soit tactique, i\M<^iienl de croire que le roi attend leurs doléances pour s'en faire une arme contre l'opposition des privilégiés. « Le moment de crise est arrivé : que la nation sache en profittu' ; qu'elle S(MM)nde les vues do. son roi » (Royville, art. 3). Le cahier de Grain ville-la- Renard, lui aussi, paraît croire que le roi ignore ce qui se passe dans 'son royaume, et il dénonce en bloc, et avec quelle vigueur ! tous les abus. « La liberté que vous accordez à tous vos sujets de vous faire leurs doléances... nous donne la facilité de vous exposer que tout ce qui se fait en et par votre nom dans le royaume est presque toujours fraude et abus, excepté ce qui concerne le crime et les forfaits ». (Préambule).

Quelques cahiers, en petit nombre du reste, sont violents et déclamatoires. Tels sont ceux de Grainville, Herbouville, Royville, Saint-Aubin-sur-Mer, Saint-Valéry-sous-Bures, Varengeville. Plus clairvoyant ou plus hardi que les autres, le cahier de Royville prévoit et annonce la crise prochaine ; il parle de régénération. (( La France a presque besoin d'une entière régénération ». (art. 14). Un seul, celui de la petite paroisse du Mesnil-Saint- Germain, a une note franchement révolutionnaire, ^t Si l'Etat ne peut être sauvé que par une crise, la vie des pauvres doit être plus sacrée qu'une partie de la propriété des riches. Quand un

(1) Voir aussi, à la fin (iu caliier de Gueiires, une invocation religieuse, mais d'un or(Jre plus général et d'un ton différent.

(2) L'idée est nettement exprimée dans le cahier de Sainte-Foy : « en criant toujours sans cesser : Vive le roi Louis XVI pour le soulagenaent de ses sujets >\ Et celui de Varengeville : « L'esprit de bienfaisance. qui anime notre monarque, semble prononcer l'entière destruction des colombiers et garennes ». On peut, noter aussi le titre de la seconde partie du cahier deSaint-Martin-en-Campagne : (( Remontrances désirée<i par notre bon roi ». Et cette déclaration du Mesni!-aux- Moines : «Ils n'ont osé jusqu'alors élever leur voix pour faire entendre leurs plaintes, leurs gémissements, de peur d'un sort encore plus aggravant ».

I \ IIIODICTIO.N XV

n.r/irc t";iit eau de (nul es narls, on jcllc à la mer la (;ai'«^ai.S(jn (lii ii(''ii(K*ianl poiii' saii\t']- I éqiiipaj^(î » (ail. 2) (h.

Lks (iRoupKs or I A.MiLi.i:s i)i; cahiers. — Tous ces rahitTs ne sont pas orioinanx. 11 y a des cahiei'S qui on rej)rofluisonl un autre plus ou moins fidclenient ; il y a des groupei ou faniill(»s de cahiers. Mais, contrairement à ce qui s'est passé ailleurs, les exempli^s de copie pure et simple sont très rares danr le bailliai,'e d'Arqués : on n'y trouve guère de cahiers absolument identiques, comme le sont ceux du groupe de Clais dans le bailliage de Neufchâtel. Quand une paroisse utilise le cahier d'une paroisse voisine, elle le modifie ; elle supprime ou ajoute certains articles, ce qui suffit à nous montrer l'intervention réfléchie des comparants (2).

Le nombre des cahiers qui ne sont pas entièrement originaux est de 65, plus du quart du total. On peut les répartir en trois catégories. La première ne contient que des couples de cahiers : Benouville et La Chapelle-Bénouville, Biville-la-Baignarde et Sainte-Geneviève. Boisrobert et Le Bourguay (La Ghapelle-du- Bourguav), Imbleville et Saint-Ouen-le-Maus-er, Osmov et Saint- Valéry-sous-Bures, Saint-Aubin-sur-Mer et Saint-Denis-du-Val.

La seconde est formée de quatre petits groupes de trois cahiers : celui d'Arqués, Beaumets, Rouxmesnil, ces deux derniers reproduisent textuellement le premier, sauf quelques articles, celui d'Ambrumesnil, Hermanville. Longueil, celui de Derohigny, Glicourt, Graincourt, celui de Dracqueville, Montreuil, Tôtes.

La troisième, la plus intéressante, comprend les véritables groupes, qui ont au moins chacun quatre cahiers. Nous avons déjà trouvé ces groupes de cahiers dans le bailliage de Xeufchâtel, comme I\l. Bridrey. dans les bailliages de Coutances et de Valognes,etnous avons expliqué ce que nous entendons parce mot. Les cahiers, qui constituent un groupe ou une famille, ne sont pas copiés servilement les uns sur les autres ; ils diffèrent souvent beaucoup d'étendue et d'importance ; Tordre et le nombre de leurs articles sont très variables. ■\[ais leur parenté se manifeste

(1) L'article ne s'occupe du reste que d'une question particulière : le remboursement des offices héréditaires de finances. - — Comparer, en sens contraire. Saint-Nicolas-d'Aliermont : « Lad. assemblée demande la conservation des propriétés de tous les ordres et de tous les individus » art. 3. Id. à Douvrend (Demandes. 1) et à Notre-Dame d'Aliermont (Demandes, 6).

(2) Les cahiers de Biville-la-Baignarde et de Sainte-Geneviève nous en fournissent un curieux exemple : les adjonctions et suppressions portent sur des articles entiers : nous renvoyons, pour le détail, à ces cahiers, qui sont très intéressants pour l'économie rural'^ de cette époque. II nous est du reste impossible de dire lequel a servi de modèle à l'autre.

\ \ I M V I 1,1.1 A I. i It A Itui: i:S

(tar le Ion ^ciicr,)!. I.i ..i mil iliK le des principales (Iciiiaiidcs, Tel ii|)l(>i <I('S nnMncs Ini'ninlt's r\ la |)f(''S('nct' (rarliclcs scniMahlcs. Presque hnijoiirs il y a nn raliici-l y|M\ (pic nous essaierons de dél crniiner'.

La haiHiaii:c (rAi'Cjucs coniple 7 de ces «ri-oupcs. Le pi-eniier, <t'lni de l>ac(pie\ille, eonipi'end Kl pai()iss(\s, (jiii ne sont pas tontes dans le xoisinaj^e iriiinédiat (1(î en l)()Mr'<(. Co sont les (;alii(;r'S dcî liaeciueville, lîeinK^snil, Hoiideville, Jionr^-de-Saâne, Rrachy, ('rasville-la-U()(|nefort, Laniber\'ille, Larnrnervilie, Le Torp, Saint-.Inst, Le ealiier-type est eelni de Baeqne\ill(^, alors cÀwïlien (Tniu' sergenterie de 28 paroisses, aujourd'liui (dief-lieu de canton et centre important de la région. Il parait avoir été inspiré j>ar Heatte d'Ausse ville, membre de l'élection d'Arqués, qui comparnl à l'assemblée électorale de Bacqueville et fut un des députés à l'assemblée préliminaire. Le cahier est presque entièrement consacré aux questions financières et économiques. Il est très violent contre la ferme et ses agents : ce sera la note caractéristique de tous les cahiers du groupe.

Le second groupe, celui de Longueville, comprend 6 cahiers qui formulent des demandes d'ordre politique : le fait est rare dans ce bailliage et mérite d'ôtre signalé. Ce sont les cahiers de Longue- \ille, Bertreville, Crespeville, Criquetot-sur-Longnevillc, Lintot, \'andreville. Le cahier-type n'est cependant j)as le cahier de Longueville, paroisse principale du groupe, mais celui de Lintot : il est probablement l'œuvre de Langlois, officier garde-côte et membre du département d'Arqués.

Le troisième groupe est celui de Luneray. Il est formé de 5 cahiers qui nous donnent des détails intéressants sur l'économie rurale de la région et qui nous montrent en particulier le progrès des cultures industrielles, encore récentes à cette date, comme le colza. Ce sont les cahiers de Luneray, Canteleu, Greuville, Gruchet-Saint-Siméon, Saint-Pierre-le-Viger.

Le quatrième groupe, celui du Catelier, est formé aussi de cinq cahiers : ceux du Catelier, de Cent-Acres, Muchedent. Saint- Crespin, Saint- Honoré, paroisses situées dans la région de Longueville. La note dominante est un rigoureux protectionnisme.

Le cinquième comprend les cahiers de Beauville, Bretteville, Reuville, Saiht-Laurent-en-Caux. Ils s'occupent surtout de la question économique : ils signalent la chute de la fabrication de la toilerie qui laisse la moitié des tisserands sans ouvrage.

Le sixième réunit 7 paroisses du plateau qui s'étend entre la Béthune et l'Eaulne : Croixdallo, Notre-Dame, Saint- Jacques,

I \ ri<()i> rc no \ \ vu

Sainte-Agathe d'Aliermont, Angrevillc, Douvrend, Wanchy. Les qiiatres premières faisaient partie du comté d'Aliermont ; rarchevêque de Rouen en était le seigneur. Les trois autres ne relevaient pas directement de lui : mais il y possédait d(\s domaines et des droits féodaux. Il est intéressant de remarquer que Saint- Nicolas-d'Aliermont, la principale paroisse du comté, déjà connue par son industrie de l'horlogerie, reste en dehors du groupe. Son cahier est entièrement original.

Le septième groupe est composé de 5 petites paroisses, voisines de Bellencombre : Les Aulthieux, La Heuze, Les Innocents, Louvetot, Saint-Ouen-sous-Bellencombre, toutes réunies aujourd'hui à Bellencombre ou à d'autres communes. Ces cahiers qui sont d'étendue très inégale, celui de Louvetot ne consacre qu'une ligne ou deux à chaque article, ont un caractère commun. Ils contiennent quatre articles, plus ou moins développés, mais disposés dans le même ordre et ne traitant que de questions économiques : cherté du blé, inactivité du commerce, surtout dans la branche du coton, excès des impôts, misèfe et mendicité.

Le sol et les habitants. — Les ressources : culture et industrie

Le sol et les habitants. — Le bailliage d'Arqués ne corros» pondait pas exactement à l'arrondissement de Dieppe. A Test, il lui manquait tout le canton actuel d'Eu, et même quelques paroisses de celui d'Envermeu (1). A l'ouest, au contraire, il englobait une notable partie des cantons de Fontaine-le-Dun, Doudeville et Yerville, qui appartiennent à l'arrondissement dYvetot. Il n'y avait qu'une seule ville, Dieppe, peuplée d'environ 20.000 habitants. C'était alors notre grand port de pêche et un centre important de relations avec l'Angleterre (2). Douze paroisses portaient le titre de bourgs ; mais trois seulement avaient une certaine importance : Auffay, Bacqueville, Enver-

(1) Assigny, Avesnes-cii-Val, Bailly-en-Rivière, Briuiville, Grcny, Pculy, Saint-Quentin, Sauchay. Du canton d'Eu il n'avait que Can<'lian. Eu rovancho, il comprenait 6 paroisses de l'arrondissement actuel de Neulchànl : Bures, Croixdalle, Saint-Valéry-sous-Bures. Wanchy I canton de Londinières) ; Fresles (canton de Neufcliàtel) ; Les Ventes-Saint-Rémy (canton de Saint- Saëns).

(2) Lebas. Histoire d'un port normand sous la Révoluliou et VEnipire. Voir aussi l'introduction et les notes du cahier de Dieppe.

\ VII I II \ 1 1,1.1 A (, j; u'auoi ks

iiuMi, les |tiiii(i|);iij\ iiianlK's du |»;i\-i. L(ni«^ni('vill<', (pii avait (iomiô son iioiii au coiiih', puis au diicliô paii'ic, (pic les dcsccii- (larilsdc Dmiois avaiciil possédô jiis(prrii H)!)^ lui lonoicmps le clicf-litMi (fur) hailliai;»' de 1 I 1 par'oisscs. Mais sa rôiiriioFi à cchii (l\\r(pi(>s (Ml 17Vi avail niim'' ce hour"^, cri lui faisant pcr'di'c l(\s profits (pi'ii lii'ail du sôjoiii* des officiers ({(' justice et des plai(l(Mirs, et son cahier sii^nale liii-iiKMne cette; irrérnédiahhi décadon('(^ (1).

Los huit autres bonrîrs étaient Anglesqueville, Jiellencombre, Lindebeuf, Saint-Martin (;t Saint-Nicolas-de-Veules, Torcy-h;-- Grand, T(Ues, I^es Ventes d'Eawy ; mais c(; titre de bourg ne leur valait guc'^n^ d'autre avantage que celui de payer des droits spéciaux fort onéreux, droits d'entrée, subvention, jauge et courtage des boissons, droits (d'inspection aux boucheries et droits sur les cuirs (2). Us étaient au^si soumis à certaines prescriptions, peu observées du reste, comme de couvrir en tuile, ardoise ou essente. Tous ces petits bourgs se plaignent de leur pauvreté. Saint-Martin-de-Veules, dont le port avait eu quelque importance au moyen âge, n'est plus « qu'un petit bourg sans commerce », presque uniquement peuplé d'ouvriers tisserands qui travaillent poui' Rouen. L'incendie du 6 juillet 1781 a ruiné 168 ménages et personne ne veut plus louer le marché; son propriétaire, le vicomte de Blosseville, est obligé de le faire valoir lui-même. A Saint-Nicolas-de-Veules, sur 70 feux, il y en a dix à leur aise; le reste est pauvre. Tôtes doit son importance relative à sa situation, à moitié route entre Rouen et Dieppe ; mais il a la charge fort onéreuse de l'étape des troupes et l'entretien d'une brigade de maréchaussée. Les Ventes-d'Eawy comptent 358 feux ; mais ce sont surtout des tisserands, bûcherons et journaliers, et les pauvres sont nombreux. Torcy-le-Grand a un m.arché, qui «ne lui vaut pas autant d'avantages que de charges », et Bellencombre (45 feux) avoue n'être qu'une petite bourgade qmi « mériterait mieux le nom de village ».

Les paroisses du bailliage sont généralement plus peuplées que dans le pays de Bray, bien qu'un grand nombre, plus de

(1) Cahier de Longue villo, 6 : « Cette réunion a ruiné ce bourg qui ne m )ntre plus, depuis cette époque malheureuse, que les ruines que le temps a épargnées et la triste image de son désastre »,

|2) C. f. Anglesqueville, 1 et 2. Tôtes (parag. 2) dit que l'ensemble de ces droits s'élève à la valeur de 20 jours de travail et il demande qu'on les re;treigne aux villes closes. (3n avait remis le droit réservé de don gratuit à Topcy-le-Grand, aux Ventes d'Eawy et à Bellencombre, «eu égard à leur peu de commerce » Cahier de Saint-Martin-de-Veules.

I \ riu)i) rcTioN XIX

60, aitMit moins do 50 foiix (200 à 250 liahilaiils). Dix sciilcrnonl en ont moins de 20 (80 à 90 habitants) (1). Los réunions de communes, au cours du 19^ siècle, ont été plus rares que dans rarrondissement de Neufchâtel. Mais là, comme dans toutes l(?s campagnes normandes, la dépopulation a été fort sensible depuis la Révolution et surtout depuis la décadence du tissage à la main à partir do 1860. Elle s'aggrave tous les jours ; si on excepte Dieppe et sa banlieue, les communes du littoral, les bourgs et les vallées industrielles, la population a diminué du quart ou du tiers, ])arfois de la moitié (2). Le régime de la grande propriété, la disparition des petites fermes, la médiocrité des salaires agricoles, l'absence d'institutions de prévoyance et l'alcoolisme, le fléau de cette région, ont été, avec la ruine de l'industrie familiale, les principaux facteurs de cette dépopulation.

Le bailliage d'Arqués formait la partie orientale du pays de Caux. Il comprenait une vaste étendue de ce plateau limoneux, si bien étudié par M. Sion dans son ouvrage sur les Paysans de la Normandie orientale. C'était, dans son ensemble, un pays fertile et de facile culture, « un bon pays ». Les cahiers ne signalent pas, comme ceux de Neufchâtel «la fraîcheur, l'ingratitude du sol, le ravinement des eaux ». Cependant, les paroisses enclavées dans la forêt d'Eawy, les Ventes-d'Eawy, les Vente^- Saint-Rémy et Maintru,ont des terres modiques, où le blé mûrit mal à cause de Tombre des bois et que dévastent les bêtes sauvages. Dans la vallée de la Saâne, Le Gouret et Saint-Ouensous-Brachy sont « tout en pentes argileuses, mêlées de cailloux, entrecoupées de vallons et de ravins ». Varvannes, aux sources de cette rivière, et Saint-Hellier, sur la Varenne, près de Bellencombre, se plaignent de leurs marécages et des fièvres paludéennes qui les déciment (3). Enfin toutes les paroisses du littoral gémissent sur leur climat et leurs mauvaises récoltes. Berneval, Blosseville, Chapelle-sur-Dun, Epineville, Saint- Martin-de-Veules, Saint-Martin-la-Campagne, Sainte-Margue-

(1) Archelles (10 foiix), Bonnotot (8 f.), Derchigny (15 f.), Epineville (6 f.), La Frenay (18 f.), Mosnil-Saint-Germain (18 f.), Ribeuf (11 f.), Rouxmesnil (7 f.), Saint-Laurent d'Envermeu (10 f.), Vandreville (11 f.). Toutes ces paroisses ont été réunies à d'autres eonimuncs depuis 1789.

(2) Une seule paroisse, Gonnetot (auj. canton de Bacqueville), nous donne, avec le cliiffre de ses feux (103), celui de ses habitants : 500 en 1789. Elle n'en avait plus que 190 en 1911.

(3) Le fait est confirmé pour Saint-Hélier par Le Pccq de la Clôture. Colleclion d^obserrations sur les inahidies, 140.

x\ p. AI i-Li M. i: Il A i;ni i:s

rite, So(t(>viIl('-siir-M«'f inciiininriil les \«mi(s <■! I<'s Inripotos qui « flétrissent sur [>i('(l l.t l'écollc d inoissoiiiicnl d'^ivanc-e respérance du lalKuiiTur- '< ((",liajM'll.'-siii-l )uii. K). " E\\ six

ans, (lit Sainl-Mai'lin-(!('-\ Cuirs, on ne lécollc (jur la valeur de trois ». A en croire h's ireus de liolol-sur-Mi'i', ils habitent « un pays teri'il)le, hallu pai' des \(Mits yla<'és (pii ne pertrielLeul pas d'élevei- d'ai'hres ffuilieis "(1). Il ne l'aid pas acce|)ler ces plaintCiS à la lettre; mais il csl iutéressani de eouslaler" combien les habitants de ru)S eûtes oui ij^a<!;ué en rieli(!sse depuis un siècle et quelsavanta^f^s ils relii-enl aujour'd'hui (!<• I<mu' situai ion maritime.

Bois. — Il y avait deux forêts royale < dans le bailliage : celle d'Arqués et celle d'Eawy; les fermes et h's villages étaient entourés de ('.fossés», plantés de hêtres, et tout domaine- important possédait des hautes futaies et des bois tailllis. Les cahiers se plaignent cependant de la rareté et de la cherté du bois. C'est que les forêts sont mal administrées, mal aménagées, épuisées par des coupes trop fréquentes et par les besoins toujours plus grands des verreries. Les v^entes ne sont guère accessibles qu'aux marchands en gros, et les paroisses riveraines des forêts, privées parfois de leurs droits d'usage, ne peuvent se procurer le bois qui leur est nécessaire (2). Sur la côte, où les arbres poussent mal, «c'est une disette affreuse » selon le mot expressif du cahier d'Epineville (3). On réclame l'intervention de l'Etat pour encourager les plantations, exiger le remplacement des hautes futaies et pour favoriser la recherche des mines de charbon et l'importation de la houille étrangère. Quelques cahiers veulent même que le bois soit taxé et distribué aux pauvres gratuitement (4).

Routes. — Les chemins ruraux étaient détestables, comme dans toute la Xormandie(5;: mais sur le plateau, tout au moins,

(il Pourvilie et ()uibcrville signalent en plus le mauvais air et les lièvres putrides causées par le flux et le reflux de la mer à l'embouchure de leurs rivières. Sur cette question, voir le cahier de ces paroisses.

(2) Cf. Ancourt, Braquemont, Dercliigny, Envermeu, Glicourt, Graineourt, pour la forêt d'Arqués; Le Catelier, Meulers, Muchedent, pour celle d'Eawy. Voir aussi le caiiicr de Grainville-la-Renard pour les ventes, et celui de Freulleville pour les droits d'usage, 5 et 6.

(3) Auj. Mini à Saint-Aubin-sur-Mer. On retrouve l'expression dans plusieurs cahiers. « La disette de bois met le comble aux malheurs du peuple » (Meulers).

(4) Pour l'obligation de replanter : Angreville, Douvrend ; pour la suppression des verreries : Saint-Nicolas-d'Aliermont ; pour le charbon de terre : Derchigny, 12;pourla taxe:Les Ifs, Saint-Sulpice, Saint-Nicolas-d'Aliermont; pour les distributions gratuites : Meulers.

(5) Les chemins vicinaux étaient laissés à l'entretien des particuliers.

INTHon l CTION XXI

on allait facilement d'un village à Tantre, même en Tabsenee de chemins bien entretenus, et les plaintes des cahiers, à ce sujet, sont moins fréquentes et moins viv(»s que dans le pays de Bray ou le Bocage normand.

Ce dont ils se plaignent, c'est de Tabsence ou du mauvais état des grandes routes. Une seule était achevée, celle de Dieppe à Rouen, alors la grande voie de communication avec l'Angleterre. Elle était très fréquentée par les voyageurs et les routiers : son entretien coûtait cher aux paroisses voisines (1).

La route de Dieppe à Paris par Les Ventes-d'Eawy et Forges, commencée depuis vingt ans, n'avançait pas. Il restait 4.167 toises à ouvrir dans le bailliage d'Arqués et un pont sur la Varenne à construire au Petit-Toroy. Ces travaux inachevés, et qu'on venait seulement de reprendre en 1788, causaient de grands dommages aux cultures et privaient les propriétaires, sans aucune indemnité, de la jouissance d'une partie de leurs terres (2). Le tracé de cette route était très critiqué par les paroisses de la vallée de la Béthune qui étaient lourdement imposées pour elle : elles réclamaient, avec insistance, l'ouverture d'une route directe de Dieppe à xNeufchâtel par la vallée. Leur réclamation était énergiquement appuyée par le Département d'Arqués. Cette route, dont la construction s'imposait, n'était encore qu'à l'état de projet (3).

La route de Dieppe au Havre était dans un tel état que les voitures passaient dans les champs de blé, surtout au voisinage des cavées. Celle de Dieppe à Aumale par Envermeu devait, dans sa première section, entre Dieppe et Envermeu, passer par Derchigny. Mais ce tracé, fait dans l'intérêt du seigneur du lieu, était vivement combattu par les paroisses des vallées de l'Arques et de l'Eaulne. L'assemblée du Département d'Arqués apjmyait leurs protestations : le 13 octobre 1788. elle avait pris une délibération motivée, très dure pour le seigneur de Derchigny, qui, non content d'avoir obtenu par son crédit le tracé justement incriminé, s'était fait donner un atelier de charité pour hâter

;'l ) Orfranvillo dit avoir payé pour rotte roiito 1800 1. par an depuis 30 ans. — Sur les routes, ou peut cousJultfr : 1° ];' proeès-\ ('rl)al des séant es de i'assenit>lé<^ provinciale et le tableau des roules de la (^^énéralité qui y est an)iexé ; 2° le procès-verhal manuscrit de l'assemblée du département d'AujUfS en octobre 1788 et la corr.cspoudance du Ijureau intermédiaire lArcli. S.-Ir.f., C. 215A).

(2) Gabier des W'utes J'Kawy, 4: Beaumeî?, 10. Voir au^^si Ardouval, Maintru, Petil-Torey.

(3) Ass. du Dép. d'Arqués, 29-30. Voir aussi le cahier de iîicar\ ille, 8.

\ \ I I I! \ I I 1 I \(. I It \ Itdl I.S

r;i(lir\ (MiH'iil (l'une foule (|iii rju'ililail Taccès de son cliâteau t'I ses Noyades à Aiiiiiale on il a\ail des inlérèls (1).

Ij:s hkssouhcks : I" La cuUurr. — l.a «grande cidliin; de la i'(\^i()n élail colle du ltl('' : elle y r'énssissail. Tous nos (;alii<;r'S conslatenl, il csl \ rai, (jne la i«M()lle d(» 1788 a été inanqiié(î f)ar suite des opèles el d(>s oraii^es de juin ; eelle de 1789 IcMir paraît très conipi-oinise pai' les tj^elées. Mais, de leiu' av(!U même, ce sont là des Tails accidentels et plusieurs reconnaissent franchement que ces années désastreuses ont été précédées d'années prospères. Sans doul(^ l<\s procédés de culture étaient encore assez primitifs cl le rendement médiocre. Le vieil assolement triennal, avec une année de jachères, déjà abandonné autour d'Yvetot, dominait encore autour d'Auffay, de Bacqueville, de Fontaine-le-Dun et de Dieppe. Cependant il ne faut pas prendre à la lettre ce que dit A. Young (2) sur la «misérable» culture de ce «noble pays». L'économiste anglais a vu trop vite et avec des yeux prévenus, comme le lui reprochait justement, dès 1795,1e journaliste Noël.

Après le blé, le lin était la principale culture, surtout dans la région côtière, avec un peu de chanvre, au voisinage de Dieppe, pour les filets de pêcheurs. La rabette, cultivée dès le XV^ siècle, et le colza, récemment introduit, commençaient à se répandre. Quelques cahiers critiquent l'extension de cette culture comme nuisible à celle du blé et du lin. « Depuis l'augmentation des réverbères dans les villes, on lui consacre un dizième ou même un huitième des terres », dit le cahier de Luneray, et il demande qu'on ne lui en accorde plus qu'un vingtième ou quatre acres sur cent (3).

L'élevage du gros bétail n'existait guère en dehors des vallées et la qualification d'herbager, assez fréquente dans le bailliage de Neufchâtel, est rare dans celui de Dieppe. Les prairies artificielles ont fait leur apparition sur le plateau ; mais elles sont mal

(1) Ass. du Dép. d'Arquos, 33-37. Voir aussi \o cahier d'Ancourt, 7

(2* A. Young. Voyage en France, trad. Lesage, II, SS'i, cl S. B. J. Noël. Premier essai sur le déparlonent de la Seine-Inférieure, 100. Il faut ajouter que Young soutien! et veut démontrer cette thèse que la coexistence de l'industrie et de l'agriculture dans la même région nuit à l'agriculture.

(3) Luneray. G. Voir aussi Greuville, Mesnil-Rury, Saint-Picrrc-le-Viger. La culture du colza occupait 375 hectares dans l'arrondissement de Dieppe au début du 19^ siècle. P.Sion. Les Paysans de la Normandie orientale, pp. 237- 238. — D'après NoiM, ou^^ao■e cité, le colza et la rabette couvraient 562 acres dans le district de Dieppe, 963 dans celui de Cany, qui comprenait un certain nombre de paroisses de l'ancieu.bailliagc, sur un total de 1.923 acres dans tout le département. (L'acre est environ les deux tiers de l'hectare).

I NTIl < (DICTION \XIII

vues et dénoncées par quelques cahiers comme usurpant aussi la place du blé.

Le régime agricole était déjà celui de la grande exploitation ; en dehors des vallées il y avait relativement peu de petites fermes et elles n'occupaient surtout qu'une faible portion du sol. Cependant elles étaient plus nombreuses qu'aujourd'hui : c'est depuis 50 ou 60 ans que le mouvement de concentration des exploitations agricoles s'est généralisé. Les réunions de fermes, en particulier dans la région de Bacqueville, Longueville et Tôtes, ont fait disparaître quantité de maisons, de masures et d'habitants et contribué ainsi à la dépopulation des campagnes.

2*^ U Industrie. — La seconde ressource était l'industrie, non pas la grande industrie, mais l'industrie familiale, l'industrie disséminée. Les ouvriers travaillaient chez eux avec leur famille dans ces vieilles maisons basses, percées de « jours » caractéristiques et qui sont encore si nombreuses dans les villages cauchois. Cette industrie était, sur la côte, la filature et le tissage du lin, à l'intérieur, la filature et le tissage du coton, la fabrication des siamoises, tissus de coton mêlés de fil de lin, la confection des mouchoirs, fichus et toiles de coton. « Le commerce du pays de Caux, dit fort justement le cahier de Grainville-la-Renard, consiste en toiles et fils ». Nos cahiers signalent le travail du coton aux Aulthieux, à Bois-Hulin, La Grande-Heuze, Louvetot ; la filature du coton à Bazomesnil, La Chapelle-sur-Dun, La Crique, Grainville, Les Ventes-Saint- Rémy ; le tissage du coton à Belleville-en-Caux, Saint-Martin-de-Veules, Les Ventes d'Eawy , etc.; la fabrication des toiles en coton, «les toileries », à Bazomesnil, Beauville, Biville-la-Baignarde, Bretteville-en-Caux, La Chapelle-sur-Dun, Eurville, Grainville, Reuville, Royville, Saint- Crespin. Saint-Laurent-en-Caux, Saint-Pierre-le-Petit, Sainte- Geneviève, Sotteville-sur-Mer ; la fabrication des siamoises à Biville-la-Baignarde, Sainte-Geneviève, Sassetot ; celle des gingas à Gonnetot ; la filature du lin à La Crique ; la filasse pour la pêche à Saint-Martin-en-Campagne (1). En dehors de Tindustrie textile, il n'y a guère à signaler que les tanneries d'Auffay, les verreries du Hellet, à Croismare, et celles du Lihou, aux Ventes-Saint-Rémy. Thorlogerie à Saint-Nicolas-d'Aliermont. A. Young prétend, non sans un peu d'exagération, que le pays

(1) Voir en appendice la liste complète des paroisses industrielles avec l'indication de leur industrie. Appendice IX.

WIV MAII,LIA(;i; i) A II (^L F, s

(le Cn\i\ «'sl 1111 (lislricl iiliilôt iiianufuct uricf (lunt^iicolc ( 1 ). Le caliitM' (le l>in(()l l'ail à pcii j)i'rs la mAnio conslalalion : < liC pays (lo (laux ti'OU\ail |U<'S(]ii(' aiil ;;!i} (Tavanta^c'S dans le profiiiit de Hos iiKimifacliirrs (|ih' dans les produdions de son sol •> (at't. S).

Dans hirn des paioisso^, i'ilat<Mirs cl tisserands forrnai(;nt TélénuMil piincipal d( la |)oj)nlaLion, Pour eux I(îs travaux aj^riooh^s, (jiiand ils n'y axaient pas complétenienl r(;noncé, n'étai(;nl que raee(\ss()ir(' et ne les rel(Miai(>nt (\\io quelques sernain(;s au rnorncînl delà moisson. Dès 1722, on con)[)tait, dans la généralité (J(i Hou<mi, 100.000 ouvrieis occupés au travail du lin ou du coton ; en 1782, on en comptait 188.000 dans un rayon de quinze lieiKîs autour (ie Rouen, surtout dans le pays de Caux. Une des conséquences avait été la hausse des salaires agricoles, encore bien misérables dn reste, et le manque de bras pour la culture. On s'en plaignait dès le début du 18^ siècle et nous retrouvons ces plaintes, la seconde surtout, dans quelques-uns de nos cahiers, en particulier dans celui d'Omonville, qui voudrait voir « fixer dans chaque paroisse un certain nombre de toiliers et de samoisiers sur celui des habitants, vu que tous les jeunes gens s'adonnent à ces sortes de métiers, ce qui fait qu'aujourd'hui on ne trouve plus, poui* ainsi dire, que des vieillards pour, cultiver la terre et pour tous les métier": si nécessaires, tels que les charpentiers, maçons, couvreurs et autres ouvriers et journaliers de différents genres ) (art. 13) (2).

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