‹ Département de la Seine-InférieureChapitre 39 sur 68 · CRIQUETOT-SUR-LONGUEVILLE · texte numérisé non relu

CRIQUETOT-SUR-LONGUEVILLE

Aui. Criqiietot-Crespeville. Dép. : Seine-Inf. ; arr. : Dieppe ; canton : Longueville. A 20 k. S. de Dieppe.

Géu. : Rouen ; él. : Arques.

Pop. : 1738 : 40 i". ; 1754 : 31 f. ; J789 : 40 f. Seigneur et patron : le marquis de Cany (i).

Procès-verbal

Assemblée dimanche 1 6^ mars, devant Jac. Talbot, syndic des vingtièmes, pris pour officier ; 8 comparants : Victor Saint- Andiieu, syndic muni-

(1) Anne-Louis-Kogcr de Becdelièvre, brigadier des armées du roi, haut justicier de Cany-Caniel et Can ville, marquis de Cany et de Hocque ville, seigneur et patron de Gany-Barville, Ouainville, Bertreville, Bosville, Canville, Bourville, Lintot, Criquetot-sur-Longueville, etc. Il était né le 13 avril 1739 et il mourut le 26 juin 1789. Sonfilsaîné avait épousé, lelSjanvier 1789, Anne- Christine de Montmorencv-Luxembours;.

ISO H All.l.l AC i; I) AHOIKS

cipal. .lac. Cottanl. ^Tcfficr mnniripal, Ad. Le Masson, Maturin Talboi, .lac. lioulciij^fcr. Nie. Moris.sc, V. IJirot, Franc. Carponlicr, V. IVmrard, Nie. d'Oraii^H'. Ils uni tous sign»'".

Députés : Vietor de Saint.-Andrieu, Jao. (iottard (1).

Cahier de dolciniccs, piainlcs et rvnionlranœs du Tiers Etal de

la paroisse de Criquetot (2).

Toujours prêts à lui obéir et pliùns do confiance on sa bonté paternelle, nous lui présentons nos très humbles remontrances ainsi qu'il ensuit :

10 Que le commerce tombe de jour en jour depuis le [traité de] commerce avec l'Angleterre (3), ce qui cause une grande misère, une infinité d'ouvriers manquent de travail et, par une suite nécessaire, de pain. Quelques paroisses se chargent de leurs pauvres ; quelques seigneurs, peut-être un sur cinquante, aident à les secourir ; mais les autres laissent courir les leurs : de là ces troupes tumultueuses de dix, vingt, trente, et plus, qui courent jour et nuit, disent insolemment : nous voulons ceci, cela, ce qui s'appelle mettre à contribution, qui vomissent des injures, font des menaces effrayantes, tant pour la vie que pour le feu, qui, les fêtes et dimanches, pendant l'office, vont aux maisons (où, dans ce moment, il se trouve peu de monde), y entrent et prennent ce qui leur plaît, ce qui n'arriverait pas si on chargeait chaque paroisse de ses pauvres, avec défense de sortir sans un certificat de leur curé ou syndic.

(1) En 1789, taille : 860 1. ; accessoires et capitation : 1.047 1. ; au total avec les frais divers : 1.949 1. 1 s. 5 d. Exempts : le curé, occupe son bénéfice, le vicaire, en pension chez le curé. — Quarante-trois cotes, en général très faibles. Dix tisserands ; un seul mendiant. C. 1787. — Jac.Talbot est un tisserand, (maison,masure, 3 acres en propre). il paie 23 1. 2 s. Le député Saint- Andrieu est le plus riche cultivateur de la paroisse ; il fait valoir une ferme de 100 acres de M. de Cany et il paie 700 1. de taille et suites, sur un total de 1.949 1. payés par la paroisse ; le second député, Cottard, fait valoir une ferme de 6 acres ; il est imposé à 80 1. Parmi les autres comparants, quatre laboureurs : Le Masson (240 1.), Maturin Talbot (70 1.), Boulanger (73 1.), Morisse (106 1.), Carpentier (51 1.) ; 2 tisserands : Birot, Bourard.

(2) Le cahier appartient au groupe de Bertreville ; mais il s'éloigne beaucoup, comme on le verra, des autres cahiers du groupe et il est beaucoup plus original. C'est aussi le seul cahier du groupe qui soit divisé en deux parties : Plaintes, Demandes. Il est précédé d'un court préambule, analogue à ceux de Bertreville et de Crespeville, qui n'est qu'un résumé du procès-verbal, et que nous supprimons.

(3) Le texte original porte : «depuis le commerce», ce qui peut se comprendre à la rigueur ; nous pensons cependant que deux mots, « traité de », ontétéomis; nous les rétablissons entrecrochets. Sur ce traité, cf.Bertreville, 5, et la note ; sur la crise, cf. les Aulthieux, 2, et la note.

c. FI I Q u i:tot-s I ' u- LO \ (; 1 1 e v i l l k 1 Hl

2° Qii(3 grand nombre d'abbayes et prieurés font valoir de grandes fermes, des terres immenses en labour, bois taillis et hautes futaies, })rairies, communes et autres partiels, sans payer aucuns deniers royaux, qui font valoir de grosses dîmes, dont les curés n'ont qu'une petite partie ou sont à pension congrue, tandis que ces moines ont de 4 à 5.000 1. par tête et, si les curés leui' demandent quelques secours, ils n'en obtiennent que très peu, encore après bien des démarches et délais, en sorte que les curés n'ont presque rien et sont chargés de tout (1).

3^ Que quantité de seigneurs font valoir non seulement de. vastes terres, mais s'emparent des communes, qu'ils plantent en bois, au détriment des pauvres qui y faisaient pâturer des bêtes pour leur usage (2), et ces mêmxCS pauvres paient encore le fouage ; il y a encore des nobles qui, dans de belles plaines, dans de très bonnes terres, plantent des retraites pour le gibier, où se réfugient les oiseaux qui mangent et dévastent les grains d'autour, dont ils ne paient pas un sol, et tout retombe sur les pauvres locataires (3).

4° Que les grandes routes sont une deuxième taille pour le Tiers Etat, dont la plupart ne tirent aucun avantage, vu qu'ils n'y charrient presque jamais. Elles sont brisées et détruites par des voitures de toute espèce, de dix, douze chevaux, qui roulent sans cesse sans contribuer à leur entretien, tandis que le bas peuple en est chargé et, ce qui est plus fâcheux, c'est que, depuis qu'elles sont en adjudication, elles sont plus mauvaises que quand chaque paroisse faisait sa tâche ; il serait à souhaiter qu'on introduisit peu à peu l'usage des roues à larges jantes (4).

(1) L'article contient peut-être une allusion au prieuré de Longueville ; mais il ne s'applique pas spécialement àCriquetot, où le registre des vingtièmes ne mentionne pas de biens de communautés ecclésiastiques et où le curé a un riche bénéfice comprenant : presbytère, cour, jardin, masure, le tout contenant deux acres, (120 1.), deux autres acres, (66 1.), et les dîmes, 2.400 1. (C. 534, f. 209).

(2) Sur les communes ou biens communaux, cf. Le Catelier, 8. Les droits des seigneurs et ceux des paroisses sur les « communes » étaient assez mal définis. La question s'est posée dans toute la Normandie et a donné lieu après la Révolution à de longs procès dont quelques-uns, dans le Cotentin,ont duré jusqu'au milieu du XIX^ siècle. — L'article fait peut-être du reste allusion à un fait précis, au bois taillis de 16 acres et d'un revenu de 200 1., frais de garde déduits, que Dambray, avocat-général au Parlement de Paris, possédait à Criquetot.

(3) Le cahier de La Gaillarde, 9, dénonce aussi les petits bois ou hoquetons que les seigneurs plantent au milieu de la plaine pour servir de retraite au gibier. Il est curieux de constater que cet usage existe encore aujourd'hui dans le pays de Caux et en particulier dans la région de Criquetot. Mais cela ne paraît plus amener aucune réclamation.

(4) C. f. Bertreville, 6, et Crespeville, 5. La route, dont il s'agit, est celle de Dieppe à Rouen, par où passait alors tout le trafic entre les deux villes.

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