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Serait-ce chez nos maîtres? Souvent nous n'en avons d'autres que des fermiers qui nous ruinent dans deux cas, quand ils se ruinent eux-mêmes ou quand ils s'enrichissent. Que ne s'est-on avisé de voir plutôt que cette fureur émule (sic)1 d'affermer à des gens qui ne jouissent pas était le plus sûr moyen d'appauvrir et de dévaster les campagnes ? J'en appelle à témoin l'énormité des pots-devin et la rapidité de leur fortune. Si nous avons affaire aux propriétaires mêmes, nous sommes détenus dans une si étroite pauvreté et dépendance que, sans pain, nous ne trouvons chez eux que les plus mauvais grains au moyen d'engagements énormes ; sans semences, les moins nettes sont pour nous. Que deviendraient nos terres sans le secours des greniers royaux2? Encore quelle vigilance ne faut-il pas pour empêcher de s'y glisser l'abus de la faveur? Mais, quoi ! ô comble de dureté ! il arrive qu'ils sont euxtêmes nos fermiers, qu'ils font valoir à côté de nous, u'ils s'emparent des meilleurs objets, qu'ils nous font prendre sur nous les impôts de tous ou s'ils nous procurent par leur crédit toujours illicite la décharge de quelquesuns, c'est pour nous accabler, en s'en prévalant, de suffrages et de travaux. Et si nous murmurons, bientôt nous entendons la menace foudroyante que la trop grande brièveté des baux nous fait craindre tous les trois ans. Quel malheur que cette brièveté ! quel obstacle à notre bonheur et à l'amélioration des biens, en supposant que nous fussions les fermiers des objets dont nous jouirions!
Qu'on ajoute à tant d'inconvénients le droit si peu naturel de faire commander nos terres par des colombiers et de poursuivre un malheureux, qui n'a plus de denrées
1. Emule = jaloux (Voy. Godefroy, Dict. de l'ancienne langue franc.,
2. Sur ces secours de grains, voy. les comptes de Jean-Baptiste Vincent, garde-ma.uasin des blés du Roi en la ville de Bourges. Ces comptes vont de 1768 à 1790. Ils se composent : 1° d'un état des prêts faits aux paroisses; - 'lu compte proprement dit, lequel comprend un état des blés en magasin rt un état des reprises. Les paroisses qui figurent dans l'état des prêta de l'année 1789 sont au nombre de 39, parmi lesquelles 31 du bailliage de
rges. Le nombre des boisseaux prêtés s'élève à 12.915 (Arch. du Cher, série C, Titres non incentoriés). Cf. également le dossier C. 35 des Archives
lier; cette liasse concerne seulement les élections du Blanc et d'Issou- Jun.
pour se procurer de quoi nourrir ses enfants, parce qu'il a tué un animal qui par sa nature n'appartenait à personne et souvent nuisible. Quand des privilèges sont abusifs, ne doit-on pas les abolir et ceux-ci ne nous sont pas moins onéreux que des impôts que voudrait faire disparaître le vœu unanime de la nation.
Un autre abus monstrueux se répand avec une rapidité aussi affligeante qu'inconcevable. Il semble qu'on nous enviait encore le triste avantage de faire bouillir l'eau qui sert à tremper le seul aliment qui soutienne notre malheureuse vie. Il n'est point de coupe de bois trop chère pour les marchands qui s'élèvent depuis peu de la fange, qui ensuite nous font la loi, qui nous font leurs prix. Et ces prix deviennent de plus en plus exorbitants. Si cet abus s'agrandit avec la consommation des forges, dans dix ans nous n'aurons ni herses, ni charrues.
Si nous avons des affaires, ceux qui sont faits pour passer nos actes sont ignorants ou rapaces à l'excès et souvent ces mêmes actes, malgré la vigilance des lois, sont à dessein égarés ou perdus. Faut-il que des charges si importantes soient vénales ! Les plus riches sont-ils les moins amateurs de repos pour des emplois où il en faut si peu ; sont-ils les plus justes ou les plus savants, sont-ils les moins avides pour se dévouer au désintéressement qu'exige le bien général, lors même qu'il pourrait être opposé à leur bien particulier? Sont-ils les plus compatissants pour être les protecteurs des indigents et des faibles? Encore une fois à qui pourrons-nous donc avoir recours si nos maîtres ont pour eux la force du pouvoir et l'imposant des lois ?
Si nous sommes frappés, que nous sommes à plaindre alors ! Tous les animaux domestiques sont soulagés ; ceux qui ne le sont pas, la nature leur a indiqué leurs remèdes ; nous, nous mourons de force parce que nous n'avons pas de quoi nous faire tirer du sang. Pourquoi l'État nous a-t-ii retiré les secours ou ne nous en envoie-t-il de plus efficaces ? Croit-on qu'il serait indigne des idées du bien que l'on a dans ces jours d'ébranlement et d'espérance d< prendre sur ces immenses revenus dont s'enorgueillit l'indolence, que les pauvres réclament et qui leur appar-
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tiennent par leur destination, pour fonder par tout le royaume dans un arrondissement raisonnable un asile à nos maux, à nos infirmités, à notre caducité? Pauvres pères, il nous faut donc périr de misère et dans la privation de tous les secours. Et nos femmes et nos malheureux, enfants? Un mariage forcé ou une servitude plus dure que la mort deviendra leur héritage unique. Est-ce donc sur nos seules têtes que devait tomber la malédiction de l'Éternel à nos premiers parents et nos maîtres n'en sont-ils point descendus ?
Mais les ministres de cette religion si sainte et si consolante, dont la charité devrait s'étendre surtout sur la veuve et l'orphelin, seront-ils insensibles aux maux de nos familles abandonnées? Ne sècheront-ils point leurs pleurs par leurs bienfaits? Pauvre veuve, s'il te reste encore de quoi procurer une bière pour l'époux que tu pleures, il «ut le réserver pour payer sa sépulture. C'est ici l'abus ■ont il faudrait faire retentir les airs au loin et sur les toits. C'est à ces temps de désordres que nos aïeux devraient s'écrier du fond de leur tombeau : « Jusques à quand le bien des pauvres servira-t-il au triomphe de l'iniquité ? » Fasse le ciel que notre monarque bienfaisant, sage et juste rétablisse l'ordre en ce point. Cette entreprise est digne de lui. Nous ne nous plaignons pas de la plupart des ministres qui nous servent ; ils nous offrent les consolations du christianisme. Mais, hélas ! qu'une ^nation parfaite dans la pratique est difficile quand on manque de tout ! Et s'il est quelquefois permis de prier pour le temporel, ne sommes-nous pas des hommes et n'en avons-nous pas les besoins ?
Mais ceux qui enlèvent si injustement la dîme du fruit de nos travaux et de nos peines et qui ne manifestent dans paroisses la réalité de leur existence que par des fermiers qui ne songent par toute sorte de voies qu'à multiplier des revenus qu'ils ont mis à l'enchère, l'État n'y aura-t-il point d'égard et Dieu ne recouvrera-t-il pas dans ses membres ce qui appartient à Dieu?
Enfin, pour particulariser davantage nos doléances, nous
ne pouvons nous empêcher de dire qu'en offrant pour le
vice paroissial et l'entretien de notre église la totalité
de plus de cent vingt-cinq louis de revenu nous sommes, ainsi que les lépreux d'Israël, comme séparés du bercail, sans prêtre et sans autel. Nous avons un prêtre qui ne tient à rien, il ne peut avoir notre confiance ; il est indigent comme nous, il ne peut nous soulager. Nous avons une église, mais mal entretenue ; nous avons un autel, mais sans ornements.
Sur toutes ces justes plaintes et pour nous trop réelles, serons-nous écoutés? Dans toute autre circonstance nous aurions désespéré. Sans ce mouvement général, d'où peutêtre dépendra le bien ou le mal de cet empire, eût-il été sûr d'en former ? Et si l'on peut hasarder que le règne féodal n'est tombé que pour la constitution du royaume, mais qu'il a conservé sa réalité par rapport à nous qui sommes plus que des serfs, eussions-nous pu espérer de nous faire entendre du sein de l'abjection où nous sommes plongés?
Mais nous nous autorisons des volontés de notre souverain et de notre père qui veut bien s'abaisser jusqu'à écouter nos soupirs et entendre nos vœux. Qu'il soit à jamais béni. Ceux que nous aurons formés sont :
1° Qu'on établisse un impôt proportionnel et territorial,
2° Que les fermiers soient empêchés et que tout colon jouisse à ce titre de ce qu'il fait valoir.
3° Que les baux soient prolongés à dix-huit ans avec un réméré de six ans.
4° Que le sel soit marchand comme le blé.
5° Que les charges ne soient plus vénales.
6° Que nos curés soient nos notaires.
7° Qu'il y ait dans les campagnes des asiles pour les infirmes et un bureau de charité, nous disons dans arrondissement de plusieurs paroisses, puisque, malgré le nouvel impôt dont on nous a grevés à l'occasion du dépôt, nous n'en voyons pas moins de pauvres. Nous nous croyons d'autant plus fondés à demander en campagne des bureaux de charité que nous savons que tous les secours qui viennent pour la province, quelque grands qu'ils puissent être, ne sont jamais consommés que dans les villes. Et