‹ Département du Cher. Cahiers de doléances du bailliage de Bourges et des bailliages secondaires de Vierzon et d'Henrichemont pour les Etats généraux de 1789Chapitre 103 sur 253 · NANÇAY · texte numérisé non relu

NANÇAY

peut-être est-ce encore une raison qui y attire les gens de la campagne et y entretient la fainéantise. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dès que ces secours ont cessé dans les villes, ces câlins 1 vicieux reviennent demander parmi nous un pain qu'ils auraient dû aider â faire venir !

8° L'abolition du casuel, en laissant la liberté d'offrir.

9° Qu'il n'y eût point de desservant où il n'y a point de titulaire.

10° Que les propriétaires soient enjoints de faire vendre eux-mêmes leur bois.

Robert Garnier, Brûlé, Grauian (Grosjean), Migny, syndic, Meline, P. G. (prêtre-curé?).

NANCAY

Identification. — Cher, arr. Bourges,, con Vierzon. Général. d'Orléans, élect. de Romorantin, grenier à sel de Vierzon.

Population. — En l'an IV : 610 habitants au-dessus de 12 ans (L. 457); aujourd'hui: 1.375 au total. Mouvement en 1787: N. 45, M. 7, D. 49 (G. 156).

Impositions pour 1788. — Taille, 3.450 1. ; access., 1.687 1. 19 s. 6d. ; capitat., 2.190 1. (Arch. du Loiret, G. 1245, cote provisoire).

Supp. des privilégiés: 845 1. 3 s. 9 d. (L/1102).

Cure. — Revenu net en 1791 : 700 1. (L. 80, f° 8). Patron en 1772 : le chapitre de Vatan.

Sources a consulter. — Justice du comté deNançay etdeNeuvysur-Barangeon, B. 3551-3553 ; titres de la famille Du Buat, E. 542- 571 ; Frémont, II, 301 ; de Laage de Meux, Un gentilhomme normand et un essai de colonisation en Sologne au XVIIIe siècle (Bullet. histor. et philosoph. du Comité des travaux histor., année 1901, p. 347-373).

1. Câlin signifie parfois en Berry mendiant ou vagabond. Voy. Jaubert.

2. Le Plumitif, l'état des Privilégiés et l'état des Biens ecclésiastiques en 1790 n'ont pu être retrouvés pour cette paroisse. Ils n'existent ni aux Archives du Cher ni à celles du Loiret.

(Ms. origin. signé. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)

Assemblée électorale, le 1er mars, dans une salle du château de la paroisse de Nançay, bourg de Sologne, sous la présidence de Joseph Brault, procureur fiscal du comté de Nançay, faisant fonctions à cause de l'absence du bailli de la dite justice.

Population. — 160 feux.

Comparants. — Gabriel Pinguet, propriétaire, laboureur et syndic de la paroisse, André Cirodde des Morins, régissseur de la dite terre, Denis Garnier, propriétaire laboureur, Etienne Desbrosses, Mathieu Barboux, Etienne Affouard, Silvain Bigoneau, Nicolas Bigoneau, François Beaudon, Thomas Rethoret, Etienne Autonnet, Pierre Bissonier, Etienne Courtilat, Silvain Poigni, Pierre Poisson, Silvain Salmon, Jacques Beaulande, Louis Beaulande, Gabriel Pinguet, fils, Jean Foucher, Charles Thébault, sergent dudit comté, laboureurs chez autrui et manœuvres.

Députés. — Pierre Pinguet, Denis Garnier et André Cirodde.

5 signatures, y compris celle du Président et celle de Nicolas, greffier, qui ne figure pas dans le procès-verbal.

(Ms. origin. signé. Paraphe de Joseph Brault, notaire et procureur fiscal du comté de Nançay. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)

L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf, le dimanche premier mars, les habitants de la paroisse de Nançay, bourç de Sologne, du diocèse et du bailliage de Bourges dont il est distant de sept lieues, de quatre lieues de la ville d( Vierzon où il prend le sel, de huit de celle de Romorantii dont il dépend pour l'élection et de dix-huit de celle d'Orléans de la généralité de laquelle il est, avertis au prône de la messe de paroisse le dimanche précédent, se sont assemblés à l'issue de la grand'messe dans une des salles du château, en nombre suffisant pour représenter le paroisse, par devant nous, Joseph Brault, notaire et procureur fiscal de la justice du comté de Nançay et Neuvy-sur Barangeon en dépendant, ont tenu leur assemblée et nou1 ont requis de rédiger le cahier de leurs doléances et observations pour satisfaire aux intentions du Roi, à laquell' rédaction avons procédé avec les sieurs Gabriel Pinguet

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syndic municipal, Pierre Pinguet, tous les deux propriétaires laboureurs, André Cirodde des Morins, régisseur de ladite terre, Denis Garnier, aussi propriétaire laboureur, Etienne Des Brosses, Mathieu Barboux, Etienne Affouard, Si 1 vain et Nicolas Bigoneau, François Beaudon, Thomas llcthoré, Etienne Autonnet, Pierre Bissonier, Etienne Courtillat, Silvain Poigne, Pierre Poisson, Charles Thebault, sergent, Jacques et Louis Beaulande, Gabriel Pinguet, fils, et autres laboureurs et manœuvres représentant la plus grande et saine partie des habitants de ladite paroisse de Nançay, après avoir donné défaut contre les non comparants.

[1°] Dans le grand désir où sont les habitants de la paroisse de Nançay d'être plus utiles à leur Roi, ils voudraient qu'on trouvât le moyen de faire payer le plus directement sible, sans tant de moyens intermédiaires, au trésor royal les deniers provenant des impositions, comme serait do les faire déposer dans chaque ville capitale pour de là être portés directement au Roi.

[2°] La difficile communication qu'a la paroisse de Nançay avec Romorantin, où elle paie ses tailles et autres impositions, engage les habitants à demander d'être transférés à l'élection de Bourges. Pour appuyer leur demande, ils prient les États généraux de considérer qu'il leur en coûte plus de quatre-vingt-dix livres par an pour faire passer leur taille à Romorantin, leurs collecteurs étant obligés de faire jusqu'à quinze voyages. La surcharge des habitants fait qu'ils ne payent que tarda tard et à plusieurs paiements.

[3°] Pour que le tirage de la milice fût moins dispendieux, ils désireraient tirer à Vierzon et demandent que les domestiques employés à l'exploitation soient exempts et non ceux de la noblesse et du clergé qui sont autant de membres inutiles à l'État.

[4°] Un des sujets de doléances que Nançay ait à déposer dans le sein de son Roi est qu'elle le prie de jeter les yeux sur le taux excessif auquel elle est imposée au rôle des tailles. Si l'imposition territoriale a lieu, comme l'espèrent lits habitants, ils seront diminués au moins des trois quarts. Le terrain est de faible produit, il ne rapporte que

du seigle et du blé noir ou sarrasin1. Dans les bonnes années les laboureurs vendent peu de seigle, dans les communes ils en cueillent pour se nourrir seulement jusqu'à Noël ; la ressource du blé noir est de très peu de conséquence. Le sol ne produit que de mauvaise herbe appelée augère et de la bruyère, pour quoi ils ne peuvent élever des bestiaux assez forts pour leur labourage ; ils sont obligés d'en tirer des provinces voisines qui dépérissent bientôt par la différence des pacages. Ils élèvent des bêtes à laine, mais le produit en est très incertain ; le sol étant aquatique occasionne la pourriture qui arrive au moins tous les quatre ou cinq ans et fait périr plus de moitié du troupeau; la réputation qu'elles ont déjà d'y être sujettes fait qu'elles ne se vendent pas un haut prix. De la perte des bestiaux suit la diminution des fumiers, qui cependant sont d'une nécessité indispensable pour la culture des terres et dont il faut une grande quantité, la maigreur des pacages influant suri la mauvaise qualité du fumier. Leur laine tient aussi du terrain, elle est à peine de la commune qualité; chaque toison n'est que d'une livre ou cinq quarterons et ne se vend que quatorze ou quinze sols la livre.

L'excès de l'imposition de la paroisse de Nançay vient de ce qu'elle était d'une population double de ce qu'elle est;] actuellement. Elle faisait autrefois un nombre de quinze cents communiants entre lesquels étaient plusieurs fabricants en draps, serges et droguets. La diminution successive du nombre des habitants n'a pas été compensée pai une pareille diminution des impôts ; ils sont au contraire restés aux mêmes taux et ont subi les augmentations qu sont survenues depuis. Les taux des taillables qui n'existen plus, surtout des fabricants, ont été répartis sur ceux qu sont restés, principalement sur les laboureurs, et les on tellement surchargés qu'un laboureur qui paie tant en bl qu'en profit de bestiaux cent écus ou deux cent livres à so;ll maître en paie autant pour tailles. Dans les mauvaise années, le tiers du grain qu'il doit à son maître selo

1. Sur toutes les causes de pauvreté de la Sologne et, en particulier, de ] région de Nançay, voy. le mémoire de M. de Laage de Meux, cité à la No. préliminaire.

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l'usage du pays n'étant pas suffisant avec les deux tiers qui lui restent pour le nourrir lui et le nombre de domestiques qu'il est obligé d'avoir, il fautque le propriétaire, non seulement lui prête son tiers, mais qu'il lui en fournisse d'autres pour lui aider à finir l'année. Le profit des bestiaux suffit à peine pour payer les tailles, de sorte que les mauvaises années rendant les laboureurs redevables aux propriétaires sur les bonnes, ils ne peuvent qu'être, comme ils le sont effectivement, très misérables. Cette surchargea fait déguerpir de la paroisse les deux tiers des laboureurs et a obligé 1rs propriétaires défaire de deux ou trois domaines un seul. Les réparations qu'exigent tous les ans les bâtiments nécessaires pour serrer les grains et les fourrages et loger les exploitants et les bestiaux, construits de bois et de terre et couverts de chaume, sont aussi ruineuses pour les propriétaires.

«50] Les habitants de Nançay, espérant beaucoup du bien que va produire l'assemblée des États, comptent que ceux à qui les grandes routes sont plus utiles seront les premiers à s'offrir de contribuer à leur entretien, ce qui viendra à la décharge des habitants de la campagne qui fréquentent rarement ces routes. Mais ils ne regarderaient pas avec un œil indifférent qu'on les appliquât à rendre praticables les chemins qui conduisent d'un bourg à l'autre et à la ville la plus voisine afin que, l'exportation de leurs denrées devenant plus aisée, le commerce en soit plus lucratif. Ils irdent comme un abus très grand la corvée en argent1 qui ruine les laboureurs et enrichit les conducteurs et adjudicataires qui ne font faire que peu d'ouvrage pour U'aucoup d'argent.

[6°] La cherté du sel fait encore un sujet de plainte pour habitants de la campagne dont la seule nourriture est la soupe. Ils désireraient que le sel fût marchand ; cela suppriiit très grand nombre de personnes employées à sa distribution et à la garde des passages riverains des provinces

ette opinion était loin d'être partagée par tout le monde. La corvée en

•• était généralement trouvée plus lourde que celle en argent et voilà

[uoi l'Assemblée provinciale du Berri en avait demandé et obtenu la

ression (Procès-verbal des séances de l'Ass. provinc. du Berri, t. I,

- Mit., p. 333).

libres delà gabelle; cette suppression fournirait en même temps des bras utiles à l'Etat et ferait cesser le commerce de ces faux-saulniers qui laissent leur femme et leurs enfants pour aller faire ce trafic illicite.

[7°] Les intentions paternelles du Monarque qui nous gouverne font une trop vive impression sur le cœur de tous ses sujets pour que les deux corps, celui de la noblesse et celui du clergé, ne s'empressent à l'envi de se rendre contribuables des charges, au prorata de ce que chacun possède, pour procurer au Roi ce qu'il a droit d'attendre de ses sujet et soulager le Tiers état qu'ils ne peuvent se dissimuler être accablé.

[8°] Dans ces jours d'éclaircissement et de réforme, sûre" ment qu'il n'échappera pas aux grands seigneurs et aux gens qui portent le luxe au plus haut degré, l'importance de se débarrasser d'une partie de leurs nombreux domestiques1, bras chez eux pour le moins inutiles, pour repeupler les campagnes dont l'agriculture est presque délaissée. Avec cet avantage le laboureur jouira de celui de payer moins cher les domestiques dont l'insolence est d'autant plus grande qu'ils se croient nécessaires voyant qu'on leur accorde des gages exorbitants.

[9°] Pour dernière observation, les habitants de la paroisse de Nançay pensent qu'il n'échappera pas à la sagesse et à la bonté de son Roi de délivrer, s'il est possible, le corps des curés de la dure nécessité de percevoir lui-même la dîme assignée pour sa subsistance. On ne peut disconvenir que cette perception ne devienne et onéreuse et avilissante. Elle les compromet d'intérêts, soit avec les codécimateurs, soit avec les habitants. Il conviendrait pour la dignité du ministère qu'il eût une subsistance honnête ; elle pourrait être procurée par les décimateurs qui lèveraient eux seuls toute la dîme, en remboursant le prix de cette dîme. De là naîtrait I la tranquillité du ministre de paix et le sauverait de la levée du casuel, en administrant gratis tous les exercices de son ministère.

1. Dans la seule élection de Bourges, les gens réputés nobles et qui étaien au nombre de 166 possédaient ensemble 366 domestiques (C. 1145, Rôles de le cogitation des non taillables).

[10°] Lesdits habitants espèrent que la réforme qui va s'opérer dans le royaume s'étendra sur les communautés inutiles. Il leur paraît abusif que cinq ou six mille livres soient destinées à nourrir et entretenir deux ou trois religieux qui ont fait vœu de pauvreté. Ils pensent qu'il conviendrait les réunir dans les grandes maisons en assez grand nombre pour y célébrer tous les jours dignement les offices divins et employer les revenus des communautés réformées à des usages plus utiles à l'État par des moyens que la sagesse du Roi avisera.

Telles sont les doléances et observations que font au meilleur des Rois ses très humbles et fidèles sujets les habitants de la paroisse de Nançay, suppliant Sa Majesté bienfaisante d'y avoir égard, espérant de son cœur paternel qu'il voudra bien y faire droit.

Et ont ceux qui n'ont signé déclaré ne le savoir de ce enquis.

ClRODDE, PlNGUET, ThÉBAULT, BRAULT, pOUr Udb-

sence de M. le bailli, Nicolas, greffier.

Identification. — Cher, arr. Sancerre, con Henrichemont. Général, et élect. de Bourges, grenier à sel de Sancerre.

Population. — En fructidor an II : 582 habitants (L. 457) ; aujourd'hui : 793.

Plumitif pour 1789. — M. du Paizeau. 151 feux. Blés et bestiaux. 5 1. 19 s. par feu pour le principal. Taillables : 10 laboureurs dont 1 de 31 1., 5 de 20 à 30 1., 1 de 92 1., 3 de 10 à 20 1. et 141 manœuvres dont 12 de 10 à 20 l. et 129 au-dessous de 10 1. Comme dans le général de l'élection (G. 1109).

Impositions pour 1789. — Taille, 900 1. ; access., 486 1. ; capitat., 501 1. ; au total : 1.887 1. Vingtièmes, 1.412 1. 19 s. (C. 1109 et 1170).

Privilégiés. — 5 ecclésiastiques, 4 laïcs. Supp. desd. privilégiés : 127 1. 16 s. (L.2083).

Biens ecclésiastiques en 1790. — 1° La cure : maison curiale et 1/2 boisselée de pré (non estimées), 150 boisselées de terre : 112 1. 10 s., 8 journées et demie de pré : 240 L, 10 arpents de pâture : 30 1., 3 portions de la dîme de la Bussière : 178 1., cens et rentes : 5 1. 12 s., deux poules et 2 poulets : 2 L, 4 poinçons de vin dus à la cure de Neuvy estimés, année commune, à 20 1. : 80 L, 100 boisseaux de blé payés par an par le chapitre de Saint-Ursin : 260 1. ; total : 908 1. 2 s. ; 2° la cure de Jalognes : 3 1. ; 3° la cure de Grézancy : 21 1. ; 4° le chapitre Saint-Ursin : 650 1. ; 5° le chapitre Saint-Ursin : 340 1. (G. 583bi8).

Cure. — Revenu en 1791 : 1.449 1. 2 s. ; charges : 555 1. 10 s. (L. 78, f° 4). Patron en 1772 : le chapitre Saint-Ursin.

Sources a consulter. — Justice de Neuvy-deux-Clochers, B. 3456-3461 ; titres de la seigneurie de Montigny et de la justice de Vèvre, E. 403-539; Frémont, II, 344.

(Ms. origin. signé. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)

Assemblée électorale, le 22 février, sous la présidence de Giraudon, curé de l'endroit, à défaut de tout autre officier public.

Population. — 127 feux.

Comparants. — Jean Dupont, laboureur, syndic, Jérôme Gaudry, Pierre Hautin, Jean Millet, François Auchère, François Gouet, Pierre Durand, François Volton, Jacques Vétois, Louis Rosay, François Etiève, Jean Gaudry, Jean Millet, Silvain Branger, Jean Dallois, Jacques Saule, collecteur, Jean Legeret, François Malleron, Etienne Naudet, Philippe Naudet, Jean Gogué, Pierre Ricot, Jérôme Moret, Pierre Millerioux, Jean Lechêne, Jean Pinard, François Pellet, Edme Moindrot, Jean Siguret, François Raffaitin, François Franquereux, Jean Morin, Pierre Bellin, Jean Baron, Jean Hautin, Pierre Chenu, François Guillaudeau, Jean-Baptiste Lanoue, Pierre Millerioux, Jacques Bonnin, Claude Guillodeau, Louis Deschamps, Silvain Dubois, François Dubois, Julien Malleron, Antoine Vigoureux, Laurent Lauverjat, François Guillaume, Pierre Dubois, Henri Bernon, Pierre Pierre, Jean Clouet.

Députés. — Jean Hautin, maréchal, et François Pannarioux, potier du village des Auchères (sic).

5 signatures, y compris celle du Président.

3° CAHIER DE DOLEANCES

(Ms. origin. signé. Paraphe qui paraît être celui d'Hautin plutôt (pie celui de Giraudon, président de l'Assemblée. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37. Sur la forme insolite de ces doléances transcrites sur deux cahiers, cf. Y Introduction, p. xxix.)

Plaintes et doléances de la paroisse de Neuvy-deux-Clochers, diocèse et généralité de Bourges.

Qu'il est doux à des cœurs affligés de se plaindre en faisant le récit de ses malheurs et de sa misère ! Qu'il est consolant de les verser dans le sein d'un monarque rempli de bonté qui daigne les écouter, y prendre part et les dissiper ! Sujets malheureux et surchargés d'impôts, les habitants de Neuvy-deux-Clochers sont dévoués à se sacrifier mille fois pour la tranquillité de leur Roi et l'honneur de la France. L'état de gêne dans lequel ils se trouvent depuis longtemps ne leur arracherait aucune plainte si la bonté de leur Roi ne leur en faisait une loi ; ce n'est que d'après des ordres aussi chers qu'ils se sont permis les doléances ci-jointes.

Peu accoutumés à cette sorte de murmure et à ce genre de travail, ils pourront manquer à l'ordre et à l'exactitude, mais ils prennent à témoin tout ce qu'ils ont de plus cher que la vérité et la sincérité ne sera point bannie de leurs plaintes. L'invention des moyens de rendre la paix au monarque qu'ils respectent et qu'ils chérissent infiniment étant l'ouvrage d'une politique ignorée de ceux qui habitent les chaumières, ils n'en proposeront aucun, s'en reposant absolument sur les députés de la province pour les États généraux.

Impôt de la taille.

1° D'une voix unanime tous lesdits habitants se sont plaints que l'impôt de la taille est trop considérable et qu'étant mal réparti il y a un certain nombre de gens, et précisément ceux qui ne possèdent rien ou peu de chose, qui sont surchargés et hors d'état de satisfaire à leurs impositions.

2° Qu'il s'exerce journellement, et notamment l'année iernière, un monopole par les collecteurs de manière que

par chaque taux quel qu'il soit le collecteur se fait donner le plus qu'il peut. Ce vol, gazé du voile de frais, double quelquefois l'imposition des malheureux et les empêche de satisfaire à leurs impositions aussi facilement et aussi promptement qu'ils le feraient ; cette injustice criante et cet abus existent pour les impositions des vingtièmes et des corvées.

Impôt des vingtièmes.

1° De commun accord lesdits habitants de Neuvy se plaignent que l'impôt des vingtièmes est encore trop considérable et qu'étant, comme la taille, mal réparti, il y en a qui paient beaucoup et d'autres rien.

2° Que sur le rôle actuel on ne trouve en nom que des gens dont le bien a passé à d'autres propriétaires il y a cent ans, plus ou moins, et que le recouvrement de cet impôt est difficile pour ne pas dire impossible à faire ; que presque tous les collecteurs perdent des cotes et toujours les mêmes.

Impôt des corvées.

L'impôt de la taille étant trop considérable, celui des corvées, donné suivant la taille, l'est trop aussi. Lesdits habitants désireraient que cet argent fût employé à réparer les chemins qui ne sont pas praticables pour le transport de leurs denrées aux villes où elles se vendent.

Qualité du pays.

1° Lesdits habitants se plaignent qu'en général le terrain est mauvais et difficile à manœuvrer, que les blés qu'il produit ne rendent, la douzaine de gerbes, que trois et quatre boisseaux au plus, tandis qu'ailleurs douze gerbes en rendent six, sept et plus, certaines années.

2° Que le pays étant en côtes, les pluies l'endommagent presque tous les ans. Lorsque les terres se trouvent ensemencées, l'eau descend la terre du haut en bas, le blé se trouve couvert de cette terré, alors la récolte à faire trompe toujours l'espérance de l'agriculteur.

3° Que dans la paroisse il n'y a ni communes ni communaux et que les particuliers, c'est-à-dire des manœuvres sont dans le plus grand embarras pour avoir la premièn subsistance nécessaire à leurs enfants.

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