SAVIGNY-EN-SEPTAINE
une troupe de gens mercenaires qui ont établi ouvertement des monopoles des plus odieux ; ils achètent à tout prix sachant bien qu'on ne peut s'adresser qu'à eux pour s'en procurer. Ces gens ne se contentent pas d'exiger des intérêts usuraires, ils ont encore établi d'autres vexations qui augmentent de beaucoup le prix du bois. Ne pourrait-on donc pas obliger les propriétaires des bois à détailler eux-mêmes ou, du moins, prendre des mesures pour s'opposer à de pareils désordres et poursuivre avec toute la rigueur des lois ces vils marchands qui se rendraient coupables d'un commerce si honteux et en même temps si nuisible à la société ?
Sixiïmedolêance. — Nous avons vu avec chagrin que depuis quelques années on avait établi des huissiers-priseurs, qui seuls ont le droit exclusif d'assister aux discussions, inventaires et estimations des effets de campagne, des gens qui la plupart élevés dans des états mécaniques n'ont pas la plus légère connaissance des bestiaux ni d'aucun autre effet de campagne et dont le jugement ne peut être que très désavantageux aux parties intéressées soit par les fausses estimations qu'ils peuvent faire, soit par les grosses rétributions qu'ils exigent. Il serait donc avantageux de supprimer de pareils gens qu'on peut regarder comme inutiles et mêmes nuisibles et laisser cette connaissance à des gens experts qui, étant dans l'usage de fréquenter les foires, y acquièrent les connaissances nécessaires à de pareils jugements.
Septième doléance. — Quoique la plupart des campagnes soient gouvernées par des seigneurs dont la bienfaisance dédommage souvent de la servitude à laquelle nous sommes assujétis, nous ne pouvons nous taire sur la multitude innombrable des pigeons qui dévastent nos campagnes. Les paroisses sur lesquelles sont situés plusieurs fiefs, qui souvent ne sont possédés que par des gens qui n'ont d'autre titre que celui de la fortune, ont chacune leur colombier à fond, de manière que dans les temps des récoltes et des semailles le cultivateur se voit enlever par ces animaux destructeurs une partie considérable de leurs travaux qu'on peut évaluer au moins à un cinquième. Si le droit de colom-
bier n'est point attaché exclusivement aux seigneurs justiciers des paroisses, ne pourrait-on pas au moins obliger les possesseurs des fiefs à fermer leurs colombiers et nourrir leurs pigeons pendant le temps des semailles et de la récolte?
Nota. — Dans la paroisse de Savigny, il y a six fiefs qui ont chacun leur colombier et celui du seigneur fait le septième.
Huitième doléance. — Les campagnes sont désertes, les bras manquent, le cultivateur est forcé d'abandonner une partie de son exploitation tandis que les villes situées sur les rivières et principalement la capitale fourmillent de gens sans aveu, sans état, que la Providence avait destinés aux travaux de la terre, mais que la plus honteuse fainéantise livre à des exercices les plus nuisibles à la société. Ces gens, si connus sous le nom vulgaire de piardeurs, c'est-à-dire d'écumeurs de rivière qui, au lieu de s'adonner à des travaux utiles, ne s'occupent qu'à venir dévaster nos campagnes, sous un vain prétexte de venir pêcher dans des morceaux de rivière qu'ils afferment pour avoir la faculté de vendre en public leurs dépradations, ils ont l'insolence de venir armés pour s'opposer plus sûrement aux résistances qu'on est en droit de leur faire, ils viennent, dis-je, non pour pêcher mais pour voler tout ce qu'ils rencontrent sur leur passage, nous sommes forcés de nous taire et de nous laisser pour ainsi dire enlever sous nos yeux des volailles que nous nourrissons à grands frais et d'autres effets encore plus précieux par les menaces continuelles qu'ils nous font d'incendier. Jusqu'à présent on s'est contenté de condamner de pareils gens à des amendes modiques dont ils savent se dédommager le lendemain par des vols plus considérables, tandis qu'ils devraient être flétris et punis par des peines corporelles; c'est le seul moyen de les préserver de la honte du supplice, de rendre des bras à l'agriculture et des hommes à la société.
Fin des doléances.
Mercier, curé de Savigny, Brun, syndic, Ghouard,
BOUCHAUD, NAUDIN.
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SENNECAY
Identification. — Cher, arr. Bourges, con Levet. Général., électet grenier à sel de Bourges.
Population. — En 1793 : 307 habitants (L. 175) ; aujourd'hui : 397. Mouvement en 1788 : N. 17, M. 1, D. 10 (G. 162).
Plumitif pour 1789. — Mgr le comte d'Artois. 52 feux. Blés et bestiaux. 7 1. 17 s. par feu pour le principal. Taillables : 11 laboureurs dont 2 de 30 à 40 1., 6 de 20 à 30 1., 2 de 10 à 20 1., 1 de 9 1. et 41 manœuvres tous au-dessous de 10 1. Beaucoup de fourrages (G. 1109).
Impositions pour 1789. — Taille, 4101.; access., 222 1.; capital, 228 1.; au total: 8601. Vingtièmes, 1451. 5 s. 3 d. (G. 1109 et 1170).
Privilégiés. — 13 ecclésiastiques, 4 laïcs. Supp. desd. privilégiés : 110 1. Ils. 10 d. (L. 2083).
Biens ecclésiastiques en 1790. — 1° La cure : maison curiale : 30 1. , 10 boisselées de parc : 10 1. , 2 boisselées de jardin : 2 1. , 120 boisselées de terre : 60 1., dîmes anciennes, deux parties : 900 L, dîmes novales, 250 boisselées : 28 1. ; total : 1.030 L; charges : entretien du chœur et fourniture de la sacristie ; 2° la Congrégation de Bourges : 960 1. ; 3° la Visitation de Bourges : 2.400 1. ; 4° la vicairie de la Croix, en la cathédrale : 50 1. ; 5° la vicairie de Bonne Nouvelle, attachée à la fabrique du Fourchault : 60 1, ; 6° la cure de Vorly : 72 1. ; 7° l'abb. de Plaimpied : 65 1. ; 8° la Chambre ecclésiastique de Bourges : 54 1. ; 9° la cathédrale : 4 1. 16 s.; 10° le chapitre Notre-Dame-de-Sal les : 70 1.; 11° cure de Saint-Germain-des-Bois : 3 1. ; 12° les Ursulines de Bourges : 422 1. 10 s. ; 13° le Grand Séminaire de Bourges : 25 1. ; 14° les Carmes de Bourges: 4 1.; 15° les Bénédictins de Bourges: 60 1. ; 16° la fabrique de Senneçay, 3/4 de pré et 8 boisselées de terre affermées 77 1. 15 s.; 17° l'ancien chapitre de Châteauneuf : 140 1. (C. 583 bi*).
Cure. — Recette en 1791 : 1.649 1. 13 s. 6 d. ; dépense : 506 1. 10 s. (L, 75, f° 38). Patron en 1772 : le chantre de Saint-Étienne.
Sources a consulter. — Henri Bailly, Canton de Levet, p. 61 : Frémont, II, 399.
2° PROCÈS-VERBAL D'ASSEMBLÉE (Ms. origin. signé. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Assemblée électorale, le 1er mars, au presbytère du lieu, sous la présidence de Pierre Lecointe, curé de la paroisse, « à cause de l-'éloignement des villes pour faire venir un officier de justice. »
Population. — 52 feux.
Comparants. — Marc Poisson, syndic, Gabriel Bissoudre, Pierre Bajot, Pierre Gay, Etienne Laudat, Jean Paris, Pierre Poisson, Etienne Baraton, Jean Pilet, Jean Poisson, Jacques Poisson, Gilbert Sarsat, Jean Sauveste, Jean Lancement, Jean Marchand, Philippe Brossard, Jean Laudat, Jean Cordeau, Mathieu Trémeau, tous laboureurs et manœuvres.
Députés. — Philippe Brossard et Etienne Laudat, laboureurs.
4 signatures, y compris celle du Président.
(Ms. origin. signé. Paraphe de Pierre Lecointe, curé de Senneçay, Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Puisque, suivant la lettre de Sa Majesté pour la convocation des États généraux du royaume, le Roi demande le concours de tous ses sujets pour surmonter toutes les difficultés qui doivent se trouver dans une opération de cette nature, pour établir un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur des sujets et la prospérité du Royaume, nous oserons donc user de cette liberté que le Roi nous accorde pour présenter en bons et fidèles sujets tout ce qui peut être relatif à notre climat, à notre coutume, à nos mœurs, à nos besoins actuels et aux inconvénients qui traversent nos travaux, pour ne pas dire qui les détruisent.
Concentrés dans un petit coin dn royaume, n'étant tous que de pauvres agriculteurs, sans connaissances, sans crédit, nous pourrons à la vérité exposer aux yeux du souverain ce qui nous consterne et ce qui arrête les progrès de nos travaux agraires, mais nos faibles lumières auront peine à indiquer des remèdes à ces grands maux, à moins que l'exposition simple et naturelle des objets de plaintes
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que nous avons à former ne soit elle-même un remède comme étant fondée dans les choses.
Article premier. — Le sel, cette production libérale et presque gratuite de la nature, fait de tous les temps le sujet le plus alarmant des doléances des peuples. Il est démontré qu'un domaine, composé de douze individus pubères, consume (sic) de cette denrée pour la somme de 100 livres par an ; la progression graduelle des individus en augmente la somme, cette somme augmente encore dans les temps où l'amas des récoltes exige un plus grand nombre de bras dans chaque horde l (sic). Qui pourrait douter que cette denrée devenue si chère produirait de grands biens que l'on ne connaît pas, puisque le simple nécessaire en est borné à l'humanité seule? Si le sel, cette denrée de première nécessité, était réduit à un prix plus bas, il contribuerait grandement à la production des bestiaux de toute espèce en plus grand nombre et d'une constitution plus robuste, qui influerait en même temps sur les travaux de la campagne ; c'est une expérience faite dans les pays rédimés. Quels sont les moyens pour parvenir à son rabais ? Nos lumières sont trop bornées à cet égard.
II. — Le labourage éprouve aujourd'hui des inconvénients inconnus à tous les anciens. Les domestiques ont augmenté d'un tiers leur salaire depuis quinze ans. A cette époque, le maître charretier se louait soixante-douze ou quatre-vingt livres ; maintenant, ce salaire passe cent vingt livres. Les chevaux sont portés à un prix que tout le monde connaît et la perte d'un de ces animaux ruine le laboureur le plus aisé. Le foin, cette denrée si nécessaire, suit l'augmentation des chevaux très souvent. Les bois deviennent de jour en jour inestimables ; de là suit l'augmentation des maréchaux. A cause du charbon, le bois propre au labourage est généralement très rare, ce qui en suppose la cherté. Les ferrements (sic) propres au labourage sont dans une progression journalière, analogue à tous les autres objets, tels que sont les embatages