C. de Freycinet
Bordeaux, 25 décembre 1870, 6 h. 23 soir. - Général Loverdo à Gambetta, Lyon. - Le conseil d'enquête pour juger Bazaine a été convoqué pour obéir à la décision eue vous avez rendue le 3 novembre 1870. En vous écrivant j'ai sous les yeux votre signature, qui est au bas du rapport qui vous a ete soumis, conformément aux prescriptions des ordonnances. l
Qui a signé une capitulation devant l'ennemi doit passer devant un conseil d'enquête, dont la composition varie en raison du grade de l'inculpé; et c'est l'avis de ce conseil qui permet ensuite au ministre d'ordonner, s'il y a lieu un conseil de guerre. à '
Pour Ja composition de ce conseil d'enquête, on a suivi les mdications que vous avez données, indications que vous m avez renouvelées à moi-même, quand il s'est agi de déci der s, l'on nen convoquerait pas un, à propos de^la capitula ion et de 1 évacuation d'Orléans. Pour fixer vos souvenirs à cet égard je vous rappelle que Handon manquant, vou
Quant au* „ T' BTS"&y-d'Rm™ ~e aident Uuant aux quatre autres membres, ce sont exactement
les quatro premiers que je vous ai proposés ce jour là! Respectueux dévouement. J
De Loverdo.
loroN, 25 décembre. - Guerre à Freycinet. - Reçu votre dépêche sur le service médical. J'en accepte les propoiS Insistez auprès du docteur Robin pour nu'R soi mfa âû
" sujel due prétendu conseil d'enquête pour ju«rer
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sans m arortir, sans me consulter? Commenl avez-vous ou 1 ""'"' P«ser ces choix, cette propos* anà û'« rfen
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dire? Je vous prie de vous y opposer de la manière la plus énergique. Personne ne réclame cette enquête qui est inutile, qui remet tout en question, là où l'opinion générale est faite. Il faut désavouer ce conseil.
Il tombe ici depuis ce matin une neige qui me désespère. Insistez de la manière la plus vive auprès des chefs de corps pour que la mesure du cantonnement soit appliquée avec une extrême énergie. C'est pour nous un point essentiel. Les Prussiens vont beaucoup souffrir. Tâchons de ne point nous laisser entamer par la température et ce sera bien pour nous et mal pour eux. Répondez-moi, je vous prie, mon impatience est extrême.
Lyon, 25 décembre .1870. — A Freycinet, délégué de la Guerre. — J'approuve les ordres que vous donnez au 15e corps. Il faut préciser tous les jours. Loverdo a menti, je ne lui ai parlé qu'une seule fois de réunir un conseil d'enquête et c'était l'affaire D'Aurelles. Je suis indigné, et si j'étais à Bordeaux, je m'expliquerais. En attendant, j'ai exigé démenti au Moniteur. Voyez Laurier. Je puis être débarrassé de Loverdo1.
Lyon, 25 décembre 1870. — Gambetta à Laurier, Bordeaux.
— Je reçois ta dépêche sur le décret touchant la Banque2; tout cela est insuffisant. Prenons-le d'ici à huit jours; il faut prendre une mesure décisive qui nous donne douze fois plus. La France ne peut dépendre de l'esprit de routine.
— La neige est ici affreuse, un pied; cela nous gêne beaucoup et, si je pouvais, je viendrais vous décider à la seule mesure financière qui puisse assurer une victoire certaine si on cesse de liarder.
Lyon, 25 décembre. — Gambetta à Freycinet. — Je n'entends plus parler du capitaine Bruat et je n'ai pas encore vu
1. Le général de Loverdo donna sa démission le jour même « pour raison de santé ».
2. Dépêche de M. Laurier, 15 décembre, 5 h. 45 soir : «A force, à force, nous avons obtenu par décret les 100 millions de la Banque, mais sous la condition expresse que c'est le dernier argent qu'elle nous donne, sauf bien entendu la négociation d'une grande combinaison avec Paris ; mais n'oublie point que Paris ne répond pas. »
M. Compagnie dont on me fait l'éloge de tous côtés. Veuillez en parler à M. Crémieux si cela est nécessaire, pour qu'il fasse une demande auprès de M. Fourichon.
Lyon, 2j décembre 1870. — Guerre àFreycinet, Bordeaux. — - Depuis quelques jours, je lis un grand nombre de dépêches signées Bordone. Cet homme, vous le savez, est chef d'état-major de Garibaldi.
Vous n'ignorez pas tout ce qu'on en dit, et il y a lieu de procéder avec lui sans se départir des règles de la prudence.
C'est lui qui signe toutes les dépêches, c'est lui qui commande, taille, tranche, fait tout auprès de Garibaldi. Je fais d'abord une première remarque, c'est que les dépèches signées Bordone sont écrites dans une forme souvent inacceptable. Nul ne parle et n'écrit comme lui. On dirait vraiment qu'il est omnipotent, il donne des ordres aux préfets, il prescrit des mesures, il ordonne des arrestations. Il n'y a rien enfin qu'il ne fasse partout, chez lui comme hors de chez lui. De pareilles façons d'agir ne peuvent engendrer que de graves abus, et je tiens encore une fois à vous mettre en garde contre des prétentions démesurées que nous ne pouvons accepter.
Pour prendre un exemple, il se targue d'une dépêche Si 36 que vous avez adressée au général Frappoli et à l'intendant Baillehache. Je ne désapprouve point cette dépèche qui réserve les droits de Garibaldi, ce à quoi je tiens essentiellement. Mais le chef d'état-major Bordone en prend texte pour donner des ordres au général Frappoli, pour lui prendre son monde a Chambéry, pour lui adresser des injonctions blessantes, [tour le vexer et le molester en termes qui dépassent toute mesure. Vous n'ignorez pas que le général Frappoli a été commissionné par le gouvernement pour former une légion à part qui n'a rien à voir avec les affaires de Garibaldi. Le général Frappoli, homme de mérite et de cœur, ne peut être à la merci de l'importance momentanée de Bordone. et je voudrais, quand vous écrirez à Bordone, que voua lui Rasiez Bentir que s'il veut, continuer de mériter la faveur bienveillante qu'à la considération de Garibaldi on lui .i témoignée, son premier devoir est de laisse] M. Frappoli tranquille, libre dans ses fonctions qui sont indépendantes de celles de M. Bordone. C'est ce qui
aurait dû être recommandé spécialement dans l'affaire des officiers Vais et Massonneri que le général Frappoli avait engagés et que M. Bordone veut aujourd'hui traduire en cour martiale. De môme pour l'affaire du comité de Marseille que M. Bordone dissout, quand il est notoire que ce comité fonctionne pour Frappoli et non plus pour Bordone. Avisez donc à réduire les prétentions de M. Bordone. Je n'ignore pas les ménagements que la situation comporte, mais il y a moyen de ramener M. Bordone à son véritable rôle et je vous prie, avec votre habileté accoutumée, de n'y pas manquer.
Lyon, 25 décembre 1870. — A Jules Cazot, secrétaire général. — Vous avez dû recevoir à Bordeaux une dépêche du préfet de la Loire vous demandant de ne point procéder à la nomination de M. du Treuil de Reims, commandant les mobilisés de la Loire. Conformez-vous à ce désir du préfet qui paraît y attacher une grande importance.
Lyon, 26 décembre 1870. — A Freycinet, délégué de la Guerre. — A la suite d'une enquête que j'ai faite à Lyon sur la conduite du générai Mazure pendant les événements d'octobre, j'ai reconnu qu'il était indispensable de faire rentrer dans la réserve cet officier général. Veuillez donc chercher un homme solide pour le remplacer. Toutefois, je vous prie de le laisser à Bourges jusqu'à ce que vous m'ayez proposé un officier général qui soit à la hauteur de la position.
Lyon, 26 décembre. — A directeur général Laurier. — C'est très bien. Je te remercie de ton activité, mais il faut fixer un délai de réponse à Paris passé lequel on agira sans hésitation 1.
La neige disparaît et nous reprenons nos affaires sur lesquelles il convient de garder le plus entier silence. Tiensmoi toujours au courant et compte sur moi.
Lyon, 26 décembre 1870. — A délégué Freycinet. — J'ai l'intention, aussitôt que notre mouvement sera terminé, de
1. M. Laurier proposait un emprunt d'un milliard à la Banque de France. « Si Paris, écrivait-il, ne répond pas, nous passerons outre.»
détacher du Midi tous les mobilisés qui sont prêts et qui sont en grand nombre. Je vous aviserai au fur et à mesure pour la destination qu'il convient de donner à ceux qui seraient prêts à entrer en ligne. Prenez vos dispositions et référez-moi sur tout cela. J'ai fait déblayer les voies de chemins de fer dans toutes les directions. Je vous remercie de ce que vous me dites sur Bruat et Commagny1. Il est bien entendu que Loverdo ne sera pas nommé général de division, sous aucun prétexte, après ce qu'il a fait. Le Bouedec ne peut commander qu'une brigade.
Lyon, 26 décembre |870. — Gambetta à Lévy, Intérieur, Bordeaux. — Je vous loue fort de votre initiative et je vous autorise pleinement à installer à Cette au lieu de Bordeaux l'atelier pyrotechnique pour l'artillerie des mobilisés. Il va sans dire que Scheurer-Kestner est l'homme du choix que j'aurais voulu faire. Marchez et faites-moi, quand vous pourrez, un état de nos productions.
Lyon, 26 décembre. — A délégué Freijcînet. — J'ai reçu voir.' dépêche sur L-ïnéralBourbaki et aussi sa réponse; bien que soyons très contrariés par la neige, nos affaires s'accomplissent. A ce propos j'ai reçu de Serres qui est excellent pour l'organisation des jeunes troupes; il faut donc le mettre à même de constituer à nouveau une division soit dans l'Ouest, soit à Besançon, si vous suivez mon idée d'accumuler des forces pour les organiser.
Lyon, 26 décembre. — A directeur général des télégraphes
(confidentiel et personnel). — Mon cher ami, lu sais si je t'aime, t'apprécie et serais aise de t'en donner un public témoignage; dès lors il m'est presque facile de te dire, comme je me le dirais à moi-même, ce qu'il convient d'éviter malgré toutes les bonnes apparences2. Certaine-
1. Le généra] Thibaudin qui allait rejoindre la division Bressoll^s.
2. M. Crémieux avail proposé la nomination de M. Steenackert comme chevalier de la Légion d'honneur pour services exceptionrendus dans l'organisation et la fonction des postes d'observation devant l'ennemi el la création de la télégraphie militaire.
l'éche du 2'ô décembre.)
ment le personnel presque militaire et très méritant que tu diriges avec tant de supériorité trouverait dans la décoration décernée à son chef une marque plus frappante de la valeur des récompenses qu'on lui donne, mais quel que soit le prix d'une semblable raison, je n'y peux souscrire en si haute et si délicate occurrence, car tu as noué avec nous une solidarité éclatante et indissoluble; tu fais partie de nous-mêmes et dès lors tu ne peux, sur un point qui plus tard prendra une grande importance théorique et pratique dans le gouvernement républicain, créer un précédent qui te serait, comme à nous-mêmes, une gêne pour la pleine application des mœurs et institutions républicaines. Je n'ai point d'ailleurs besoin d'insister sur un sentiment qui te prouve mieux que toutes les plus brillantes démonstrations à quel degré je te considère et te tiens comme un frère d'armes, d'opinion et de cœur, en exigeant de toi une conduite conforme à la mienne. Je t'embrasse.
Léon Gambetta.
Lyon, 27 décembre. — A délégué Freycinet. — Envoyez le plus tôt possible au général Chanzy des cartes détaillées du pays qu'il occupe entre Poitiers et Azour, principalement la carte à 1 /32000e de l'État-major. Les cartes demandées doivent comprendre le pays compris entre les deux parallèles qui passent par Poitiers et Azour.
Lyon, 27 décembre 1870, 1 h. 55 matin. — Gambetta à Ranc, Intérieur, Bordeaux, extrême urgence. Confidentielle et intime. Chiffre des préfets. — Demandez-le à Steenackers et traduisez vous-même. J'ai à vous charger d'une opération délicate et qu'il faut réussir pour le salut de la République.
J'ai en mains la preuve écrite de la présence à l'armée du général Chanzy d'un personnage qu'il s'agit à tout prix d'arrêter et de déposer en lieu sûr, sous garde absolument sûre1. Ce personnage, qui se fait appeler colonel Lutherod et a été autorisé en dehors de moi à suivre les opérations de l'armée, n'est autre que le prince de Joinville. Ce n'est pas
1. Quelques heures après avoir envoyé cette dépèche, M. Gambetta recevait la lettre du général Chanzy, portée par le commandant Marois, qui demandait les instructions du ministre au sujet du prince de Joinville.
à vous qu'il est nécessaire d'expliquer l'importance de cette capture, tant au point de vue de l'ordre public que des ramifications criminelles qu'elle nous permettra de découvrir et de punir. — Mais il faut procéder dans le plus grand mystère, l'arrêter sans bruit, sans prévenir Chanzy, et le conduire à Belle-Isle-en-Mer en vertu des pleins pouvoirs que je vous délègue expressément à cet effet. Pour cela rendez-vous au Mans avec vos agents les plus sûrs, aide/.vous du préfet dévoué1, faites chaulfer là une locomotive, allez à Belle-Isle et attendez mes ordres ou ma visite. Vous pouvez télégraphier à Ghallemel qui me transmettra là où je serai2.
Léon Gambetta.
Lyon, 27 décembre 1870, 10 h. 52 soir. — Gambetta à Freycinet, Bordeaux. — J'ai donné ma parole au comman-