‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 119 sur 208 · C. Laurier · texte numérisé non relu

C. Laurier

Tours, 11 octobre — A tous les préfets. Circulaire. — Afin d'activer la mise sur pi cil de guerre de toutes !<•- foi

ulières soumises à l'autorité militaire et d'imprimer une impulsion énergique à (oui l'ensemble <!<' l'administration de la guerre, j'- pense qu'il serait utile de placer, à titre de membre, d'un comité <l«' la guerre qui sérail établi dans chaque division, des hommes énergiques, administrateur-, organisateurs, capables de faire pénétrer l'esprit civil et civique dans les affaires militaires. Je vous prie «le chercher autour de vous des notabilités 'le ce genre.

Vous ne devrez m'en désigner qu'une seulea Choisissez donc la [tins éminente «le toutes; c'esl à la fois une affaire

très importante et très délicate. Je vous prie de me répondre confidentiellement et par chiffres.

Tours, 12 octobre 1870, 4 h. 50 soir. — Intérieur à préfets, Circulaire. — Je vous invite à faire immédiatement afficher dans toutes les communes de votre département et à exécuter d'urgence le décret dont la teneur suit :

La délégation du gouvernement :

Vu les décrets des 12 et 16 septembre 4 870; vu l'article 34 de la loi du 17 décembre 1814; vu l'ordonnance du 18 janvier 1817; vu le décret du 21 août 1870;

Considérant que dans les circonstances présentes, il est nécessaire d'une part d'empêcher le ravitaillement de l'ennemi, d'autre part d'assurer l'alimentation du pays; considérant que des mesures partielles et locales ont été déjà prises à l'effet d'atteindre ce but, spécialement sur la frontière de Dunkerque à Lanslebourg et sur la frontière maritime de Saint-Valéry à Dunkerque; considérant que ces mesures sont insuffisantes et ne répondent plus aux nécessités de la situation ;

Décrète :

Article premier. — ■ Sont prohibés sur l'étendus de la République, la sortie, la réexportation d'entrepôt et le transit des bestiaux, de toutes sortes de viandes, des grains, des farines alimentaires de toutes sortes, du son et du fourrage.

Art. 2. — Les ministres de l'agriculture et du commerce et des finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui aura son effet à partir du jour où la publication en sera faite par les préfets de la manière prescrite par l'ordonnance du 18 janvier 1817.

Fait à Tours, le 12 octobre 1870.

Signé : L. Gambetta, Crémieux, Glais-Bizoin, amiral Fourichon.

Tours, 14 octobre. — A tous les préfets. — Pourriezvous me désigner dans votre département, et par dépêche confidentielle, un homme sûr, intelligent, dont je pourrai faire un délégué de la guerre en province. Répondez-moi promptement, ne vous engagez à rien et faites très bonne désignation.

CIRCULAIRE AUX PRÉFETS

Tours, le 14 octobre 1870.

Monsieur le préfet,

L'achat et la distribution des armes occupent aujourd'hui Tune des premières places dans la sollicitude du pays. Pour mener à bonne fin l'une et l'autre de ces deux opérations, il est nécessaire de les centraliser. Tel a été l'un des premiers soins du gouvernement de la défense nationale.

Dès le 9 septembre 1870, un décret instituait une commission spéciale avec mission d'acheter, dans les limites des crédits qui lui seraient ouverts, des armes et des munitions de guerre pour le compte de l'État.

A ce besoin s'en ajoutait un autre : celui d'un contrôle efficace sur l'état et la qualité des armes et des munitions de guerre ainsi fournies par l'industrie privée. Ce fut l'objet d'un second décret, en date du 13 septembre 1870, qui commit M. le ministre des travaux publics pour prendre connaissance des opérations proposées par la commission. Ces mesures furent augmentées par un troisième décret, en date du 29 septembre dernier dont l'article 2 lui conféra la faculté de répartir les armes acquises ou transformées.

Toutefois, il n'a jamais été dans la pensée du gouvernement de déroger par cette disposition aux attributions du ministre de l'intérieur et du ministre de la guerre : ils ont conservé, chacun en ce qui le concerne, 1'" droit de distribuer les armes, et la répartition dont il s'agit dans L'article 5 du dernier décret n'est autre chose qu'une opération purement matérielle confiée aui soins de la commission, conformément aux ordres fies ministres compétents. Je crois devoir, monsieur le préfet, vous rappeler les dispositions et le but en vue duquel elles ont été combinées.

11 est arrivé, dans les derniers temps, que des préfets et des comités locaux de défense ont, en vertu de leur propre initiative, et en dehors de l'action du Gouvernement ainsi que de la commission qu'il a instituée , effectué ou tenté d'effectuer des achats d'armes, et entravé par là des opérations qui eussent été plus utilement faites si le soin en avait été laissé à la commission d'armement.

D'autres réclament tous les jours l'autorisation d'agir de même et vont jusqu'à demander qu'il soit fait, au profit de leur département ou de leur commune, distraction d'une certaine partie des crédits ouverts à la commission.

Il ne saurait être fait droit à ces réclamations sans les plus graves inconvénients.

Les offres faites par les spéculateurs s'adressent la plupart du temps à plusieurs préfets et comités locaux, après même qu'elles ont été adressées à la commission d'armement, de telle sorte qu'elles suscitent à l'Etat la plus déplorable concurrence à elle-même.

Elles ne sont pas seulement pour les fournisseurs un moyen de lucre, par suite de cette espèce de mise aux enchères; elles leurs fourniraient, si elles pouvaient réussir au gré de ce qu'ils désirent, le moyen d'échapper à ce contrôle sérieux, et le seul efficace, que le gouvernement de la défense nationale a voulu organiser en le concentrant entre les mains du ministre des travaux publics. Il est des réclamations d'une autre nature sur lesquelles je dois également appeler votre attention. La commission d'armement est saisie d'une foule de demandes ayant pour objet des distributions d'armes.

Les auteurs de ces demandes méconnaissent le rôle de la commission et le sens du décret du 29 septembre.

La commission ne peut opérer de répartitions d'armes qu'à la condition d'y être autorisée, soit par le ministre de l'intérieur, soit par le ministre de la

guerre, seuls en situation, chacun dans les limites de sa compétence et de ses ressources, de distribuer les armes, suivant que l'exigent les besoins les plus pressants et les nécessités les plus immédiates de la défense.

Je vous invite donc, monsieur le préfet, à vous abstenir, ainsi que les comités locaux de défense, de toute opération qui serait de nature à entraver les opérations de la commission d'armement, et à vous adresser, pour demander des armes, aux ministres compétents.

Le ministre du gouvernement de la défense nationale, délégué au département de Vintér'teur,,

Léon Gambetta.

Par le ministre :

Le secrétaire du ministère de l'intérieur, Jules Cazot.

Tours 14 octobre 1870, 12 h. o soir. — Intérieur aux préfets de Chambcry, Bourg, Nimes, Nice, Annecy, Lons-le-Saulnier, Gap, Grenoble, Besançon. — Faites rigoureusement servir le décret du gouvernement, prohibant l'exportation des céréales et autres denrées alimentaires; il y va du ravitaillement de l'ennemi : en temps de guerre cette question prime tout.

Tou&S, 1 5 octobre. — A tous les préfets. — Circulaire. — De nombreuses modifications dans le personnel des préfectures, sous-préfectures, ayant eu lieu depuis l'établissement de la délégation du gouvernement à Tours jusqu'à son arrivée; je désire avoir des renseignements précis et certains à ce sujet.

Expédiez-moi donc par dépêche état exact et complet des secrétaires généraux, sous-préfets et conseillers de préfecture de votre département.

Dites-moi : 1" Quels sont les titulaires définitivement installés? Quels sont les administrateurs provisoires à con-

firmer? Y-a-t-il des vacances? Dans ce dernier cas, faites moi des propositions avec discernement ou dites-moi si je dois pourvoir d'office?

Tours, 15 octobre. — A tous les préfets. — Circulaire. — Cessez envoyer états situation mobile si aucun changement. Adressez vite état objets en magasin inutiles à mobiles disponibles.

Tours, 17 octobre. — Aux préfets et sous-préfets. — Circulaire. — Des nécessités impérieuses ont impose à M. Léon Gambetta, ministre de l'intérieur et de la guerre, le devoir de se rendre immédiatement à l'armée des Vosges qui a pour mission d'arrêter la marche des Prussiens sur Lyon.

L'absence de M. Gambetta sera de courte durée. On l'attend à Tours dans trois jours.

Tours, 20 octobre 1870, 7 h. 9 soir. — Circulaire à préfets. — Modifiant mes décisions précédentes, je dispense du service mobilisé, au même titre que les maires, les adjoints et les présidents des commissions municipales.

Tours, 21 octobre. — Intérieur aux préfets de la République. — Envoyez état exact des gardes mobilisés de votre département. Nombre pouvez-vous fournir habillement, équipement? Dans quel délai? A quel prix? Si ne pouvez, ferai l'avance; passerai marchés à votre compte.

Réponse urgente.

' Tours, 23 octobre 1870, 8 h. 10 soir. — Justice aux procureurs généraux. — Circulaire. — Les licenciés en droit pourront être admis à la prestation du serment d'avocat, sur la simple présentation d'un certificat des secrétaires des Facultés, constatant leurs titres.

Veuillez envoyer à vos parquets des instructions précises pour atteindre les marchands faisant des achats pour ravitailler l'armée ennemie.

Envoyez dans le plus bref délai possible la liste complète de tous les magistrats ayant fait partie en 1852 des commissions mixtes.

Tours, 23 octobre. — Aux préfets et sous-préfets. - Circulaire. — Veuillez prévenir tous les maires de

toutes vos communes que la résistance à l'ennemi est plus que jamais à l'ordre du jour; que tout le monde doit faire son devoir, notamment les magistrats municipaux qui ne peuvent faire moins que les gardes nationaux mobilisés. Après les héroïques exemples donnés par des villes ouvertes telles que Châteaudun, Saint-Quentin et autres, par des villages exclusivement gardés par des compagnies de pompiers , il est d'absolue nécessité que chaque ville , chaque commune paie sa dette à la Défense nationale, que tout le monde se pénètre du devoir imposé à la France. Les villes et communes qui se rendraient sans avoir tenté de résistance seraient dénoncées aux pays par le Moniteur.

Tours, 25 octobre J 870, li h. 45 matin. — Intérieur à 'préfets de Seine-Inférieure, Rouen; Eure, Orne, Sarthe, Loirft-Chcr, Nièvre, Yonne, Aube, Haute-Marne, Jura, Doubs et Somme. — On demande souvent instructions relatives à la destruction des ponts, travaux d'art sur les routes et chemins de fer. Après avoir pris avis du génie, je dois fairesavoir, d'une manière générale, que l'on abuse un peu de la destruction des ponts. On arrête assez peu par là la marche de l'ennemi, et on se prépare à soi-même de grandes difficultés. La décision à prendre doit être laissée uniquement à l'autorité militaire.

Léon Gambktta.

Tours, 'Jti octobre 1870, 6 h. 45, soir. — Intérieur et guerre à préfet et à procureur général Gironde, à préfet et à procureur général Poitiers, à préfet et « procureur général Toulouse. — Chiffrée. — .I«' vous donne Tordre de faire arrêter le général Boyer qu'on m'annonce être parti hier soir de Poitiers pour Bordeaux et Toulouse avec sa famille, wagon réservé.

AJSurez-YOUS par tous moyens possibles de sa personne et dirigez-le sur Tours, sous bonne escorte.

Léon Gambbtta.

Prière aux préfets d'envoyer aux procureurs généraux

copie de la présente dépêche, après l'avoir déchiffrée.)

Tours, 26 octobre 1870. — Intérieur à préfet Haute- Garonne et à préfet Bordeaux. — Chiffrée. — Réponse immédiate au sujet du général Boyer. Prévenez les préfets des départements voisins. Il faut que le général soit arrêté. Prenez mesures nécessaires.

Léon Gambetta.

Tours, 26 octobre. — Aux préfets de la République. — Envoyez états de commandes pour mobilisés, avec prix et délais de livraison. Envoyez état de ce que vous ne pouvez fournir en habillement grand et petit équipement, campement. Petit équipement peut être pris en dehors de 60 francs sur masse individuelle des hommes. Envoyez par courrier ordinaire copie traités et état ressources industrielles locales. Réponse très urgente. Il faut en trois semaines avoir fini.

CIRCULAIRE DU MINISTRE DE L INTERIEUR ET DE LA GUERRE AUX DIRECTEURS DES COMPAGNIES DE CHEMINS DE FER

Tours, le 26 octobre 1870.

Monsieur le directeur,

Il importe que le service des chemins de fer soit partout organisé dans les conditions que commandent l'état de guerre et l'investissement de Paris. Les communications d'une extrémité à l'autre de la France ne pouvant plus avoir lieu par Paris, et devant forcément être établies par diverses lignes d'embranchement, chacune des Compagnies de chemins de fer devra mettre tout de suite en communication directe sur ces lignes un nombre suffisant de trains de voyageurs et de marchandises pour éviter désormais que les transports de la guerre aient jamais à subir un séjour de plus d'une heure aux gares de bifurcation dans son propre réseau. Quant aux gares de jonction, de réseau à réseau, le séjour n'y devra pas excéder deux heures. Tel est l'objet de l'arrêté que je viens de prendre de concert avec mon collègue des travaux

publics, cl dont j'ai l'honneur de vous adresser ci-joint un exemplaire.

La gravité des circonstances exige que tous les transports de la guerre soient exécutés avec la plus grande célérité. Il est rappelé qu'aux termes des réquisitions les remises de ce service doivent être expédiées dans le délai le plus court et avoir la priorité sur tous les autres transports. Les Compagnies doivent retarder et même suspendre, au besoin, tout ou partie du service ordinaire pour assurer la parfaite régularité des services de la guerre.

Toutefois, vous devrez maintenir le service des postes, soit en conservant les trains qui lui sont spécialement affectés, soit en introduisant dans les trains spéciaux de la guerre les bureaux ambulants et les courriers de la poste.

En prévision des transports de la guerre, un service de jour et de nuit doit [être organisé sur toutes vos lignes.

Lorsqu'une ligne de chemin de fer a été coupée par l'ennemi, et que dès lors le service ne peut plus s'effectuer sans interruption par chemin de fer, la Compagnie doit donner son concours le plus dévoué au gouvernement et prendre toutes les dispositions en son pouvoir pour suppléer à l'interruption de la voie par des moyens de transport quelconques.

L< !S compagnies ne devront dans aucun cas refuser les transports de la guerre, mais indiquer seulement à l'autorité militaire, les éventualités auxquelles ces transports sont exposés. C'est à l'administrateur de la guerre à apprécier le parti qu'elle devra prendre en pareil cas.

Je vous prie de me faire connaître dans le délai de trois jours les mesures que vous aurez prises en exécution des mesures prescrites par la présente circulaire, et de [n'adresser le plus tôt possible les tableaux et graphiques de vos nouveaux services.

Vous voudrez bien m'indiquer, dans le plus bref délai, quelles sont à ce jour les sections de vos lignes sur lesquelles le services des trains a dû être suspendu par suite de la présence de l'ennemi, et donner des ordres pour que je sois exactement prévenu à l'avenir, par télégraphe, de tout changement de cette nature qui viendrait à se produire.

Veuillez aussi recommander à vos chefs de gare de m'adresser directement tous les renseignements certain qu'ils pourront recueillir au sujet des mouvements et des forces de l'ennemi.

Je ne doute pas, monsieur le directeur, que le Gouvernement ne trouve dans votre patriotisme le concours le plus empressé pour lui faciliter l'exécution de l'œuvre nationale qu'il a entreprise.

Recevez, etc.

Léon Gambetta.

Tours, 28 octobre. — Aux préfets de la République. — Envoyez d'urgence états de vos mobilisés; nombre, délais de livraison; — prix pour habillement, campement, équipement. Ce que vous procurez directement par marchés passés par vous, ce que je dois commander pour vous en votre nom. Répondez.

Tours, 28 octobre. — Aux préfets et sous-préfets. — Circulaire. — Je suis informé que les décrets et actes du Gouvernement ne parviennent pas à la connaissance des populations. Veuillez prendre toutes mesures pour que le pays soit toujours informé de ce qui est fait pour la défense nationale. Multipliez les affiches. Faites publier au son de caisse les actes, circulaires, décrets et décisions de nature à attester la vigilance et l'énergie du pouvoir. Il y a là un grand intérêt politique. Dites-moi quelles mesures vous aurez prises.

Tours, 28 octobre. — Aux préfets. — Il m'arrive de plusieurs côtés des nouvelles graves, mais sur l'origine et la véracité desquelles, malgré mes actives recher-

ches, je "n'ai aucune espèce de renseignements officiels. Le bruit de la capitulation de Metz circule. Il est bon que vous ayez la pensée du Gouvernement sur l'annonce d'un pareil désastre. Un tel événement ne pourrait être que le résultat d'un crime, dont les auteurs devraient être mis hors la loi. Je vous tiendrai au courant ; mais restez convaincu, quoi qu'il arrive, que nous ne nous laisserons pas abattre par les plus effroyables infortunes, et par ce temps de capitulations scélérates, il y a une chose qui ne peut ni ne doit capituler, c'est la République Française.

Tours, 20 octobre 1870, à 4 heures du soir. — Intérieur et guerre à préfets et procureurs généraux. — Circulaire confidentielle. Chiffrée. — Redoublez de vigilance; partout où vous rencontrerez le maréchal Bazaine ou un officier de son état-major, faites-le arrêter et diriger immédiatement sur Tours sous bonne escorte.

Gambetta.

Tours, 31 octobre. — Aux préfets. — Circulaire. — Vous êtes autorisés à saisir, arrêter et détenir les maréchaux Bazaine, Canrobert et Lebœuf et le général Frossard. Aussitôt que mainmise aura été faite sur leur personne, vous constituerez une cour martiale au chef-lien de votre département et vous les livrerez à la justice du pays.

Tours, 2 novembre. — Aux préfets. — Chargez immédiatement deux membres du comité de défense choisis parmi les ingénieurs ou industriels, ou à défaut deux hommes compétents de votre choix, de dresser l'état de tous les établissements de votre déparlement où l'on peut fabriquer des armes ou des pièces d'armes, avec indication de la production possible de chacun d'eux en qualité et quantité, et ce, dans le délai de trois jours. Répondez télégraphiqiiement rue Chaptal, :;, à secrétaire de la commission d'étude des moyens de défense.

Tours, :> novembre IS70, \ h. 20 soir. — Circulaire. — Directeur général de* télégraphe* à bureaux. — Jusqu'à nou-

vel ordre n'acceptez plus pour Marseille et les Bouches-du- Rhôue ni dépêche officielle ni dépêche privée.

Tours, 2 novemhre 1870, 6 h. 15 soir. — Intérieur à inspecteurs et directeurs du télégraphe, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Nîmes. — A dater de la réception de la présente dépêche, et jusqu'à nouvel ordre, vous refuserez d'une façon absolue toute dépêche de quelque nature qu'elle soit, qui vous sera présentée par le bureau de Marseille. Les communications télégraphiques sont absolument interdites entre vous et Marseille. Si quelque délégué de la Ligue du Midi venait à requérir de vous une transmission quelconque, vous refuserez absolument le service. Les communications avec Marseille seront rétablies, soit en vertu de mes ordres, soit en vertu des instructions qui vous seront transmises de la part de M. Gent, par l'intermédiaire de Lyon.

Tours, 2 novembre. — Aux préfets. — A la suite de profondes émotions publiques causées à Paris par les tristes événements militaires des derniers jours et par la proposition d'armistice apportée par M. Thiers, le gouvernement de l'Hôtel de Ville vers 2 heures de l'après-midi dans la journée du 31 octobre a été l'objet d'une sérieuse tentative avant pour but de constituer un comité de salut public. Cette tentative a échoué. Je ne connais pas encore les détails de ces événements qui ont amené le gouvernement de Paris à consulter la population assiégée tout entière sur la question et dans les formes indiquées dans le décret dont suit la teneur. Vous userez de cette communication dans la mesure qui vous paraîtra opportune. Je m'en rapporte à votre sagacité. Vous me tiendrez au courant des impressions qu'elle aura faites sur vous et sur les populations qui vous entourent. La réponse du peuple de Paris à la question posée par le gouvernement aura lieu dans la journée du jeudi 3 novembre.

Décret. — Le gouvernement de la défense nationale, « Considérant qu'il importe à la dignité du Gouvernement et au libre exercice de sa mission de défense de savoir s'il a conservé la confiance de la population parisienne;

« Considérant, d'autre part, que d'une délibération des maires des vingt arrondissements municipaux de la ville

de Paris légalement convoqués à l'Hôtel de ville dans la matinée du 31 octobre, il résulte qu'il est opportun de constituer régulièrement les vingt municipalités des vingt arrondissements ;

« Décrète :

« Le scrutin sera ouvert, le jeudi 3 novembre, sur la question suivante :

« La population de Paris maintient-elle oui ou non les pouvoirs du Gouvernement de la défense nationale? »

« Prendront part au vote tous les électeurs de la ville de Paris et des communes réfugiés à Paris qui justifieront de leurs droits électoraux.

« Il sera procédé, le samedi 5 novembre, à l'élection d'un maire et de trois adjoints pour cbacun des arrondissements municipaux de la ville de Paris.

« Les électeurs inscrits sur les listes électorales à Paris prendront seuls part au vote.

« Le vote aura lieu par scrutin de liste pour chaque arrondissement et à la majorité absolue des suffrages.

« En cas de second tour, le nouveau scrutin aura lieu le 7 novembre.

« Fait à l'Hôtel de ville, le 1er novembre 1870.

v Signé : Général Trochu, Jules Favre, Km. Arago, Jules Ferry, Garnikr-Pagès, Eug. Pelletan, E. Picard, J. Simon.

Pour copie : L. Gamhetta. »

Tours, 3 novembre 1870, fi h. 30 du soir. — Guerre à préfet Y"r, Draguirjnan et à préfet Gard, Nîmes. — Un corps d'environ 10,000 hommes se réunit à Avignon sous le commandement du général de division Lallemand. Il est destiné à rétablir l'ordre troublé momentanément à Marseille. Je vous informe pour que vous secondiez cet officier général dans les mesures qu'il doit prendre.

Léon Gamiiktï a.

Tours, i novembre is:o, i h. •un-. . Justice à procureun

\ux préi /'.s cowi d'appel. — Circulaire. — Le garde

des sceaux, ministre de la justice, apprend avec un dou-

loureux étonnement que des magistrats ont été arrêtés et mis en prison, soit sur mandat, soit sans mandat de justice. L'arrestation est fondée sur ce que ces magistrats auraient fait en 1851 et 1852 partie des commissions mixtes, qui ont laissé de si détestables traces de leurs décisions. Ces arrestations sont illégales et le garde des sceaux donne l'ordre de mettre immédiatement en liberté ceux qui sont arrêtés sous une pareille inculpation. — Leur conduite à cette époque désastreuse constitue un crime. La prescription les couvrirait depuis 1862 et par conséquent leur arrestation serait frappée d'illégalité. Le garde des sceaux, sur des réclamations faciles à comprendre de la part d'honorables citoyens victimes du coup d'État, a fait demander la liste des magistrats qui ont siégé dans les commissions. C'est à lui qu'il appartient de proposer au Gouvernement les mesures qu'il croira convenables à l'égard de ceux des membres de ces odieuses commissions qui sont encore sur leur siège. Mais aucun citoyen , aucune autorité n'a le droit que n'aurait d'ailleurs, après 22 ans de silence, aucun pouvoir constitué, d'exercer une violence quelconque sur leur personne. Le garde des sceaux rappelle aux fonctionnaires, qui par excès de zèle se livreraient à des actes illégaux, que l'article 75 de la Constitution de l'an VIII est aboli. Il est d'ailleurs très résolu à ne pas laisser violer la loi par les fonctionnaires de la République. La République, c'est le règne de la loi.

Le garde des sceaux ministre de la justice, membre et représentant de la Défense nationale,

Signé : Ad. Crémieux.

Veuillez communiquer cette circulaire à toutes les autorités judiciaires et civiles.

Tours., 1 1 novembre 1870. — Aux préfets. — Circulaire. — L'armée de la Loire, sous les ordres du général d'Aurelle de Paladines, s'est emparée hier, 10 novembre, d'Orléans après une lutte de deux jours. Nos pertes tant en tués qu'en blessés n'atteignent pas 2,000 hommes; celles de l'ennemi sont plus considérables. Nous avons fait plus d'un mille de prisonniers et le nombre augmente par la poursuite. Nous nous sommes emparés de deux canons modèle prussien, de

plus de vingt caissons chargés de munitions et tout attelés et d'une grande quantité de fourgons et de voitures d'approvisionnement. La principale action s'est concentrée autour de Coulmiers dans la journée du 9. L'élan des troupes a été remarquable malgré le mauvais temps.

Il y a Heu d'espérer que cette première opération militaire ouvre une ère meilleure pour la France. Nos ressources en hommes sont immenses, le patriotisme est partout réveillé et le pays doit se montrer prêt aux plus grands sacrifices. Nous avons été trop éprouvés par la fortune pour nous laisser égarer par des illusions nouvelles. Nous avons repris l'offensive; c'est un grand point. Cette offensive signifie qu'au lieu de déplacer notre base d'opérations pour la mettre en arrière, nous la reportons en avant. Avec de la résolution, de la prudence, de l'énergie, et surtout en restant unis sur le terrain de la lutte à outrance contre l'envahisseur, la République sauvera la France.

Tours, 14 novembre. — Aux préfets. — Faites publier immédiatement le décret suivant :

La délégation du Gouvernement,

Considérant que les effets de commerce souscrits avant la guerre à la différence des effets souscrits après la guerre déclarée l'ont été dans l'ignorance d'un événement inattendu qui a jeté tout à coup la perturbation dans le commerce et rendu sinon impossibles du moins très difficiles les moyens de libération; Décrète :

Article premier. — Jusqu'au 13 décembre prochain aucun protêt ne pourra être fait, aucune poursuite exercée pour les effets de commerce souscrits avant le 15 août dernier.

Art. 2. — Tous les effets de commerce souscrits postérieurement au 15 août dernier demeurent soumis au décret du 5 novembre, dont toutes les dispositions non contraires à l'Article premier sont maintenues.

Fait à Tours, le 14 novembre 1870.

Signé : Crémikux, Glais-Bizoin, Fol'richon, L. Gambetta.

Torit>, 10 novembre 1870, midi. — Circulaire. — ïntêrU ur n préfets. — Prévenez les journaux qu'ils ne doivent insérer

aucune dépêche Havas, ni aucune communication quelconque, quelle qu'en soit l'origine, soit sur le camp d'Orléans, soit sur les mouvements, forces ou situations de nos troupes.

Tours, 17 novembre. — Aux préfets de la République. — Circulaire. — Veuillez faire afficher dans vos communes la note suivante :

Le nommé Triau (Justin), habitant de la commune de Lutz, hameau de Baigneau (Eure-et-Loir), convaincu d'espionnage, a été condamné à la peine de mort par l'une des cours martiales du 16e corps d'armée.

Ce jugement a reçu son exécution le 15 du courant, à 7 heures du matin.

Le membre du gouvernement de la Défense nationale, miuistre de l'intérieur et de la guerre.

Signé : Léon-Gambetta.

Tours, 18 novembre. — Aux préfets. — Circulaire. — Les préfets et sous-préfets sont invités par le ministre de Tintérieur et de la guerre à diriger sur Tours par train spécial et sans aucun retard toutes personnes descendues en ballon venant de Paris.

Tours, 19 novembre. — Aux préfets. — ■ Circulaire. — Sachez au plus vite s'il est possible d'établir dans votre département des ateliers où se confectionneraient les souliers et les vêtements indispensables à nos soldats.

L'État vous enverrait les draps et les cuirs nécessaires. Répondez d'urgence mais après examen sérieux, car les délais fixés le seraient sous votre responsabilité personnelle.

Tours, 21 novembre. — Sûreté générale à préfets, souspréfets et procureurs généraux. — Circulaire. — Diriger immédiatement sur Tours, sous escorte, un employé des postes descendu à Luzarches avec le ballon Vhrich, se rendant probablement à Glermont-Ferrand porteur de pigeons. Interdiction absolue de lui laisser lancer un seul pigeon. Les pigeons doivent arriver à Tours au complet.

Tours, 22 novembre 1870, 1 h. du matin. — Intérieur aux préfets de Seine-et-Oise, Marne, Yonne et Aube. — Diri-

gez immédiatement sans retard vos mobilisés sur Nevers où nous formons un camp d'instruction. Ils devront être adressés au général de Pointe de Juvigny.

Faites réponse dans laquelle vous me direz les mesures que vous aurez prises, le nombre de vos hommes, et le délai dans lequel vous les aurez dirigés sur Nevers.

La situation particulière dans laquelle vous vous trouvez m'est connue. Je ne vous en fais pas moins part de la décision que nous venons de prendre afin que vous preniez de votre côté toutes les mesures nécessaires pour en assurer l'exécution.

Arrangez-vous de manière que vos administrés répondent dans leur patriotisme à l'appel que vous leur adressez.

Léon Gambetta.

Tours, 23 novembre. — Circulaire. — Par mesure exceptionnelle, et à raison des circonstances de la guerre, je vous autorise à ne me soumettre qu'à titre de régularisation les marchés encours d'exécution pour garde mobilisée qui ont été passés antérieurement à la réception de ma circulaire du 7 novembre. Postérieurement à cette date, les arrêtés devraient m'être soumis et recevoir mon approbation avant d'être définitifs.

Le secrétaire général,

Signé : Jules Cazot.

Il faut ajouter à ceci une rectification, le marché sera rendu non point exécutoire par l'approbation du ministre, il l'est sans cette approbation, seulement le ministre mettra simplement : « Vu pour régularisation. » 11 faut que la responsabilité du préfet reste entière.

Tours, '^3 novembre. — Av.r préfets. — Circulaire. — Les commandants supérieurs des gardes nationales mobilisées, dès qu'ils sont en campagne, rentrent immédiatement sous la direction des généraux commandants les divisions militaires, à moins de décision précise et contraire «lu ministre de la guerre. Communiquez la présente dépêche aux généraux placés à la tête des divisions ou subdivisions.

Tours, 24 novembre 1870, o h. 35 soir. — Sûreté générale à préfets Si 80U8~préfets. — Circulaire. — Par ordre du

ministre de l'intérieur et de la guerre, je vous renouvelle l'instruction de requérir et diriger sur Tours tous pigeons voyageurs apportés de Paris en ballon. Les aérostiers ne devront pas lâcher un seul pigeon, tous appartenant au service public dirigé par M. Steenackers, directeur des télégraphes et postes. Cet ordre ne souffre pas d'exception.

Tours, 27 novembre 1870. — Aux préfets. — Circulaire.

Chers collaborateurs,

Aidez-nous à l'œuvre la plus sainte, la plus française.

Nous avons en Prusse un nombre immense de nos braves soldats prisonniers sans avoir été vaincus, livrés, si loin de la patrie, à toutes les privations, à l'affreuse misère : point de vêtements, point de chaussures dans un climat humide et glacé ; point d'argent, pas d'approvisionnement ; ils endurent dans le désastreux exil tous les tourments, même les tortures de la faim. Dites dans votre département à nos chers concitoyens que nous les appelons au secours de nos frères, de nos enfants. Que les offrandes se multiplient, que chacun verse son tribut patriotique. Vous, chers compatriotes, que la fortune a favorisés, quelques dons que vous ayez déjà prodigués pour nos blessés, pour nos prisonniers, ouvrez encore les trésors de votre bienveillance, et jetez l'or à pleines mains. Et vous, chers compatriotes, qui ne pouvez prendre une modeste offrande que sur votre pénible labeur, venez aussi déposer votre obole, témoignage de vos généreux sentiments.

Nous vous prions, chers collaborateurs, de fonder des comités sur tous les points de notre département qu'il vous plaira de choisir.

Adressez-vous aux femmes toujours prêtes pour les œuvres de bienfaisance. Que les fonds soient versés ensuite chez le trésorier-payeur général, qui vous fera savoir le montant des sommes reçues par lui et dont nous fixerons la destination.

Léon Gambetta, Ad. Glais-Bizoin, Ad. Crémieux, L. Fourichon.

CIRCULAIRE AUX PREFETS

Tours, le 28 novembre 1870. .

Monsieur le préfet,

Le décret du 2 novembre, dans son article 6, dispose que la République viendra au secours des familles laissées sans appui par le départ de leurs soutiens appelés sous les drapeaux.

Lorsque le gouvernement de la défense nationale a pris cet engagement, il avait à sa disposition les moyens de le réaliser dans une large mesure : des crédits spéciaux, s'élevant ensemble à la somme de 50 millions, avaient été successivement ouverts, une commission de secours et des comités départementaux institués pour en opérer la distribution. 35 millions sont restés à la disposition du ministre des finances. Sur les 15 millions restant, la délégation de Tours, par l'intermédiaire du ministre de Tintérieur, a réparti 600,000 francs; de telle sorte que 14,400,000 francs restent à sa disposition.

Mais les préoccupations de la défense nationale n'ont pas détourné le gouvernement de l'intérêt que lui inspire la situation des classes ouvrières, éprouvées par la mauvaise saison et le ralentissement des travaux industriels et agricoles. Pendant qu'il organise des armées pour repousser l'invasion, il a songé à ceux que 1 âge ou les infirmités ne permettent pas d'appeler sous les drapeaux et qui, dans une situation normale vivent de leur travail.

Par décret du 28 novembre 1K70, un crédit de (î millions vient d'être ouvert au ministère de [Intérieur pour L'organisation de travaux d'utilité communale, qui donneront aux ouvriers sans travail Les moyens d'existence indispensables. Déjà un grand nombre do

communes, malgré les sacrifices considérables qu'elles se sont imposés pour la défense nationale, ont organisé des travaux de cette nature, soit à l'aide de fonds communaux, soit à l'aide de souscriptions ou d'avances offertes par de généreux citoyens. Le Gouvernement désire venir en aide surtout à celles qui témoigneront, par leurs propres efforts, de l'intérêt qu'elles portent à la classe ouvrière.

Vous voudrez bien, monsieur le préfet, porter à la connaissance des administrations municipales cette pensée du Gouvernement. Vous les engagerez à vous signaler leurs besoins et le concours qu'elles peuvent offrir, tant sur les ressources communales que par des souscriptions particulières. Vous me transmettrez leurs demandes au fur et à mesure qu'elles vous parviendront.

Vos propositions seront présentées sous la forme d'un tableau, suivant le modèle ci-dessous (1); vous

DEPARTEMENT D

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Nombre

d'ouvriers nécessiteux

à occuper.

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Nombre de centimes

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supportés en 1870.

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voudrez bien y joindre une note justifiant la demande faite.

Vu la modicité relative du crédit, vous ne devrez réclamer les secours de l'État que pour les communes où les secours seront indispensables, et en les limitant au strict nécessaire.

Je dois ajouter, monsieur le préfet, que le Gouvernement attache la plus grande importance à ce que toutes les ressources créées dans le but de venir en aide aux ouvriers, soient employées de la manière la plus productive. Insistez auprès des administrations municipales pour un choix convenable dans la nature des travaux et sur la nécessité de leur bonne confection.

Quant à la nature des travaux, le meilleur emploi à faire des sacrifices de la commune et de l'État, serait l'application de ces sacrifices à la construction des chemins vicinaux, commencés en vertu de la loi du 14 juillet 1868. Ces travaux ont été décidés avec toutes les garanties qui en assurent l'utilité pour le pays. Le Gouvernement y contribuera d'autant plus volontiers, que les opérations de la caisse des chemins vicinaux ont dû être provisoirement suspendues.

Quant à l'exécution, la loi du 18 juillet 1837 charge les maires de la direction de tous les travaux communaux, au point de vue administratif et financier.

En ce qui touche spécialement les chemins vicinaux, l'article 11 de la loi du 21 mai 1836 y a pourvu parla création d'agents possédant les connaissances techniques nécessaires pour appliquer les procédés les plus avantageux au point de vue de la solidité el di L'économie.

Pour que chacun conserve la part de responsabilité qui lui incombe, il faut, une fois les questions de tracé el de dépenses résolues par l'administration municipale, que les agents spéciaux conservent toute indépendance pour les détails de confection et pour

la réception. Les maires devront d'ailleurs comprendre que leur contrôle sera d'autant plus efficace qu'ils interviendront moins dans le mode d'exécution. J'ai cru devoir insister sur cette séparation des attributions, parce qu'elles présentent des garanties que supprime trop souvent la confusion qui existe dans la direction des travaux.

J'espère que les communes tiendront à s'associer aux efforts du Gouvernement pour soulager les misères inséparables de la guerre, tout en assurant l'exécution des travaux utiles.

Vous ne perdrez pas de vue, cependant, monsieur le préfet, que la défense nationale est le suprême intérêt comme elle est le suprême devoir. C'est elle qui doit avoir la première place dans les préoccupations du pays, et, s'il arrivait que des communes, par leurs sacrifices pour le salut de la patrie, fussent dans l'impossibilité de pourvoir aux dépenses qui sont l'objet de la présente circulaire, ce sont celles-là surtout qui devraient compter sur les subventions du Gouvernement.

Recevez, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le membre du gouvernement de la défense nationale, ministre de l'intérieur et de la guerre,

Léon Gambetta.

Parle ministre,

Le secrétaire général, délégué au ministère de l'intérieur,

Jules Cazot.

Tours, 30 novembre. — Aux préfets et aux procureurs de la République. Vous êtes autorises à arrêter partout où vous le rencontrerez le maréchal Bazaine et les officiers de son état-major.

Tours, 30 novembre. — Aux préfets de la République. — Circulaire. — Je crois qu'il y aurait intérêt, à l'entrée d'une

campagne d'hiver, à distribuer aux gardes mobilisés autant que possible une capote au lieu de vareuse. Toutefois, ne le faites que si vous pouvez sans perdre de temps. S'il vous est impossible d'y arriver, il faudrait au moins distribuer à vos gardes mobilisés un tricot de laine et une ceinture de flanelle.

Tours, 30 novembre. — Aux préfets et sous-préfets. — Circulaire. — Je vous engage à apporter la plus grande réserve dans la publication des dépèches de guerre qui vous viennent d'autorités autres que le Ministère; souvent dans ces communications à la presse locale se trouvent des détails que nous croyons prudent d'élaguer pour la bonne réussite des opérations. Notre discrétion devient vaine quand les journaux les plus rapprochés des lignes ennemies font les révélations que nous évitons.

Dans les communications que vous faites au gouvernement, il est inutile de donner des détails sur les positions de nos troupes qui nous sont connues puisqu'elles résultent de nos ordres. Attachez-vous surtout à transmettre à la Guerre ce qui pourrait venir à votre connaissance des mouvements, des positions ou des forces de l'ennemi.

Tours, 1er décembre 1870, 8 heures du soir. — Intérieur à ]>rcfets, sous-préfets et généraux. — La délégation du gouvernement a reçu, aujourd'hui 1er décembre, la nouvelle d'une victoire remportée sous les murs de Paris pendant les journées des 28, 29 et 30 novembre. Cette nouvelle avait été apportée à Tours par le ballon le Jules Favre, descendu près de Belle-lsle-en-Mer. A quatre heures, M. Gambetta, membre du gouvernement, s'adressanl ;i la foule réunie dans la cour de la préfecture, a confirmé en ces termes la grande el heureuse nouvelle :

(Voir le texte de cette allocution, chap. III, p. 59-64.)

Tours, 2 décembre. — Au;r préfet* et sous-préfets. — Circulaire. — La qualité de maire ou d'adjoint ne constitue pas dans la pensée du gouvernement une exception à la règle générale qui impose la mobilisation. Je mus informé d'ailleurs que dans les communes administrées par des maires el adjoints sujets à. la mobilisation cette mesure

indispensable pour assurer la défense du pays rencontre une sérieuse opposition dans les populations. Beaucoup de gens disent : Quand le maire partira, nous partirons; .c'est là une objection qu'il importe de lever. Je voudrais avoir votre avis sur cette question qui est délicate puisqu'elle risque de désorganiser l'administration dans un certain nombre de communes. J'incline à penser qu'il y aurait lieu de trouver des maires non sujets à la mobilisation à seul fait de faire cesser ces réclamations souvent justifiées.

J'attends votre réponse. Faites-moi connaître aussi dans quelles dispositions vous aurez trouvé les maires à cet égard.

Tours, 2 décembre. — Aux préfets et sous-préfets. Circulaire. — Faites afficher dans toutes vos communes, sous votre signature, l'avis suivant :

(( Au moment où la défense nationale doit se livrer à un immense et suprême effort sur toute l'étendue du territoire, le gouvernement de la République invite les gardes nationaux sédentaires de toutes les communes appelés à. prendre part à des combats contre l'ennemi de quelque importance qu'ils soient, à se considérer comme soldats et à s'inspirer de tous les devoirs de la vie militaire. Le premier service que les gardes nationanx doivent rendre, c'est de se montrer prévoyants pour eux-mêmes. Ils ne devront quitter leurs foyers qu'avec leurs armes en bon état, leurs munitions soigneusement mises à l'abri, et pourvus de chaussures de route ou de chasse susceptibles de résister à de longues marches et d'un sac contenant des provisions et des vivres. Ceux de nos concitoyens qui voudraient faire de leur fortune ou de leur aisance un noble et patriotique usage penseront à leurs voisins plus pauvres en les aidant de leur bourse et de leurs conseils. Il s'établira ainsi entre tous les habitants d'une même commune une confraternité militaire qui contribuera puissamment à la bonne attitude des troupes, et les précautions qui n'auraient coûté à l'initiative individuelle aucun effort seront pour l'administration de l'intendance un concours et un soulagement précieux. »

MM. les préfets sont invités d'ailleurs à prendre toutes mesures dans le sens de l'avis plus haut et à rendre compte au ministre de l'intérieur et de la guerre.

CIRCULAIRE AL'X PRÉFETS

Tours, le 6 décembre 1870.

Monsieur le préfet,

En portant à votre connaissance le décret du 28 novembre dernier, qui ouvre un crédit de six millions destiné à procurer du travail aux ouvriers sans ouvrage, j'ai appelé votre attention sur la nécessité de consacrer à des travaux réellement utiles, les ressources créées par les communes et par les particuliers, ainsi que les subventions de l'État.

Je crois utile de vous adresser de nouvelles recommandations à ce sujet. Il est arrivé trop souvent, en effet, que les communes, uniquement préoccupées d'assurer des moyens d'existence aux ouvriers, n'ont pas recherché suffisamment les meilleurs résultats à obtenir dans l'intérêt général.

Le gouvernement de la Défense nationale, en associant dans sa pensée le désir de soulager les souffrances des classes nécessiteuses aux devoirs que lui impose le salut de la patrie, doit exiger que les sacrifices demandés au pays ne restent pas stériles.

Vous n'admettrez donc aucune des subventions sans que la nature et le but des travaux soient bien nettement déterminés; vous devez aussi vous assurer de la possibilité de terminer, dans un délai assez rapproché, les ouvrages entrepris, afin d'éviter l'aspect déplorable de travaux inachevés, et, par suite, de dépenses non utilisées.

Tout en ayant égard à la situation particulière des communes, aux sacrifices consentis dans l'intérêt de la Défense nationale, aux sommes votées pour l'exécution des travaux, je n'admettrai d'autres demandes que celles qui se présenteront dans les conditions qui précèdent.

Mais il ne suffit pas que les travaux entrepris aient un caractère d'utilité incontestable : il faut également, ainsi que je vous l'ai déjà fait connaître, que la bonne exécution et l'économie de ces travaux soient garanties par la direction d'hommes spéciaux, h que, pour éviter <le> abus trop fréquents, les dépenses soienl constatées par une comptabilité rigoureusement exacte.

Bu ce qui concerne les chemins vicinaux, dont je vous

ai recommandé le choix pour l'établissement des ateliers, une instruction générale, approfondie par une commission composée d'hommes compétents, vous a été adressée il y a trois mois. Elle renferme toutes les indications nécessaires pour l'établissement d'une comptabilité régulière, et ses prescriptions devront être appliquées à partir du 1er jan- 1871. Vous voudrez bien donner avis de cette décision à l'agent voyer en chef de votre département, pour qu'il prenne, dès à présent, les dispositions nécessaires.

C'est au moment où le salut du pays réclame le concours de tous les efforts, de toutes les ressources, qu'il importe d'exiger des garanties dont l'absence a trop souvent favorisé, sinon la dilapidation, du moins le mauvais emploi des sommes demandées aux populations.

Les sacrifices consentis par les communes dans l'intérêt de la défense nationale ont nécessairement restreint les ressources consacrées à leurs travaux particuliers. Ce n'est qu'avec une stricte économie, qu'à l'aide d'un ordre rigoureux, qu'elles pourront rétablir l'équilibre de leur budget.

Une comptabilité régulière, tenue d'après des bases bien déterminées, est la condition essentielle pour y parvenir. Faites-le comprendre à tous les citoyens chargés de diriger, de surveiller et de contrôler les dépenses communales ou départementales.

Vous voudrez bien m'accuser réception de la présente circulaire.

Recevez, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération très distinguée.

Pour le ministre de l'intérieur :

Le secrétaire général délégué au ministère de Vintèrieur,

Jules Cazot.

Tours, 6 décembre. — Aux préfets et sous-préfets. — Circulaire, — Je suis informé que les bruits les plus alarmants sont répandus sur la situation de l'armée de la Loire.

Démentez hardiment toutes ces mauvaises nouvelles, colportées par la malveillance dans le but de provoquer le découragement, la démoralisation. Vous serez strictement dans le vrai en affirmant que notre armée est dans ce mo-

ment dans d'excellentes positions, que son matériel est intact et renforcé, qu'elle se dispose enfin à reprendre la lutte contre l'envahisseur.

Que chacun soit ferme et fort; que tous ensemble nous fassions un grand, un suprême effort, et la France sera sauvée.

Tours, 7 décembre. — Aux préfets. — Circulaire. — Le décret sur les camps doit être exécuté ;il importe au salut de la patrie que les citoyens appelés loin de leurs foyers à un service nécessaire mais pénible ne souffrent pas des intempéries de la saison; il faut donc que vos gardes nationaux mobilisés soient en état lors de leur départ. Pour arriver à ce résultat, stimulez l'activité de vos fournisseurs, faites appel au patriotisme et au travail de tous. Faites-moi savoir quand vos mobilisés seront en possession de leurs objets d'habillement, d'équipement et de campement. Il faut que j'aie une réponse exacte avant trois jours.

Tours, 7 décembre 1870, 12 h. 10 soir. — Circulaire intérieur aux préfets et aux généraux. — Le colonel Frappoli est autorisé à recruter par enrôlements' volontaires un corps d'étranger, qui prendra le nom de la légion de l'Étoile.

Prêtez-lui le concours et l'appui de votre administration.

Tours, 8 décembre. — Aux préfets. — Circulaire. — La translation du siège du gouvernement de Tours à Bordeaux a été décidée aujourd'hui. Elle aura lieu dans la journée de demain. Continuez à adresser vos dépêches à Tours jusqu'à demain soir 0 décembre à minuit. Ne soyez pas inquiet de cette translation qui a uniquement pour but d'assurer la parfaite liberté des mouvements stratégiques des deux armées composées avec l'armée de la Loire.

La situation militaire, malgré l'évacuation d'Orléans, est bonne, et le général Chanzy depuis deux jours lutte avec succès contre Frédéric-Charles et le refoule. Nos ennemis jugent eux-mêmes leur situation critique, j'en ai la preuve. Patience et courage, nous nous tirerons d'affaire, ayei de l'énergie; réagissez contre les paniques, défiez-vous des l.m\ bruits, et «Toyez en la bonne étoile de la France.

M- collègues se rendent à Bordeaux, je pars demain

matin pour l'armée de la rive gauche de la Loire entre Meung et Beaugency.

Bordeaux, 11 décembre 1870, 10 h. — Guerre à préfet Calvados, à général commandant à Caen, à général Sol à Tours, à général commandant Alençon. — Sous aucun prétexte et à moins d'ordre formel, donné directement par M. le ministre Gambetta, les troupes dirigées à destination de Cherbourg, Carentan, ne doivent être ni arrêtées ni détournées.

Le gouvernement traduira en cour martiale toute personne, quel que soit son rang, qui entravera l'exécution de cet ordre. En ce qui vous concerne personnellement, faites toutes diligences pour rechercher toutes les troupes qui auraient pu être ainsi détournées et dirigez-les sans aucun délai sur Cherbourg.

Freycinet.

Bourges, 19 décembre. — A tous les préfets et sous-préfets. — Circulaire. — Depuis quelques jours les fausses nouvelles sont répandues avec une persistance et une malignité incroyables. Certains journaux, empressés à les reproduire ou à les commenter, semblent obéir à un mot d'ordre. Je ne saurais trop vous engager à tenir les populations en garde contre de pareilles manœuvres qui n'ont d'autre but que de dérouter l'opinion et d'énerver la fibre patriotique. Il faut que les départements imitent la confiance et la fermeté d'âme de Paris, que les messages prussiens introduits dans ses murs ne réussissent même pas à émouvoir. Le gouvernement de la République tient à honneur de ne rien cacher de la vérité. Tenez donc pour certain que les nouvelles de guerre qui ne vous sont point directement communiquées par nos bulletins quotidiens sont apocryphes. Lorsque nous gardons le silence c'est qu'il n'y a aucun fait accompli à signaler. Quant aux mouvements stratégiques, tout le monde comprendra la réserve que nous devons garder. Soyons patients, calmes et courageux. A Paris comme sur les rives de la Loire, la situation est bonne. Si l'œuvre de la résistance nationale n'est entravée par aucune défaillance, si tous les citoyens, au lieu de se laisser aller à des paniques inexplicables, savent élever leurs résolutions à la hauteur des circonstances, l'heure de la revanche sera prochaine.

Telle est notre inébranlable foi. Aidez-nous à la faire partager par les populations en réagissant contre les faux bruits qui, dans les circonstances actuelles, sont une véritable conspiration contre la patrie.

Bourges, 19 décembre 1870, 9 h. 6 soir. — Garnbetta aux préfets Charente, Haute-Savoie, Gironde, Maine-et-Loire, Puyde-Dôme, Ariège. — Circulaire. — Je vous donne l'ordre de faire rechercher activement dans toutes les communes les mobiles, soldats et officiers, qui, à la suite des derniers événements ont regagné leurs foyers sans être grièvement blessés, et de les diriger au besoin par les soins de la gendarmerie sur leurs corps respectifs.

Vous auriez soin, pour ceux des officiers qui n'auraient aucune blessure, de les déférer à la cour martiale.

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