L. Gambetta
Bourges, 20 décembre. — Aux préfets de la République — Circulaire. — Faites-moi savoir d'urgence quand les mobilisés seront absolument habillés, équipés, campés, complètement en état de partir dans de bonnes conditions sanitaires. Je tiens à ce qu'ils aient tous une couverture et, s'il est possible, une chaude capote, tout au moins un tricot de laine pour la remplacer. Ont-ils des havresacs, des grandes gamelles, grands bidons, grandes marmites, petits bidons, petites gamelles, tentes, etc. Ont-ils des souliers? Avisezmoi de ce qui leur manque et de ce que vous ne sauriez leur procurer. J'attends votre réponse d'urgent.
Bourges. — A tous les préfets et sous-préfets de la République. — Circulaire. — - Les informations que le Gouvernement vient de recevoir de Paris lui permettent de démentir delà manière la plus catégorique les bruits de désordre dans la rue et de répression violente dont certains journaux se sont faits les propagateurs.
Les seuls faits regrettables qui puissent être signalés Boni des infractions à la discipline militaire qui ne forment d'ailleurs qu'une infime exception parfaitement circonscrite, et qui ont entraîné la dissolution de deux bataillons de la garde nationale, celui des tirailleurs de Brllcville et celui des volontaires du 117e.
M. Flourens a été envoyé devant un conseil de guerre, à raison de faits auxquels la politique est étrangère, sous la prévention d'une usurpation d'insignes et de commandement militaires. Un certain nombre de volontaires de Belleville sont traduits devant la même juridiction, pour désertion en présence de l'ennemi.
Il ne s'est produit, ni à l'occasion de ces faits particuliers, ni en aucune autre circonstance, aucun symptôme de discorde civile; l'esprit d'union et de patriotisme n'a fait au contraire qu'aller en s'exaltant.
Bourges, 21 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire.
— La circulaire des finances aux trésoriers généraux de ne faire de paiement que sur crédits ouverts ne s'applique pas à la garde nationale mobilisée.
Les trésoriers en ont été avertis par le délégué des finances. Pour le reste, les préfets doivent se mettre en règle en faisant ouvrir les crédits nécessaires, sans cela le service des finances devient impossible. Pour plus amples renseignements, je vous télégraphierai demain.
Bourges, 21 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire.
— M. Gambetta, ministre de l'intérieur et de la guerre, poursuivant la tâche qu'il s'est donnée de se rendre compte par lui-même de l'état de nos forces militaires, a quitté Bourges pour se rendre à l'armée de Lyon.
21 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire. — Une dépêche du préfet du Rhône vient d'informer le Gouvernement qu'un épouvantable forfait a été commis hier à Lyon. Un des chefs de bataillon de la garde nationale de la Croix- Rousse, républicain éprouvé, a été saisi sous un prétexte futile, et fusillé par une bande de misérables, probablement stipendiés par les ennemis de la République et de la France ; l'exécution a eu lieu après un simulacre de jugement, ce qui ajoute, si c'est possible, à l'odieux du crime.
La dépêche du préfet qui apporte les détails disait :
« Lyon est consterné et indigné, mais tranquille; l'ordre ne sera plus troublé. »
A la réception de la dépêche, M. les garde des sceaux, ministre de la justice, a donné l'ordre de poursuivre éner-
giquement les coupables; de son côté, M. le ministre de l'intérieur et de la guerre télégraphie de Lyon à ses collègues du Gouvernement :
a Le crime commis hier a indigné la population, on recherche activement les assassins pour que justice exemplaire et expiatoire se fasse. »
22 décembre. — A tous les préfets et sous-préfets. — Circulaire. — Les circulaires de l'intérieur et de la justice sur l'événement de Lyon sont confidentielles, et destinées à vous éclairer sur ce déplorable incident.
C'est là un événementaccidentel et qu'il ne faut pas grossir. C'est pour éviter le grossissement et le parti qu'en pourraient tirer les ennemis de la République que je vous ai télégraphié. Ne faites donc pas afficher les dépêches partout où elles ne l'auront pas été.
22 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire. — II ne s'agit pas le moins du monde de supprimer vos crédits, mais de les régulariser, sans quoi vous devez comprendre que le service des finances devient impossible. Donc, demandez-nous par dépêches les ouvertures et les régularisations dont vous avez besoin. Les affaires militaires ne doivent pas rester et ne resteront pas en souffrance.
Lyox, 22 décembre 1870, 4 h. 30 soir. — ■ Intérieur à préfets Angers, Maine-et-Loire, et le Mans, Sarthc. — Je reçois une dépêche de M. Raoul de Boisdeffre, capitaine d'état-major envoyé de Paris en ballon près du général Cbanzy. Il est porteur de six pigeons. Veuillez lui faire porter ses pigeons à Poitiers, où se trouvent tous ceux de l'administration télégraphique. Cette condition est absolue, etje renouvelle à cet égard toutes les prescriptions antérieures.
Après ce voyage, M. de Boisdretfre pourra se rendre au Mans, auprès du général Cbanzy; mais dites-lui que je le mande auprès de moi et faites-le venir le plus tôt possible.
I» Mihi.vrx. 22 décembre 1N70, 8 h. soir. — Intérieur " préfets. Circulaire. — Après avoir pris l'avis des préfets, le Gouvernement, confirmant ses instructions des 15 et 80 OC-
tobre, maintient à l'égard des maires et présidents de commissions municipales l'exemption de service de la garde nationale mobilisée. Quant aux adjoints, la circulaire du 15 demeure seule applicable. Ils sont soumis à la mobilisation, à moins qu'ils ne remplissent par intérim les fonctions vacantes de maire.
Le secrétaire général,
Cazot.
23 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire. — Envoyezmoi exactement, et par dépêche télégraphique, le nombre des mobilisés que vous pouvez mettre immédiatementen marche, en bon état d'habillement, d'équipement et de campement.
Bordeaux, 23 décembre 1870, 2 h. 50 soir. — Délégué Guerre à De Serres, Autun ; Bourbaki, Nevers ; Gambetta, Lyon. — L'ensemble des dépêches que je reçois et que je collationne sur la carte, me confirme que la concentration des Prussiens s'effectue plutôt à l'ouest d'Auxerre qu'à l'est; il semblerait même y avoir une tendance à renforcer les environs de Montargis, comme si l'ennemi croyait à la marche d'abord projetée sur cette direction. On en peut induire, avec une grande probabilité, que les mouvements en cours de la part de nos forces, ne rencontreront pas d'autres obstacles que ceux qui existent actuellement, mais à la condition qu'on ne perdra pas de temps.
Freycinet.
28 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire. — Donnez à vos artilleurs de la mobilisée le même uniforme qu'aux gardes; vous ajouterez : 1° la double bande rouge au pantalon*^0 le cuir au pantalon. Faites adjudication d'urgence.
28 décembre. — A tous les préfets. — Circulaire. — Il faut que vos gardes nationaux mobilisés soient en parfait état d'habillement, équipement, campement, sans retard. Pour arriver à ce résultat à jour fixé, et que vous m'indiquerez, employez tous elforts.
30 décembre. — Circulaire. — Répondez nettement aux questions suivantes : Quel est l'effectif de vos mobilisés?
Quel est l'état de leur habillement, équipement, campement; est-il suffisant, mais chaud? Sont-ils concentrés au chef-lieu du département? Sont-ils exercés; quel est le degré de leur instruction militaire? Quel est votre avis sur le cadre d'officiers et de sous-officiers? Vous devez répondre à ces diverses questions sans aucun retard et par dépêche télégraphique, et hâtez à jour fixé les concentrations où vous ne les avez pas encore ordonnées; je vous demande ces renseignements et vous rends responsable de leur exactitude, vu l'urgence des opérations.
31 décembre. — A tous les préfets et sous-préfets. — Circulaire.— Un officier adresse à la guerre le télégramme suivant :
« J'ai voyagé hier avec Ducoux, ancien préfet de police, ancien représentant du peuple, sorti en ballon. Les attaques des Prussiens à Avron ont été glorieusement repoussées. Carnage de Prussiens, 7 à 8,000 tués. Le même soir les mobiles donnaient un concert au profit des pauvres. Paris est magique, régénéré, antique. Si quelqu'un osait y parler de capitulation, il serait fusillé sur place. Paris peut tenir largement fin février. »
Du Nord le général Faidherbe télégraphie qu'il a commencé ses opérations et qu'il a parcouru le pays autour d'Arras sans rencontrer de troupes ennemies.
4 janvier. — - A tous les préfets. — Circulaire. — Pressez l'instruction de vos mobilisés, préparez-les à faire école de tir, montage, démontage, entretien des armes. Hâtez école de peloton. Recevrez ordres détaillés. Veillez à vêtements chauds.
9 janvier. — A tous les préfets. — Circulaire. — Je vous demande de m'établir par dépêche télégraphique et à raison de la nécessité d'approvisionner de munitions conformes les mobilisés déjà en route, un tableau en deux sections comprenant : 1° la nature des fusils dont étaient armés les mobilisés déjà partis; 2° la nature des fusils dont sont armés les mobilisés actuellement et ultérieurement disponibles.
Bordeaux, o janvier 1871, 10 h. 30 soir. — Intérieur à préfets. Circulaire. Chiffrée. — Ne vous hâtez pas de pré-
parer vos propositions pour la formation des commissions départementales. D'autres intérêts appellent vos soins, et il sera temps de vous en occuper si de nouveaux sacrifices doivent être demandés aux départements.
Jules Cazot.
Bordeaux, 10 janvier 1871, 7 h. 45 soir. — Intérieur et Guerre à préfets, sous-préfets, généraux, intendants et inspecteurs du télégraphe. — Circulaire. — Je rappelle à tous les fonctionnaires que la franchise télégraphique ne peut et ne doit être requise que pour les dépêches traitant exclusivement des questions de service public.
Tout ce qui, dans les télégrammes, a trait à des intérêts privés (de famille, d'affaires commerciales, industrielles ou autres) doit être rigoureusement soumis à la taxe par les soins des agents du télégraphe.
Gambetta.
1 1 janvier. — A tous les préfets. — Circulaire. — Par ordre du Gouvernement, veuillez dresser une liste des fonctionnaires des finances qui se sont gravement compromis sous le gouvernement déchu et dont vous jugez que le remplacement immédiat est indispensable. Vous nous ferez parvenir cette liste au plus tôt. Mêmes recommandations pour les fonctionnaires de l'instruction publique.
13 janvier. — A tous les préfets. — Circulaire. — Faitesmoi savoir d'urgence par dépêche s'il vous serait possible, avec vos ressources locales, de fournir aux gardes nationaux mobilisés du premier ban des hommes mariés l'habillement, l'équipement et le campement nécessaires. Ces fournitures devraient être faites dans le délai d'un mois aux prix réglementaires. Vous donneriez à nos gardes nationaux mobilisés la tenue uniforme de l'infanterie; toutefois, à défaut de draps garance et gris de fer bleuté, vous accepterez des draps bleu noir, gris foncé et marengo. Faites-moi savoir si la matière première seule vous manque, l'État vous la fournirait et vous la confectionneriez. Ces renseignements seront donnés sous votre responsabilité.
13 janvier. — A tous les préfets. — Circulaire chiffrée et confidentielle. — Conformément aux instructions que vous
venez de recevoir de M. le ministre de l'instruction publique de Paris, vous êtes autorisé à faire au point de vue politique républicain dans le personnel des instituteurs, tous les changements que vous jugerez utiles. Pour les inspecteurs et recteurs, vous voudrez bien nous en référer, en nous envoyant des rapports, avec pièces à l'appui, s'il y a lieu. Ceci est absolument confidentiel et doit rester tel entre vous et le ministre de l'intérieur.
13 janvier. — A tous les préfets et sous-préfets. — Je vous adresse la protestation solennelle contre le bombardement de Paris, signée par tous les membres du gouvernement de la Défense nationale. Je vous invite à la faire afficher à triple exemplaire, dans chaque commune de votre département et à la faire publier dimanche à l'issue des offices, à son de caisse avec tout l'appareil désirable. Vous pouvez la faire précéder et suivre de telle proclamation que vous jugerez convenable. Vous me rendrez compte de l'effet produit.
Bordeaux, 14 janvier 1871, 3 h. 50 soir. — Intérieur à préfets Nord, Lille; Pas-de-Calais, Arras; Seine-Inférieure, Rouen. — Le baron de Malortie, sujet hanovrien, expulsé du territoire de la République, s'est embarqué le 2 janvier a Saint-Malo pour se rendre en Angleterre.
Je vous transmets son signalement, pour le cas ou il chercherait à rentrer en France en se servant d'un passeport sous un autre nom que le sien, peut-être sous le nom d'Hofmann : 36 ans, taille lm.90, cheveux blonds, longs, partagés au milieu de la tête, sourcils blonds, front étroit, yeux gris, nez moyen, bouche moyenne, barbe blonde et longue, visage ovale, teint clair.
Hvnc.
Bordeaux, 14 janvier, 6 h. 30 soir. — A tous les préfets. — Circulaire. — Le ministre de l'intérieur et de la guerre a décidé qu'il ne serait plus formé de compagnies de francstireurs à compter de ce jour. Vous voudrez donc me faire connaître de suit»- l'étal des corps en formation dans votre département dont la constitution serait assez avancée pour
qu'ils puissent être remis dans un délai très prorhain a
l'autorité militaire. La formation de tous les autres corps devra être suspendue et les quelques volontaires qui en font déjà partie seront ou licenciés ou versés dans l'armée active ou l'armée auxiliaire.