‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 151 sur 208 · Combat du 18 décembre · texte numérisé non relu

Combat du 18 décembre

Lyon, 2o décembre 1870. — A préfet, à Beaune. — J'apprends que dans le cours du déplorable malentendu entre les diverses autorités qui ont suivi l'affaire de Nuits, un aumônier des hospices de Beaune, mû par des sentiments apparents de pitié, s'est interposé dans l'exécution d'un arrêt de la cour martiale. Il a fait échec à l'autorité du général Cremer qui ne devrait jamais rencontrer d'obstacles dans ces matières. Faites une enquête sévère et impartiale sur cette affaire, afin que je puisse statuer, et évitez, je vous prie, par le concours que vous prêterez à l'autorité militaire, que de pareilles scènes se renouvellent.

Bordeaux, 29 décembre. — A préfet. — L'évacuation de Dijon1 vous indique votre devoir et je suis sûr que cette dépêche vous trouvera à votre poste où vous nous rendrez de nouveau de signalés services. L'évacuation peut être considérée comme définitive. Les Prussiens ont fui dans un désordre extrême et il n'est pas à croire qu'ils reviennent jamais sur leurs pas. Il faut donc vous occuper à mettre tout dans la Côte-d'Or dans l'état des départements les plus avancés tels que le Rhône, la Gironde et quelques autres. Je sais qu'une partie de vos mobilisés se trouve actuellement en Afrique. Je sais aussi qu'ils manquent de vêtements d'hiver. Je suis disposé à vous prêter tout mon concours. Adressez-moi un état exact du nombre des hommes qui sont en Afrique et de ceux qui sont à Lyon. Ces derniers sont encore peu nombreux, je m'en suis informé pendant mon .séjour. Il doit y avoir de nombreuses omissions, peutôtre même des réfractaires. Je sais que certaines exceptions oui été remarquées par vos mobilisés à Lyon. Je vous prie de voua occuper <le toutes ces questions sans retard. Pour l'équipement, l'habillement, faites-moi savoir quels crédits devronl vous être ouverts. Enfin conduisez-vous comme si L'occupation n'avait jamais eu lieu, comme si vous étiez en retard et que vous eussiez à cœur de rattraper le temps perdu. Faites pour le mieux. J'attends prompte réponse.

2 janvier 1871. — A préfet* Le ministre de la guerre envoie à Dijon 2,200 mobilisés de l'Ain, t),(J00 de l'Isère,

1. Par l'armée allemande, à la suite de la concentration des troupes du général Cremer à Chalon et à Chagoy.

6,000 de la Haute-Savoie. Je compte sur votre patriotisme pour bien recevoir ces jeunes troupes. Vous ferez tous vos efforts pour faciliter leur logement et leurs exercices militaires.

19 janvier 1871. — • Au préfet. — Recevez mes plus sincères félicitations pour vos eiforts. Vous comprenez que le département de la Côte-d'Or a sa part à prendre dans l'œuvre de la revanche nationale. Je ferai tout pour vous aider dans votre tâche. Vos gardes nationaux mobilisés évacués du département sont en Algérie, à Lyon, à Nevers et à Châteauroux, après avoir passé le temps des premiers exercices au camp de Toulouse, Je transmets vos dépêches à l'armement, il nous répondra; si des équipements vous sont nécessaires, dites-le, je vous les enverrai; qu'ils soient sans retard des soldats prêts à faire leur devoir. Je compte sur vous, comme vous pouvez compter sur moi.

26 janvier 7871. — A M. Spuller, préfet Eaute-Marne et inspecteur des camps. — Je reçois votre dépêche à mon retour de Lille et de Laval. Les changements à introduire dans les commandements de la première armée viennent d'être faits. Ils sont conformes aux indications que vous aviez données. Vous pouvez annoncer que Bourbaki est remplacé par Clinchant1. L'armée de Garibaldi a été considérablement renforcée, elle le sera encore pour ce qui vous regarde personnellement. Je crois qu'il y a utilité à ce que vous alliez à Langres et aux environs et à ce que vous y demeuriez aussi longtemps que vous le pourrez. Il se peut que Langres soit de nouveau investi et dans ce cas je vous prierai de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher que les difficultés financières et administratives et autres qui ont surgi pendant le premier investissement ne reparaissent de nouveau. Je vous invite (de nouveau) aussi à étudier la question du changement du sous-préfet Guiguet. Il me paraît difficile de conserver un fonctionnaire qui a donné lieu à des plaintes venues de divers côtés. Je vous invite à m'écrire prochainement sur cette question. Il sera aussi très bon que, indépendamment de votre excursion à Dijon, vous visitiez les cantons non envahis afin

1. A la suite de la tentative de suicide du général Bourbaki.

qu'ils voient que le gouvernement central ne les oublie point. Ayez toujours soin de me faire savoir jour par jour où vous êtes. Ménagez votre santé. Ici nous sommes très fatigués, mais très bien portants. Je vous remercie de votre lettre datée du 23 de Dijon et je vous prie de m'en écrire souvent de semblables.

Léon Gambetta.

2 février 1871. — A préfet de la Côte-d'Or, à Bcaune. — Je pense maintenant que votre devoir est de vous occuper avec la plus grande activité des élections, autant que vous le pourrez dans un pays aussi malheureusement envahi. Rentrez donc à Dijon, si vous en trouvez le moyen; demeurez au contraire à Beaune si cela vous convient mieux. Mais assurez l'exécution des décrets de la délégation de Bordeaux. Faites préparer les listes électorales, donnez aux maires des communes les instructions nécessaires, et prenez toutes les mesures qui assureront le vote le plus complet et le plus éclairé. Je vous prie de m'écrire à ce sujet par le télégraphe. Envoyez à Spuller, préfet, aujourd'hui à Màcon, la dépêche de son frère en le priant d'y répondre.

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