‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 193 sur 208 · Dépêche du même jour, 8 h. matin · texte numérisé non relu

Dépêche du même jour, 8 h. matin

20 octobre 1870. — A préfet. — J'ai déjà demandé renseignements sur général Alexandre. Je les attends pour statuer. Envoyez-les de suite.

20 octobre 1870. — A préfet. — Relativement aux buit millions nécessaires, la combinaison a été approuvée en principe parle Gouvernement1. Le comité délibère sur voies et moyens.

21 octobre 1870. — A préfet. — Non seulement vous êtes autorisé à appliquer en cas de besoin la loi martiale, mais j'appelle toute votre attention sur les manquements à la discipline surtout de la part des chefs. Soyez d'une sévérité exemplaire 2.

21 octobre 1870. — A préfet. — Mon cher ami, croyez bien que je suis au regret de vous refuser le matériel extraordinairement nombreux que vous me demandez. Je vous refuse parce que je ne puis faire autrement. Quand je vous prie de m'envoyer un état, cela veut dire que je vous prie de vous entourer d'officiers d'artillerie etde génie qui vous aideront à réduire, sans trop nuire à la défense, le chiffre de vos demandes et a indiquer la qualité et le numéro des pièces qui me sont indispensables à connaître. Je vois avec peine que la situation si difficile où vous êtes vous fait perdre de vue la situation si difficile où je suis. Demeurons ensemble jusqu'au bout. Je ne puis pas plus vous relever que me démettre, et quand je pense à mes embarras, je n'oublie pas les vôtres, croyez-le bien3.

22 octobre 1870. — A préfet. — Je vous avais demandé renseignements sur général Alexandre. Je ne les ai point reçus. Néanmoins la nomination ayant été faite parvoas, je l'ai ratifiée el j'ai donné aux délégués de la garde nationale

1. M. Challemel-Lacour avait télégraphié que les approvisionnements de Lyon en céréales, bétails, combustibles, etc., coûteraient! millions, d'après évaluation de commission municipale.

2. Kn réponse à cette dépêche : « Je demande L'autorisation d'appliquer, en caa de besoin, la loi martiale. L'indiscipline est dans les mobiles et jusque dans les chefs. Il faul les dompter. Qm'Wpn-s rinlfs exemple suffiront. *

3. Kn réponse a la dépêche <lu tï> qui se terminait ainsi : « Je vous demande L'indispensable et le possible. Si voua ce croyez pas pouvoir l'accord-T. qu'on m'envoie un successeur. »

qui sont venus ici avec une Jettre de vous, la mission de vous porter le décret qui nomme le général Alexandre. J'ai eu l'occasion de voir aussi des délégués du conseil municipal de Lyon qui m'ont exposé diverses demandes que j'ai écoutées et dont j'ai pris note. Ces délégués m'ayant prié de leur donner un écrit constatant qu'ils m'avaient entretenu de la mission qui leur avait été confiée, je leur ai remis une lettre que vous recevrez par la poste en copie et dans laquelle je me suis appliqué à réserver tous vos droits de représentant du gouvernement central. Je juge par tous ces incidents que votre situation est fort difficile, et je crois utile de vous répéter ce que je vous ai dit hier: à savoir que nous sommes tous deux en parfaite confiance, que tout ce que vous ferez pour maintenir votre autorité aura mon approbation, et qu'enfin je suis décidé à vous soutenir avec la plus grande énergie. De grâce, ne me tourmentez pas outre mesure. J'ai donné des ordres pour l'armement de Lyon et la délivrance des bons du Trésor. Toutes mes mesures sont prises pour assurer la défense de Lyon, mais n'y mettons ni précipitation ni excès. Encore une fois, soutenons-nous mutuellement et tout ira bien. Si je puis vous aller voir, je n'y manquerai pas, mais cela est difficile.

22 octobre 1870. — A préfet. — Votre question des approvisionnements est résolue. J'ai fait expédier aujourd'hui même par M. Crémieux et le comité des finances l'ordre nécessaire pour l'avance en bons du Trésor que vous avez réclamée. Pour ce qui est de l'assimilation des marchés passés par la ville aux marchés passés par l'État, adressezvous aux finances, section de l'enregistrement.

23 octobre 1870. — A 'préfet. — Baillehache est accrédité auprès de Garibaldi comme intendant de son corps d'armée. Les mandats doivent être ordonnancés par Garibaldi personnellement, qui jouit aussi du droit de réquisition personnelle. Quand Garibaldi aura signé, vous pourrez payer, mais non autrement.

23 octobre 1870. — A préfet. — Ce n'est point pour désarmer Lyon qu'on vous a pris des batteries de 4 qui ne peuvent vous servir à rien puisqu'on vous a envoyé trente canons de marine. On ne se bornera pas à cet envoi. J'ai

obtenu ce soir de l'amiral ministre qu'en fait de canons on vous donnera tout le nécessaire jusqu'à 100 à 150 pièces. Calmez donc vos inquiétudes. Vous prendre de l'artillerie de campagne, ce n'est pas vous désarmer. Seulement appliquezvous avec le génie à bien disposer des pièces que je vous ai envoyées. Armez vos forts, mais non point vos ouvrages extérieurs qui ne pourraient pas supporter les pièces de marine de trop gros calibre. Je vous le répète : Nous ferons ensemble pour Lyon ce que l'on a fait pour Paris. Le comité de défense de votre ville demande s'il peut fabriquer des cartouches pour cbassepots. Je lui réponds par votre intermédiaire que je vous ferai donner des chassepots dans la mesure du possible, mais qu'il est toujours bon de fabriquer des cartouches.

1er novembre. — A préfet. — Je lis toutes vos dépêches et je fais tout pour satisfaire à vos demandes. Cependant, je ne puis déférer à tous vos désirs. Ainsi, vous demande/ que l'on fasse revenir de Besançon l'armée de l'Est pour la jeter devant Lyon. Cela est impossible La défense de Lyon ne peut avoir lieu exclusivement autour de ses murs. Elle doit avuir lieu en avant. Il y a un mouvement concentré avec Garibaldi de Besançon sur Gray auquel vous devriez vous associer <'n exécutant de votre côté, un mouvement militaire de Lyon sur Chalon. La Saune inondée favoriserait cette double opération qui est rationnelle et vraiment militaire. Cela ne vaut-il pas mieux que de penser exclusivement à la ville de Lyon? Songez donc un peu à la vallée de la Saône, si riche en bestiaux et déniées de toute nature. Mettez Lyon en étal de défense. A merveille ! Mais, de grâce. que nul autour de nous ne dérange nos opérations militai] •

3 novembre 1*70. — A préfet. — Kcmercie de votre énergie don! nous avons besoin plus que jamais1. Je ferai connaître a notre pauvre ami Cent les sentiments que vous exprimez pour lui.

1. Km réponse ;i cette dépêche: «Les affaires de Marseill ■ sont lamentables ; je ne me consolerai jamais d'avoir tenu le héros de cette orgie entre mes mains <■! de n'en avoir pas débarrassé la France. Puisse-tril revenir ici! Je mis résolu à frapper quiconque voudrai I imiter ftiarseille... » — Le" héros de <<tt<' orgie • est M. < lluseret.

4 novembre. — A 'préfet. — Impossible de transporter à Lyon l'atelier de cartouches chassepot de Valence, ce qui équivaudrait presque à une destruction. Lyon possède certainement les ressources nécessaires à la création rapide de l'outillage, seul élément transportable. Valence vous fournira renseignements, modèle et contremaître. Organisez en toute hâte. Ce n'est qu'à la dernière extrémité qu'il y aurait lieu, si vous n'étiez pas prêts, d'envoyer à Lyon l'outillage de Valence.

12 novembre 1870. — A préfet. — Reçu votre dépêche relative aux désordres de Villefranche. J'approuve votre énergique discipline1.

13 novembre 1870. — A préfet. — Si vous avez 900 garibaldiens dont vous ne sachiez que faire, que ne les dirigezvous sur le quartier général de Garibaldi à Autun, après avoir averti le général? Je m'occupe de régler la question de ses intendants. Votre avis personnel sur ce que vous savez de cette affaire ne me serait pas inutile. Je vous autoriserai volontiers à passer marché pour la fourniture de cartouches Remington dont vous me parlez, seulement je trouve les prix un peu élevés et je prends l'avis de Lecesne. Il m'est difficile de vous autoriser à conserver les deux officiers échappés de Metz 2. J'en ai besoin ici pour mes bataillons de l'armée de la Loire.

14 novembre 1870. — Apréfet. — M. de Latour3 n'a aucune espèce de mission. En septembre, il avait été chargé d'une mission par le général Trochu. 11 s'en est si mal acquitté qu'au mois d'octobre, à Tours, non seulement nous n'avons pas pu la lui confirmer, mais que nous avons dû la lui retirer. En conséquence, faites-le surveiller dans ses agissements et, s'il vous gêne, expulsez-le de Lyon. Pour coiu-

1. En réponse à cette dépêche : <* De grave désordres ont éclaté hier soir dans une compagnie de première légion de marche qui arrivait à Villefranche. Le premier bataillon, commandant Valentin, a pris les armes et ramené l'ordre. La cour martiale a siégé cette nuit. Trois mutins ont été fusillés ce matin devant la légion et devant 2,500 hommes envoyés de Lyon. »

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