PRONONCÉS A TOURS, A BORDEAUX ET A LILLE
Prononcé à Tours le 1er décembre 1870
Le ballon Jules Favre parti de Paris, le 30 novembre à \\ beures du soir avait atterri le lendemain matin à Helle- Isle-en-.Mer et apporté la nouvelle des batailles de la Maine, livrées les 28, '-!'•» H 30 novembre par le général Ducrot. A 4 beures de l'après-midi, M. Gambetta parut au balcon de la préfecture de Tours et prononça au milieu des acclamations le discours suivant :
Chers concitoyens,
Après soixante-douze jours d'un siège sans exemple dans L'histoire, tout entiers consacrés à préparer, organiser les forces delà délivrance, Paris vient de jeter hors de ses murs, pour rompre le cercle de fer qui l'étreint, une nombreuse et vaillante armée. Préparée avec prudence par des chefs consommés, que rien Q*0 pu ni émouvoir ni ébranler dans cette laborieuse
organisation de la victoire, cette armée a su attendre l'heure propice, et l'heure est venue.
Excités, encouragés par les fortifiantes nouvelles venues d'Orléans, les chefs du Gouvernement avaient résolu d'agir; et, tous d'accord, nous attendions depuis quelques jours, avec une sainte anxiété, le résultat de nos efforts combinés.
C'est le 29 novembre au matin que Paris s'est ébranlé. Une proclamation du général Trochu a appris à la capitale cette décision suprême; et, avant de marcher au combat, il a rejeté « la responsabilité du sang qui allait couler sur la tête de ce ministre et de ce roi dont la criminelle, ambition foule aux pieds la justice et la civilisation moderne ».
L'armée de sortie est commandée par le général Ducrot qui, avant de partir, a fait, à la manière antique, le serment solennel, devant la ville assiégée et devant la France anxieuse, de ne rentrer que « mort ou victorieux ». Je vous donne, dans leur laconisme, les nouvelles apportées par le ballon le Jules Favre, — un nom de bonne augure et cher à la France — tombé ce matin àBelle-Isle-en-Mer :
« Le 29, au matin, la sortie dirigée contre la ligne d'investissement a commencé sur la droite par Choisy, l'Hay et Chevilly. Dans la nuit du 29 au 30, la bataille a persisté sur ces divers points. Le général Ducrot, sur sa gauche, passe la Marne le 30 au matin; il occupe successivement Nély et Montmesly. Il prononce son mouvement sur sa gauche, passe la Marne et, adossé à la Marne, se met en bataille de Ghampigny à Bry. L'armée passe alors la Marne sur huit points. Elle couche sur ses positions, après avoir pris à l'ennemi deux pièces de canon. »
L'affaire a été rapportée à Paris par le général Trochu.
Ce rapport, où l'on fait l'éloge de tous, ne passe sous silence que la grande part du général Trochu à
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Faction : ainsi faisait Turenne. Il est constant qu'il a rétabli le combat sur plusieurs points, en entraînant l'infanterie par sa présence.
« Durant cette bataille, le périmètre de Paris était couvert par un feu formidable, l'artillerie fouillant toutes les positions de la ligne d'investissement, l'attaque de nos troupes a été soutenue, pendant toute l'action, par des canonnières lancées sur la Marne et sur la Seine. »
Le chemin de fer circulaire de M. Dorian, dont on ne saurait trop célébrer le génie militaire, a coopéré à l'action à l'aide de wagons blindés faisant feu sur l'ennemi.
« Cette même journée du 30, dans l'après-midi, a donné lieu à une pointe vigoureuse de l'amiral La Roncière, toujours dans la direction de l'Hay et Ghevilly.
« Il s'est avancé sur Longjumeau et a enlevé les positions d'Epinay, au delà de Longjumeau, positions retranchées des Prussiens, qui nous ont laissé de nombreux prisonniers et encore deux canons '. »
1. On lit, à ce sujet, dans les procès-verbaux de la commission d'enquête sur les actes du gouvernement de la Défense nationale :
M. i.i. comte DE R.BSSÉQUIBR. — M. Gmnbetta pourrait-il nous dire ce qu'il y ;i de vr;ii dans l'assertion suivante :
Où i «lu que, par suite d'une erreur grave, il avait confondu Épinay près Longjumeau avec Epinay prèa Saint-Denis, et que celte méprise avait eu pour conséquence des ordres regrettables donnes par lui aux généraux?
M. Gambetta. — Du tout: je ne suis pas fâché de trouver l'occasion de m'expliquer la-dessus. C'est une erreur absolument matérielle qui ;■ été commise, qui vient purement et simplement (W- la dépêche que noua avons reçue, mais qui n'a. je vous en donne ma parole, pesé en rien "sur nos déterminations. ("• même la première fois que j'entends dire qu'on ;i pu partir de cette donnée pour aboutir à un ordre quelconque.
.l'.ii. en effet, commis une erreur matérielle. Voici comment :
je recevais par ballon d<'< dépéchea sur les événementa accom
plis à Paria; aeulement ''11''- '-laient de deux genrea : ou bien
■ dea dépéchea sur la politique, qui étaient fort longues,
. ou bien c'étaient dea dépêches Havas, mais
i- l'administration, et très rapidement, et par COnsé juent
A l'heure où nous lisons la dépêche de Paris, une action générale doit être engagée sur toute la ligne.
« L'attaque du sud du 1er décembre doit être dirigée par le général Vinoy. »
D'aussi considérables résultats n'ont pu être achetés que par de glorieuses pertes : deux mille blessés; le général Renault, commandant le 2e corps, et le général La Charrière ont été blessés.
« Le général Ducrot s'est couvert de gloire, et a mérité la reconnaissance de la nation. »
Les pertes prussiennes sont très considérables.
Tous ces renseignements sont officiels, car ils sont adressés par le chef d'^état-major général, le général Schmitz.
Pour extraits conformes :
Léon Gambetta.
Le génie de la France, un moment voilé/réapparaît.
Grâce aux efforts du pays tout entier, la victoire
nous revient, et, comme pour nous faire oublier la
souvent fort mal composées. Le jour où Paris avait fait une tentative de sortie sur presque tout son périmètre...
M. le comte de Rességuier. — La sortie par les vallées de la Marne et de la Seine.
M. Gambetta. — ... Eh bien, le texte de la dépêche, arrivé à cet endroit était parfaitement confus : c'était un compte rendu fait en style télégraphique, et il était ainsi rédigé. On nous disait qu'on avait enlevé la Gare-aux-Bœufs. Chevilly, l'Hay, et puis, immédiatement après, sans changer de côté dans la dépêche, sans dire le moins du monde que c'était l'effort tenté par un autre corps du côté de Saint-Denis; on ajoutait qu'on avait enlevé Epinay, et on ne disait pas Epinay près Longjumeau, ni Epinay près Saint-Denis. Non; il n'y avait aucune espèce de désignation. Dételle sorte que nous avons étudié cette dépêche comme un logogriphe, et en nous servant de la carte. Nous nous sommes dit : « Mais enfin, s'ils ont eu ces succès, s'ils ont enlevé successivement la Gare-aux-Bœufs, l'Hay, Chevilly, Epinay, — remarquez que cela se suit dans la dépêche, — ma foi, c'est bien possible, après tout ! il n'y a que 8 kilomètres entre Epinay et Longjumeau; ils sont arrivés près de Longjumeau! »
Nous avons discuté la question, parce que nous avons dit : « Il y a deux Epinay : il y a Epinay-Saint-Denis ; mais si c'était
longue série de nos infortunes, elle nous favorise sur presque tous les points. En effet, notre armée de la Loire a déconcerté, depuis trois semaines, tous les plans des Prussiens et repoussé toutes leurs attaques. Leur tactique a été impuissante sur la solidité de nos troupes, à l'aile droite comme à l'aile gauche.
Étrépagny a été enlevé aux Prussiens, et Amiens évacué à la suite de la bataille de Paris.
Nos troupes d'Orléans sont vigoureusement lancées en avant. Nos deux grandes armées marchent à la rencontre l'une de l'autre. Dans leurs rangs, chaque officier, chaque soldat sait qu'il tient dans ses mains le sort même de la patrie; cela seul les rend indivisibles. Qui donc douterait désormais de l'issue finale de cette lutte gigantesque?
Les Prussiens peuvent mesurer aujourd'hui la différence entre un despote qui se bat pour satisfaire ses caprices, et un peuple armé qui ne veut pas périr. Ce sera l'éternel honneur de la République d'avoir rendu
Epin.i\ -Saint-Denis, on nous annoncerait ce qu'on a fait devant Saint-Denis, avant d'enlever Epinay. Or, on ne nous annonce rien. Et remarquez qu'Epinay se trouvait venir à la suite de cette énurnération sur la rive gauche de la Seine. Vous pourriez encore avoir, si M. Dalloz a conservé mon manuscrit, la transcription de la dépêche, et vous verriez qu'elle était raturée à deux reprises différentes. Mais enfin on m'a dit : « Evidemment, si c'était Epinay -Saint -Denis, la dépêche l'indiquerait. » Ainsi, nous avons commis, ou plutôt on nous a fait commettre, une erreur matérielle. Maïs cela n'a aucune espèce de conséquence au point de vue des ordres donnés.
M. le comte DE Resséouier. — Alors, le rendez-vous donne dans la forêt de Fontainebleau n'était pas la conséquence de cette erreur?
M. Ûambetta. — Du tout; car vous remarquerez que, lorsque nou< avons conçu le plan d'aller vers la forêt de Fontainebleau, c'était un moyen pour nous de sortir de la ligne d'Orléans, de ne resl r -mi tête de ponts adossés à la Loire et do faire une marche sur Paris par ce que, relativement, on peut appeler la haute Seine. Mais nous n'étions pas mus, dans cette détermination, par cette confusion d'Epinay-Saint-Denis avec Epinay Longjumeau. Personne n'y a pen-e.
(Déposition de M. ùambetta.)
à la France le sentiment d'elle-même; et, l'ayant trouvée abaissée, désarmée, trahie, occupée par l'étranger, de lui avoir ramené l'honneur, la discipline, les armes, la victoire.
L'envahisseur est maintenant sur la route où l'attend le feu de nos populations soulevées.
Voilà, citoyens, ce que peut une grande nation qui veut garder intacte la gloire de son passé , qui ne verse son sang et celui de l'ennemi que pour le triomphe du droit et de la justice dans le monde. La France et l'univers n'oublieront jamais que c'est Paris qui, le premier, a donné cet exemple, enseigné cette politique, et fondé ainsi la, suprématie morale en restant fidèle à l'héroïque esprit de la Révolution.
Vive Paris! vive la France! vive la République une et indivisible.