‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 38 sur 208 · Décrel du 20 octobre 1 s · texte numérisé non relu

Décrel du 20 octobre 1 s

•{. Dépêche publiée au Journal "//"■/<■/ <Ju 26 octobre 1870 avec des altérations.

Steenackers à général Trochu.

Tours, le 23 octobre 1870.

Que les Parisiens se défient de la vallée de Boagival et des bois qui l'entourent, jusqu'à Versailles. L'auteur des présents renseignements parle de visu. Il tremble que le récent combat de Garches, où l'ennemi a abandonné assez facilement la position, ne soit un piège pour vous y attirer, et que l'avertissement n'arrive trop tard.

A Versailles, à partir de la Butte-de-Picardie, vers l'ancien moulin à vent, l'ennemi a^construit des batteries couvertes, jusqu'à la hauteur de Vaucresson. Dans la plaine des Jardies, des retranchements, qui masquent de quatre-vingts à cent pièces de canon, battent sur Marnes jusqu'à l'hôpital Brézin et sur tout le champ de courses de la Marche.

Les bois dont la lisière demeure intacte du côté de Paris, sont sillonnés de tranchées, échelonnées sur les pentes, entre la route de Marnes et la plaine du champ de «ourses. On a laissé seulement çà et là quelques gros arbres derrière lesquels les officiers puissent s'abriter. Mais tout le reste du bois est coupé à trois pieds et demi du sol et barricadé.

Le château si bien nommé de Beauregard, la propriété de miss Howard, est transformé en une vaste forteresse, et les travaux se continuent à partir du Puits-d' Angle, non loin de la propriété du docteur Ricord, jusqu'à la Celle- Saint-Cloud.

Les murs du parc de Beauregard, encore tout neufs, — ils n'ont pas dix ans d'existence, — sont crénelés de doubles meurtrières, de manière à lancer un feu de deux rangs par un homme à genoux et un autre debout. Tous les. dix mètres, des trous ronds sont ménagés pour les canons de mitrailleuses. Il y a là six batteries, de six pièces chacune.

Le côté du mur qui, sur un développement de huit mètres environnait retour vers les Gressets,est garni de même. Et

— détail qui atteste de la prévoyance et un plan bien arrêté

— tous ces murs, quoique solides, sont doublés intérieurement de terre et de gabions.

Un peu au-dessous de cet endroit, vers la Celle-Saint-

Cloud, on a crénelé des écuries. Là encore se trouve une batterie qui enfile le coteau du Butard.

La Châtaigneraie de la Celle-Saint-Cloud a de plus des ouvrages d'une sérieuse importance.

Il existe un camp assez considérable et six batteries d'artillerie sur la place d'Armes de Versailles, au centre de l'éventail formé par les trois avenues du Château. D'autres batteries sont dans l'ancien étang desséché, entre la ferme du sieur Fenestre, au haut de Saint-Cyr, et le bois du Gland. Enfin, dans la plaine de Trappes, à moitié distance de Versailles à Rambouillet, se trouve un camp prussien, à la Verrière, en rapprochant du Mesnil-Saint-Denis.

Puissent tous ces détails donner au général Trochu l'idée d'aborder Versailles par Viroflay, Fosse-Repose et la Voirie, points où les préparatifs de défense de l'ennemi sont relativement faibles!

Gambetta vous accuse réception de votre lettre, venue par ballon, dans laquelle vous lui conseillez de mettre Bourbaki a la tête des troupes. Il a offert le commandement suprême à ce général, qui n'a pas voulu le prendre, mais qui a accepté le commandement des forces du Nord. En ce moment, il est à Lille pour opérer sur cette partie du territoire contre l'ennemi.

Vos conseils seront d'autant mieux suivis qu'ils sont déjà mis en pratique.

Tenez bon, et nous sauverons la France.

Salut fraternel.

Steenackers.

Gambetta à Jules Favre, à Paris.

Tours, le 24 octobre 1870.

Au moment où M. Thicrs se dispose à se rendre auprès de vous, il me paraît nécessaire de me recueillir ei de vous faire connaître mes vues sur la situation et sur les éventualités qui peuvenl en sortir. La situation est trop prave, nous touchons à un moment trop décisif, pour que je puisse cacher en aucune manière l'expression de me • opinions.

M. Thiers est rentré en France depuis quatre jours. Il a eu avec la délégation du gouvernement plusieurs entrevues prolongées durant lesquelles, outre l'exposé de sa mission diplomatique, il a exprimé devant nous ses impressions et ses désirs, tant au point de vue de la politique intérieure que des affaires étrangères. Tous les discours de M. Thiers peuvent se résumer en une seule phrase : il croit la France épuisée et impuissante à vaincre ; il veut la paix, et, redoutant la responsabilité qui doit incomber à ceux qui signeront cette paix, il cherche à provoquer la constitution d'une Assemblée qui se chargerait de l'assumer. Pour pousser les esprits à partager cette manière de voir, M. Thiers est enclin à exagérer d'une part l'insuffisance actuelle de nos forces militaires et, d'autre part, les prétendues exigences de l'opinion publique en faveur des élections1.

Sur le premier point, j'ai fourni à M. Thiers des renseignements positifs sur l'état et la position de nos troupes. Il a pu se convaincre que les hommes abondent et que les cadres se reforment. Ce qui nous manque cruellement, ce sont les généraux, et surtout un véritable homme de guerre , capable de remanier et d'employer toutes les forces dont nous pouvons disposer. Il a pu se convaincre qu'il existe réellement une armée de la Loire de 110,000 hommes, bien armés et bien équipés, sous le commandement d'un général ordinaire, mais ferme et vigilant, dont les efforts ont, jusqu'à ce jour, couvert efficacement Nevers, Bourges, Vierzon, Blois et Tours, qui semblaient livrés, après la déplorable conduite de La Motterouge à Orléans2. Nous avons de Belfort à

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