Cf. Rotiian, l'Allemagne et l'Italie, t. II, p
2. La conférence tenue à Salbris le 24 octobre et à laquelle assistaient les généraux d'Aurelles, Martin des Pallières, Pourcet et Borel, M. de Freycinet ec M. de Serres, avait adopté en principe le plan de la marche sur Paris par Orléans. Une seconde conférence eut lieu, le 26, au ministère de la guerre, sous la pré-
Besançon, le noyau d'une seconde armée dite armée de TEst, qui a malheureusement, après la prise de Strasbourg, abandonné les positions des Vosges avec une précipitation affligeante1, mais qui est en bonne voie de réorganisation depuis mon voyage à Besançon, et que l'on pourra porter à 80,000 dans trois semaines . L'Ouest vendéen est assez solidement gardé par un corps de 35,000 hommes, dont la droite est appuyée sur l'armée de la Loire. La région du Nord, couverte par de nombreuses places fortes, ne compte guère plus de 40,000 hommes dispersés dont le général Bourbaki a pris le commandement, qui lui a été donné après son refus du généralissimat. Enfin les dépôts sont presque partout encombré par la formation des 40s l3ataillons de la mobile el l'appel de la dernière classe. Je ne fais pas entrer dans cette énumération des corps francs, qui font tant de mal aux Prussiens et qui sont si redoutés d'eux, et qui, avec le commandement de Garibaldi dan< l'Est et de Kératry dans l'Ouest, constituent de sérieuses ressources. Telles sont les forces de ligne. Je ne compte pas les gardes nationales sédentaires et les corps mobilisés, dont l'emploi n'est encore que très partiel. Mais Paris tient; il tiendra encore longtemps, je le sais. Si nous gagnons un mois, nous serons en plein hiver et avec une armée de plus. Les
sidence de M. Gambetta, L'armée devait quitter ses pn«itions en ■ de Blois, Le 2r) nu matin. M. Gambetta calculait qu'elle arriv.T.i u à Orléans le 31 au soir OU le 1er novembre. Le 28. le mouvement fut contremandé à la suit" de La nouvelle de la capitulation de Metz, annoncée au général d'Aurelles par M. Thiers. i. Rapport du grand état-major prussien, 128 livraison, p. .301 . de la traduction fr • Le ministre Q-ambetta «'eut
i Besa içon le 18, pour activer 1rs préparatifs dans I" tour relever 1«^ moral abattu des troupes du général Cambriels. Ce dernier avait formellement décliné I injonction de marcher de nouveau vers les p
bien résolu à tenir sur I" Doubs, dans la forte p ec l"s troupes dont d disposail , el ■> me es Allemands. > (p, .
armes, dont l'acquisition avait été si difficile et si lente, commencent à arriver en grande quantité. Le désarmement des escadres nous donne un sérieux contingent de marins et d'artilleurs, et tous les jours nous augmentons notre matériel d'artillerie. Bien que critique, notre situation ne peut que s'améliorer, si nous ne commettons pas d'imprudences. Donc il faut durer. Nos ennemis ont contre eux l'écoulement du temps, ce qui explique suffisamment leurs nouvelles dispositions à l'armistice.
Sur le second point, avec tout le respect que je dois à mes collègues et à M. Thiers lui-même, je persiste dans mon opinion, à savoir que les élections ne sont réclamées que par une minorité dans le pays. A cet égard, je vous dois la description exacte des partis. Toutes les villes, petites ou grandes, sont passionnément républicaines et guerrières ; les campagnes sont inertes ou alarmées, bien qu'on remarque que la crainte de l'envahisseur ait sensiblement diminué dans les villages : les plus petites communes ont cessé d'obéir aux réquisitions, jusqu'alors exécutées, de quelques uhlans. Les partis orléaniste et légitimiste, qui ne sont, à proprement parler, que des états-majors tout remplis de candidats et d'adversaires de la suprématie si noblementjustifiée delà capitale, réclamentseuls, dans leurs journaux ou dans des discrets conciliabules, des élections générales. J'estime qu'ils les désirent surtout parce que Paris n'y peut prendre qu'une part insensible, et que toutes ces impatiences électorales seraient moins vives si Paris était ouvert. Ils colorent leurs réclamations de prétextes de désordre tirés de la situation de Marseille et de Lyon. Il est vrai que lorsque je suis arrivé, ces deux grands centres étaient en assez mauvaises relations avec le gouvernement central. Il s'était même formé des ligues de départements, dans le Sud et dans l'Est, jalouses de défendre avec la France ses institutions nouvelles, mais ayant des
prétentions au pouvoir exécutif. Je suis heureux de vous apprendre qu'il a suffi d'un peu de fermeté et de franchise pour mettre fin à ces dissensions. Les ligues sont dissoutes : Lyon, qui se prépare à se défendre, offre le môme spectacle que Paris à mon départ; Marseille a résisté un peu plus longtemps, mais aujourd'hui les autorités locales se sont soumises, ont rapporté leurs arrêtés illégaux, et tout est dans l'ordre; le reste du pays est parfaitement tranquille. Donc le prétexte tiré des troubles, inévitables à l'origine de tous les gouvernements, a disparu et ne saurait plus être invoqué que parles adversaires de la République. Mais il faut noter et retenir que le parti républicain, sauf deux ou trois individualités ultra-modérées, est unanime à regarder les élections comme une périlleuse diversion aux nécessités de la guerre.
Toutefois, il est juste de convenir que la constitution d'une Assemblée représentant librement et complètement la France, et siégeant à Paris, serait d'une véritable puissance sur l'opinion. C'est à ce point de vue seulement qu'il faut se placer pour juger la proposition d'armistice qui nous est faite. Si l'armistice, par sa durée et ses conditions, permet à la fuis le ravitaillement de toutes les places assiégées <4 la convocation de tous les électeurs, l'opinion démocratique pourra y souscrire, sous la réserve formelle d'exclure de l'éligibilité à l'Assemblée tous les anciens ministres de Napoléon III, depuis la fondation de l'Empire, les sénateurs, les conseillers d'Etat et tous ceux qui ont été candidats officiels depuis 1852. 11 faudrait une loi d'Etat qui déclarât nulle et de nul effet toute opération électorale portant sur un individu compris dans les catégories BUSÎndiquéeâ. I ne Semblable disposition est à la fois commandée par la justice et par la politique. Il est juste, en effet, que tous les complices et tous les complaisants du îc.uinie
qui a perdu la France soient frappés momentanément de la même déchéance que la dynastie dont ils ont été les coupables instruments. C'est là une sanction nécessaire de la révolution du 4 septembre. Il est politique aussi, alors que nous avons, depuis deux mois, tout sacrifié à l'intérêt suprême de la défense, de ne pas livrer notre œuvre aux mains de nos plus cruels ennemis et d'écarter de la première Assemblée de la République tous ceux qui, par leur passé même, sont intéressés à conspirer sa chute. J'ose affirmer que, sans ce correctif, les élections générales seront répudiées par le parti républicain, et je dois dire que, pour mon compte;je serais dans l'impossibilité de les admettre et d'y faire procéder.
J'ai exprimé toutes ces idées à M. Thiers, et il s'est engagé à s'en faire loyalement le rapporteur.
Ce que vous connaissez maintenant me permet de résumer brièvement les discussions qui ont eu lieu dans le sein du conseil.
Trois questions ont été mises en délibération.
Première question : M. Thiers doit-il être autorisé à rentrer à Paris? — Il y a eu sur ce point unanimité, avec la réserve que M. Thiers ne passerait point par le quartier général.
Deuxième question : Que penser de la proposition d'armistice? — Nous avons été d'avis que M. Thiers vous la transmît, en l'appuyant, à condition que l'armistice serait au moins de vingt-cinq jours, avec ravitaillement. Notre intérêt est trop évident pour insister.
Troisième question : Faut-il faire des élections? — Vous verrez, par le procès-verbal que vous remettra M. Thiers, que mes trois collègues ont été pour l'affirmative, tandis que je me suis prononcé pour la négative. Mes raisons sont exposées plus haut, et vous savez à présent à quelles conditions je considérerais ces élections comme favorables.
Je dois ajouter ici qu'en me prononçant pour la négative je n'ai pas cessé un moment de penser à l'opinion de Paris, si unanime à mon départ, et que les événements accomplis depuis lors n'ont dû que fortifier. En résumé, je pense que l'intervention de l'Europe tient uniquement à l'admiration et aussi à la crainte qu'inspire Paris assiégé et résistant. Je crois la Prusse beaucoup plus lasse de la guerre que ne le prétendent les partisans de la paix. Je ne veux rien exagérer, je redoute les illusions, mais je suis convaincu que Paris, après avoir déjà sauvé l'honneur, peut sauver encore et à la fois la République et la France. Pour atteindre ce double but, loin d'affaiblir l'esprit de résistance, il faut l'exciter encore, n'accepter la trêve qu'on nous propose que si elle est avantageuse au point de vue militaire et ne s'en servir au point de vue politique que si on est résolu à faire des élections vraiment républicaines qui soient tout ensemble le châtiment des anciennes candidatures officielles et l'affirmation de la grandeur et de l'intégrité de la patrie.
Je vous prie de faire tous vos efforts pour arriver à me faire connaître l'opinion du Gouvernement sur la présente dépêche.
Léon Gambetta.
Lettre remise par M . Gambetta à M. TJiiers à son départ de Paris.
Tours, le 25 octobre 1870.
Monsieur et ancien collègue,
J'ai l'honneur, sur votre demande, de vous donner copie de divers passages extraits d'une dépêche que j'ai adressée hier, 24 octobre, à mes collègues du gouvernement de la République, et relatifs à la proposition d'armistice faite simultanément à la Prusse
et à la France par l'Angleterre et les puissances neutres 1 :
« Ce que vous connaissez maintenant me permet de résumer brièvement les discussions qui ont eu lieu dans le sein du conseil.
« Trois questions principales ont été mises en délibération.
« Première question : M. Thiers doit-il être autorisé à rentrer à Paris? — Il y a eu sur ce point unanimité, avec la réserve que M. Thiers ne passerait point par le quartier général 2.
« Deuxième question : Que penser de la proposition d'armistice? — Nous avons été d'avis que M. Thiers vous la transmît, en l'appuyant, à condition que l'armistice serait au moins de vingt-cinq jours, avec ravitaillement. Notre intérêt est trop évident pour insister.
«Troisième question : Faut-il faire des élections? — Vous verrez, par le procès-verbal que vous remettra M. Thiers, que mes trois collègues ont été pour l'affirmative, tandis que je me suis prononcé pour la négative. Mes raisons sont exposées plus haut... »
Et dans un dernier paragraphe, qui résume la dépêche entière, on lit :
« ...11 faut n'accepter la trêve qu'on nous propose que si elle est avantageuse au point de vue militaire... »
Présent à nos délibérations, vous pourrez redire à mes collègues qu'aux conditions ci-dessus rappelées, je trouve l'armistice proposé très avantageux au point de vue militaire seulement, et c'est pour cette raison