Cf. Rapport Chaudordy, 21 novembre
Gambetta à général TrocJni, à Paris.
Tours, 23 novembre 1870.
En prévision d'une marche sur Paris, notre principal objectif1, nous avons concentré autour d'Orléans nos forces disponibles, 150 000 hommes environ. Nous espérions que des sorties ou des démonstrations de Paris empêcheraient l'ennemi de dégarnir sa ligne d'investissement pour venir nous attaquer. Mais il n'en a pas été ainsi. Votre inaction persistante a permis à l'ennemi de détacher dos forces importantes qui se sont jointes à l'armée de Frédéric-Charles, aujourd'hui tout entière devant nous. Voici notre situation : trois ou quatre corps ennemis évalués en totalité à 100 000 hommes se sont portés à la fois dans la direction d'Evreux, de Dreux, de Chartres et Châteaudun. Les troupes, peu nombreuses et peu aguerries, que nous avions dans cette région, ont été facilement culbutées, et l'ennemi continue sa marche en avant, qui a pour objectif probable de tourner notre armée de la Loire encore intacte, et menacée, dans Les directions de Chartres, d'Étampes et de Pithiviers par les 150 ou 180 000 hommes de Frédéric-Charles. La situation peut être très grave dans deux ou trois jours. Il faut que VOUS fassiez une diversion puissante au mouvement tournant, au moyen de fréquentes sorties dans la direction de Chartres et d'Etampes. Nous espérons, avec nos propres forées, être en état de résister avantageusement à Frédéric-Charles et môme de marcher en avant; mais il est indispensable, je le répète, que non- soyons défendus contre le mouvement tournant par la gauche '.
1. " .f" mu-; prie M" méditer un projet d'opération ayanl pour if Parie. » Lettre 'I'1 M. Qambi léral
. irellè, l'- '• ii"-> embre.
L'ennemi semblait chercher aveo Le duc <!<' Mecklembourg
Votre dépêche du 18, reçue hier, dit qu'il vous faut huit jours pour vous préparer. C'est trop. Hâtez-vous, ne perdez pas une minute.
Léon Gambetta.
Gambetta à Jules Favre, à Paris.
(Cette dépêche, envoyée par pigeons est arrivée à Paris le 29 novembre.)
Tours, le 26 novembre 1870.
Mes chers collègues,
Je vous ai transmis, par les pigeons voyageurs partis de Tours le 8 novembre, un décret rendu le 4, par la délégation, pour l'organisation d'un service de télégraphie privée par les pigeons. J'ajoutais à cet envoi l'arrêté d'exécution pris le même jour par le directeur général des télégraphes et des postes1.
Ces dispositions avaient été immédiatement publiées dans toute la France. Elles recevaient, dès le 8 novembre, leur première application, et depuis cette époque, il a été adressé à Paris autant de feuilles de dépêches privées que la direction générale a eu de messagers disponibles. Paris a reçu ces envois et peut apprécier ainsi le soin qu'a apporté le service des télégraphes et des postes de Tours, à donner satisfaction à ses légitimes intérêts. Ma communication du 8 ne vous est assurément point parvenue en temps utile, puisque vous avez cru nécessaire de rendre, à la date
une action commune qui devait aboutir au mouvement concentré sur le Mans et à une tentative pour tourner. l'armée de la Loire par la gauche.» (Freycinet, loc. cit., p. 109.) « Le 21,1e grand-duc de Mecklembourg-Schwerin était invité à se diriger le plus promptement possible par le Mans sur Tours, afin de déterminer l'armée de la Loire à faire des détachements dans cette direction. » (Etat-major prussien, 13e livraison, p. 425.)
1. Cf. Steenackers, les Télégraphes et les Postes pendant la guerre de 1870-187 1 , ch. iv.
du 10, un décret sur le môme objet. Ce décret a été transmis directement, par l'administration des postes de Paris, au directeur des postes du Puy-de-Dôme, avec des instructions générales à faire parvenir à tous les bureaux do France, et d'autres instructions particulières chargeant ce même fonctionnaire d'assurer à Clermont-Ferrand tous les détails d'organisation. En môme temps l'administration des postes envoyait à Glermont MM. Dagron et Fernique, porteurs d'un marché passé avec elle, et chargés, en vertu de ce marché, de tous les détails d'exécution.
Vous comprendrez sans peine, mes chers collègues, combien j'ai lieu d'être étonné que de semblables mesures aient pu ôtre prises par l'administration des postes de Paris, et des ordres directs ôtre adresses aux
ints des départements sans qu'il fût tenu aucun compte de l'autorité que la délégation exerce, en votre nom, sur eux. Je puis encore moins m'expliquer qu'on ait songé a organiser, dans une autre ville que Tours, un autre centre spécial d'administration, fonctionnant sans attaches avec la délégation du Gouvernement, et aliéner, au profit exclusif de ce nouveau centre, ces précieux moyens de correspondance qui ne font que trop souvent défaut.
Une pareille manière de procéder, si L'administration de Paris devait y persister, aurait certainement pour effet d'affaiblir l'autorité de la délégation de Tours et de rompre l'unité nécessaire de direction. Bu arrivant a Tours, j'ai cru devoir, pour fortifier cette direction, dans un intérêl pressant de défense national"', provoquer une décision qui réunît les télé-
iphes el le- postes en un seul service*, plaçai ce Bervice dan- le- main- de M. Steenackers, chez lequel je trouvais, outre les qualités de l'administrateur, l'énergie el l'action trop rares en ce moment. Cette décision vous a été notifiée, el la notification vous esl parvenue. La délégation n'avail poinl entendu
engager l'avenir, qui restait évidemment réservé, puisque l'on n'avait agi que dans un but de défense; mais elle avait droit, à mes yeux, à ne voir sa décision infirmée dans le présent par aucun acte contraire.
Le décret rendu à Paris, et surtout sa notification directe aux agents des départements, en ce moment placés sous une autorité qui tient son pouvoir de la délégation de Tours, ont certainement ce dernier caractère. Ces actes eussent présenté de graves inconvénients, alors même que le service des postes fût resté en province dans les conditions antérieures, puisqu'ils eussent, même dans ce cas, créé une situation difficile aux fonctionnaires chargés de représenter à Tours l'administration de Paris. Ils ont, dans les circon stances actuelles, un caractère particulier de gravité, en ce qu'ils tendent à opposer l'autorité de Paris à celle de Tours, et à jeter ainsi le personnel et le service dans un véritable désarroi.
Je ne doute pas, mes chers collègues, que mieux renseignés sur la portée de ces mesures, vous ne veniez à vous former à leur égard l'opinion même que je vous soumets. Le renouvellement de semblables contradictions pourrait nous créer ici des embarras sérieux. Je me suis efforcé d'écarter toute difficulté actuelle, et je crois y avoir réussi, en proposant à la délégation de Tours un nouveau décret qui, fondant ensemble les mesures prises par elle et les vôtres, charge la direction de Tours d'appliquer le système ainsi modifié, et fait droit à vos désirs, tout en maintenant à la délégation et à ses représentants l'autorité qui leur est nécessaire, pour l'accomplissement de leurs difficiles fonctions. Je vous transmets ci-joint ce décret, qui va recevoir une application immédiate, ainsi que le décret et l'arrêté antérieur, pour le cas où vous ne les auriez pas reçus.
Salut fraternel.
Léon Gambetta.
P.-S. — J'apprends à l'instant que M. de Saint-Valry est parti de Paris avec des pigeons à lui et qu'il refuse de les livrer à la direction générale des télégraphes et des postes1. Vous n'avez certainement pu autoriser un toi procédé qui prêterait aux plus graves abus. Les pigeons sont notre seul moyen de correspondance avec vous. En les laissant sortir de Paris entre les mains de gens qui en seraient maîtres, vous nous priveriez de nos communications si nécessaires, et vous v<ms exposeriez à recevoir des dépêches prussiennes et à favoriser de fausses nouvelles. Rappelez-vous, je vous en prie, que nous n'avons jamais assez de pigeons, et que si nous pouvions en envoyer chaque fois un grand nombre, il y aurait des chances certaines pour que vous en reçussiez chaque fois, fut-ce un seul. Il y a urgence à ce que vous vous empariez de tous les pigeons disponibles à Paris de manière qu'il n'en reste pas un seul à la disposition des particuliers. Aucune réquisition n'est plus nécessaire il jamais cette nécessité n'a été plus pressante qu'à la veille d'opérer des mouvements combinés.
11 faut, d'autre part, que tous les envois soient adressés à Tours, à M. Steenackers qui a la garde spéciale des piueons et en est responsable. Nememetl'/ pas dans la nécessité de faire arrêter et conduire de force à Tours les détenteurs, ce que je n'hésiterais pas à faire, pour assurer le salut de nos communications. Veillez aux départs. Le service des postes de Paris esi au moins coupable à cet égard d'unefgrande négligence. \e tenez, d'autre part, comme émanant de QOUS, que les dépêches portant, avec le numéro (l<- la série, le timbre de M. Steenackers.
Léon Gahbetta.
l. M. de SaintrValry, ancien directeur <1<' la Patrie, >•< lit sorti
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auerr I i telré Hollande). Eteeté ô Bruxelles, fil refuea de
Gambetta à Jules Favre, à Paris.
Tours, le 26 novembre 1870.
J'ai en mains trois dépêches, portant les numéros 20, 21 et 23, et les dates des 15, 16 et 17 novembre, et la première impression qu'elles me causent calme mes inquiétudes et diminue la crainte que j'avais de voir nos dissentiments s'accentuer. Il est clair, au contraire, que nous nous rapprochons. Je désire vivement que la dépêche que je vais écrire soit assez complète et assez persuasive pour vous renseigner sur tous les points, et en même temps pour établir entre nous deux une communion parfaite de vues, de sentiments et de conduite. C'est ce que, d'ailleurs, j'ai tâché de réaliser depuis mon arrivée à Tours, épuisant, par la voie des pigeons et des plus nombreux messagers, tous les moyens d'information et de communication possibles. J'ai la conscience, à ce point de vue, d'avoir pleinement tenu les engagements que j'avais pris.
Sur la situation militaire, je vais tout vous redire. Quant je suis arrivé en province, rien n'existait, ni en fusils, ni en cartouches, ni en hommes, ni en officiers, ni en matériel d'artillerie, ni en cavalerie, ainsi que le démontrent les tableaux que j'ai eu soin de faire dresser, en prenant les affaires, le 12 octobre, à 5 heures du soir. En quarante-sept jours, voici ce que j'ai fait : une armée de 100 000 hommes parfaitement organisée, très bien équipée, munie d'artillerie et de cavalerie comme n'en a jamais eu une armée de l'Empire, sévèrement disciplinée et commandée par
livrer les seize pigeons que M. Rampont l'avait autorisé à emporter. (Cf. Steenackers, loc.cit. p. 71.)
2 fi NOVEMBRE 1870. 117
des chefs suffisants, sur le caractère individuel desquels je vais m'expliquer, car je les ai tous choisis moi-même. Le général d'Aurelle de Paladines, qui appartient au cadre de réserve, est celui-là même qu'on avait été obligé de retirer de Marseille et qu'on avait relégué dans un commandement divisionnaire de l'Ouest. C'est à mon passage au Mans en venant de Paris, que je l'ai rencontré à la table du préfet, et que j'ai pu apprécier ses qualités très réelles de bon sens, d'honnêteté et de fermeté militaires. C'était le moment môme où les généraux de La Molterougc et de Polhès, venaient, par leur incapacité, de perdre Orléans. Arrivé à Tours, je révoque de La Motterouge; Polhès fut relevé également de son commandement, et je donnai au général d'Aurelle celui du 15e corps, qui était alors en formation pour l'armée de la Loire. Depuis, successivement, on lui a donné le commandement du 16e et du 17e corps, à la cohésion et à la discipline desquels il a fortement présidé; après la victoire d'Orléans, je lui ai donné le commandement en chef de l'armée de la Loin-, comprenant maintenant 55 000 hommes de L'ancienne armée de Cambricls, sous les ordres du général Crouzat1, et réunis depuis le 15 novembre à l'armée de la Loire. D'Aurelle nous a rendu les plus grands services par sa prudence et son exeellente tenue militaire, qui ont servi merveilleusement à donner de la force et de la cohésion à une armée composée de jeunes troupes, dont la plupart n'avaient jamais vu le feu. Ses principaux auxiliaires sont : le général Borel, qui est la forte tête «le L'armée et qui remplit auprès de d'Aurelle les fonctions de
1. Au général Cambriela avait succédé le général Michel oui ne commanda le 20e corps que pendant quelques jours <•( demanda ;i être remplacé. Le général Crouzat, récemment promu ,,ii grade de général de division a titra provisoire, fut appelé mandement.
chef d'état-major général ; le général Chanzy, que j'ai fait venir d'Afrique sur la recommandation du maréchal Mac-Mahon, officier dont l'ascendant sur les troupes, l'expérience militaire, l'esprit de décision sont les plus saillantes qualités ; le contre-amiral Jauréguiberry, à qui revient la gloire du combat de Goulmiers, qui est une véritable bataille, et dont il est impossible de louer assez la vigueur, la promptitude, et qui possède au plus haut degré l'art de commander les hommes ; le général Martin des Pallières, le plus brill&nt divisionnaire de l'armée, sorti de l'infanterie de marine, dont on n'a besoin que de modérer l'impétuosité, mais qui a su créer, par son activité, son courage et son moral admirables, la plus forte et la plus compacte division de l'armée. Les armes spéciales ont à leur tête des chefs du plus grand mérite, tous animés du meilleur esprit, tous pleins d'espoir; et enfin, pour diriger tous les services, l'intendant général Friant, dont il suffit de prononcer le nom. Je ne dirai jamais assez combien cette armée, qui, à mon arrivée ici, comptait àpeine 18 000 hommes sans unité et sans décision, et qui est aujourd'hui le boulevard de la résistance nationale, fait honneur au pays par son patriotisme et son ardent désir de relever l'honneur de la France. Elle se trouve flanquée à droite, de Gien à Nevers, par le 18e corps, dont l'organisation est absolument terminée et dont j'ai offert le commandement à Bourbaki, qui n'a point réussi dans le Nord, qui est aujourd'hui absolument découragé, et sur le compte duquel d'ailleurs j'aurai à revenir plus loin. Un colonel d'état-major du plus grand mérite, M. Billot, échappé de Metz, assiste le commandant en chef provisoire, qui est le général Abdelal. Bourges est gardé avec des forces suffisantes par le général Mazure, et est en très bon état de défense. Pour le moment, notre droite est très forte. Nous avons remonté dans le nord du Loiret, direction
de Pithiviers et de Montargis : il a suffi d'un brillant combat à Bellegarde pour obtenir l'évacuation de Montargis parles Prussiens1. Malheureusement, notre gauche est moins solide, faute de monde, à la suite d'événements militaires accomplis depuis six jours et dont je vais vous entretenir.
Nous avons repris Châteaudun, point extrême de l'aile gauche de l'armée de la Loire, occupé par une partie du 17e corps sous le commandement du général de Soriis qui y est encore. Les 13e et 1 ic corps, ou armée régionale de l'Ouest, placés sous le commandement du général Fiéreck, — dont il a fallu se débarrasser parce que, à force d'inertie, il avait tout compromis, — étaient chargés de couvrir le Perche et le Maine. Outre que Fiéreck n'avait su ni organiser ni discipliner ses troupes, il les avait disséminées sur une ligne trop étendue qui a été facilement brisée par m: ('(fort des Prussiens. Ses positions allaient de Gourville à quelques kilomètres de Chartres, à Dreux, Nnnancourt, Gonches, Pacy et Serquigny. Je vous épargne les détails de diverses affaires à la suile dosquelles, par le fait de l'incapacité (\<>> généraux Malherbe et Kersalaun, chargés de défendre Dreux et Evreux, L'Ouest ;i été complètement découvert2 ; seul, 1<' colonel Rousseau, chargé de protéger la ligne du Man- par Nogent-le-Rotrou et la Perte-Bernard, s'est bien conduil .
Malgré les longueurs, je dois tout vous expliquer.
En face de notre solide situation à Orléans, menaçant la route de Paris par Étampes, le prince Frédéric-Charles a arrêté sa marche vers Lyon, évacué la Bourgogne et l'Auxerrois, et il a rebroussé chemin
1. et. Frkycisbt, loc. cit., p. 3e( iq. D'Aurbllrs, loc. <•</■. livre l\ , opérations sur l'ithiviers et Grand état-major prussien, 1 3° li- \r tison.
j. Le mouvement du 1" corps bavaroii avait commencé 1<* 17 novembre.
i novembre.
pour venir se concentrer entre Chartres, Étampes et Nemours1. On dit son quartier général à Chartres. Dans cette position, il a l'air de nous attendre, et il a renoncé à tourner notre droite, fortement gardée. C'est alors que le prince Albert et le prince royal ont résolu sur notre gauche un mouvement tournant qui est en train de s'effectuer2. On a dégarni l'armée de Paris, et trois corps d'armée s'avancent vers l'Ouest, l'un marchant de Mantes sur Évreux, l'autre de Versailles sur Dreux, le troisième de Chartres sur Nogentle-Rotrou, tous les trois convergeant sur le Mans pour venir par le bassin du Loir, sur Yenclôme et Blois. C'est cette manœuvre que les forces de l'Ouest, mal agrégées et mal commandées, n'ont pu déjouer. Le colonel Rousseau, qui s'est bien battu, a été forcé successivement d'abandonner Courville, la Loupe, Bretoncelles où l'on s'est battu deux jours3, Nogentle-Rotrou, le Thëil et s'est mis en retraite sur Bellème et Matters, commettant la grosse faute de découvrir le Mans et livrant la vallée de l'Huismes et de la Sarthe au lieu d'appuyer, par la Ferté-Bernard et Montmirail, sur Châteaudun. Le général Malherbe a précipitamment évacué Dreux et la forêt de Senonches et s'est mis en retraite sur Argentan. Je l'ai révoqué et je prescris une enquête sévère sur son compte. Quant à Kersalaun, il a abandonné Évreux sans combat. Les Prussiens ont occupé un des faubourgs de cette ville; mais, grâce à l'énergie des autorités civiles, indignées de la conduite du général et, grâce au courage de la garde nationale sédentaire, l'ennemi a été repoussé au delà de Vernon; la vallée de l'Eure est encore libre complètement. Ces malheu-
i. Grand état-major prussien, 13e livraison, p. 825.
2. « Un ordre du prince Frédéric-Charles prescrivit au grandduc de Mecklembourg de se rendre promptement par le Mans sur Tours. » (Ibid., p. 437.)
reux événements qui se sont accomplis dans les journées des 20 et 21 novembre, grossis par l'imagination publique, avaient jeté une véritable panique dans l'Ouest et jusque dans la ville de Tours. Je suis parti sur l'heure pour le Mans1, j'ai trouvé cette ville frappée de terreur et sur le point d'être évacuée. J'ai pris immédiatement les mesures les plus énergiques contre les fuyards et les incapables qui avaient été la cause de cette retraite2. J'ai amené, dans les douze heures, des dépôts environnants, des forces suffisantes pour couvrir le Mans; j'ai ramassé dans toutes les directions les troupes disséminées et en retraite, je les ai toutes réunies au Mans couvrant la vallée de la Sarthe et du Loir. Elles ont été agglomérées et endivisionnées à nouveau. Les chefs ineptes sont supprimés et j'ai placé à la tète de cette armée refaite un brillant officier de marine, le capitaine de vaisseau Jaurès, homme plein d'énergie et très entendu comme organisateur.
Pour lit première, fois, j'ai fait appeler Kératry pour savoir exactement ce que l'on pouvait obtenir des corps qu'il a rassemblées à Gonlie sous le nom d'armées de Bretagne. Je me suis rendu au camp fornif par Kératry à Gonlie pour vérifier par moimême les ressources immédiatement disponibles. Les forces qui y sonl contenues, et qui ne dépassenl pas 20,000 hommes, sont composées exclusivement de recrues bretonnes qui n'ont pas tiré un coup de fusil. Tout rc que j'ai pu prendre ne s'élève pas à 5,000 hommes el 2 batteries d'artillerie. J'ai vidé les dépôts de la Bretagne et j'ai pu constituer un rassemblement de 9,000 hommes que j'ai chargé Kératry de mettre en ligne entre la ville du Mans et Saint-Calais. Tous comptes faits, les forces rassemblées