‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 47 sur 208 · Cf. ch. u, p · texte numérisé non relu

Cf. ch. u, p

sous le commandement du général Jaurès s'élèvent à près de 35,000 hommes, déduction faite des troupes de Kératry, mais tout cela d'une médiocre valeur. Il faudrait gagner quelques jours pour que ce travail d'organisation produisît ses fruits et relever le moral des troupes. A la suite de ce voyage , les Prussiens ont évidemment cru à une grande concentration de troupes sur le Mans et ont rebroussé chemin vers Chartres, menaçant Châteaudun. J'ai la conviction d'avoir sauvé le Mans, position importante, point d'aboutissement de cinq chemins de fer qui maintient nos communications avec le Nord. Mais le mouvement des Prussiens est grave, comme je l'ai fait savoir au général Trochu par une dépêche du 23, et vous commande une diversion puissante et immédiate1.

Vous me demandez avec une légitime anxiété, dans vos dépêches, où en sont les armées du Nord et de l'Ouest. Voilà pour l'Ouest. En remontant vers le Nord, nous trouvons la vallée de l'Eure, Rouen, assez bien protégés par les gardes mobilisés du département, et surtout par le général Briant qui, depuis trois semaines, couvre avec efficacité ce beau pays et qui est fort aimé de la population. Le général Estancelin n'a montré jusqu'ici ni initiative ni compétence : on n'entend même plus parler de lui. Quant à la région du Nord, proprement dite, elle est en très bon état en ce qui touche le côté défensif et les places fortes. Il n'en est pas de même de l'organisation des forces actives et offensives. Le général Bourbaki, que sur sa demande j'avais envoyé dans le Nord2, alors que je lui offrais le commandement de la Loire, en ce moment non occupé, n'est pas précisément un organisateur, et il a mollement poussé le recrutement de

1. L'ensemble de ces dispositions paraissait devoir couvrir Tours et le Mans, mais l'aile gauche de l'armée de la Loire restait toujours menacée. » (Freycinet, loc. cit.., p. H9J

ses forces, quoiqu'il fût investi d'un absolu blancseing pour les voies et moyens1. Son découragement mal déguisé, l'entourage détestable qu'il s'était fait dans son état-major en attirant près de lui les Magnan et les Massa, sa sortie mystérieuse de Metz, son voyage toujours inexpliqué auprès de l'ex-impératrice, ses attaches avec la famille impériale, le voisinage de Bruxelles, foyer de conspiration bonapartiste, ses relations fréquentes avec l'écuyer Raimbeaud, familier impérial, étaient autant de prétextes à la défiance et aux soupçons de l'opinion. Il s'est même produit contre sa personne des scènes regrettables et auxquelles je ne voulais pas l'exposer plus longtemps. Tous mes efforts pour lui ramener la confiance étaient impuissants. Dans son propre intérêt, je lui ai offert un commandement actif devant l'ennemi, avec des troupes toutes faites, rôle auquel il est infiniment mieux préparé par ses brillantes qualités militaires qu'à celui d'organisateur : il l'a refusé, n'ayant conliance que dans les vieilles troupes que nous ne possédons plus2.

Pour résumer la situation du Nord, outre cinquante et soixante mille mobilisés que Bourbaki se refusait à employer, le Nord compte 27,000 hommes3 et <S batteries. Cela suffirait cependant pour tenter un inouvennnt en avant, de nature à délivrer tout à fait la Somme el à reprendre l'Oise. A ce sujet, je vous apprends qu'Amiens n'a jamais été bloqué et que Itontdidier, qui avait été pris par les Prussiens, a été repris par le préfet delà Somme et la garde nationale. J'ai donné le commandement au général Faidherbe',

1. « Il faul dire que la confiance dans l'efficacité <!<• la prolongation d.i la défense lui faisait défaut. » (Faidhsrbi, loc. cit..

UDHBRB1 . Inr, rit., p. 10.

.'<. " Environ 25000 combattante. » Paidbbrbb, loc. cit.t p. 14.)

» Décret du 18 novomliro. Le général Faidlicrbe commandait alot"> la division de Constantine.

qui est trop connu pour que je fasse ici l'éloge de ses qualités militaires et civiques. La manière dont il a reconnu et proclamé la République lui a créé une véritable popularité, et sa nomination a été accueillie avec joie. Il a sous ses ordres, comme organisateurs, le général Farre1 et le colonel Lecointe2.

J'arrive à l'Est. En dehors des corps francs de Garibaldi, qui se livrent tous les jours à de brillants coups de main dans la région de la Côte-d'Or, entre Autun et Ghâtillon-sur-Seine, poussant sur Dijon, mais qui ne peuvent compter' comme une armée sérieuse, malgré les pertes souvent cruelles qu'ils causent à l'ennemi, je* ne vois à vous signaler qu'un noyau d'armée, sous le commandement du général Bressolles3. Lyon est dans un admirable état de défense, et vous pouvez compter sur une résistance aussi longue et aussi héroïque que celle de Paris. Mon ambition va au delà; et je suis occupé à constituer, avee les contingents du Midi, à Lyon môme, une armée capable de se jeter vigoureusement dans l'Est, d'aller donner la main à Belfort, pour de là prendre les Vosges à revers. Mais c'est une opération qui demande au moins six grandes semaines.

Les populations de l'Alsace sont animées du plus ardent patriotisme; elles s'échappent par la Suisse, et, à l'aide de crédits ouverts, nous les rapatrions sur Lyon pour les encadrer dans cette armée encore embryonnaire.

Le premier ban des mobilisés est à peu près levé et équipé partout, et je vous envoie par le même courrier un décret4 pour l'établissement de onze camps

1. Le général Farre, au départ du général Bourbaki, avait reçu à titre provisoire le commandement supérieur du 22e corps d'armée (19 novembre).

2. Evadé de Metz, il fut promu général et reçut le commandement de la lrc brigade.

Page 1