‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 56 sur 208 · Cf. Sorel, t. II, p · texte numérisé non relu

Cf. Sorel, t. II, p

admettent assez volontiers l'idée du ravitaillement, mais du ravitaillement mitigé. Quant à la durée de l'armistice, elles sont dans un accord moins parfait; mais toutes pensent que cet armistice ne peut être accord*} par la Prusse, bien que demandé par l'Europe, qu'en vue de procurer à la France les moyens de faire des élections. Vous connaissez mon opinion sur les élections. Elle est inébranlable. Des élections peuvent être fatales à la République, que je ne consentirai jamais, pour ma part, à séparer de la France, ayant de plus en plus la conviction que la République seule peut tirer la France de l'abîme où l'ont jetée les folies du pouvoir personnel, et d'où ne la tirera jamais une monarchie, qmdlo qu'elle soit. Mais, cela dit, mon devoir de collègue et d'homme politique m'amène à ajouter que si vous décidez, en vue d'une éventualité qui malheureusement, suivant vos déclarations, peut être très prochaine, que les négociations peuvent et doivent être reprises, il faudrait vous occuper de trouver quelque homme de poids à envoyer au quartier général du roi. Je m'abstiens de lien vous conseiller quant au choix d'un tel négociateur.

Les Prussiens ont dû dégarnir l'enceinte de Paris sur presque tous les points, tant pour vous résister sur celui où Ducrot a effectué sa sortie, «pie pour renforcer Frédéric-Charles de noln- côté et jeter des masses énormes sur Rouen, qui n'a pas pu être défendu <•! qui a été occupé dans la journée du 5 décembre. Très évidemment, nous assistons, comme je vous le dis, a un effort suprême de nos ennemis. J'incline à l'idée d'une résistance désespérée. 11 n'est pas possible que la France périsse quand elle enfante des héros comme ceux que Ducrol '■! Trochu conduisent avec tint de bravoure et de vigueur. Non. cela n'est pas possible!

J'agis donc aujourd'hui comme hier, en restant

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fidèle à la tradition la plus chère de notre partie, que Paris a reprise et soutenue si dignement; je ne me fais aucune illusion, mais je dis que, dans les circonstances terribles où la fortune nous a portés au pouvoir, le moins que nous devions tous à notre pays qui nous témoigne tant de confiance, à nos idées dont le salut est entre nos mains, à la postérité et à l'histoire qui nous demanderont compte de nos actes et de notre conduite, c'est de porter aussi longtemps, aussi haut et aussi ferme que nous pouvons le tenir, le glorieux drapeau de la République française, et de tomber avec lui, pour ne plus nous relever, si décidément il doit périr.

Salut fraternel.

Léon Gambetta.

Gambetta à général Trochu et à Jules Favre, à Paris.

Tours, le 7 décembre 1870.

Au moment où nous recevons par votre ballon la nouvelle de la proposition que vous a faite de Moltke1 et votre sublime réponse, l'armée de la Loire, dont la Prusse nous annonçait l'anéantissement, désormais

1. Le général de Moltke avait adressé, le 5 décembre, au général Trochu la lettre suivante :

« Il pourrait être utile d'informer Votre Excellence que l'armée delà Loire a été défaite hier près d'Orléans et que cette ville a été occupée par les troupes allemandes. Si toutefois Votre Excellence jugeait à propos de s'en convaincre par un de ses officiers, je ne manquerai pas de le munir d'un sauf-conduit pour aller et venir. »

Le général Trochu avait refusé l'offre de M. Moltke par une lettre qui fut portée en ces termes à la connaissance de la population parisienne :

(. La nouvelle qui nous vient par l'ennemi, en la supposant exacte, ne nous ôte pas le droit de compter sur le grand mouvement de la France accourant à notre secours. Elle ne change rien à nos résolutions ni à nos devoirs.

« Un seul mot les résume : Combattre! Vive la France! vive la République ! »

partagée en deux armées, l'une avec Ghanzy, l'autre avec Bourbaki, a eu deux engagements heureux dans la journée. A gauche, entre Beaugency, les Prussiens ont été refoulés devant Gien. L'armée, après la malheureuse évacuation d'Orléans, ne demande que quelques jours pour reprendre l'offensive l.

Léon Gambetta.

Gambetta à Jules Favre, à Paris.

Tours, le 8 décembre 1870.

Mon cher ami,

Le jour môme et les jours suivants, je vous ai fait connaître la déplorable évacuation d'Orléans. Mais l'armée de la Loire est intacte ; nous l'avons divisée en deux moitiés: l'une sous le commandement de Bourbaki, qui couvre Bourges; l'autre sous Ghanzy, qui opère sur la rive droite de la Loire, entre Meung et Vendôme. Il a déjà, le 6 et le 7, refoulé les Prussiens sur Baccon2. Je fais diriger les services sur Bordeaux, afin de n'avoir pas à Tours une préoccupation politique de nature à entraver les opérations stratégiques de i\cu\ armées. La Normandie esl envahie : Rouen, quoique couvert par le général Briant, a refusé de se défendre, ainsi que Pont-Audemer. Le Savre esl tout à l'ait à l'abri. Faidherbe fait savoir qu'il est prêt. A Lyon, Bressolles se prépare ;'i se jeter dans l'esl en donnant la main à Garibaldi. Les lignes de Garentan sont défendues par 30,000 hommes Je vous jure qui' je fais le possible.

Léon Gambetta.

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