Cf. dépêche du 7 décembre
3. Cette di , • he a été publiée en grande partie dans le Journal officiel du 18 décembre.
4. " M. i i trouva la première armée très abattue. La marche, !»• froid el surtout cea impressions pénibles qui B'emj
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que lents meurtriers auraient pu le faire. Le i
seul s'étaii bien tenu, mais le 20° avaient beaucoup perdu.»
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appuyée, selon les prescriptions du général Trochu, de toutes les forces de l'Ouest, a exécuté une admirable retraite et causé aux Prussiens les pertes les plus considérables. Chanzy s'est dérobé à un grand mouvement tournant de Frédéric-Charles, sur la rive gauche de la Loire, qui a vainement essayé de passer la Loire àBlois et à Amboise et menace Tours1.
Chanzy est aujourd'hui en parfaite sécurité dans le Perche, prêt à prendre l'offensive sur Chartres, lorsqu'il aura fait reposer ses troupes, qui n'ont cessé de se battre admirablement contre des forces supérieures depuis le 30 novembre jusqu'au 12 décembre'2. Vous voyez que l'armée de la Loire est loin d'être anéantie, selon les mensonges prussiens. Elle est séparée en deux armées d'égale force, prêtes à opérer ; l'une dans l'Est sur les lignes de communications de l'ennemi pour les couper, — l'autre dans l'Ouest pour marcher sur Paris. Faidherbe, dans le Nord, aurait repris La Fère, avec beaucoup dé munitions et d'approvisionnements.
Mais nous sommes fort inquiets de votre sort. Voilà plus de huit jours que nous n'avons aucune nouvelle de vous, ni par vous, ni par les Prussiens, ni par l'étranger. Le câble avec l'Angleterre est interrompu. Que se passe-t-il ? Tirez-nous de nos angoisses en profitant, pour nous envoyer un ballon, du vent sud-ouest qui le portera en Belgique. Le mouvement de retraite des Prussiens vers Paris s'est accentué. Ils ont évacué Elbeuf et Dreux. On les poursuit du Havre sur Rouen. Ils paraissent las de la guerre. Si nous pouvons, si nous le voulons énergiquement, nous triompherons
1. Combats de Coudray, de Poisioux, de Chambord, de Moves et de Nuisemant.
2. « En s'établissant sur la Loire, on menaçait le flanc de l'ennemi descendant d'Orléans sur Tours, sans s'éloigner de Chartres, sur lequel on pouvait déboucher par Châteaudun, restant ainsi sur une des principales directions qu'il faudrait suivre pour reprendre les opérations vers Paris, dès qu'elles deviendraient possibles. » (Chanzy, loc. cit., p. 174).
d'eux par la lassitude. Ils out déjà perdu un demimillion d'hommes, suivant des rapports certains qui mont été faits ; ils se ravitaillent difficilement. Arrivons à couper leurs lignes de communication avec L'Allemagne et nous en verrons la fin. Mais il faut se résigner aux suprêmes sacrifices, ne pas se lamenter et lutter jusqu'à la mort.
A l'intérieur, l'ordre le plus admirable règne partout. Le gouvernement de la Défense nationale est respecté et surtout obéi, parce qu'il est le gouvernement de la Défense nationale. Le jour où il cesserait de l'être, les choses changeraient. Les adversaires de la République le sentent admirablement. Ils parlent sans cesse de la paix, de l'impuissance de nos eflcN. do la stérilité de la lutte ; à Bordeaux, depuis l'installation de la délégation, ils ont l'air de s'unir sous la conduite de M. de Girardin. Le nom de M. Thiers est môle à toutes ces critiques, triste et nouvel exemple de la jalousie des partis, qui sentent que si la France est délivrée par la République, la République est à jamais fondée. Salut fraternel.
Léon Gambetta.
Gambetta à Jules Favre et à général Trochu, à Paris.
Bourges, le 20 décembre 1870.
Mes chers collègues,
Malgré le silence systématique que l'on paraît suivre à l'égard des communications que je fais au Gouvernement, qui lui parviennent et auxquelles il ne juge pas opportun de répondre, je n'en persiste pas moins a \«nis envoyer l'exposé fidèle de la situation, comme je l'ai toujours fait, '-ans tenir plus de compte que de raison des moyens détournés, et presque blessants pour L'autorité des membres délégués du Gou-
vernement, que vous avez jugé à propos d'employer, en vue d'arriver à vous procurer des nouvelles en dehors de nous. La situation, on peut la résumer d'un mot : elle est ce que le Gouvernement saura la faire. S'il a l'énergie d'employer, au point de vue tant politique que financier, les ressources immenses dont dispose le pays, la fortune militaire doit lui revenir, même à travers les insuccès et les défaillances. Il faudrait tailler dans le vif, balayer impitoyablement toutes les créatures de la .monarchie déchue qui sont restées à leur poste, et qui conspirent ouvertement contre la République et le salut de la France. Je vous ai dix fois, au nom des intérêts les plus sacrés dont nous avons charge, demandé la révocation, dans les finances, dans l'instruction publique, dans les assemblées locales, de tous ceux qui sèment autour d'eux la défiance contre le Gouvernement, et appellent en même temps de leurs vœux le succès des Prussiens et la constitution d'une Assemblée honteuse, qui traiterait de la paix à des conditions déshonorantes. Je vous ai fait connaître également à quelles conditions justes et politiques on pouvait procéder à la création d'une Assemblée véritablement nationale et républicaine. Vous ne m'avez jamais honoré d'un mot de réponse, et le mal est allé empirant. Autorisez-moi à purifier tout ce personnel administratif, avec tous mes collègues ; ce sera l'œuvre de quelques jours, car, en dehors de ces créatures et de ces complices du régime déchu ou des monarchies condamnées, le pays est tout entier dévoué au gouvernement de la République. A aucune époque et à de pareilles heures, aucun gouvernement n'a rencontré ni un semblable concours, ni une telle obéissance, et c'est un spectacle étrange de voir un gouvernement exclusivement entravé par ses fonctionnaires. Gela tient à l'interdit dont les chefs des ministères restés à Paris ont frappé leurs délégués en province. Ceux-ci, à chaque proposition
qu'on leur fait de mutations ou de révocations, répondent : Les ministres qui sont demeurés à Paris nous ont lié les mains. Tel est le langage que tiennent les délégués des finances, de l'instruction publique, du commerce, des travaux publics, des affaires étrangères. Le peuple, qui a l'esprit simple, ne comprend rien à de semblables obstacles et se demande s'il y a quelque chose de changé en France depuis le 4 septembre.
Ce n'est pas tout. On a envoyé de Paris en province des hommes chargés de créer des armées, avec un immense matériel de guerre, d'armer la nation tout entière parla garde nationale, d'improviser tout pour la défense en quelques semaines, car tout faisait défaut : on n'avait oublié qu'une chose, — l'histoire ne voudra pas le croire, — donner de l'argent! Et quand il fallait tout faire venir de l'étranger à deniers comptants, on n'avait pas le sou! Cependant, lorsqu'il a fallu emprunter, on a pu le faire à des conditions qui ont étonné les financiers les plus expérimentés ; mais alors on s'est vu exposé aux critiques et aux outrages de ceux-là même dont l'incurie et l'incapacité dous avaient réduits à de telles extrémités. Ces môme- hommes ont eu en main les pièces et les rapports spéciaux qui justifient notre conduite : tout le monde le sait aujourd'hui. Loin de les publier, pour ootre justification commune, ils ont dissimulé les documents, cl leur voix s'est mêlée à celle de nos calomniateurs. Une aussi misérable conduite n'est cependant pas faite pour nous arrêter dans la voie de la lutte à outrance. Nous n'avons plus d'argent : nous en trouverons coûte que coûte, el nos concitoyens jugeront plus tard à qui incombe la responsabilité. Mous axons, en effet, un guide sûr, infaillible, pour persévérer dans la conduite que nous avons suivie jusqu'à ce jour: c'est l'espril de Paris, donl nous sommes restés les représentants scrupuleux el fidèles,
et qui demeurera, jusqu'au bout de cette crise effroyable, notre inspirateur.
Jusqu'ici, nos efforts militaires n'ont pas été couronnés du succès que, j'ose dire, ils méritaient. Nous avions, en quelques semaines, organisé une magnifique armée, de l'avis et de l'aveu général. Ceux à qui nous avions été obligés de remettre notre confiance et qui étaient chargés de conduire cette armée ont manqué, au moment décisif, et de cœur et d'intelligence : est-ce notre faute à nous si des généraux n'ont compris ni leur devoir ni leur intérêt? Oui, nous avons été forcés d'évacuer Orléans, mais c'est par la faute et l'incapacité de quelques chefs ; et, depuis quinze jours, grâce à un travail obstiné, nous avons pu réunir, rassembler des troupes abandonnées et sans commandement, et les reconstituer. A travers ces défaillances, nous avons rencontré un homme de cœur, aussi grand citoyen que bon capitaine, qui ,a ceitainement sauvé son armée et l'honneur de la France, c'est le général Ghanzy. Seul, au milieu d'une déroute, il a rassemblé trois corps d'armée sur six et exécuté une de ces retraites admirables qui illustrent plus un général que dix victoires. Seize jours, sans repos ni trêve, d'Orléans à Vendôme, il a tenu en échec les forces de Frédéric-Charles, du duc de Mecklembourg et de général de Thann, disputant ligne à ligne le terrain, maintenant par sa vigueur personnelle et sa présence incessante au milieu d'elles, des troupes de même nature, de même condition que celles avec lesquelles des généraux sans cœur prétendaient ne pouvoir résister. Seize jours, il a lutté, infligeant à l'ennemi des pertes cruelles, déjouant tous ses mouvements, maintenant intactes ses lignes et ses positions successives, changeant même sa base d'opération sous le feu des Prussiens, finissant par lasser leur poursuite, et donnant, par cette mémorable série d'opérations, le temps à l'autre partie de l'ar-
mée de ïa Loire de se replier et de se réorganiser entre Vierzon et Bourges. Le général Ghanzy est le véritable homme de guerre supérieur qu'aient révélé les derniers événements militaires; il a bien mérité de la patrie, et le gouvernement de la République s'honorera lui-même en lui décernant une marque exceptionnelle de sa reconnaissance. Aujourd'hui, il est au Mans, où il se refait, prêt à •reprendre l'offensive dans la direction de Chartres, aussitôt qu'il le jugera convenable. On peut s'en rapporter à lui. Quant à la deuxième armée de la Loire, elle est placée sous le commandement du général Bourbaki, dont je suis obligé de vous dire, malgré vos persistantes sympathies, que le découragement est navrant. Il exécute néanmoins en ce moment-ci un mouvement qui, s'il est bien conduit, peut avoir les résultats les plus utiles et les plus glorieux pour la France1. J'ai placé à ses côtés, pour commander le 18e et le 20e corps, les généraux Billot et Clinchant, revenus l'un et l'autre d'outre-Rhin, tout indignés de l'abominable trahison de Bazaine, qui ne respirent que la vengeance contre l'ennemi, et dont l'ardeur réchauffera, je l'espère, la tiédeur de Bourbaki. Ce mouvement doit être combiné avec celui du général Bressolles, de Lyon, que je vous ai déjà annoncé et que vous avez eu l'imprudence grave de publier au Journal officiel, prévenanî ainsi les Prussiens de no> projets quand il faut surtout les cacher.
Je ••nmpte que, d'ici la semaine prochaine, nous aurons prouvé à dos ennemis que, loin d'être abattus par des revers immérités, nous y puisons la rage du patriotisme et de nouvelles forcés pour continuer la lutte. Je reste, d'ailleurs, convaincu que les Prussiens De peuvenl pas demeurer plus de six mois sur notre territoire, que nous devons à toul prix aller couper
I Fi'.kyi inki, foc. cit., p. 218 et
leurs lignes de communication avec l'Allemagne, les épuiser par une résistance infinie, sans trêve ni limites, et qu'au bout de nos sacrifices, et môme après la chute de Paris, nous aurons le prix du sang, et que nous changerons en un désastre inouï leur insolente et fragile fortune. Ils le comprennent et en sont aux résolutions désespérées. Opposons-leur des résolutions pareilles. Réduisons au silence les partisans de la paix; sachons faire connaître à l'Europe que jamais nous ne consentirons à l'humiliation de démentir notre formule de la première heure : « Ni un pouce de terrain, ni une pierre de nos forteresses », et nous aurons, nous aussi, bien mérité de la France et de la République.
Les Prussiens vont d'Amiens à Rouen ; c'est le corps de Manteuffel. Faidherbe, qui a déjà organisé le 22e et le 23e corps, a porté son quartier général à Saint- Quentin, et a eu une série de petits engagements heureux. Dieppe a été évacué par les Prussiens1, ainsi que Honneur. Le Havre dégagé, les communications télégraphiques rétablies avec Lille, une colonne mobile française se dirige du Havre sur Rouen 2. Cherbourg, qui contient une partie du ravitaillement de Paris, est couvertparune force deplusde 30,000 hommes derrière la ligne de Garentan. Le pays compris entre Mantes, Dreux et Rambouillet, jusqu'à Chartres, paraît très faiblement garni de Prussiens dont les forces les plus considérables sont massées d'Orléans à Blois et Vendôme. Ils ont évacué la Sologne. Tours est tout à fait libre. Vierzon a été réoccupé par nous, ainsi que Gien.