DÉPÊCHES 1^^ ÉDITES
avaient rendus jadis les égaux des véritables souverains. L'autre parti, les adversaires des anciens abus, les républicains de toutes les nuances et de toutes les couleurs, envisageait une diète fédérative comme un moyen infaillible de limiter le pouvoir des souverains , de livrer à des discussions publiques une quantité de questions qui jusqu'ici n'avaient été agitées que dans le silence des cabinets, de créer enfin par des gradations lentes et insensibles une vraie assemblée représentative au milieu de Tx^llemagne. Dans ce dernier parti il faut de nouveau soigneusement distinguer deux classes d'bommes bien différents : les amis sincères, mais sages et modérés, de réformes successives dans l'administralion et la législation, et les partisans décidés et passionnés des formes républicaines. Ceux-là, espérant qu'un centre commun de délibérations sur des matières intéressantes conduirait peu à peu à des améliorations réelles dans Tintérieur de chaque pays, fermaient les yeux sur les dangers que ce même établissement pouvait faire naître. Ceux-ci, beaucoup plus conséquents, et au fond beaucoup plus clairvoyants, avaient calculé que, pourvu qu'on leur accordât la base, l'édifice auquel ils visaient s'ensuivrait de lui-même; et quoique les ministres et les députés composant cette nouvelle diète ne fussent au fond que les plénipo-
teutiaires des princes qui les envoyaient, on se flattait avec beaucoup de raison que, là où il ne s'agit que de parler et de voter, la prépondérance du nombre sur la force individuelle, l'ambition particulière des députés , la difficulté de les lier et de les contrôler par des instructions assez précises, enfin l'enthousiasme qui gagne toujours plus ou moins les membres d'un corps sur lesquels les yeux du public sont fixés, feraient bientôt de cette assemblée tout autre chose qu'une conférence ministérielle.
Le parti aristocratique — comme tout homme sensé pouvait le prévoir — a été entièrement déçu dans ses attentats et dans ses projets. On le berce encore de la perspective qu'il sera accordé aux ci-devant princes et comtes souverains quelques voix collectives (Curial-Stimmen) à la diète; mais en obtenant même ce simulacre d'influence, accompagné d'aucune ombre de pouvoir réel, ils n'auront qu'un avantage illusoire. L'autre parti a été plus heureux, et l'expérience de la première année a prouvé que les spéculations qu'il avait basées sur la diète n'étaient ni stériles ni chimériques
(Le passage retranche concerne la compétence de la diète et, les fonctions qu'elle s'est adjugées.)
. Une quantité de questions législatives
proprement dites, la liberté de l'émif^ration, la liberté de la presse, etc., ont été traitées ou préparées parla diète, et sienfin elle n'avait pas été pour ainsi dire forcée de se donner des vacances jusqu'au commencement de novembre (ce que de nombreux partisans re^^^ardent comme un « abus révoltant >i), nous aurions vu encore dans cette année paraître sur la scène la question la plus embarrassante de toutes pour les grands souverains, l'introduction du système représentatif dans tous les
États de l'Allemagne
Un singulier concours de circonstances a voulu que le cabinet de Vienne, le seul qui pourrait aujourd'hui s'opposer avec vigueur à cet entraînement, l'ait favorisé jusqu'ici directement et indirectement. L'Autriche est la seule grande Puissance qui jouisse à Francfort d'une prédilection marquée; la Prusse et la Bavière sont détestées ; on n'aime pas beaucoup le Hanovre, et la Saxe est nulle. Tous les ménagements, tous les procédés, toutes les apparences de respect et d'attachement sont pour l'Autriche, que les chefs du système dominant ont pris à tâche de gagner coûte que coûte, ou de neutraliser au moins en leur faveur. M. le prince Metternich a cru adopter le système le plus sage, en ne heurtant pas de front des hommes qui lui témoignaient lu plus profonde déférence, et qui jusqu ici
ne se sont permis aucune démarche hostile contre le Gouvernement autrichien. Sans se dissimuler les dangers à venir, il a cru désarmer jusqu'à un certain point les coryphées de la diète , en ayant l'air de les protéger et de les diriger. Enfin il a fait bonne mine à mauvais jeu. Comme c'est là une question sur laquelle je ne suis pas d'accord avec M. de Metternichjje me borne à exposer sa marche, et je désire de tout mon cœur d'avoir complètement tort dans mes pressentiments.
Vienne, 19 septembre 1817.