ANGLETERRE
Le ministère anglais, ayant traversé, l'hiver dernier, avec un bonheur inouï la crise laplus alarmante, est aujourd'hui raffermi, je crois, pour bien longtemps. Les mouvements populaires se sont calmés; une récolte abondante fera cesser au moins en partie les embarras et la détresse du peuple ; l'activité des manufactures paraît reprendre son essor;
et, ce qu'il y a de plus remarquable (avec une dette consolidée de 800, et une dette flottante de 60 millions de 1. st.), le crédit public s'est élevé à une hauteur à laquelle on ne l'avait jamais vu monter. Les fonds des 3 pour 100 consolidés, comprenant à peu près les 9 dixièmes de la dette fondée, se négociaient à 60 et même plus bas au commencement de l'année, et ils sont maintenant au-dessus de 80. Il est certain que ce phénomène étonnant ne pouvait guère avoir lieu qu'à une époque où la stagnation des affaires commerciales et la suspension des grandes spéculations agricoles forçaient cette immense quantité de capitaux que l'Angleterre renferme à se porter, faute d'autre débouché, vers les fonds publics. Mais le résultat de ce revirement n'aurait jamais pu être ce qu'il a été, si le Gouvernement n'avait su maintenir son crédit en dépit de tout ce qui paraissait l'attaquer. Il y est surtout parvenu, 1° en ne faisant pas pour l'année 181 7 un emprunt formel quelconque (je dis emprunt formel, car il n'en a pas moins emprunté 10 millions sur des effets courants); 2° en repoussant avec beaucoup de vigueur toute proposition tendant à réduire l'intérêt de la dette publique , ou à mettre la main sur le fonds d'amortissement.
Le maintien d'un système tel que celui de la dette publique de l'Angleterre est un des plus grands
miracles de nos jours. Le ministère le sent bien, et par conséquent rien ne le fait frémir comme l'idée d'une nouvelle guerre. Il ne se gardera pas seulement de l'allumer par ses propres mesures, mais il n'y a pas d'effort ni de sacrifice qu'il ne ferait pour la rendre impossible. C'est là, sans contredit, la plus forte de toutes les garanties d'une tranquillité permanente en Europe ; car qui pourrait entreprendre une guerre sans le concours, ou même contre le vœu de cette Puissance?
Lorsque lord Stewart est parti de Vienne', on croyait généralement qu'il n'y reviendrait pas. Je ne pouvais pas partager cette opinion, parce que je savais que rien n'était changé dans ses rapports intimes avec son frère*, et que ce frère était aussi puissant que jamais. Il y avait cependant dans la situation de lord Stewart une circonstance inquiétante : c'est qu'ayant tenu pendant deux ans la maison la plus brillante de Vienne, il avait contracté des dettes considérables. J'étais sûr qu'il ne reviendrait pas ici sans avoir obtenu en Angleterre, non-seulement de quoi payer ses dettes, mais encore de quoi continuer la même existence magnifique qu'il avait une fois déployée à Vienne. Or, l'économie étant aujourd'hui le grand mot
• En con{;i'', vers la Un de mai.
- Lord Castlereajjli.
d'ordre en Angleterre, et le grand épouvantail par lequel on chicane les ministres, je croyais que sur cet article il rencontrerait des difficultés insurmontables. Mais la tendresse fraternelle de lord Castlereagh, et la faveur du Prince Régent qui a reçu lord Stevvart avec des transports de joie, ont tout aplani. On lui a donné tout l'argent dont il avait besoin, et il retournera à Vienne au mois de novembre, triomphant de tous ses ennemis.