‹ Dépêches inédites du chevalier de Gentz aux hospodars de Valachie pour servir à l'histoire de la politique européenneChapitre 16 sur 26 · PRUSSE · texte numérisé non relu

PRUSSE

C'est actuellement de tous les grands Etats de l'Europe celui dont la perspective est la plus embrouillée et la plus alarmante, La fermentation y est plus grande que dans aucun autre pays de l'Allemagne ; la nation, ou plutôt les différentes nations qui composent cette monarchie, attendent avec impatience la constitution qui leur a été solennellement promise. Le Gouvernement, peu disposé à s'acquitter de cette promesse imprudente, est placé dans un dilemme cruel. Car, qu'il réalise le vœu général, ou qu'il continue à lui opposer des prétextes et des délais, le danger est presque également grand. IjCS scènes tumultueuses qui ont eu

lieu à Breslau dans les derniers jours d'août, les remontrances hardies que le Roi a reçues lui-même dans les provinces du Rhin, les symptômes d'opposition et de mécontentement qui se manifestent partout, font pressentir quelque crise violente. Si la mort du chanceUer Hardenberg arrivait au milieu de ces ag^itations (comme on n'a que trop de raisons de craindre), on ne sait ce que deviendrait ce pays. La direction de tous les grands départements de l'État se trouvait depuis longtemps réunie dans ses mains, et il est le seul ministre qui ait joui jusqu'à présent d'assez de respect de la part du public, pour contenir les différents partis dans les bornes d'un certain ménagement. L'autorité divisée après sa mort (car le Roi ne sait pas re;iercer)

aura de la peine à soutenir le combat

Quoi qu'il en soit, cette situation de la Prusse lui prescrit toujours une grande circonspection dans sa marche politique j et le prince Hardenberga si bien senti cette vérité, que dans toutes les grandes questions étrangères, il a constamment demandé et suivi l'impulsion de T Autriche, et s'est diiigé absolument sur les principes de cette Puissavice. Reste à savoir si la mort de ce ministre n'introduirait pas aussi un changement dans cette partie du système, ou si la sagessse ou la nécessité engagerait la Prusse à y rester fidèle.

Page 1