FÉVRIER I8I3 — JUILLET
DU
AU PRINCE lANKO RARADJA
Vienne, 2 février 1813.
Ce siècle, si fertile en revirements politiques, en a peu produit de plus inattendus et de plus importants que celui qui s'est opéré depuis trois mois. Une guerre qui, dans son début et dans ses premiers actes, menaçait jusqu'à l'existence de la Russie, atout à coup tourné contre le conquérant; le premier capitaine de son temps a éprouvé des revers d'autant plus pénibles et cruels que son objet avait été plus vaste, ses forces plus imposantes, et sa marche plus hardie qu'on ne les avait vus dans aucune de ses campagnes précédentes; une armée de quatre cent mille hommes a , pour ainsi dire, disparu de la terre dans le court espace de cinq ou six semaines; et ceux qui, à la fin de
septembre, consternés de la perte d'une de leurs capitales et tremblants pour la sûreté de l'autre, n'avaient plus chercbé leur salut que dans les moyens que leur inspirait un sombre désespoir, méditent aujourd'hui à leur tour des projets d'invasion et de conquête ; repoussés alors derrière la Dwina et le Dnieper, les Russes occupent maintenant ou sont à la veille d'occuper une grande partie des pays situés entre la Vistule et l'Oder.
Cette révolution prodigieuse a été sans doute préparée et amenée par cet excès de confiance dans lequel le sentiment d'une grande supériorité de talents militaires et l'habitude des succès peuvent entraîner le général le plus habile , et qui , dans cette campagne à jamais mémorable, est devenu funeste à l'Empereur Napoléon. Elle a été secondée et, on peut bien dire, achevée par un concours de circonstances désastreuses, dont quelques-unes auraient pu être prévues, si le génie ne se croyait pas quelcpiefois au-dessus des règles et même de la nature, mais dont plusieurs étaient hors de tous les calculs
Les chances sont telles de part et d'autre que, si malheureusement la guerre continue, la plus grande perspicacité humaine ne peut pas distinguer d'avance quel en sera le résuhat final. Donc, toutes les puissances belHgérantes et tous les pays qui
touchent, de près ou de loin, au théâtre ^ cette hitte déplorable, sont également intéres^'s à la terminer. Outre l'intérêt commun qui le^y porte, chacun a encore des motifs particuliers p^^i' désirer la paix. La France doit faire les fiais démette paix , car son agrandissement énorme et disî'oportionné en a été la source; et le seul objet rafffinable des Puissances qui la combattent doit-^e celui de diminuer sa prépondérance jusqu'à point où elle cesserait d'être incompatible avç^^ tranquillité permanente de l'Europe. Par cc^équent la paix entraînera nécessairement, sinoj^^"^' ^^ France, au moins pour le gouvernement /°Ç^ïs, des privations et des sacrifices momentaS. Mais lorsqu on voit que, dans l'incertitude d/'avenir, la balance des inconvénients présents et/ dangers prochains est assez clairement tourné/^"^''^ ^^ France, et qu'en voulant tout retenir,/^ court le risque évident de tout perdre ; — \ovf^^ observe que, après les plus fortes cessions quA" pourrait maintenant exiger de lui, l'Empereu/^Po^éon resterait encore le souverain le plus pf"^^ ^" continent; — et lorsqu'on réfléchit à U^^ q"'^* P^ut acquérir de bonheur et de gloir^^^^^ ^^ renonçant à des projets ambitieux pf^^ ^^^^^^ ^ l'administration de son immense eiy*^' — ^^ ^^t certain qu'il n'y a que les ennemi^ ^^^ *^'*^"^' ou des passions
funestt;^ ennemis plus redoutables que tous les autres, qui puissent le détourner aujourd'hui de
l'idée d ne pacification générale
Mais f grand et unique remède à tous les maux quiious affligent aujourd'hui, ce l)ienfait, reconnu te par tous les esprits sages et éclairés, et dont ceU mêmes que d'aveugles passions, des espérances \ des craintes chimériques entraînent encore dans > carrière opposée, se féliciteraient bientôt de piiter, — comment peut-il être conféré à l'Europ» — C'est à l'Autriche à résoudre cette question;'est elle qui, par sa position centrale, par son ai^^j^g réputation, par ses rapports d'intérêt réciprOg^ de bienveillance et d'amitié commune avec Puissances les plus divisées entre elles, parar^^i^g spécialement appelée au rôle honorable de oificateur général. Heureusement pour r Autriche l'Europe que, par lahgne de conduite qu'elle s es^^^^g ^jg^^g ]gg circonstances les plus difficiles, eli g^ conserver intacts tous ses titres à ce beau pi^ge. Sa politique est justifiée par ce haut résultalg^ ^^^^ ^^^ r^ryand moment comme celui-ci, tous kg^^,^ g^ tournent encore vers elle, et que tous ceu^^- g'occupent de la paix sont d'accord à lui en reu^.^ l'initiative.
11 est certain qu'elle am-^^^^^^^ cet avantage en adoptant, aucommencemc^i^ ^.^^^^.^.^ actuelle,
tout autre système que celui qu'elle a choisi. Si, par un traité d'alliance sans limites et sans restrictions, elle se jetait aveuglément dans les bras de la France, elle était séparée pour longtemps des affections et des intérêts de la moitié de l'Europe, et servilement liée à une cause que la justice et l'intérêt général pouvaient tôt ou tard désavouer. Si elle embrassait le parti de la Russie , parti dont les procédés injustes vis-à-vis de la Porte Ottomane devaient d'ailleurs la dégoûter suffisamment, elle exposait ses propres provinces à servir de théâtre à la guerre , et se ruinait de fond en comble pour les caprices d'une cour qui n'aurait eu qu'à suivre ses conseils pour conjurer tous les orages et arriver au port sans les sacrifices énormes que lui a coûté son système actuel. Si, pour éviter l'un et l'autre de ces écueils, l'Autriche se renfermait dans une neutralité pure et simple, un des premiers résultats de cette résolution eût été de réduire à la nullité une Puissance de premier ordre, appelée comme telle à jouer un rôle principal dans une des époques les plus décisives de l'histoire moderne. Les observateurs vulgaires imaginaient que toute la sphère des combinaisons politiques était épuisée par ces trois partis différents. Le gouvernement autrichien les détrompa. Il s'était bien aperçu que, dans des affaires infiniment compliquées par leur nature, les routes
simples deviennent quelquefois impraticables. Il conçut l'idée d'un système établi tout entier sur des nuances intermédiaires, d'un système de neutralité active, moyennant lequel il s'assurait de la plupart des avantages, et échappait à tous les daii[jers attachés à chacun des partis simples qu'il avait rejetés. €n système pareil exigeait juste autant d'alUance avec Napoléon qu'il en fallait pour ne pas se ranger en pure perte au nombre de ses ennemis, et juste aussi peu qu'il en fallait pour ne pas se brouiller directement et sans retour avec les Puissances hguées contre lui ; assez de coopération de la part de l'Autriche pour soutenir son poids dans les affaires, et assez de passivité pour conserver son indépendance. Il ne manquait, pour compléter ce système, que de faire aux yeux de l'Europe la profession la moins équivoque de ses principes ; et l'Autriche a rempH cette tâche en insérant dans son traité même avec la France un article par lequel la garantie des possessions d'un de ses plus fidèles alliés fût pubhquement et solennellement proclamée ' .
Une marche aussi judicieuse, que peu de con-
' Neumann, Recueil des traite's et conventions, etc., t. 11, p. 358. Alt, VI du traité d'alliance entre la France et l'Autriche signé à Paris le 14 mars i812 : « Les deux hautes parties contractantes garantissent l'intégrité du territoire de la Porte Ottomane en Europe.»
temporains ont saisie et qui paraît avoir échappé à leurs regards, précisément par les points qui constituaient son mérite essentiel, a été justifiée par les résultats. La cour de Vienne, sans avoir rompu son alliance limitée avec la France , est aujourd'hui en rapports hautement avoués, nonseulement de correspondance et de négociation , mais d'amitié et de confiance, avec toutes les cours et avec tous les partis politiques. Elle s'est placée à la tête d'un grand plan de pacification universelle. Personne ne peut garantir d'avance le succès définitif de ses démarches. Car l'Autriche n'a pas le pouvoir de diriger à son gré les sentiments et les opinions des autres souverains , d'imposer silence aux passions , d'éclairer sur leurs vrais intérêts ceux qui seraient décidés à poursuivre des fantômes, ou de réunir pour le bien général ceux que des vues particulières ou personnelles rendraient « absolument sourds à sa voix. Mais au moins la carrière est ouverte.
L'Empereur Napoléon a accepté l'entremise de la cour de Vienne dans les négociations qui vont s'entamer pour la paix. I^a Russie ne s'oppose pas à cette intervention. Des négociateurs autrichiens sont à la veille de partir pour Saint-Pétersbourg et Londres'. Le roi de Prusse, regardant aujour-
' Le baron de Lehzeltern et le Iiaron de Wessenberg.
d'iiui rEmpercur d'Autriche comme son seul appui, lui remet tous ses intérêts avec une confiance sans bornes. Les souverains et les peuples, à quelque cause qu'ils se trouvent liés, se réunissent pour implorer un terme aux longues calamités qui les écrasent
Vienne, 11 mars 1813,
Il y a trois ou quatre semaines, le voyajjc du prince Scliwarzenberg à Paris ' n'eût été qu'une démarclie ordinaire; maintenant ce sera une mission qui influera directement sur les destinées futures de l'Europe.
Après tout ce qui s'est passé, l'Autriche ne peut plus se flatter d'avoir satisfait à tous ses devoirs et d'avoir assuré tous ses (jrands intérêts, en suivant purement et simplement cette marche prudente et mesurée qu'elle a invariablement observée
' Pour rn|)iendie ses fonctions d'ambassadeur, qu'il y exerçait depuis 1809. iJans une dépoclic antérieure, M. de Gentz, en parlant de la mission <lu prince, dit : u Ses instructions, conçues avec tous les ménajjcMienls de l'amitii; politique et personnelle, sont cependant basées sur des principes qui se rapprochent beaucoup de ceux établis par la Russie cl la rriissc. »
jusqu'ici , et dont il faut espérer qu'elle ne s'écartera dans aucune hypothèse. Il faut adopter un langage plus pressant; il faut finir à tout prix ces terribles incertitudes. Si cette manière de voir est juste et conforme à la grandeur de la crise, on a le droit de présumer que le prince Schwarzenberg fera à Paris les représentations les plus amicales, les plus sincères, mais en même temps les plus fortes et les plus pressantes. Il ne négligera aucun moyen pour convaincre le gouvernement français de la nécessité urgente de la paix. C'est heureusement un des hommes que l'Empereur Napoléon chérit et estime le plus ; tout nous autorise à croire qu'il sera écouté avec attention et avec intérêt, que ses conseils auront autant et peut-être plus de poids que ceux des ministres mêmes de Napoléon, et que, si ce souverain n'est pas irrévocablement décidé pour la guerre , ou irréconciliable avec les conditions auxquelles la possibilité de la paix est attachée , ce que rien ne nous autorise encore à craindre , ce sera le prince Schwarzenberg qui le portera à quelque démarche décisive en faveur d'une négociation générale.
Ce grand point obtenu, les autres difficultés seraient beaucoup moins formidables. Tout ce que l'on apprend des dispositions de la Russie est fait pour rassurer les esprits et pour justifier les plus
12 LE CIIEVALIEIl DE GENTZ.
belles espérances. Cette cour, à laquelle sa politique inquiète, éfjoïste, turbulente, avide de conquêtes et de domination , a valu pendant si longtemps, et à si juste titre, la méfiance et la haine de tous ses voisins, paraît enfin absolument revenue de son ancien système. M, de Romanzoff, dernier protecteur connu et avoué de ce système, est toujours éloigné de l'Empereur. Celui-ci est entouré de personnes qui ne respirent que la modération , la justice et la paix. Lui-même paraît pénétré de ces sentiments. Il déclare à toutes les occasions qu'il ne vise à aucun agrandissement ultérieur, que l'objet unique de ses efforts est de rendre à chacun ce qui lui est dû , qu'il ne demande que le rétablissement d'un ordre stable, de l'indépendance réciproque de tous les Etats, et d'un juste équilibre politique en Europe. Et l'on assure (de très-bonne main ) que, dans les négociations récentes avec la Prusse, l'Empereur Alexandre a donné des preuves non équivoques de la sincérité et de la bonne foi de ces déclarations.
Si tant d'heureux présages s'accomplissaient, il ne resterait à craindre que l'opposition du Gouvernement anglais, qui, ébloui par des succès inattendus, ou guidé par une obstination invincible, insisterait sur des conditions inacceptables, et frustrerait ainsi tous les projets de paix. Mais, heureusement, nous
n'avons aucun motif pour nous livrer à ces appréhensions. Les nouvelles directes et authentiques de ce pays nous manquent depuis longtemps, et l'effet de la mission de M. de Wessenberg ne peut pas être connu avant quatre semaines. Cependant , il y a assez de raisons pour présumer que le Gouvernement anglais ne s'aveuglera pas sur la vraie situation des choses. L'Angleterre est, de toutes les Puissances, la moins épuisée en fait de ressources matérielles ; mais dans un état de banqueroute universelle, — tel est effectivement celui de l'Europe , — le moins embarrassé peut encore l'être beaucoup. Le continent est tout à fait ruiné; si l'Angleterre, par un excès de prétentions, voulait persister à continuer la lutte , ce serait elle qui en supporterait tout le poids. Elle doit donner des subsides et des secours de toute espèce à la Russie, à la Suède , à la Prusse ; elle serait obligée à en donner à tous ceux qu'elle rallierait encore à sa cause. Indépendamment de cela, elle doit consacrer douze à quinze miUions de livres sterling par an à nourrir la seule guerre d'Espagne ; sa dépense annuelle est montée à la somme énorme de cent millions de livres sterhng. Il faudrait presque un miracle pour qu'elle pût suffire encore longtemps à des efforts pareils ! Peut-être est-ce un bonheur pour le monde que le ministère anglais ne soit pas.
14 LE CHKVALIEli DE GENTZ.
dans ce moment-ci, composé de ces génies transcendants qui bravent toutes les difficultés et tous les calculs. Les hommes qui dirigent aujourd'hui ses conseils, quoique rien moins que dénués de lumières et de moyens, sont cependant de cette trempe i)lus traitable que les esprits ardents qualifient souvent de faiblesse. Dans une époque où le sort de tant de pays dépend plus de la sagesse que de la force, cette prétendue faiblesse du Gouvernement anglais peut devenir la sauvegarde de l'Angleterre et une planche de salut pour toute l'Europe.
vienne, 14 avril 1813.
Le cabinet de Vienne, grâce à l'habileté extrême de sa conduite, s'est placé enfin dans une attitude absolument indépendante; l'Empereur Napoléon lui-même reconnaît cette attitude, et comme il ne peut plus prétendre que l'Autriche se contente du rôle subalterne de puissance auxiUaire, il voit bien que ce caractère d'indépendance, (jue ni lui ni aucun autre n'est plus en état de lui disputer, fournit à l'Autriche les moyens de rendre à toutes les
Puissances belligérantes les services les plus essentiels. Cette situation éminemment favorable paraît avoir échappé jusqu'ici aux yeux des observateurs superficiels ; et voilà pourquoi le système politique de l'Autriche est une espèce d'énigme pour le public.
C'est à l'ombre de cette indépendance, dont TAutriche jouit sans s'en vanter, que cette cour a pu envoyer des ministres aux deux cours principales de la coahtion, que le comte Stackelberg, ministre de Russie avant la guerre, a pu être reçu de nouveau à Vienne, sans y déployer cependant publiquement son caractère , et que le ministre de Prusse ' a pu continuer ses fonctions diplomatiques malgré ralliance contractée par sa cour avec la Russie. C'est à la faveur de cette même situation qu on a nourri depuis quelque temps (bien avani que le public s'en fût douté ) l'idée de charger le comte Stadion^ de la mission intéressante de s'cxphquer, au nom de cette cour, avec l'Empereur de Russie , sur les principes à adopter pour amener de manière ou d'autre une paix juste, solide, durable, d'accord avec les intérêts permanents de 1 Europe. Le choix ne pouvait pas être mieux fait.
> Le baron Guillaume de Humboldt.
- Minislic des affaires étrangères de 1805 à 1809.
Le comte Stadiou est un homme d'Etat d'infiniment de lumières et d'expérience , dont le mérite est généralement reconnu, et dont le poids personnel se fera avantageusement sentir dans toute négociation quelconque. On sait d'ailleurs que l'Empereur de Russie le recevra avec une bienveiUance particulière
Nous avons reçu hier les discours et communications que l'Empereur Napoléon a Faits à son Sénat, tant sur la régence conférée à l'Impératrice pendant son absence de Paris, que sur la déclaration de guerre de la Prusse et les mesures à prendre à cette occasion. Les pièces relatives à la Prusse remplissent les quatre grandes feuilles de supplément au Moniteur.
La nomination de l'Impératrice à la régence , moyennant laquelle cette princesse doit même assister aux délibérations du Sénat, du Conseil d'État, etc., est regardée par les hommes éclairés comme un symptôme de la dernière faiblesse. L'idée de voir une femme prendre part aux affaires du Gouvernement a toujours été peu goûtée en France. Mais que le chef d'un gouvernement miHtaire, qu'un homme qui jusqu'ici n'a exercé son immense pouvoir que. par la force des armes et l'éclat de ses conquêtes , ait pu proposer un arrangement pareil, voilà ce qui a frappé tout le monde. La surprise a
été d'autant plus grande que l'Impératrice, élevée à la cour de son père dans des principes respectables, mais absolument étrangers aux affaires publiques , ne peut pas même être supposée capable de s'acquitter avec succès d'une tâche fort au-dessus de ses moyens. Plusieurs personnes imaginent que cette démarche n'a été faite par Napoléon que pour flatter la cour de Vienne. Si tel avait été son but, on peut dire qu'il l'a complètement manqué. Mais il est bien plus vraisemblable que ce sont ses embarras directs qui lui ont suggéré ce projet bizarre
Kdnigjjiàtz, 14 juin 1813.
Le cabinet de Vienne est à présent le centre et le pivot de toutes les négociations. La Paissie et la Prusse paraissent s'en remettre à l'Autriche avec une confiance illimitée. Ces deux Puissances ont constamment repoussé toutes les insinuations par lesquelles, pendant les pourparlers sur l'armistice, M. de Caulaincourt ' a paru vouloir les en-
* Duc de Vioence, envoyé par Napoléon pour traiter de l'armistice qui fut conclu le 4 juin.
gager à traiter séparément avec son maître ; elles ont hantement déclaré qu'elles ne feraient rien sans l'inlervention de l'Autriche. C'est donc elle qui doit porter la parole, et essayer s'il existe des moyens de mettre un terme à ces terribles complications. M. le comte Metternich doit soutenir aujourd'hui par ses talents tout le fardeau des destinées futures de l'Europe.
T^es articles préliminaires par lesquels on entamera cette grande lutte diplomatique ' sont ceux que j'ai eu l'honneur de spécifier à Votre Altesse dans mes dernières dépêches^. Ce sont les seuls sur lesquels l'Autriche insistera directement; sauf à appuyer ensuite indirectement, dans une négociation générale, les demandes ultérieures de telle ou telle Puissance, selon qu'elle les croira justes et exécutables
' 1" La dissolution du duché de Varsovie; 2° le rétablissement de la monarcliie prussienne; 3" la restitution de quelques-unes des provinces que l'Autriche avait perdues dans les guerres précédentes; 4" la liberté des villes maritimes de l'Allemagne.
^ Omises parce qu'elles se rapportent à des objets amplement connus.
L)j: l'ECU ES inédites : isjs. 19
Au château de Nachod en Bohème, 24 juin 1813.
La Russie et la Prusse ont l'aversion la plus prononcée pour toute paix qui ne répondrait pas, soit en entier , soit au moins en très-grande partie , aux vues dans lesquelles ces deux Puissances ont formé leur dernière alliance. La Prusse, dont l'existence future est absolument attachée à l'issue de cette lutte , doit naturellement pousser à l'extrémité cette aversion et le désir de résister à la France. Mais l'Empereur de Russie, comme j'ai pu m'en convaincre dans toutes les conversations que j'ai eues avec lui, quoique guidé par des motifs beaucoup moins directs et moins impérieux , partage cependant entièrement les principes de la Prusse. Son âme est révoltée de l'idée d'abandonner la cause de ses alliés. Il croit d'ailleurs que le moment présent est unique pour rétablir l'équilibre politique et une tranquillité stable en Europe ; il est persuadé que les avantages dont on jouirait aujourd'hui, en poussant la guerre avec vigueur, ne se reproduiront pas de sitôt. EnHn, sentiment, point d'honneur, calcul politique, tout l'anime à la continuation de la guerre .
CependaiU l'Empereur et le Roi, et la plupart des ministres et généraux russes et prussiens, ne méconnaissent pas assez leur situation et la tâche immense qui les attend, pour ne pas sentir que, sans la coopération de l'Autriche, il est à peu près impossible d'obtenir des succès réels. Par conséquent, ils sont forcés de modifier leurs vues, leurs plans, leurs désirs, d'après la manière de voir et la marche politique de l'Autriche; celle-ci, quoiqu'elle ne leur soit nullement contraire, et quoique ses principes généraux et ses vœux secrets s'accordent parfaitement avec les leurs, et qu'elle n'ait rien négligé pour les en convaincre, n'élève cependant pas au même niveau ses vues et ses prétentions; partant d'un point de vue plus sobre et agissant d'après des principes plus modérés, ses démarches doivent tendre plutôt à tempérer qu'à seconder l'ardeur des alliés.
Le Gouvernement autrichien paraît convaincu que, malgré tous les avantages du moment, les moyens pour abattre la prépondérance de la France ne sont pas mûrs; que Napoléon a prouvé de nouveau' combien, par sou génie militaire, il peut suppléer à l'imperfection de ses instruments et contre-balancer les combinaisons de ses ennemis ;
' Par la campagne de Silésie.
que si ses talents ou sa fortune , et ce qui est peutêtre le point principal, — l'absence d'un général assez habile pour lui disputer sa suprématie, — lui faisaient encore gagner une ou deux batailles contre les alliés, ou déjouaient les efforts de l'Autriche en cas qu'elle eût pris les armes contre lui, le sort de l'Europe redeviendrait ce qu'il était en 1811, et peut-être plus déplorable que jamais ; que des considérations aussi majeures doivent engager les Puissances à se contenter de ce que l'on peut obtenir, sans prétendre à des avantages chimériques; et que les vœux raisonnables des Souverains doivent se borner (s'il est encore possible de l'atteindre) à une paix qui , en assurant une amélioration quelconque du système actuel et quelques barrières contre de nouveaux dangers, laisserait autant de gagné pour le présent, et offrirait la perspective d'un meilleur avenir.
L'Autriche est d'accord avec les alliés sur (juelfjues-unes des conditions essentielles de la paix. Elle admet, comme les alliés, que cette paix ne serait qu'un vain simulacre si 1° elle ne faisait pas rentrer la Pologne, parla dissolution du duché de Varsovie, dans l'état où elle était avant 180G, et si 2° la Prusse n'était pas entièrement rétablie et placée dans une situation qui lui assurât toute son indépendance. A ces deux articles fondamentaux l'Autriche ajoute-
rait probablement la restitution des [)rovinces illyriennes, y compris la Dalmatie. Jusque-là on est pleinement d'accord , et, d'après toutes les démarches faites jusqu'à présent, on peut et doit présumer que, si même ces conditions modérées étaient définitivement repoussées par Napoléon, ri\utriche aurait recours aux armes et se joindrait à la coalition.
Mais deux autres questions plus critiques se présentent à la suite de cette question préalable.
Premièrement : L'Empereur Napoléon fera-t-il tant que de se soumettre seulement à ces conditions essentielles, sur lesquelles l'Autriche et les Puissances alliées sont également déterminées à insister? Sccondeiuent : Si Napoléon se prête à ces conditions , la Russie et la Prusse se contenterontelles de ce premier avantage , et signeront-elles la paix, sans pousser leurs demandes beaucoup plus loin?
La première de ces questions doit se décider dans peu de jours. Jusqu'à présent, l'Empereur Napoléon, quoique protestant de son intention sincère de faire la paix et de se résoudre même à des sacrifices pour y parvenir, ne s'est point encore prononcé d'une manière formelle sur aucun des objets qu'une négociation de paix pourrait embrasser. Dans le fait, il y a aujourd'hui presque autant de
raisons pour croire que pour ne pas croire qu'il se prêtera de bonne foi à une négociation. En retournant d'ici à Gitschin ', M. de Metternicii était principalement occupé à constater ce grand point préliminaire ; et d'ici à la fin de la semaine nous saurons quel est le résultat. Car si Napoléon ne s'engage pas d'avance ( ne fût-ce que très-confidentiellement), vis-à-vis du Gouvernement autrichien, à céder au moins sur les conditions les plus indispensables, tout congrès quelconque ne serait qu'un jeu inutile.
Quant à la seconde question, voici ce que l'on peut en dire aujourd'hui. Quoique la Russie et la Prusse ne désirent au fond que la continuation de la guerre , et ne regardent toute tentative de négociation que comme un moyen d'y faire participer l'Autriche , leurs dispositions changeraient cependant lorsqu'elles verraient que l'xlutriche, obtenant les conditions qu'elle demandera conjointement avec les alHés et n'étant plus, dans cette hypothèse, liée par aucun autre engagement, s'occuperait sérieusement du projet de terminer la guerre ou répugnerait au moins à tout ce qui pourrait l'y entraîner elle-même. Car, comme il est généralement reconnu et admis que pousser la
' Où se troiivail l'Empereur d'Autriche.
guerre sans l' Autriche serait une résolution trop hasardée, il est à croire que, dans ce cas-là, les alliés se rapprocheraient de la ligne que l'Autriche a tracée comme le niiiiiimim des conditions de la paix, et finiraient par la signer avec elle. Toutefois ils ne prendront ce parti qu'après avoir épuisé toute autre tentative. Il faut avoir vn et entendu de près les Souverains alliés et leurs ministres pour savoir ce qu il leur en coûtera de renoncer à leurs projets et à leurs espérances.
Il y a encore une circonstance qui les embarrassera peut-être beaucoup, dans les démarches auxquelles ils pourraient se décider pour ne pas séparer leur politique de celle de l'Autriche et ne pas s'exposer à poursuivre la guerre tout seuls : ce sont leurs rapports avec l'Angleterre. Il est singulier : sans doute, que, pendant que la Russie et la Prusse se concertaient avec le cabinet autrichien sur les bases d'une négociation de paix, ces mêmes Puissances aient pris avec le Gouvernement anglais les engagements les plus positifs pour une continuation vigoureuse de la guerre. Elles ont été portées à ces engagements par leur détresse extrême en fait de ressources pécuniaires, et autant peut-être par le désir secret de leurs cabinets de conserver un prétexte de plus pour échapper à une paix qu'ils redoutent
Au château de Ratiborziz en Bohème, 4 juillet 1813.
Le départ du comte Metternich de Gitschin fut retardé jusqu'au 24 au soir. Il arriva à Dresde le 25 dans la nuit. Le 26, il eut avec l'Empereur Napoléon une conférence qui dura plus de huit heures de suite. Cette conférence fut dans plusieurs moments très-vive et même très-orageuse. L'Empereur était en général fort animé, et se livra de temps en temps à des mouvements assez passionnés. Un témoin eût cru plus d'une fois la rupture inévitable. Mais M. de Metternich, par son calme, par sa fermeté et par sa connaissance parfaite du caractère de l'Empereur Napoléon, sut le ramener sans cesse aux bornes de la modération , et l'on se sépara dans des dispositions très-amicales. Les trois jours suivants, il y eut des communications fréquentes, tant par écrit que de vive voix, entre les deux parties; et le 30 juin, le comte Metternich fut admis à une dernière conversation très-longue et très-confidentielle avec l'Empereur. Avant-hier, 2 de ce mois, le comte Mcttcinich fut de retour à Gitschin ' .
! Les détails de cette entrevue intéressante sont |)eu connus; le
V'otre Altesse aura vu dans ma dernière dépêche qu'au point où les choses en étaient venues, il s'agissait avant tout de constater d'une manière satisfaisante si l'Kmpeieur Napoléon avait ou non, après ses succès du mois de mai, l'intention sérieuse de se prêter à uue négociation de paix. L'invitation de se rendre à Dresde, que le comte de Metternicli reçut le 22, arrivait donc parfaitement à propos pour seconder cette recherche préalable; et l'on devait s'en promettre d'autant plus de succès, que le duc de Bassano ' accompagna cette invitation de l'assurance " que S. M. l'Empereur ne visait qu'à une paix telle que chacun aimerait à rester dans la position dans laquelle il se trouverait placé par elle » .
Sans que l'on puisse dire que le séjour du comte Metternich à Dresde ait complètement édairci les grandes questions et aplani toutes les difficultés, il est toujours certain qu'il a considérablement avancé les mesures qui, tôt ou tard, doivent conduire à la paix. De tout ce que Napoléon lui a dit dans ces entretiens si prolongés et si intéressants,
récit que contient l'ouvrage de M. Fain, t. II, p. 36, est réfuté dans une lettre du prince Metlornicli au l)aron de (îa{;ern , insérée dans la Bioi/mpliic du baron de Stein, par Fkiit/,, t. VI, 2 annexe, p. 283. Les données les plus authentiques se trouvent dans 17//^toire du Consulat et de l'Empire de M. TiHEns, t. V, p. 86. ' Maret, ministre des affaires étrangères.
la substance est " qu'il ferait de très-grands sacrifices, et serait facile et coulant au delà de ce qu'on pouvait attendre, pour obtenir la paix générale; qu'il apprécierait les bienfaits de cette paix , et qu'il en sentait et reconnaissait la nécessité pour lui aussi bien que pour les autres ; que quant à une paix simplement continentale, Il ne se refuserait pas non plus à l'acbeter par quelques cessions , mais que, comme cette paix n'intéressait pas à beaucoup près ses peuples autant que la paix [générale, tout le monde trouverait juste qu'il mît des bornes beaucoup plus étroites à ses déterminations » .
La paix générale est évidemment entre les mains du Gouvernement anglais ; et les dispositions de ce Gouvernement ayant été jusqu'ici aljsolument contraires à la paix et même à toute tentative de négociation, il était impossible d'indiquer sur-le-champ un moyen propre à remplir ce que Napoléon annonça comme le comble de ses vœux. Il ne lestait à M. de Metternich qu'à préparer et assurer, autant qu'il le pouvait, la paix continentale, la seule qui aujourd'hui se trouve plus ou moins à notre portée, celle d'ailleurs qui nous touche de plus près, et que l'on peut regarder avec raison comme le premier pas vers une pacification générale. Et c'est sur cet objet-là que M. de Metternich a concentré tous ses efforts
L'Autriche, qui ne voulait et au fond ne pouvait entrer clans cette négociation, ni comme alliée de la France ni comme alliée des Puissances coalisées, avait vu depuis longtemps que le rôle de médiateur était le seul qui pouvait justifier et légitimer son intervention. Il est sûr, cependant, que jusqu'ici le cabinet de Vienne n'avait pris le titre de médiateur que de son propre chef et de sa propre autorité. Napoléon, sans avoir protesté contre ce titre, ne l'avait jamais formellement reconnu. Il avait parlé d'entremise, mais non pas de médiation. Cette dernière forme devait même avoir pour lui quelque chose de particulièrement déplaisant, puisqu'elle impliquait l'extinction d'une alliance à laquelle l'Autridjc, sans jamais la rompre ouvertement, était parvenue à se soustraire peu à peu. Faire consentir Napoléon à la médiation formelle de l'Autriche n'était donc pas une tâche si facile.
Cependant le désir de Napoléon de ménager la cour de Vienne l'emporta enfin sur toutes les objections , et le talent et le savoir-faire de M. de Metternich firent le reste. La veille de son départ de Dresde, l'Empereur convint avec lui qu'on ouvrirait des n(''gociations pour une paix continentale, entre les plénipotentiaires français, russe et prussien ; — que Prague serait l'endroit où se tiendraient les conférences ; — que l'Autriche piésiderait à ces
conférences comme Puissance médiatrice; — que si ces néjjociations conduisaient au but désiré , c'est-à-dire à un arrangement pacifique entre les Puissances continentales, cet arrangement serait envisagé comme la base d'une paix générale. — On dressa un acte, en forme de convention ' , sur cette espèce de règlement préalable.
La Russie et la Prusse, quoique très-acbarnées à la poursuite de la guerre , ne s étaient cependant pas refusées à un essai de négociation, voyant bien qu'elles se trouvaient dans l'alternative, ou de se soumettre à cette condition , ou de séparer tout à fait leur cause de celle de l'Autriche, ce qu'elles redoutaient plus que tout autre événement. Mais la première idée avait été de rassembler les Plénipotentiaires à Gifschin, de les accréditer simplement auprès de l'Empereur d'Autriche, de ne leur donner aucun plein pouvoir proprement dit, et d'écarter en général tout ce qui pourrait faire naître l'idée d'un congrès en forme. Votre Altesse s'apercevra bien que les articles concertés à Dresde diffèrent de ce premier projet dans plusieurs points. Il fallait donc les communiquer aux Souverains coalisés et obtenir leur consentement.
A cet effet, M. de Metternicli se rendit hier
• Nkl'mann, Recueil des tiaités et conventions, t. II, p. 365.
de Gitschiii au ch.iteaii do Ratiborziz, où il avait donné rendez-vons an comte Stadion, ministre d'Autriche résidant au quartier (][énéral de l'Empereur de Russie; au comte Nesselrode, secrétaire d'Etat de ce Souverain, et au baron Hardenberg, chancelier d'État du Roi de Prusse. Ce matin il y a eu ici une conférence dans laquelle ces points préliminaires ont été discutés. Les ministres de Russie et de Prusse, le comte Stadion, etc., retourneront demain à Reichenbach , pour présenter le résultat de cette conférence à l'Empereur et au Roi de Prusse. Si ces Souverains l'approuvent, comme il y a tout lieu de le croire , le congrès se rassemblera à Prague sans autre obstacle .
Prn(;iie, le 15 jnillci 1813.
L'Empereur Napoléon, comme je l'ai annoncé dans ma dernière dépêche, avait dit à M. de Metternich que son intention était d'envoyer à Prague le duc de Vicence (général Caulaincourt). Il avait même eu ini moment l'idée de choisir pour cette mission le duc de Bassano lui-même; mais
comme le ministre lui est trop nécessaire pour les affaires courantes, il ne donna pas suite à ce projet. La nomination du duc de Vicence eût été trèsagréable à l'Autriche, car il aurait fortement travaillé en faveur de la paix, pour laquelle lui (comme tous les grands personnages de la cour et du ministère de Napoléon) est aujourd'hui porté à un point que celui qui ne connaît pas les secrets de l'intérieur du Gouvernement français aurait de la peine à croire ou à imaginer.
Le choix de l'Empereur de Russie fut longtemps douteux. L'Empereur Napoléon avait témoigné le désir de le voir tomber soit sur M. de Nesselrode, soit sur le comte Stackelberg, ministre de Russie à Vienne. M. de Nesselrode, étant aujourd'hui, avec le titre de secrétaire d'Etat, le véritable ministre des affaires étrangères de l'Empereur Alexandre, ne pouvait point être nommé ; on ne voulait pas non plus se décider pour M. de Stackelberg. Le jour de la conférence de Ratiborziz (4 de ce mois), dont j'ai rendu compte à Votre Altesse, M, de Nesselrode me dit lui-même qu'il n'y avait plus à choisir qu'entre le comte Schouwaloff ' et M. d'Anstedt, le projet d'envoyer M. Alopeus, ci-devant ministre en Suède, étant entièrement abandonné.
• Général, aide de camp de rEmpeieui Alexandre.
Au retour de INI. de Nesselrode à Reichenbach, après la conférence de Ratihorziz, l'Empereur prit enfin le parti de nommer M. d'Anstedt pour le congrès. M. d'Anstedt est un homme de beaucoup d'esprit et de talent, qui a été pendant sept ou huit ans secrétaire d'ambassade , et plusieurs fois chargé d'affaires à Vienne, qui depuis a été employé dans le bureau des affaires étrangères et dans quelques commissions particulières assez importantes, et qui, en dernier lieu, a accompagné l'Empereur Alexandre comme un de ses secrétaires de cabinet, partageant avec M. de Nesselrode l'expédition des plus grandes affaires. Il a le titre de conseiller privé (ce qui lui donne le rang de lieutenant général) et est décoré de deux ordres de Russie. — Pour la forme, la seule objection contre ce choix était que M. d'Anstedt n'avait jamais occupé une place quelconque de ministre, pas même à une cour de second ordre, et qu'il n'avait fait sa carrière que dans des emplois suballcirnes. Mais ce qui constituait le grief réel contre lui, c'était la réputation qu'il avait acquise d'un caractère peu conciliant, d'un esprit extrêmement caustique et mordant, et d'une aversion très-décidée contre la paix. Pour être juste, il faut avouer que ce grief n'était pas absolument chimérique.
Aussitôt que l'Empereur Napoléon eut appris
DKPÉCIIES I>JKD1TES : 1813. 33
les nominations de la Russie et de la Prusse, il fît déclarer à M. le comte Bubna ' qu'il n'avait rien à objecter contre le choix de M. le baron Humboldt, jouissant en Prusse du rang de ministre d'État, et partout ailleurs de la réputation d'uu diplomate distingué , mais qu'il était surpris de celui de M. d'Anstedt, qu'il ne pouvait attribuer qu'à l'intention secrète de paralyser et de frustrer les négociations ; qu'après une pareille démarche, il ne pourrait plus être question ni du duc de Vicence, ni d'un individu de son rang, et que l'Empereur se réservait de chercher quelqu'un qu'il jugerait plus propre à traiter avec un négociateur tel que celui que l'Empereur de Russie avait désigné.
Aujourd'hui enfin, un courrier est arrivé du général Bubna, et d'après le rapport de celui-ci, on croit que le choix de l'Empereur Napoléon tombera sur M. Bignon , qui a été ministre de France à plusieurs cours de second ordre, et employé dernièrement comme commissaire du Gouvernement français auprès de la diète de Pologue dont il avait partagé encore les derniers travaux à Cracovie. Si la nomination de M. d'Anstedt était, du côté de la Russie, une démarche de mauvais anguie, celle de
' Gén:TaI aiilriiliicn , cm mission extraordinaire près rEinperem Napoléon.
34 LE CHEVALIER DE GEiNTZ.
M. Bignon, du côté de la France , le serait encore bien davantage.
Entre autres suites fâcheuses, il en résultera que M. de Metternich , vu la singulière composition de ce congrc'S et la manière dont on y procède de toutes parts, se refusera à y présider en personne , et (tout en restant ici pour diriger l'ensemble) substituera pour la forme quelqu'un dont le rang et les rapports diplomatiques soient plus conformes à ceux des plénipotentiaires nommés par la Russie et la France.
Voilà, Monseigneur, l'histoire secrète, mais exacte et authentique, des difficultés qui ont retardé cette négociation. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'elle s'ouvre sous des auspices peu heureux, et qu'à moins de prendre une tournure bien différente de celle qui s'annonce, elle finira sans avoir produit aucun bien. L'Empereur d'Autriche et son ministre sont au fond les seuls qui désirent sincèrement la paix; mais ils ne la regardent plus que comme une chance peu probable
Prague, le 25 juillet 1813.
Le voyage du comte Metlemich à Dresde avait été terminé par des arrangements qui paraissaient ne plus laisser de doute sur l'ouverture prochaine des négociations de paix. On avait signé le 30 juin une espèce de convention par laquelle l'Empereur Napoléon reconnut et admit sans restriction la médiation de l'Autriche au congrès préalable qui devait se réunir à Prague. On croyait que le 8 juillet tout serait prêt pour le congrès. M. de Metternich eut le 4 juillet une conférence avec les ministres de Paissie et de Prusse, dans un château sur la frontière de la Silésie , où il leur fit part de ce qui avait été convenu à Dresde. Après quelques débats sur les formes à observer dans la négociation, — les Puissances alliées ne voulant pas autoriser leurs plénipotentiaires à traiter directement avec ceux de la France, — on s'accorda sur les points préalables; la lîussie et la Prusse consentirent à la prolongation de l'armistice ; mais comme le 8 paraissait trop rapproché, on fixait le 12 pour le jour où les plénipotentiaires de ces deux cours devraient être rendus à Prague.
36 ].E cm: VAiji;i', de cent/.
Les cours alliées icmpliiont leur enj^fajjement. Le 12 de ce mois, arriva à Pra[}ue, comnic ministre plénipotentiaire de la lUissie, le baron d'Anstedt, conseiller ])rivé de l'Empereur, et comme ministre plénipotentiaire de la Prusse, le baron de Ilumboldt, etc., etc. Plusieurs jours se passèrent sans que Ton entendît parler du plénipotentiaire français. Ce ne lut que le 17 que l'on apprit que l'Empereur Napoléon avait nommé pour premier plénipotentiaiie M. de Canlaincourt , et pour second plénipotentiaire M. de Naibonne. M. de Narbonne' se trouvait à Pra.'jue depuis plusieurs jours. On se flattait que, dans 1 absence de M. de Canlaincourt, il ferait au moins les démarches préparatoires pour mettre la négociation en train. Il s était exprimé lui-même de manière à confirmer cette attente. Mais loin de la réaliser, il ne remit pas même ses pleins pouvoirs à M. de Metteniicli. Un jour s'écoula après l'autre, sans qu'il lût question de l'arrivée du due de Vicence.
Enfin, le 21 du mois, M. de Narbonue fit communication à M. de Metternicli de quelques dépêches qu'il avait reçues de Dresde. On apprit par ces dépêches que l'arranfjement formel qui devait avoir lieu entre la Trance et les Puissances alliées,
' MiiiisUe lie l;i {jucik; en 1792; (le|>ui» le mois de février 1813 ainbassadi'tir à Vienne, où il reiii[)laQa M. (JtiD.
DEPECHES KNEDITES : 1813. 37
relativement à la prolon^jation de l'armistice, avait rencontré des obstacles imprévus
Sur cet incident, M. de Metternich adressa le 22 une note officielle au duc de Bassano, dans laquelle on lui fit d'abord sentir combien il était peu convenable de traiter par les commissaires des objets relatifs à la négociation , au lieu d'en informer le cabinet autrichien, compromis d'une manière très -pénible par la stagnation absolue que causait le retard de l'arrivée du plénipotentiaire français. On ajouta ensuite que l'Empereur voulait à tout prix sortir de cet état d'incertitude qui avait subsisté depuis trois semaines, et savoir si l'on voulait traiter ou non. On insista dans des termes très-positifs sur la nécessité de commencer les néf|ociations , puisqu'il était enfin irrévocablement décidé qu'on s'opposerait à toute prolongation ultérieure de l'armistice.
On ne connaît pas encore l'effet de cette pièce; mais on a appris ce matin que l'Empereur Napoléon a enfin donné l'ordre de signer la prolongation de l'armistice, sans insister sur l'article de l'envoi des officiers dans les forteresses, mais en ajoutant toutefois la clause de six jours de dénonciation , contre laquelle, comme on sait à présent, les commissaires russes n'avaient protesté que par un malentendu. En faisant part de cette résolution, M. de
38 LE cm: VA LIEU DE GENTZ.
Narbonne a annoncé en même temps qu'il remettrait incessamment ses pleins pouvoirs, et qu'il attendait le duc de Vicence d'un jour à l'autre.
Mais en supposant même que les instruclionsdu duc de Vicence ( si tant est qu'il arrive à la fin ) soient beaucoup plus pacifiques qu'on n'a le droit de s'y attendre, il est encore difficile d'imaginer qu'elles amèneraient un dénoûment pacifique. I^es affaires sont trop avancées, les circonstances sont devenues trop péremptoires , le temps est trop court pour achever un arrangement. Tout doit être décidé, conclu el signé jusqu'au 10 août, parce que non -seulement les Puissances alliées, mais l'Autriche elle-même s'est prononcée contre toute prolongation de l'armistice au delà de ce terme. Il est vrai que l'Empereur Napoléon a insinué luimême que le congrès pouvait continuer malgré la reprise des hostilités. Mais cette insinuation, si elle étaitraême saisie parles Puissances alliées, ne lèverait point la plus grande des difficultés. Elle ne désarmerait pas l'Autriche, décidée à faire la guerre si les conditions qu'elle exigera pour la paix ne lui sont pas définitivement accordées.
Comme tout dépend ici desr('solutions d'un seul homme , on n'a pas le droit de dire que d'un jour à l'autre tout ne puisse absolument changer de face.
Mais les probabilités pour la guerre sont telles, qu'il n'y a plus qu'un changement des plus extraordinaires qui puisse tourner la balance en faveur de la paix, ou dispenser seulement l'Autriche de prendre part à la lutte générale.
Prague, le 7 août 1813.
Hier, l'Empereur Napoléon étant arrivé à Dresde le 4, les ministres de France ont remis, d'après ses ordres , une note dans laquelle ils ont également accusé l'Autriche et les Puissances alliées d'être cause du retard de la négociation. Ils ont dit dans cette note qu'en se soumettant à la médiation de l'Autriche, l'Empereur avait supposé qu'il s'adressait à un médiateur impartial, et que ce médiateur serait un conciliateur , mais non pas un arbitre ; que la forme des négociations directes et verbales avait eu lieu dans tous les congrès de paix, sans qu'on s'en soit jamais écarté; que cette forme avait d'ailleurs été concertée et reconnue dans les arrangements arrêtés à Dresde pendant le dernier séjour de M. de Metternich. Par rapport aux alliés, ils ont dit qu'il était certain qu'ils n'avaient jamais
été sincères dans cette né(jociation , et que notamment la Russie avait à peine dissimulé son dessein secret de ne se prêter à cette négociation que pour entraîner l'Autriciie dans la guerre. Ils se sont plaints de ne pas même avoir vu jusqu'ici les plénipotentiaires russe et prussien, et ont vivement attaqué la prétention de ces ministres de ne vouloir traiter que par écrit. Ils ont enfin proposé d'adopter concurremment Tune et l'autre des formes en question, d'établir une ou deux conférences par jour, et de permettre en même temps de se servir de la voie des notes, de sorte, ajoutent-ils, que » si le ministre de Russie persiste à négocier la paix sans parler, il dépendra de lui de ne se présenter aux conférences que pour y donner ses déclarations par écrit » .
M. le comte Metternich a répondu à cette note que sa cour ne reconnaissait aucune des inculpations qui lui étaient faites sur les causes du relard de la négociation ; que c'était uni(juement au Gouvernement français à réjîondre de ce retard ; que l'Autriche savait parfaitement distinguer le rôle d'un médiateur de celui d'un arbitre, et n'avait jamais prétendu à ce dernier ; qu'elle avait proposé les négociations par éciit , parce que les plénipotentiaires russe et prussien étaient liés, par des instructions positives et des motifs connus, à n'em-
ployer que celles-là • que ce ne serait pas la première fois que cette forme aurait été observée dans un congrès, attendu qu'à celui de Tesclien de 1779 il n'y avait eu qu'une seule conférence la veille du jour où la paix fut signée; que rien n'avait été fixé sur cet objet à Dresde, la convention du 30 juin n'en faisant aucune mention , et tout le reste ne se réduisant qu'à des pourparlers qui ne sauraient faire la loi, lorsque des objections puissantes rendaient impossible l'emploi de la forme désirée par l'Empereur Napoléon. Il a observé en outre, que le temps était tellement avancé et l'expiration de 1 armistice si prochaine, qu'il était difficile d'entrevoir une issue heureuse de cette négociation.
Pour éclaircir davantage ce qui est dit dans ces pièces sur les arrangements pris à Dresde pendant le séjour de M. de Metternich , je joins ici la convention du 30 juin ', par laquelle l'affaire de la médiation a été réglée. Rien n'y est dit sur l'article de la forme des négociations ; il paraît , au contraire, que M. de Metternich avait alors déjà fait sentir à l'Empereur et au duc de Hassano que les plénipotentiaires des alliés n'auraient pas la permission d'entrer en conférences directes avec ceux du Gouvernement français, et que c'était là une espèce de
' Voir la dépcclic du 4 juillet.
ménagement que la Russie et la Prusse croyaient devoir à l'Angleterre, dans une occasion où elles s'écartaient évidemment d'une des stipulations du traité qui les lie à cette Puissance.
MM. d'Anstedt et de Ilumboldt, à qui le comte Metternicli a communiqué la note des plénipotentiaires français , y ont répondu chacun par une note justificative, dans laquelle ils ont repoussé avec vigueur toutes les inculpations adressées à leurs souverains, finissant par déclarer que la proposition de joindre les deux formes et d'établir des conférences était absolutnent incompatible avec leurs instructions , et qu'ils se croyaient d'autant plus en règle parce refus, que la forme sur laquelle ils insistaient était celle que M, de Mettcrnich avait proposée lui-même lors de l'arrivée du duc de Vicence à Prague.
Après ces explications qui n'ont conduit à aucun résultat, il est aisé de prévoir quel sera le sort et quelles seront les suites de ce congrès. Il n'y a plus que trois jours jusqu'à l'expiration de l'armistice; il est décidé de toutes parts qu'on ne demandera ni accordera aucune prolongation. Par conséquent, si l'on pouvait mC'me s'entendre encore sur les formes, le temps matériel n'en manquerait pas moins pour entamer une correspondance quelconque.
Dans CCS conjonctures infiniment critiques, les ré-
DÉPÊCHES 1NÉDITP]S : 1813. 43
solutions de l'Autriche ne sauraient plus être problématiques. D'accord avec les alliés sur les principes de la guerre et de la paix, aussitôt que celle-ci devient impossible, il ne lui reste qu'à joindre ses armes aux leurs. Et voilà ce qui arrivera incessamment, selon toutes les probabilités liumaines.
Prague, 11 août 1813.
Dans la journée du 8, les plénipotentiaires de France ont répliqué à la note de M. de Metternich (dont j'ai donné la substance dans ma dernière dépêche); mais leur réplique n'étant que la répétition de ce qu'ils avaient proposé, dans leur note du 6, sur les formes à observer dans la négociation, on ne s'est plus dissimulé que l'affaire tirait vers sa fin.
Les communications particulières qui avaient eu lieu entre le duc de Vicence et M. de Metternich n'ont pas eu de résultat plus heureux. Il est sûr au moins que le terme fatal est arrivé sans que l'on ait obtenu une réponse au courrier expédié le 8 par M. le duc de Vicence.
Le 10, à minuit sonnant, les plénipotentiaires de
44 LE GHEVAIJEU DE GKNTZ.
Russie et de Prusse ont annoncé à M. de Metternicli l'expiration de leurs pleins pouvoirs. Immédiatement après, INI. de Metternich a informé les plénipotentiaires de France que le conjrrès était dissous, et en même temps il a fait remettre à M. de Narbonne, en sa qualité d'ambassadeur, une note contenant la déclaration de guerre de l'Empereur d'Autriche
Prague, 21 août 1813.
L'Empereur Napoléon a répondu à la déclaration de guerre de l'Autriche par une note dont la première partie est conçue dans des termes peu ménagés , mais dont la conclusion a l'air de ramener d'une manière assez positive les chances de la paix. Il propose d'ouvrir une négociation pour une paix générale et de rassembler un congrès dans une ville à portée du théâtre de la guerre, qui serait déclarée neutre pour cet effet. Le cabinet d'Autriche a répondu qu'il était loin de repousser cette proposition, mais qu'il la communiquerait d'abord à ses alliés. On sait déjà que la Russie et la Prusse n'y mettront aucun obstacle; tout dépendra du
DÉPÊCHES INÉDITES : ISl.'î. 45
consentement du Gouvernement anglais, sans lequel on ne fera rien dans cette affaire. Il est au reste bien entendu de toutes parts que cet essai de pacification n'arrêtera dans aucun cas les opérations militaires
(Les dépêches ultérieures ne continnnent pour la plus grande partie que des relations sur les opéraiions militaires; je les ai omises pour cette raison et n'ai conservé que les deux dépèches suivantes, signalant la reprise des négociations.)
Prague, 20 novembre 1813.
Je regarde comme probable, et même comme presque certain, que la (juerre ne finira pas de sitôt, et que Napolcon n'est pas encore disposé à une paix telle que les Puissances alliées l'exifjeraient et doivent l'exiger aujourd'hui. Aucune correspondance régulière n'a eu lieujustjuà présent à ce sujet ; mais on paraît s'être ex{)liquc indirectement par des voies particulières et non avouées. Je sais , mais le fait est peu connu et ne doit pas l'être davantage, que de ce coté -ci on a employé pour sonder le terrain M. de Saint-Aignan, qui était ministre de France auprès des ducs de Saxe , qui a été pris dans les environs de Weimar ( ou qui s'y
hG LE CIIEVALIEU DE GENTZ.
est laissé prendre, à ce que d'autres disent), et auquel on a permis de se rendre au delà du Rhin'. Du côté de la France , quelques a{jenls secrets, et entre autres M. Labouchère, fameux banquier de Hollande, dont on s'était servi il y a quelques années pour préparer une négociation à Londres, ont paru à Francfort*. Mais on paraît avoir bientôt senti qu'on était à une trop grande distance pour entamer seulement une négociation avec le moindre espoir de succès.
De grandes délibérations ont eu lieu à Francfort sur le parti à prendre dans cet état des choses. Aucun des souverains alliés ne portait ses vues politifjues au delà du Rhin; et les mêmes principes justes et modérés qui ont présidé à la formation de la grande alliance l'animent et la dirigent jusqu'à ce jour. J'en suis très-intimement convaincu. Mais si l'Empereur Napoléon ne veut absolument écouter ancun autre conseil que celui de son aveugle ambition, il est clair que les plans militaires ne peuvent pas se borner au Rhin. La guerre ne peut pas devenir stationnaire ; bon gré mal gré, il faut qu'on la pousse en avant pour amener, s'il est possible, des conjonctures assez
' Les rapports de ^L de Saint- Aigiian se trouvent da<is les Mémoires de Napolcon, par .Moxtholon, t. IF, p. 280 et 28'«-. 2 Où se trouvait le quartier général des alliés.
fortes et assez décisives pour qu'il ne reste plus à l'auteur de tant de maux aucune chance raisonnable de les prolonf^er ou de les perpétuer.
l'ribourg, 19 décembre 1813.
La nomination du duc de Vicence au département des affaires étrangères à Paris a opéré un changement sensible dans les dispositions et le langage du Gouvernement français , par rapport à la grande question de la paix.
Les ouvertures verbales faites à Francfort à M. de Saint-Aignan (beau-frère du duc de Vicence), dont je vous avais informé dans une de mes dépêches de Prague, ne produisirent d'abord qu'une note assez froide et insignifiante par laquelle le duc de Bassano annonça au prince Metternich que l'Empereur était toujours prêt à négocier, si l'Angleterre voulait être de la partie, et qu'il proposait la ville de Manheim pour y réunir un congrès de paix. Le priuce Metternich répondit à cette note que ce ne serait pas sur un fondement aussi vague que les Puissances alliées s'engageraient dans une négo-
ciation sérieuse, et qu'avant lont il leur importait de savoir si l'Empereur Napoléon adoptait ou non les bases générales et soiuDiaires qu'on avait articulées vis-à-vis de M. de Saiut-Aijynan '. Ces bases étaient : le Rhin, les Alpes et les Pyrénées pour frontières de la France, — cessation de tout pouvoir direct sur le pays en dehors de ces frontières, — indépendance entière de l'Italie, de l'Allema- (jne et de la Hollande. La réponse de M. de Metternicli doit être arrivée à Paris le 24 ou 25 novembre; quelques jours après, le portefeuille des affaires étran.^ères fut ôté au duc de Bassano , et son successeur, le duc de Vicence, débuta dans sa carrière par une note adressée au prince Metternich , en date du 2 décembre'"; pièce mémorable, d'une grande importance pour le dénoûment final, et dont l'esprit et les termes contrastaient d'une manière très -frappante avec les dernières expéditions du duc de Bassano. Dans cette pièce, le duc de Vicence déclare que l'Empereur, pourvu que l'An- .«leterre fût sincèrement disposée à la paix, était résolu de la négocier sur le principe de rÉguii.imJE POLITIQUE DE l'Europe, et que, pour ne plus laisser de doute sur la sincérité de ses intentions, // adop'
' Mc'moirex de J\'a;>olcoii, par Momiioi.hn, t. Il, p. ii82 et 288. - Mémoires de Kupoléun, t. II, p. 292.
lait les hases générales et sommaires articulées visà-vis de M. de Saint-Aignan ! Cette déclaration, toujours étonnante, qnoique bien préparée par les succès décisifs des alliés et les embarras extrêmes de Napoléon, fut reçue à Francfort le 10 décembre. On en prit acte sur-le-cbamp pour annoncer au duc de Vicence que, si telles étaient les dispositions de l'Empereur, rien ne s'opposait à l'ouverture des négociations, qu'on en ferait incessamment part an Gouvernement anglais, et lui demanderait d'envoyer un négociateur; que toutefois l'attitude des Puissances alliées étant telle qu'elles ne pouvaient pas arrêter leurs opérations avant que des préliminaires fussent signés, la guerre irait son train jusqu'à cette époque. On envoya en Angleterre le général russe Pozzo di Borgo, très-versé dans les affaires diplomatiques et connaissant particulièrement l'Angleterre, où il a résidé pendant plusieurs années. Il a pris le cbemin de la Hollande, de sorte que le résultat de sa mission peut être connu d'ici à quinze jours. Ce résultat est facile à anticiper. Le Gouvernement anglais, intimement lié avec l'Autriche , et lui abandonnant avec pleine confiance la direction des affaires politiques générales, ne portera aucun obstacle à la négociation ; elle nommera un plénipotentiaire, et, à moins de quelque nouvel incident, cette négociation pouna com-
. mencer dans le cours du mois de janvier. Mais les opérations militaires n'en seront pas moins poursuivies avec la plus ^rande vigueur, puisqu'on espère empêcher ainsi la réorganisation des armées dans l'intérieur de la France, et consolider d'autant plus la disposition pacifique de Napoléon
(Les dépêches du mois de janvier ont trait à la mission de loid Casilereagb au quartier général, et aux négociations qui inaugurèrent les conférences de Châtillon <.)
Vienne, 5 février 1814.
Depuis que la France est envahie de toutes parts, on s'est familiarisé partout en Europe avec l'idée de la destruction totale du gouvernement actuel et du rétablissement de la famille de Bourbon. Cette idée acquiert journellement plus de faveur; je l'ai trouvée établie à Vienne fort au delà de ce que j'avais imag^iné ; je sais qu'il en est de même dans tous les autres pays. Cette question est d'un si
> Fain, manuscrit de 1814; Corre<:pondancc de lord Casllerea,,h, t. III, ch. I, p. 541; TurEHS, Histoire du Consulat et de V Empire ; Capeiicue, Histoire de fa Restauration, t. I, p. 51, etc.
grand intérêt, que vous me saurez {|ré de vous présenter quehjues données authentiques sur la probabilité de son exécution.
Il est certain d'abord que le vœu direct de la nation française n'est pas dirigé sur un changement total. Le Gouvernement n'est pas aimé, tant s'en faut, et la conduite de l'Empereur est telle qu'il ne saurait inspirer à personne ni un attachement sincère, ni même un intérêt quelconque. INFais on est complètement indifférent pour les Bourbons, et la perspective d'une nouvelle révolution fait trembler tous les Français. La seule chose qu'ils désirent, c'est la paix. Si Napoléon la signe, à quelque prix que ce soit, ils seront contents. Si la guerre l'écrase, ils se rangeront sous le drapeau de celui qui leur promettra le terme le plus prompt à leurs souffrances; ils accepteront une régence, s'il y a des hommes assez forts pour soutenir la dynastie et les débris de la fortune de Napoléon ; ils accepteront les Bourbons, si on les leiu' offre; ils les accepteront sans r(''|)ugnance, mais aussi sans empressement.
Quant aux dispositions des cabinets alliés, ilf.uil observer avant tout que la question que je viens d'aborder n'a jamais été formellement traitée entre eux. Elle est d'ailleurs préjugée pour le moment, car en s'cngageant dans des négociations
avec Napoléon, ils Font, pour ainsi dire, de nouveau reconnu, et ils se contrediraient eux-mêmes si, tout en lui offrant la paix, ils voulaient délibérer sur sa destruction. Mais autre chose est la marche diplomatique, autre chose sont les vues secrètes des Puissances, et ici il pourrait bien y avoir une divergence d'opinions assez forte. Autant que j'ai pu approfondir les pensées de ceux qui se trouvent à la tète des affaires, je crois que la Russie et la Prusse ne seraient pas mal disposées à démolir entièrement non-seulement le pouvoir, mais le trône et la dynastie de Napoléon. L'Autriche, au contraire, ne partage pas ce système ; mais si elle craint un bouleversement total, c'est moins, infiniment moins (je réponds de ce que je dis ici) à cause des liens de famille qu'elle a contractés avec Napoléon , que par la sagesse et la modération générale de ses principes, par le soin avec lequel en tout et partout elle évite les extrêmes, et par les considérations les plus justes et les plus désintéressées sur la tranquillité et les intérêts futurs de l'Europe. Après tout ce que nous avons vu, dans les dernières années, delà conduite du Gouvernement autrichien, ce système de modération , soutenu à travers toutes les crises du temps , n'a rien d'inattendu ; ce qui vous étonnera plus, c'est que, malgré rav(irsion bien prononcée de l'Angleterre , c'est-à-dire de la
nation anglaise pour toute paix quelconque avec Napoléon, les ministres angolais, au lieu de favoriser les projets exagérés, se rapprochent plutôt de ceux de l'Autriche. Lord Castlereagh est absolument d'accord avec les principes et les vues du prince Metternich, et l'union intime qui paraît s'être établie entre ces deux ministres est, sous tous les rapports présents et futurs, une des circonstances les plus heureuses et des plus rassurantes pour les grands intérêts communs de l'Europe
Vienne, 5 février 1814.
Le prince Metternich m'a chargé d'une commission que je regarde comme bien intéressante, et dont je vais m'acquitter avec la plus scrupuleuse exactitude. Le système de l'Europe a éprouvé et va éprouver encore de grands changements. Mais le maintien d'un juste équilibre entre les Puissances sera constamment le principe fondamental, la boussole et l'étoile polaire du Gouvernement autrichien. Le projet de cette cour n'a jamais pu être d'échanger seulement un danger contre un
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autre, et de détruire la prépondérance de la France pour préparer ou favoriser celle de la Russie. Le prince Metternich regarde aujourd'hui, et plus que jamais, la Porte Ottomane comme un des contre-poids les plus essentiels dans l'équilibre général de l'Europe. Son intention bien prononcée est d'agir sans cesse dans le sens de ce principe. Ses propositions, ses plans, ses démarches seront invariablement dirigés vers ce but. Il défendra les intérêts de la Porte comme les intérêts les plus directs et les plus précieux de l'Autriche elle-même; et loin de jamais souffrir que la Russie y porte la moindre atteinte, quel que soit d'ailleurs son désir d'assurer une longue paix à l'Europe, il ne craindrait pas de se brouiller avec cette Puissance si un pareil projet pouvait, dans aucun temps, lui être suggéré par de mauvais conseils. Dans ce momentci , tout fait croire que la Russie en est fort éloignée; mais on aura soin de lui faire entendre bien distinctement que telles sont, pour tout l'avenir, les vues du cabinet de Vienne, et qu'aucun autre intérêt ne l'empêchera jamais de porter l'attention la plus sérieuse sur tout ce qui tient au bien-être de la Porte et à la conservation intacte de ses possessions^ Le prince Metternich a voulu que je ftisse part à Votre Altesse de ces dispositions. Il sait. Monseigneur, que vous possédez plus que tout
autre les moyens de les faire connaître à Constantinople, et de leur donner tout le poids qu'elles méritent, surtout à une époque aussi importante que celle d'à présent; et il a cru que cette communication confidentielle valait mieux que des démonstrations officielles qui, — à une époque où les plus (jrands intérêts de l'Autriche l'engagent à ménager la Russie , et où d'ailleurs cette Puissance n'a point donné lieu de se défier de ses intentions, — seraient sujettes à des inconvénients réels.
Les termes dont je me suis servi sont ceux du prince lui-même, et je garantis à Votre Altesse, en honneur et conscience ( sachant combien l'objet doit l'intéresser), l'authenticité de chaque mot de cette communication
Vienne, 11 février 1814.
Le 2, les plénipotentiaires des alliés se sont rendus à Châtillon-sur-Seine, pour ouvrir le lendeïnain les conférences avec le duc de Vicence. Vous saviez depuis longtemps, par mes rapports, que le comte Stadion est le plénipotentiaire de l'Autri-
clie; le comte Rasoumoffsky ', celui de la Russie; le baron de Ilumboldt, celui de Prusse , pour ces conférences; mais ce qu'il y a de trèssingulier, c'est qu'il s'y trouvera trois ou même quatre ministres d'Angleterre. Peu de personnes en savent la véritable raison, mais je m'en vais vous la communiquer. Lord Castlereagh avait le choix entre les deux ambassadeurs, lord Cathcart et lord Aberdeen, et le général Stewart, ministre auprès du Roi de Prusse. Ce choix n'était pas sans difficulté. Les deux ambassadeurs sont l'un et l'autre des hommes de beaucoup de poids en Angleterre, et le général Stewart est le propre frère de lord Castlereagh. Pour ne heurter ni l'un ni l'autre de ces concurrents, lord Castlereagh a fini par les nommer tous les trois ; et pour diriger leur marche vers un but commun, il se rendra lui-même à Châtillon, sans cependant assister aux conférences. Au reste, le nombre des négociateurs est un point assez indifférent dans ces conférences, car d'après les instructions qui leur ont été données, ils doivent faire toutes leurs ouvertures en commun, ne former, pour ainsi dire, qu'une seule personne morale, et représenter l'Europe entière, déclarant à la France à quelles conditions on peut vivre en paix avec elle.
* Ancien ambassadeur à Vienne.
Vienne, 8 mars 1814.
Le [jraiid objet de la coalition avait été de combattre le pouvoir arbitraire usurpé par Napoléon sur des États à la direction desquels il n'avait aucun titre \éf^a\ , de faire cesser l'ascendant funeste qu'il exerçait sur ceux mêmes qui ne se trouvaient pas directement soumis à sa suprématie, de le faire rentrer, en un mot, dans les limites de la France, rendant à tous les pays voisins leur indépendance, leurs droits et leur ancienne prospérité.
Cet objet fut en grande partie atteint par les succès de la campagne de 1813, et surtout par la bataille de Leipzig. L'armée française était chassée de l'Allemagne. L'épuisement de la France, à la suite de deux campagnes désastreuses, était tel, que les succès remportés en Allemagne devaient décider aussi du sort de l'Italie, de la Hollande, de l'Espagne. Dans les pourparlers qui eurent lieu à Francfort avec M. de Saint-Aignan , au mois de novembre, le prince Metternicb n'hésita plus à articuler, comme base de la négociation, la frontière du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, et l'indépendance de tous les pays en deçà de ces lignes. Ces
bases furent pleinement acceptées par la note à jamais mémorable du duc de Vicence, adressée le 2 décembre à M. de Metternicb. J'ai eu l'honneur d'informer Votre Altesse de cette correspondance importante, par une dépêche de Fribourg, du 19 décembre 1813, à une époque où elle était encore bien peu connue, et où cet avis a dû avoir pour Votre Altesse un intérêt très-particulier.
Il est certain que l'acceptation de ces bases générales fut, politiquement, pour les alhés une victoire tout aussi grande et beaucoup plus décisive que ne l'avait été, militairement, celle de Leipzig. Cependant leur ardeur à poursuivre la guerre n'en fut nullement affectée. Le parti russe et prussien frémissait de l'idée seule de déposer les armes sans avoir tiré de Napoléon ce qu'ils appelaient une vengeance complète , et sans avoir enlevé à la France la totalité de ses conquêtes depuis 1792. Quelques-uns prétendaient même en détacher toutes les provinces qui bordent la rive gauche du Rhin , et déterminer la nouvelle frontière par les deux chaînes des Vosges et des Ardennes. D'autres nourrissaient dès lors le projet de renverser le trône de Napoléon , sans savoir encore par qui il serait remplacé. Le cabinet autrichien, quoique constamment dans des vues modérées, et loin de partager aucune de ces exagérations, reconnut cependant
lui-même l'utilité de quelques restitutious sur la rive {jauche du Rhin, tant pour assurer la tranquillité future de rAlIema^jne, que pour faciliter les nouveaux arran^jements de territoire indispensables à 1 époque de la paix généi"ale. D'ailleurs, le principe que les opérations militaires continueraient maljj^ré les néjjociations, — principe que Napoléon avait prononcé pour son propre malheur, après le conjjrès de Prajjue, — légitimait le projet de marcher en avant; la difficulté des subsistances le rendait peut-être nécessaire. Enfin, à défaut même de ces raisons, l'Autriche, plutôt que de compromettre l'union qu'elle rcjfjardait comme le premier des biens , aurait consenti à un plan dont une voix générale et irrésistible réclamait l'exécution.
Le moment de l'arrivée de lord Castlereagh était celui où (d'après mon opinion) on aurait dû mettre de côté tous les scrupules par lesquels on avait été retenu jusque-là, et, au risque même de quelques explications orageuses et d'un peu de refroidissement entre les alliés, aborder franchement la question sur le but dernier de cette guerre. La divergence des idées et des projets était alors déjà en pleine évidence. L'Empereur Alexandre s'était, pour ainsi dire, échappé de Bâle,afiii de n'être pas présent aux premières conférences avec lord
Castlereagh, dont on lui avait vanté la modération. La vaf^e d'aller à Paris le rendait sourd à toutes les remontrances. Il s'aperçut bientôt que le prince Schvrarzenberg ne s'empresserait pas assez de réaliser son idée favorite , et dès lors il plaça tout son espoir dans l'armée du maréchal Bliicher, où le chef et tout l'état-major, et tous les officiers de marque, abondaient dans son sens, et ne rêvaient que la marche sur Paris et la destruction du trône de Napoléon. Les mouvements audacieux et arbitraires' par lesquels Bliicher a exposé, à deux reprises, toute l'armée alliée au danger le plus imminent, et qui ont fini par lui coûter le tiers ou la moitié de la sienne, — ces mouvements étaient secrètement concertés avec l'Empereur de Russie. Lord Castlereagh et le cliancelier Hardenberg, et même le comte Nesselrode (personnellement), étaient d'accord avec les principes, les vues et la marche sage et mesurée que le prince Metternich et le prince Schwarzenberg voulaient suivre; mais craignant de se brouiller avec l'Empereur Alexandre, ils observaient une espèce de neutralité.
C'est dans cet état d'incertitude et d'irrésolution
' Qui amciièn^nt la proiniôre bataille de lirienne, ainsi que les combats du 10 au 14 février ya^jucs par les Français.
qu'on arriva à Langres '. Il fallait enfin donner une réponse positive au duc de Vicence. L'Empereur de Russie ayant directement approuvé les ouvertures qu'on avait faites par Saint-Aignan et la correspondance qui s'en était suivie , et étant lié par conséquent par les premiers résultats de cette correspondance , ne pouvait plus se rétracter an point de protester en forme contre le progrès de la négociation. La question du rétablissement des Bourbons, qui alors fermentait dans toutes les tètes, fut cependant éludée de toutes parts ; personne n'eut le courage d'en faire ouvertement l'objet d'une discussion. Il ne restait donc que de se concerter sur les conditions à proposer dans les conférences avec le duc de Vicence, reconnues comme inévitables par ceux mêmes qui y répugnaient le plus.
La composition du congrès de Châtillon n'était pas de nature à rassurer sur les effets de ces intentions hostiles". Le comte Rasoumoffsky , plénipotentiaire de Russie, connu de tout temps pour un des ennemis les plus acharnés et les plus implacables de Napoléon, avait beaucoup contribué lui-même à irriter et à exalter l'Empereur. Le baron de ïlum-
' Le 22 janvier.
2 De la Russie et de la Prusse.
boldt, un dos hommes supérieurs de notre temps pour l'esprit et les connaissances, caractère froid et sans passion, incapable d'amour et de haine, et se jouant du monde et du genre humain, n'en était pas moins décidé à seconder en tout et partout le comte Rasoumoffsky, et cela parce qu'il croyait savoir que le parti qui, à la cour de Prusse, favorise les mesures exagérées, se saisirait des rênes du Gouvernement après la paix, et qu'il en serait probablement le chef. Le comte Stadion lui-même, quoique trop loyal et trop attaché à ses devoirs pour contrarier les vues de son cabinet, avait cependant toujours conservé une répugnance secrète pour tout ce qui pouvait prolonger le règne de Napoléon, qu'il détestait avec plus de sens et de mesure, mais tout aussi cordialement que le comte Rasoumoffsky. Les trois ministres anglais n'avaient de volonté que celle de lord Castlereagh, et celui-ci, tout en désirant sincèrement la paix et en approuvant de cœur et d'âme le système modéré de l'Autriche, était obligé de louvoyer et de capituler. La peur de choquer l'Empereur de Russie, et celle plus grande encore de se compromettre vis-à-vis de l'opinion publique de sou pays, où depuis quelques mois la fureur contre Napoléon est devenue un véritable délire, lui faisaient une loi de cette conduite.
fiV LE CHEVALIER DE GEMZ.
Au moment où les conférences devaient commencer, la bataille de Brienne ' {V février) vint renforcer encore le courage et les moyens de ceux qui travaillaient contre la paix. Le prince Metternich, trop clairvoyant pour ne pas pressentir le résultat de tous ces manèges, essaya un moyen qui lui avait souvent réussi dans les moments les plus critiques de cette guerre. Il engagea l'Empereur Alexandre dans un entretien confidentiel de plusieurs heures.
L'Empereur, craignant l'ascendant du prince, craignant la force de ses arguments et la supériorité de sa logique et de son éloquence, prit le parti de la dissimulation. 11 fit semblant de se rendre à l'opinion de M. de Melternich; mais il ordonna en secret au comte Rasoumoiïsky de tout faire pour paralyser la négociation.
Elle s'ouvrit le 5 février. Après avoir échangé les pleins pouvoirs et observé les autres formalités, les plénipotentiaires des cours alliées firent la déclaration préalable qu'ils ne consentiraient à aucune discussion sur les droits maritimes, l'Angleterre ayant formellement protesté contre tout ce qui pouvait amener une discussion. Au grand étonnement de tout le monde, le duc de Vicence se sou-
' Jiecte ; La Uolliière, {"iimiée par les alliés.