‹ Dépêches inédites du chevalier de Gentz aux hospodars de Valachie pour servir à l'histoire de la politique européenneChapitre 6 sur 26 · DÉPÊCHES I^'ÉDITES · texte numérisé non relu

DÉPÊCHES I^'ÉDITES

retienne encore les princes d'un ordre inféiienr, L'Angleterre s'est imaginé , dans le commencement, qu'il y aurait moyen de sortir de cette question par un arrangement à l'amiable, et de manière à contenter tous les partis. Elle a d'autant plus volontiers suivi cette marche que l'importance supérieure qu'elle attachait aux affaires de la Poloo^ne lui faisait envisager comme un avantage majeur tout ce qui pouvait réunir la Prusse et l'Autriche sur la même ligne de négociation contre la Russie. C'est pour cela que, pendant la première partie du congrès, l'Angleterre a favorisé jusqu'à un cer»tain point les projets de la Prusse sur la Saxe. Mais depuis que les ministres anglais se sont aperçu que d'un côté ils manquaient leur but , puisque la Prusse voulait plutôt ménager que combattre l'Empereur de Russie, et que de l'autre côté l'opinion publique de toute l'Angleterre se révoltait contre l'incorporation de la Saxe, ils ont abandonné leurs premières tentatives. Les variations dans la marche des plénipotentiaires anglais sont la clef de toute l'histoire du congrès de Vienne ; ce sont elles qui expliquent pourquoi, après trois mois de durée, ce congrès n'a pu encore parvenir à aucun résultat.

Le cabinet de Vienne s'est enfin complètement expliqué sui- l'affaire de la Saxe, vis-à-vis de celui de Berlin, dans une note très-modérée, et l'on peut

dire très-amicale, du 10 décembre. Les ministres prussiens, plus montes que jamais sur l'acquisition de la Saxe, et blessés de tout ce qui s'oppose à cette idée favorite, n'ont point accueilli celte note avec les sentiments dans lesquels elle était conçue. Un refroidissement sensible en a été le résultat. La réponse que la Prusse fera à cette pièce, et qui n'est pas encore arrivée à l'heure qu'il est, décidera probablement la grande question, si un arrangement définitif est possible, ou si le congrès se dissoudra sans lésultat. Du moment que l'on s'accorde au sujet de la Saxe, toutes les autres affaires iront leur train. H est à prévoir que, grâce à la politique intéressée de la Prusse , nous ne sauverons rien , ou peu de chose , de ce que la Russie s'est approprié en Pologne; il est de même à prévoir que, si la Prusse se contentait enfin de ce qu'on veut lui céder de la Saxe, on en viendrait encore, pour la dédommager ailleurs, à d'autres dispositions territoriales en Allemagne, qui ne seraient peut-être pas du goût de tout le monde. Mais au moins les négociations s'achèveraient; le congrès finirait sans scandale ; la paix de l'Europe ne serait' pas troublée de nouveau ; tandis que si l'on ne réussit pas à résoudre la question saxonne, tout devient incalculable

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Vienne, 27 décembre 1814.

Les négociations ont pris depuis trois jours une tournure assez critique. Nous touchons à des explications décisives ; et si de l'un ou de l'autre côté il ne s'opère pas un changement essentiel dans les dispositions, cette crise peut aboutir à un dénoùment bien fâcheux.

Votre Altesse aura vu par plusieurs de mes dernières dépêches, et notamment par celle du 20 de ce mois, que nos démêlés directs avec la Russie s'aplaniraient, s'il y avait moyen de terminer par un arrangement amical ceux qui subsistent entre l'Autriche et la Prusse.

Mais cet espoir s'affaiblit de jour en jour. La réponse du cabinet prussien à la note autrichienne du 10 de ce mois était conçue dans un sens fort éloigné des propositions de la Cour de Vienne. La Prusse persiste dans ses prétentions à l'incorporation totale de la Saxe; elle offre pour le Roi de Saxe un établissement très-mesquin sur la rive gauche du Rhin; projet dont l'acceptation serait tout aussi contraire aux principes, aux devoirs et à la dignité de l'Autriche, qu'à ses intérêts les plus

essentiels. Les explications verhales qui ont accompagné et suivi cette réponse portaient un caractère plus prononcé encore.

Dans ces entrefaites, on a cru \m moment que l'intérêt évidcut de l'Empereur de Russie de s'arranger avec l'Autriche sur les objets qui le regardent directement, et principalement sur les affaires de la Pologne, l'emporterait, au moins jusqu'à un certain point, sur sa prédilection décidée pour la Prusse, et l'engagerait à entrer en matière avec le cabinet de Vienne. Il est vrai que, dans les circonstances où nous nous tiouvons, tout arrangement avec la Russie n'aurait été que très-conditionnel; car iien ne pouvait être conclu tant que l'on restait dans l'incertitude sur la question majeure, quel parti prendrait définitivement la Russie, au cas que les discussions sur la Saxe amenassent enfin une rupture entre l'Autriche et la Prusse. Cependant c'était toujours autant de gagné pour le résultat final, si la lîussie et l'Autriche avaient pu parvenir au moins à un accommodement éventuel.

Mais cette perspective même paraît s'éclipser. La Prusse a trouvé le moyen de déterminer lEmpereur Alexandre à ne plus vouloir traiter que conjointement les affaires qui regardent l'une et l'autre Puissance. Des conférences s'établiront donc dès demain entre les ministres d'Autriche, de

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Russie, de Prusse et d'An^jleterre, pour une négociation sur celte nouvelle base. La grande question de la Saxe, qui jusqu'ici n'avait été traitée que par écrit ou dans des entrevues confidentielles que le prince Metternich a eues tantôt avec le chancelier Hardenl^erg, tantôt avec lord Castlereagh séparément, y sera abordée en toute forme; et toutes les autres questions se trouvant (comme je l'ai mandé sans cesse) étroitement liées à celle-ci, le sort de ces conférences décidera de celui du congrès et des événements qui suivront le congrès.

Je ne prends pas sur moi de préjuger l'issue de cette négociation. Je me borne à vous dire qu'elle doit être nécessairement décisive, et que l'esprit général qui y régnera ne sera pas celui de la conciliation. Il est possible qu'au moment où il s'agira de prononcer un résultat qui jetterait l'Europe dans un nouvel abîme de malheurs, la Prusse, de laquelle il dépend aujourd'hui de les éviter, renonce à ses projets évidemment injustes; mais on doit être préparé à tout

Vienne, 4 janvier 1815.

Depuis que les conférences, dont j'ai {>arlé à Votre Altesse dans ma dernière dépêche, se trouvent établies, on peut dire que les véritables négociations ont commencé ; car tout ce qui s'est passé pendant les trois premiers mois du congrès n'était au fond que des préludes. Les ministres qui composent ces conférences sont, de la part de l'Autriche, le prince Metternich, assisté du baron Wessenberg ; de la part de la Prusse, le chanceHer Hardenberg, assisté du baron Ilumboldt; de la part de la Russie , le comte Rasoumoffsky, assisté de M. Cape d'Istria, ci-devant chargé d'affaires de Russie en Suisse; de la part de l'Angleterre, lord Castlereagh. On en est à la troisième conférence.

Les ministres de Russie et de Prusse ont présenté

chacun un projet crarran{jemcnt, tant sur les affaires de Pologne que sur celles de Saxe. Ces projets sont absolument conformes aux prétentions des deux Cours, telles que Votre Altesse les connaît depuis lonjjtemps par mes dépêches. La Prusse insiste sur l'exécution d'un en^jagement que les alliés ont piis avec elle, à l'époque où la grande coalition contre Napoléon s'est formée. D'après cet engagement, qui n'a cependant jamais été consigné dans des termes précis, la monarchie prussienne devait être reconstruite dans les dimensions qu'elle avait eues en 1805, pour le moins; la chance d'un agrandissement était plutôt admise que positivement articulée, lia Prusse a toujours interprété cet engagement comme établissant le principe que sa reconstruction lui assurerait une population d'au moins dix millions d'âmes; et il est vrai (jue les autres Puissances aUiées ont admis ce principe en thèse générale. Mais le grand point était de déterminer les possessions qui formeraient la monarchie prussienne dans ses nouveaux rapports, lia Prusse soutient aujourd'hui que la Saxe est le seul pays qui puisse réaliser les stipulations antérieures et lui donner un véritable ariondissement; et elle demande en conséquence la réunion totale de la Saxe à ses Etats. Quant aux pays sur les deux rives du Rhin, dont elle a déjà obtenu

quelques-uns qu'elle ne possédait pas anciennement (par exemple le ci-devant duché de Berg) et dont elle réclame encore plusieurs autres, elle se contentera d'une distribution équitable, ne veut dans aucun cas outre-passer la ligne du Main ni celle de la Moselle, et demande seulement que Mayence soit déclaré place commune pour la défense de l'Allemagne.

Les arrangements de territoire en Allemagne, proposés par la Russie, sont textuellement les mêmes que la Prusse réclame ; l'incorporation de la Saxe en fait aussi la base. Quant à la Pologne, l'Empereur ne veut rendre qu'à peu près le quart du duché de Varsovie; du côté de l'Autriche, le petit district sur la rive droite de la Vistule, vis-àvis de Cracovic, qui contient les salines de Wieliczka; du côté de la Prusse, les anciens palatinats de Posen et Gnesen ; Thorn et Cracovie doivent être déclarés villes libres, et l'Empereur se réserve de donner au duché de Varsovie telle constitution qu'il jugera la plus convenable. Il veut cependant rendre à l'Autriche le district de Tarnopol, qui avait été détaché de l'ancienne Gallicie par la paix de 1801).

Les acquisitions que cet arrangement assurerait à la Russie sont trop considérables pour ne pas inquiéter ses voisins, et pour ne pas alarmer, à

plusieurs points de vue, l'Europe tout entière. Mais rAutriche seule ne pouvait pas les empêcher; et lorsque je pourrai faire connaître à Votre Altesse tous les détails des néfjociations de Vienne, elle verra comment l'Autriche a été soutenue par les autres Puissances. Cette affaire de la Pologne, cpielque peu a^jréable qu'elle soit, doit être reg^ardée comme finie; car, si l'on était d'accord sur la Saxe, je ne doute pas que les dispositions relativement à la Polofjne ne soient sijjnées, à peu de modifications près, conformément aux propositions de la Paissie. La difficulté, jusqu'ici insurmontable, se trouvait tout entière dans l'article de la Saxe, Vous connaissez. Monseigneur, par un grand nombre de mes dépêches, les objections de justice et de droit public, d'intérêt politique et militaire, et de considérations de famille par lesquelles l'Autriche a combattu le projet de la Prusse. Elle a été dans cette cause-ci moins mal secondée que dans celle de la Pologne ; car non-seulement la grande majorité des princes d'Allemagne, et surtout la Bavière, mais encore la France, et jusqu'à un certain point l'Angleterre, se sont réunis à l'Autriche pour protester contre l'incorporation de la Saxe. Cependant l'obstination des Prussiens, considérablement renforcée depuis l'occupation provisoire de la Saxe, et l'union étroite entre le Roi et l'Empereur Alexandre,

semblaient contre -balancer l'opposition de tant d'autres Puissances; et l'on commençait à craindre bien sérieusement que cette malheureuse question pourrait amener une rupture complète. Cette crainte n'était pas sans fondement, et lorsque les négociations ont pris leur forme actuelle, et que, le 29 décembre, la première des conférences, aujourd'hui en train, a eu lieu, les personnes les mieux instruites comptaient, pour ainsi dire, les jours qui se passeraient encore jusqu'à la déclaration de la guerre. Mais depuis quatre ou cinq jouis l'horizon s'est beaucoup éclairci. La contenance ferme et sage que M. le prince Metternich a opposée à toutes les menaces et à toutes les propositions inadmissibles, la direction qu'il a su donner aux démarches de l'Angleterre, la manière extrêmement adroite par laquelle il a tenu en réserve l'opposition de la France à ces projets, ne l'employant ni trop, ni trop peu, tout cela a fait son impression sur la partie adverse. La Prusse a bien senti qu'elle ne pouvait pas seule s'exposer à une guerre avec toutes les Puissances ; et l'Empereur de Russie, quoique tout aussi porté, on peut bien dire tout aussi acharné à obtenir l'agrandissement de la Prusse que le sien propre, a pourtant été retenu de son côté par les dangers d'un nouvel incendie général, et par l'effet odieux qu'un pareil

dénoûment du con^jics produirait dans toutes les parties de l'Europe. Toutes ces causes réunies ont rendu à la nétjociatiou son caractère pacifique, et de part et d'autre on fera l'impossible pour parvenir à un arrangement. On est généralement d'accord à chercher de bonne foi de quoi satisfaire la Prusse; on paraît également persuadé que, pour atteindre ce but, il faudra lui laisser une partie de la Saxe ; mais l'incorporation totale de ce pays, son extinction comme Ëtat indépendant, et l'expulsion de la famille royale, ne sont plus aujourd'hui des événements probables. On rencontrera encore, cela est sur, quelques difficultés majeures pour épurer et terminer cette question ; mais elhî ne conduira pas à une brouillerie ouverte; le désir de la paix est trop fort et trop général pour ne pas triompher aujourd'hui de toute autre passion et de tout autre intérêt politique.

Au reste, aucun plénipotentiaire de France n'a été admis jusqu'à présent aux conférences en question. I. a Russie, et surtout les ministres prussiens, dont l'antipathie pour la France est extrême, ont, dès le commencement du congrès, insisté sur l'exécution stricte du premier article secret du traité de Paris', dans Ictjucl il est dil >< que la disposition

' Voir [t:i{',f- ~8, la note.

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à faire des territoires auxquels la France a renoncé serait ré^Ue au congrès sur les bases arrêtées par les Puissances alliées entre elles » ; ils en ont déduit le droit exclusif des Puissances alliées de traiter, par nég^ociations séparées et sans intervention quelconque de la France, de tous les objets non déterminés par la paix de Paris. La conduite que M. de Metternich a tenue relativement à cette clause, et dans laquelle lord Castlereagh l'a suivi , est encore un point qui lui fait le plus grand honneur. Il a soutenu l'espèce de prérogative que les Puissances alliées avaient acquise par l'article secret, aussi longtemps qu'il était raisonnable et utile delà maintenir; et voilà pourquoi les ministres de France n'ont eu, jusqu'ici, aucune part directe aux négociations sur la Pologne, la Saxe, l'Allemagne, etc., circonstance aussi remarquable que peu connue, et que vous auriez peut-être de la peine à croire, si je ne vous la garantissais. Mais du moment qu'il s'est manifesté que les Puissances alliées ne pouvaient plus se mettre d'accord entre elles, que leur scission pouvait amener de grands malheurs, et que les motifs de leur scission intéressaient évidemment l'Europe entière, M. le prince Metternich, de concert avec. lord Castlereagh, a hautement demandé l'admission des plénipotentiaires français. Cette proposition aussi juste que sage, re-

produite à l'ouverture des conférences d'aujourd'hui, a d'abord été vivement combattue par les ministres de Prusse et de Russie ; mais on leur a opposé des arguments si puissants , «{uc peu à peu ils ont dû fléchir, et quoique la question ne soit pas encore définitivement résolue, il ne paraît cependant plus douteux que les plénipotentiaires français soient admis aux conférences.

Le bruit s'était p^énéralement répandu ici, il y a quelques jours, que le comte Nesselrode avait perdu le portefeuille des affaires étrangères. La nouvelle était fausse ; mais voici ce qui a pu y donner lieu. On savait que depuis les premières semaines du congrès, l'Empereur s'était beaucoup refroidi à l'égard du comte Nesselrode dont les principes justes et modérés ne s'accordaient pas toujours avec ceux que son maître établissait. Il ne consultait plus depuis quelque temps que le prince Czartorisky et le baron de Stein; le premier surtout pour les affaires de Pologne, l'autre pour celles de l'Allemagne. A l'époque où le conseil secret de l'Empereur forma, sous l'influence de la Prusse, le projet des conférences actuelles, l'Empereur, au lieu d'y envoyer le comte Nesselrode, qui jusque-là avait exclusivement conduit toutes les négociations avec l'Autriche et l'xingleterre , y appela le comte lîasoumoffsky, éloigné des affaires de-

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puis qu'en 1809 il avait quitté l'ambassade de Vienne , et dont la nomination comme plénipotentiaire au congrès n'avait été considérée que comme un emploi purement honoraire. Ce fut, on ne peut le nier, une espèce de disgrâce pour le comte Nesselrode; mais le coup n'a pas porté plus loin; il a conservé sa place de secrétaire d'Etat, et même les stériles honneurs du portefeuille; et si l'Empereur ne trouve pas tôt ou tard quelque raison particulière de l'éloigner, il peut se maintenir longtemps, ne fût-ce que parla répugnance extrême de l'Empereur de confier la direction des affaires étrangères à quelque grand personnage de son Empire, et par le caractère et les dispositions personnelles du prince Czartorisky, qui, quoique certainement le premier en faveur auprès de l'Empereur, ne paraît avoir nulle envie d'une place ministérielle

Vienne, 14 janvier 1815.

J'ai eu occasion de parler ce matin à M. le prince Metternich des affaires de la Porle. Il m'a chargé d'annoncer à Votre Altesse que ses

rV2 LE CHEVALIER DE GENTZ.

intentions à cet é^jartl sont invariablement les mêmes, (jn'il icj^artle non-senlement comme un devoir vis-à-vis de notre plus fidèle alliée, mais encore comme un point essentiel pour les intérêts de l'Autriche, d'insister, dans l'arrangement définitif avec la Russie, sur la garantie des possessions ottomanes, et que, rendant justice aux observations communiquées par Votre Altesse, il évitera, dans la clause relative à cette garantie, toute expression qui pourrait être interprétée d'une manière défavorable pour la Porte. Comme je saurai au juste le moment où Ton signera le traité avec la Russie, Votre Altesse peut s'en remettre à moi , non-seulement pour la chose en elle-même, sur laquelle d'ailleurs la bonne volonté du prince Metternich doit vous rassurer complètement, mais aussi pour les renseignements les plus prompts et les plus exacts que je ne manquerai pas de vous faire parvenir

Vienne, 24 f(';vricr 1815.

INl. le prince Metteruich m'a autorisé à informer Votre Altesse de la circonstance suivante

D'après les mesures concertées entre les cabinets de Vienne et de T.ondres relativement à un article de fTarantie des possessions ottomanes , faisant partie de l'instrument de pacification générale qui sera rédigé à la fin du congrès, lord Castlereagh, dans sa dernière audience auprès de l'Empereur de Russie, a demandé à ce souverain s'il était encore disposé à signer une garantie pareille, comme il l'avait plusieurs fois promis à M. de Metternich pendant le cours de la guerre. L'Empereur lui a répondu « qu'il ne se refuserait point à cette garantie, et qu'il désirait même profiter de l'occasion pour aplanir les différends qui subsistent encore entre la Porte et la Russie au sujet de certaines places sur la mer Noire >' .

La dernière partie de la réponse ne ressemble pas mal à un subterfuge ou à une arrière-pensée; car le moyen le plus simple d'aplanir ces prétendus différends est évidemment entre les mains de l'Empereur qui n'a qu'à rendre à la Porte les points qu'il occupe en contravention directe au traité de Bukarest. Cependant, quoique avec certaines Puissances on ne soit jamais sûr de son fait, M. le prince Metternich croit que l'Empereur ne fera pas de difficulté pour accéder à une garantie que les Cours bien intentionnées pour la Porte auraient soin d'articuler de manière à placer ses droits sous

i!^!^ LE CHEVALIER DE GE>'TZ.

la sauvegarde de l'Europe, sans compromettre aucun de ses intérêts.

Plus je réfléchis moi-même à cette affaire, et plus je me suis persuadé que l'article prononçant la (garantie en question fera plus d'effet et sera beaucoup plus utile si, au lieu de lui donner la forme d'un engagement séparé , on le fait entrer dans le traité définitif sanctionné par toutes les Puissances , et Votre Altesse peut être sûre que je ne négligerai rien de mon côté pour qu'on se décide en faveur de ce dernier parti.

Vienne, 7 mars 1815.

Un courrier autrichien de Florence et un courrier anglais de Livourne, arrivés à la fois, viennent de nous apprendre la nouvelle que Napoléon s'est échappé de l'ile d'Eibe avec tous ses entours .

Quant à moi, je regarde toute l'aventure comme un coup de folie et d'extravagance, dicté par le désespoir, et surquelque endroit qu'il se soit porté, j'ai un pressentiment sûr que c'est l'acte final de sa carrière, et que sa dernière heure sonnera bientôt.

Vienne, 10 mars 1815.

Jj'Empereur Alexandre, d'autant plus ému de la grande nouvelle , que tout le monde sait que c'est lui qui a imaginé le projet d'établir Napoléon à l'île d'Elbe, fait profession de la plus grande

énergie

et se proclame de nouveau le champion des libertés de l'Europe. Mais le charme de sa popularité est détruit; il a été trop longtemps à Vienne. .

Vienne, 25 mars 1815.

.l'ai mandé à Votre Altesse que M. le prince Metternich voulait me donner une commission pour Votre Altesse; elle se rapportait à une déclaration que les Puissances alliées ont l'intention de faire, chacune de leur part, à Constantinople, pour exposer à la Porte les principes et la marche qu'elles ont adoptés relativement à l'expédition de Bonaparte. Aussitôt que cette pièce, déjà rédigée, I. 10

aura été définitivement adoptée, je m'empresserai, Monseigneur, de vous en faire part.

M. le prince Metternich a reçu les deux dernières lettres de Votre Altesse. Je n'ai pas besoin de vous parler de ses sentiments qui vous sont connus, et que, dans plusieurs occasions récentes , il vous a exprimés lui-même. Quant aux démarches qu'il avait en vue pour les intérêts de la Porte, les moyens de les réaliser, et la forme à choisir pour cet effet, elles dépendront des résolutions cpii seront adoptées sur la manière de terminer l'ouvrape du congrès, et cette question est encore indécise. Le principe et l'intention n'éprouveiont aucun changement.

Vienne, 22 avril 1815.

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