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Ibid., II, p

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du nombre des habitants parla misère. «La persuasion que le gouvernement peut empêcher la misère est la cause de toutes les révolutions. »

L’homme a droit à tous les biens; mais il faut qu’il commence par les produire. Lui dire simplement qu’il y a droit c’est lui faire comprendre que l’État doit les lui procurer, et l’Étal le plus souvent est impuissant à le faire, parce qu’il ne peut multiplier les subsistances par mesure législative.

Telle est, brièvement résumée, la doctrine de Malthus. Abstraction faite de l’encombrement des restrictions qui l’atténuent et parfois vont presque jusqu’à la contredire, la thèse principale qu’il développe en ses trois volumes se réduit à deux idées, un truisme et une erreur.

Le truisme, c’est que la population ne peut s’accroître au delà de ce que permet la quantité des subsistances. On ne peut vivre quatre où il n’y a strictement à manger que pour deux. L’erreur, c’est que la population s’élève toujours à la limite extrême imposée par la quantité des subsistances, et qu’elle tende même à la dépasser.

Elle provient de cette idée, qu’il sous-entend partout quoiqu’il ne l’exprime jamais, que le désir d’engendrer prime toujours tous les autres, le besoin de manger excepté. Une famille, un peuple, ne cesseraient de s’accroître que quand le défaut de vivres s’opposerait à leur fécondité. Proposition énorme, démentie par les faits et qui ne résiste pas même à un moment de réflexion. Malthus ne pouvait prévoir l’objection que nous fournil l’oliganthropie normande. Mais n’avait-il pas celui de Sparte, celui de l’empire romain se dépeuplant en pleine paix, au milieu de la sécurité et de l’abondance? L’extinction si rapide des familles nobles n’inflige-t-elle pas un autre démenti à la théorie?

« Sur les trois cent-soixante douze pairs temporels d’Angleterre qui existent aujourd’hui, dit Montalembeit, il ne

LE PRINCIPE DE MALTHUS

reste plus que vingt-quatre pairies antérieures à l’an quinze cents dont plusieurs n’ont duré jusqu’à ce jour que parce qu’elles étaient transmissibles aux femmes. 11 n’y en a plus que dix-sept du xvie siècle et environ soixante du xvne en comptant même celles qui ont été depuis remplacées par un titre supérieur d’une époque plus récente. — Sur les cinquante-trois duchés pairies et duchés héréditaires qui existaient en France en 1789, quatre seulement remontaient au xvie siècle. »

Est-ce au défaut de subsistances qu’est due l’extinction de ces familles? Nul ne voudra le soutenir; il faut chercher d’autres causes. Mais, en ce qui les concerne, le principe de population a une conséquence bizarre. En effet, comme elles n’ont jamais manqué de pain, rien n’a pu les empêcher de suivre une progression géométrique. D’où il suit que telle famille noble remontant à l’an mil devrait à elle seule compter, aujourd’hui, plus de dix-sept milliards de descendants.

Evidemment le « moral restreint » qu’il encourage a été pratiqué de tous temps. Il l’a même été beaucoup trop, puisqu’il a détruit les familles elles peuples les mieux pourvus sous le rapport des subsistances, et la morale n’y était certes pour rien ; car la stérilité n’avait pour cause que l’égoïsme et l’amour des jouissances.

Du reste il est certain que tout « le cliquetis arithmétique de Malthus », pour employer l’expression de Morel Vindé, ne soutient pas l’examen. Les subsistances croîtraient suivant une progression arithmétique, comme 1, 2,3, 4, 5, tous les vingt-cinq ans. — Dans quel pays et à quelle date, ce phénomène a-t-il été observé ? Il est bien vrai que depuis quatre cents ans environ, par exemple de 1485 à 1885, le bien-être a considérablement augmenté dans toute l’Europe occidentale. Mais comment établir que le sol français produit aujourd’hui précisément seize fois ce qu’il produi-

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sait au commencement de cette période ? Comment établir que l’accroissement ait eu lieu suivant une progression, c’està-dire d’une manière régulière? Que l’on prenne une autre période de l’histoire de notre occident, celle par exemple qui s’étend de l’an 200 à l’an 600 de notre ère. Peut-on dire que les subsistances aient augmenté selon une progression arithmétique? Peut-on dire seulement qu’elles aient augmenté ? A-t-on jamais vu une seule nation chez qui cette proposition, jetée avec tant d’assurance et si bien accueillie, se soit trouvée vraie seulement pendant un demisiècle ?

Quant aux progrès de la population dans les Etats où elle progresse, il est à peine besoin d’ajouter que jamais non plus on ne les a vus s’accomplir suivant une progression ni géométrique ni arithmétique. Il suffit de jeter les yeux sur un tableau graphique des progrès de la population chez les différents peuples de l’Europe, pour constater que toutes les lignes au lieu d’être droites sont brisées, ce qui est l’indice d’un progrès irrégulier. En outre il va sans dire qu’elles ne sont jamais parallèles.

« Ce raisonnement qui sert de base au système de Malthus, dit Sisrnondi et auquel il en appelle sans cesse dans tout son livre, est complètement sophistique. 11 met en opposition l’accroissement possible de la population humaine, abstraitement parlant et sans avoir égard aux circonstances, avec l’accroissement positif des animaux etdes végétaux dans un lieu confiné et avec des circonstances toujours plus défavorables. Ce n’est point ainsi qu’il faut les comparer.

« Abstraitement parlant, la multiplication des végétaux suit une progression géométrique infiniment plus rapide

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