Sismomli, Nouv. princ. d’écon. pol., II, p
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que celle des animaux, el celle-ci est à son tour infiniment plus rapide que celle des hommes. Un grain de blé en produit vingt la première année, qui en produisent quatre cents la seconde, huit mille la troisième, cent soixante mille la quatrième. Mais pour que la multiplication procède ainsi, il faut que la nourriture, savoir la terre, ne manque pas au blé; c’est tout comme pour l'homme.
« La multiplication des animaux qui doivent vivre de ces végétaux est bien plus lente. Les moutons doubleront en quatre ans, quadrupleront en huit et doublant toujours de quatre en quatre ans, ils donneront les chiffres 8, 16, 32, etc., et la vingt-quatrième année où, d’après Malthus, la génération humaine ne serait pas tout à fait doublée, celle des moutons serait déjà comme soixante-quatre est à un.
« Mais cette puissance de multiplication est virtuelle dans les végétaux, dans les animaux et dans l’homme. La puissance réelle et active est limitée pour tous les trois par la volonté de l’homme seul, » Quant à cette volonté même, elle est influencée par mille passions plus ou moins énergiques, et il s’en faut que le désir de la paternité soit assez puissant pour les dominer toutes sans conteste.
La proposition fondamentale du livre de Malthus est donc bien manifestement une erreur. Pour le truisme, il n’est tel que sous une condition, et qui en fait ne se trouve jamais remplie; car cette condition serait l’égalité absolue des fortunes.
Sur un navire pris dans les glaces du pôle où tous les hommes seraient réduits à la ration strictement nécessaire pour soutenir leur existence, l’arrivée de trois ou quatre naufragés présagerait la mort d’inanition soit pour eux, soit pour trois ou quatre hommes de l’équipage. Mais dans nos sociétés antiégalitaires, ils n’en va pas ainsi. La réponse du prolétaire expulsé « du banquet de la vie où la nature n’a
pas mis de couvert pour lui » est des plus faciles à trouver. Au millionnaire qui lui dit : « Il n’y a plus de place », il n’a qu’à répliquer : « Très bien, je vais en faire. Puisqu’il faut de toute nécessité qu’un homme sorte, mieux vaut, dans l’intérêt de tout le monde, que ce soit celui qui mange chaque jour la ration de mille personnes et qui n’en vaut pas plus pour cela. Un premier millionnaire expulsé, la population pourra reprendre son mouvement ascendant jusqu’à ce qu’il devienne nécessaire d’en expulser un autre. » Ainsi raisonnera, j’imagine, notre prolétaire, à moins qu’il ne professe, pour parler comme M. Taine, « cette morale d’oie qu’une oie est faite pour être rôtie ».
Mais ce raisonnement révolutionnaire eût paru si étrange à Malthus, qu’il ne lui est pas même venu à l’esprit qu’il pût être fait. Avec toute l’école économiste, il préfère hautement le développement de la richesse à celui de la population. Gomme un parti trouve toujours un raisonnement parfait dès que la conclusion flatte ses passions, cette préférence fit son succès près du conservatisme anglais et de l’aristocratie d’argent; c’est elle qui, encore aujourd’hui, le maintient en honneur, en dépit de tous les démentis et de toutes es réfutations.
Quarante ans avant Malthus, le marquis de Mirabeau s’élait déjà préoccupé du rapport de la population avec les subsistances. A part le vain étalage de rigueur mathématique, il avait exprimé de la manière la plus explicite la doctrine dont on a fait l’honneur à l’économiste anglais. « Les hommes, ditil dès 1750, multiplient comme les rats dans une grange s’ils ont le moyen de subsister. En ce sens, le mot de Condé a Senéf : une nuit de Paris remplacera cela, pouvait être un axiome politique bien raisonné! En ellet, à moins qu il ne survienne quelque nouvelle augmentation de subsistance dans l’Etat, il ne saurait s’élever une plante de plus qu une
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autre ne lui fasse place. Principe seul et unique, la mesure de la subsistance est celle de la population. » Et quelques lignes plus loin, il revient sur son idée : « Augmentation de subsistance, accroissement de population. » Si la France a eu Lamark avant Darwin, elle a eu Mirabeau avant Malthus.
Mais entre les deux publicistes, la différence des tendances est essentielle. Pour le philosophe français, tout pénétré du généreux esprit de son siècle, c’est l’augmentation de la population qui est tout, et la richesse, qui en est le moyen, en est aussi l’effet. « Nous allons voir, dit-il, comment accroissement de population doit faire accroissement de subsistance », et plus loin : « Le vrai principe de toute richesse est la multiplication de l’espèce humaine appelée population. C’est l’objet de ce traité. »
Des deux parties de la thèse de son devancier, Malthus a adopté la première, tandis qu’il a pris le contrepicd de la seconde. Il a fait erreur. Mais en cela, il était dans la logique des principes économiques. Mirabeau, en se prononçant, comme Montesquieu et Rousseau, pour l’accroissement de la population, s’en écartait et il en a été puni par l’oubli.
L’expulsion du pauvre hors de la société et hors de la vie résulte, comme une conséquence rigoureuse, du fonctionnement de la concurrence sans merci dans tous les domaines du commerce et de l’industrie. Plus il y a de lutte, plus il y a de vaincus, or l’économiste veut voir la lutte régner librement et sans entraves dans toutes les sphères de l’activité sociale. L’invention des machines, par exemple, remplace déplus en plus la force des bras par les agents naturels; se passer autant que possible de main d’œuvre devient une nécessité pour le détenteur de la terre et du capital, c’en est une aussi au point de vue national, puisqu’il multiplie la iproduction. Il n’en est pas moins vrai que si l’ouvrier se .trouvait par là réduit à l’inutilité et à la misère, il ne res-
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terait plus qu’à concl ure à sa suppression ou, comme moyen terme, à la suppression de sa postérité.
La lutte sans merci ayant pour effet de toujours donner plus à qui plus a et de dépouiller le pauvre du peu qui lui reste, le paupérisme est sa conséquence inévitable. Après avoir réalisé un état de choses qui appauvrit le pauvre, l’Angleterre n’avait plus qu’à produire un système qui le supprimât, en démontrant que le mieux était qu’il ne se reproduisît point. La théorie de Malthus, dit Carey, n’est qu’une description des mauvais résultats de la concurrence commerciale poussée à ses dernières limites, et, pour détruire la théorie de Malthus sur la population, il ne croit pouvoir mieux faire que de réfuter celle de Ricardo sur la rente.
Lia lutte pour la vie une fois posée en principe, la conséquence est fatale, il faut qu’il y ait des vaincus. Ceux-ci, n’ayant plus rien, n’ayant droit à aucun secours, étant réduits à n’être plus que des valeurs négatives, le mieux est qu’ils soient éliminés. Mais la lutte continue, il y aura donc de nouveaux vaincus qui seront éliminés à leur tour, et d’autres après eux, jusqu’à ce qu’il ne reste plus au monde que deux hommes dont le plus fort, le plus adroit ou le plus fripon détruira le plus faible ou le plus confiant.
Malthus valait mieux que son système et se fût indigné de ses conséquences. Mais la concurrence commerciale, généralisée en concurrence vitale, est un principe auquel on ne fait pas sa part; il veut sur ses autels l’immolation des moins bien doués et punit toute défaite d’une mort lento ou rapide.
Il en est ainsi en théorie et il en serait ainsi en fait, si lo principe de concurrence pouvait jamais régner seul parmi les hommes. Mais il est constamment mitigé par l’application du principe contraire de coordination et d’association dans l’effort, de solidarité dans la bonne et la mauvaise fortune.
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principe social à peu près ignoré des économistes anglais, mais heureusement plus familier à la pensée française et dont nous verrons ailleurs la nécessité.
Darwin a reconnu expressément que son système n’était que la généralisation du principe de Malthus.’ « La concurrence vitale entre tous les êtres organisés répandus à la surlace du globe, dit-il1, provient fatalement de leur multiplication en raison géométrique. C’est la loi de Malthus appliquée à tout le règne animal et végétal. Comme il naît beaucoup plus d individus qu’il n’en peut vivre et comme, en conséquence, la lutte se renouvelle souvent entre eux au sujet des moyens d’existence, il s’ensuit que, si quelque être varie, si légèrement que ce puisse être, d’une manière qui lui soit personnellement utile, sous des conditions de vie complexes et quelquefois variables, il aura toute chance de survivre et sera ainsi naturellement élu ou choisi: De plus, il résulte des puissantes lois de l’hérédité que toute variété due aura une tendance à propager sa forme nouvellement modifiée. »
Pour quiconque est convaincu de la valeur scientifique de la théorie de Darwin, cette communauté de principe avec celle de Malthus entraîne une difficulté apparente. On pourrait croire en effet que les deux théories sont solidaires et qu'on ne peut que les rejeter ou les adopter ensemble II n’en est rien. Malthus a appliqué à l’espèce humaine un principe qu, ne lui convient point. Darwin l’a transporté aux
animaux et aux plantes et là il est à sa place. Il sera facile de le faire voir.
« Lorsque l’on observe la nature, dit Darwin*, il est de la dernière nécessité d’avoir toujours présent à l’esprit que Chaque etre organisé qui vil autour de nous doit être regardé