‹ Dépopulation et civilisationChapitre 21 sur 98 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

EXCÈS de la natalité.

Russie d’Europe.

Gouvernement de

la Vistule

Hongrie

Autriche

Italie

Prusse

Bavière

Pavs-Bas

Angleterre

Suisse

Norwège

Belgique

Suède

France

Irlande

NATALITÉ ET CIVILISATION

Le premier l'ait qui frappe tout d’abord c’est que, à la date indiquée, la France était, de tous les États examinés, celui chez lequel l'excès des naissances sur lesdécès s’abaissait au chiffre le plus faible.

Bien que notre mortalité française ait, comme on l’a vu, considérablement diminué depuis le commencement du siècle, elle est encore beaucoup trop- élevée eu égard aux avantages de tout ordre dont jouit la France et qui devraient concourir à l’abaisser. Si l’on considère la douceur et la salubrité du climat, l’aisance généralement répandue, la fertilité du sol et la variété de ses productions ; si l’on se rappelle que ce sont surtout les décès des enfants du premier âge qui grossissent le chiffre delà mortalité générale et que la France a proportionnellement moins d’enfants qu’aucun autre peuple, il y a lieu de s’étonner qu’elle n’ait point la mortalité de beaucoup la plus faible de l’Europe. Pour elle, la mortalité normale devrait être de 14 à 15 décès par an et par 1,000 habitants.

Mais au lieu d’être au premier rang sous ce rapport, elle ne vient qu’au neuvième. C’est la Norvège, en dépit de son climat si froid et si brumeux, qui vient au premier avec 17 décès par 1,000 habitants. La Suède, encore plus glaciale, la pauvre Irlande et l’Angleterre (cette dernière à la vérité moins bien placée si l’on embrassait une période plus longue) viennent au deuxième rang et présentent de 19 à 20 décès. La Suisse, la Hollande, la Belgique viennent ensuite avec des quotients variant de 20 à 21. Tous ces pays, malgré l’infériorité évidente du terroir et des conditions climatériques, et même pour quelques-uns malgré l’infériorité de la situation économique, payent chaque année un moindre tribut à la mort que ne fait la France.

Il est vrai, que la Prusse, la Pologne russe, l’Italie et la Bavière ont de 25 à 29 décès pour 1 ,000 habitants ; l’Autriche,

DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE

la Russie et la Hongrie de 31 à 37. Mais ces Etats offrent par contre une natalité énorme.

La natalité russe, de 48,4, est presque le double de celle de la France en 1883; elle serait plus que double, si on la comparait avec notre natalité de 1886. La Russie est essentiellement un pays de viricullure et d’agriculture extensives, la Hongrie, la Pologne russe et même les États slaves de 1 Autriche, qui présentent de 44 à 38 naissances pour 1,000 habitants, sont en partie dans le même cas et fort arriérés. L’Italie, la Prusse, la Bavière et les Pays-Bas forment un second groupe présentant des natalités variant de 35 à 37.

L Angleterre, la Puisse, la Norvège, la Belgique et la Suède ont annuellement de 29 à 34 naissances pour 1,000 habitants. Ces États ont conservé, malgré une civilisation très intensive eL, en apparence, fort semblable à la nôtre, une natalité à peu près équivalente à la natalité française durant la première décade du siècle. D’après le tableau ci-dessus, un groupe de laibles natalités est formé par la France et l’Irlande avec des natalités respectives 24,7 et 23,6. On pourrait y joindre en oulie quelques-unes des parties les plus anciennement colo nisées des États-Unis, tels que le Vermont, le Rhode-Island, le Massachusetts où la natalité est des plus faibles. Mais il laut remarquer que, si, au lieu de prendre la natalité d’une seule année, on prenait la natalité moyenne des 20 dernières années, on obtiendrait 26,4 naissances pour 1,000 habitants pour l’Irlande, et pour la France 25,3 seulement Nous

prendrions place sous ce rapport au dernier raim des nations.

Des quinze États figurant au tableau B, c’est peut-être la Norvège qui se trouve présentement dans l’état démographique le plus enviable. Non qu’elle offre le plus fort excé- < ent des naissances sur les décès, car il n’est chez elle que

NATALITÉ ET CIVILISATION

de 13,8 pour 1,000 habitants; mais il tient surtout à la faiblesse exceptionnelle de sa mortalité. Or, un excédent de natalité provenant de cette cause est toujours beaucoup plus avantageux qu’un excédent égal ou même légèrement supérieur dû à l’exubérance de la natalité. Les Pays-Bas, avec un excédent de 14,5, se présentent également dans un état de santé florissante, aussi bien que l’Angleterre avec 14,1, soit 12 environ, pour une période plus longue. La Suède avec 10,1, la Prusse avec 11,2, la Suisse avec 12,2, la Pologne avec 12,7 se trouvent, elles aussi, dans d’excellentes conditions. A la vérité, la Russie présente un excédent de naissances plus considérable que ces divers États; mais elle le doit à son énorme natalité; la mortalité reste infiniment trop considérable. il est inévitable qu’un grand nombre de ces naissances donnent lieu seulement à des vies éphémères qui, loin d’ajouter à la vigueur de la nation, ne sont pour elle qu’une cause d’épuisement. Ainsi en est-il à plus forte raison de la Hongrie, qui, avec une natalité moindre que celle delà Russie, présente cependant une mortalité de 36,6 pour 1,000 habitants, la plus considérable de l’Europe, et n’a qu’un excédent annuel de 7,3 naissances sur les décès. Malgré sa grande natalité, la Hongrie présente un état démographique assez médiocre, et celui de l’Autriche n’est guère préférable.

Mais le pire de tous est de beaucoup celui de la France L’excédent annuel des décès sur les naissances, qui n’y est plus, d’après le tableau comparatif ci-dessus, que de 2,5, la place bien au-dessous des moins prospères entre les Étals civilisés.

El cet excédent, nous l’avons déjà dit, n’est pas le dernier terme de la décadence : en 1886, il n’était déjà plus que de 1,4. Demain, la lente évolution commencée, il y a plus de soixante-dix ans, poursuivant son cours avec son impla-

DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE

cable régularité, nous touchons à l’équilibre des naissances et des décès ; dans quelques années nous aurons pour tout l’ensemble du territoire un excédent des décès sur les naissances.

A quoi tient cet affaiblissement de la natalité ?

Il peut tenir à deux causes: soitàla diminution du nombre des mariages, soit à la diminution du nombre des enlants par mariage.

Le tableau ci-dessous C donne la nuptialité et le nombre des naissances par mariage en France depuis le commencement du siècle :

Tableau G. — France entière.

Combien de naissances pour 1,000 habitants?

Pour un mariage célébré, combien de naissances constatées?

DATES

NUPTIALITÉ

DATES

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