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ENFANTS

par

mariage.

On voit que la nuptialité française a quelque peu décru dans ces dernières années; mais, depuis quatre-vingts ans, elle était à peu près stationnaire entre 7,8 et 8, c’est-à-dire à un taux suffisamment élevé. On peut juger de celte élévation par la comparaison avec les nuptialités actuelles (1882 ou 1883) chez les principales nations de l’Europe :

Tableau D.

Combien de mariages pour 1,000 habitants dans chaque pays.

ÉTATS

NÜPTIAI.ITÉ.

ÉTATS

NUPTIALITÉ

Hongrie

Russie

TCo.ossp.

Gouv. de la Yistule.

Suisse

Prusse

Autriche

Angleterre

Bavière

France

Sup.rln

Italie

1 rlamlfi

Parmi les seize États qui précèdent, la France occupe le septième rang pour sa nuptialité, qui est égale à celle de l’Italie. Elle est légèrement dépassée par l’Angleterre, l’Autriche, la Pologne et la Prusse, un peu plus sensiblement par la Russie et beaucoup par la Hongrie, donL la nuptialité de '10,2 est tout à lait phénoménale. Mais elle laisse derrière elle les Pays-Bas, la Suisse, la Belgique, la Norvège, la Bavière et la Suède, qui avec leurs nuptialités médiocres, n’en ont pas moins une natalité beaucoup plus forte que la sienne. L’Irlande n’a que 4,3 mariages pour mille habitants; mais cela ne Lient pas au peu de goût des Irlandais (tour le mariage, c’est simplement un effet de la composition de la population, qui, par suite de l’émigration des adultes, renferme une proportion tout à fait inusitée d’impubères. Du reste, cette nuptialité si faible suffît encore à l’Irlande pour avoir une natalité générale supérieure à la nôtre.

Par son rang actuel comme par le chiffre élevé qu’elle a présenté régulièrement pendant si longtemps, on peut juger que la nuptialité française est satisfaisante. La propension au mariage n’a diminué que peu et depuis peu d’années. Des deux facteurs d’une natalité décroissante, celui-ci est à

DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE

peu près stable. Il faut donc que ce soit la fécondité des unions qui ait décru. Un simple coup d’œil sur la seconde partie du tableau C suffit pour prouver que c’est en effet ce qui s’est produit.

Depuis le début du siècle, le nombre des naissances pour un mariage est allé sans cesse en décroissant. De 3,93 sous le premier empire, il est tombé en 1887 à 2,90, en diminution de 0,97, soit un quart environ de son chiffre initial. La décadence a été beaucoup plus rapide dans la première moitié de la période que nous embrassons, puisque de 1800 à 1811 la diminution est de 0,72. De 1800 jusqu’aujourd’hui la décadence, entremêlée de quelques reprises, a subi plus d’oscillations que dans lepassé.En 1870-1881, lenombredes naissances pour un mariage était encore de 3,09. Aujourd’hui (1887), il n’est plus que de 2,90.

C’est encore une fois par la comparaison de ce qui se passe à l’étranger que nous pouvons apprécier la faiblesse alarmante de ce chiffre.

La Russie, toujours en tète de l’Europe pour la fécondité, complet, 7 naissances légitimes par mariage. L’Irlandecompte 4,8 naissances par mariage; l’Espagne et l’Italie 4,5, la Suède et la Norvège 4,3 ; les Pays-Ras et la Prusse 4,1 ; l’Autriche 4 et l’Angleterre 3,9.

Voici donc les deux résultats de cette étude. Il est démontré mathématiquement : 1° que c’est de l’insuffisance de notre natalité que résulte le faible accroissement de la population française; 2° que linsulfisance .de notre natalité tient elle— meme non a la diminution du nombre des mariages, mais à la diminution du nombre des naissances par mariage.

C’est dans toute l’étendue de la France que la natalité subit depuis le commencement du siècle cet abaissement graduel. Si l’on fait exception pour quelques points privilégiés jusqu’ici restés indemnes, la décadence est générale et, dans les

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pays où le nombre des naissances est depuis longtemps déjà inférieur à celui des décès, il tend à le devenir de plus en plus. ».< Que la natalité soit forte comme dans la Nièvre1 ou faible comme dans Lot-et-Garonne, elle va s’atténuant à peu près également pour tous les départements, de sorte que la natalité change vainement d’une période décennale à la suivante; comme ce changement se fait à peu près également en chaque département, la succession de ces départements rangés par ordre de natalité n’est que très légèrement modifiée. C’est là un signe de la généralité des causes qui président à ce mouvement. »

Cette quasi universalité du mal est un point de la plus haute importance dont il faut se souvenir sans cesse quand on en cherche l’explication. Cependant il est très inégalement répandu sur la surface du territoire. Pour ne prendre que l’année 1887, la natalité générale française oscillait depuis 15,1 pour le Gers; 15,7 pour Lot-et-Garonne; 17 pour Tarn-et-Garonne; 17,2 pour l’Orne, jusqu’à 34,3 dans le Finistère; 30,7 dans la Lozère et la Seine-lnlërieure, 30,5 dans le Morbihan et la Corse. Entre le département le plus fécond et celui qui l’était le moins, la différence était de plus du double.

L’individualité des départements se complique d’une individualité pour le moins aussi puissante des communes. Dans les départements les plus féconds, il arrive souvent que certaines communes présentent une natalité extrêmement taible ou régulièrement décroissante, non pas accidentellement et pour une seule année, mais pendant des périodes de vingt, trente, cinquante ans et davantage. C’est ainsi que dans un département aussi fécond que les Côtes-du-Nord, la petite île de Bréhat présente seulement (décade 18/3-1882) une nata-

1. Dr Jacques Bertillon, Annales de démographie , 1877, p. 49.

DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE

lilé de 20,8 et Paimpol 22,3, tandis qu’à quelques kilomètres de là, dans le même canton, la grande commune de Plouezec compte 30,6 naissances pour 1000 habitants. Les neuf communes du canton s’échelonnent entre ces deux extrêmes. C’est-à-dire qu’une vingtaine de mille habitants répandus sur quelques lieues carrées nous offren t le spectacle inattendu de neuf petites sociétés présentant tous les états intermédiaires, depuis la décrépitude oliganthropique jusqu’à la santé florissante. Ces communes ont cela de commun qu’elles ont vu toutes leur natalité diminuer depuis le commencement du siècle, mais elles diffèrent énormément par là rapidité avec laquelle le mal s’y est propagé.

Inversement, il est très facile de trouver, dans des départements exténués de vieille date par l’abaissement de la natalité et l’excès des décès sur les naissances, des communes qui ont conservé leur fécondité ou qui même, l’ayant perdue il y a plus d’un siècle déjà, l’ont vue se relever depuis vingt ou vingt-cinq ans. On peut citer comme exemple le canton d’Isigny (Calvados).

De 1779 à 1782, sur 25 des paroisses qui ont contribué à former ce canton, 4 avaient moins de 15 naissances pour 1,000 habitants, 6 avaient une natalité allant de 15 à 20; 10 avaient une natalité allant de 20 à 25; enfin 5 une natalité allant de 25 à 30,7. Cette faiblesse de la natalité s’est maintenue, sauf pour deux ou trois communes, pendant soixante-dix ou quatre-vingts ans. Puis, dans la dernière et 1 avant-dernière décades, alors que la contagion envahissait non seulement le Calvados tout entier; mais en outre toute la basse Normandie, l’Eure, la Sarthe, la Mayenne et les dépar tements voisins, un phénomène social absolument imprévu se produisait dans ce canton : le relèvement spontané de la natalité par lu fécondité exubérante de la fraction la plus pauvre de la population. ; ! r .

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C’est ainsi que, par exemple :

Cricqueville, commune de 418 habitants en 188b, après avoir connu des natalités de 16,7 (décade 1802-1813), compte (décade 1863-1873) 28 naissances pour 1,000 habitants et (décade 1873-1883) 34,9.

Englesqueville (394 habitants), après avoir eu des natalités de 17,3 dans la première décade du siècle et de 15,8 en 1843-1853, se relève pendant les deux dernières à 28,9 et 28,8.

Osmanville (491 habitants), après avoir eu une natalité de

23.8 en 1853-1863, remonte brusquement à 35,1 en 1863- 1873 et se maintient à 31,9 pendant la décade suivante.

Maisy (601 habitants), qui avait une natalité de 21,4 en 1802-1813, de 22,5 en 1843-1853, de 23,5 en 1853-1863, remonte pendant le cours des deux décades suivantes à

29.9 et à 35,3, dépassant le niveau des plus hautes natalités moyennes présentées par nos départements les plus féconds.

Ce résultat est du à l’existence dans ces communes et dans celles qui les bornent immédiatement d’un véritable prolétariat agricole. Tandis que l’oliganlhropie continue ses ravages dans toutes les familles riches ou simplement aisées, les familles d’ouvriers, vivant au jour le jour sans souci du lendemain, s’accroissent à Tenvi, et, d’autre part, les naissances naturelles forment une portion de plus en plus considérable de la natalité générale. Pendant les dix années écoulées de 1875 à 1884, on compte pour 100 naissances de toute nature rnort-nés compris.

Daus 3 communes île 31.7 à 31 naissances naturelles.

3 — de 25.6 à 27.6 —

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