I. Ilevue scientifique, \ août
NATALITÉ ET CIVILISATION, volution ont tout nivelé en France, tout réduit à l'uniforme égalité, pour la démographie, les différences profondes, à peine dissimulées sous le masque de l’unité administrative, reparaissent de toutes parts. Sous quelque rapport qu’on envisage la population, une moyenne générale est toujours faite de moyennes particulières variant amplement d’un département à l’autre. Et ces oscillations sont encore beaucoup plus considérables de canton à canton, de commune à commune. Sur une carte en couleurs exprimant la natalité française par commune, l’œil n’aperçoit d’abord qu’une bigarrure indéchiffrablede tons etde nuances, desarchipels d’ilolsdémographiques semés au hasard comme les terres de la Polynésie au milieu du Pacifique1 2. A la vérité, les phénomènes présentés par les populations peu nombreuses varient assez sensiblement d’une année à l’autre dans la même commune ; mais ils prennent une grande constance si l’on étudie des moyennes décennales. Alors on s’aperçoit que les variations sont habituellement graduelles et que les changements subits, quand il s’en produit, ont le plus souvent des causes faciles à découvrir et ne sont en tout cas nullement accidentels.
De même que la natalité varie d’un point du territoire à l’autre, elle change souvent sur un même point, si restreint soit-il, selon la catégorie sociale à laquelle appartiennent les familles.
« D’après les travaux de M. Quételet pour Bruxelles, W. Farr pour Londres, de Villermé, Benoiston de Chàteauneufpour Paris, le maximum des naissances se produit dans les quartiers qu’habitent les classes ouvrières et le minimum dans les quartiers riches ou simplement aisés3. »
Il n’y a guère de point mieux établi en démographie:
1. Voir la carte de M. Turquan donnant la natalité par commune pour l'année 1886 dans l’ouest de la France.