Tcheng-ki-Tong, Revue des Deux Mondes, 15 mai
nouveau principe DE POPULATION. 115
légalité et de la fraternité1. » Elle a ses statuts, son code penal, son chef, habituellement le plus âgé, qui signe tous les actes en son nom, distribue aux membres pauvres ou malades tous les secours dont ils ont besoin, conclut les maiiages avec les familles voisines sans l’in tervention d’aucun pouvoir religieux ou civil. Dans le cas où la continuation de la communauté devient impossible, la loi autorise la liquidation; mais alors les femmes n’héritent pas, chaque tête de mâle prélève une part égale, disposition bien propre à encourager la production des enfants, puisqu’ils ne sont jamais à charge qu’a la communauté et que, le cas échéant, ils peuvent assuiei une part plus forte à leur père.
Tout le système d’éducation a pour but de maintenir la
tamdle et d'en assurer le respect. Citez eux la religion des
ancêtres lient lieu de toute autre. Chacun a son livre de
famd e conservant pieusement la biographie de ses aïeux.
q 1 lia votx haute au milieu des siens aux fêtes solennelles.
« Il est 1res peu de Chinois, même parmi les plus pauvres
qui ne sachent très bien l’histoire de leur famille pendant plusieurs siècles 2. » 1 1
toJf.Tr8 n’°'“ iamais 0uWié ?ue l’humanité est un
moyen d’èa generall°n ^"te n’eSt Pas un M mais un moyen d en préparer une nouvelle, que les hommes sont solidaires dans le présent et que la race à venir est solida' . de la génération présente. Aussi leur régime de nrn • n™
transaction entre la propriété individuelle et la propriété coilective, rendant la terre difficilement fli;Annu, P , oJ ellet de fixer les habitants sur le P,0"‘'
de les déraciner, comme il arrive chez non ■ a, 1 ! ’ &U 16U vers les villes. et c e lesP0U$ser
Le reste des institutions n’est pas moins efficace pour les !• Tcheng-ki-Tong, ibid.
ge“ SU“°°’ 15 ma„ i883.
NATALITÉ ET CIVILISATION, immobiliser dans leur condition. Tandis que le système des castes supprime, comme nous le verrons plus bas, l’attraction capillaire en mettant le but au-dessus des convoitises, l’organisation sociale des Chinois la supprime en mettant le but tout près de l’individu, dans sa famille même, et canalisant soigneusement par un système d’examens la petite portion d’ambition qu’elle est obligée de laisser subsister. 11 n’y a pour toute cette fourmilière de quatre cent millions d’hommes que trente à trente-cinq mille fonctionnaires.
« La connaissance qu’ils ont du passé de leur famille leur fait envisager avec un calme qui nous est inconnu les vicissitudes de l’existence. La fortune les enivre moins d’espérances illimitées, l’insuccès ne les précipite pas dans le désespoir. Répartis sur une longue suite de générations, le bonheur et le malheur finissent par se compenser. Entre les forts et les faibles, l’égalité se rétablit, supprimant jusqu’à l’idée de castes et de classes sociales. Dans n’importe quelle famille on a vu des grands mandarins, des vice-rois, des paysans, des ouvriers, et Ton en verra encore. De là, au lieu de l’envie et de la haine, de la morgue et de l’insolence, la bienveillance générale, la douceur des relations, une réelle fraternité1. »
Que Ton suppose un instant la Chine entrée dans la voie du progrès à l’instar de l’Europe et de l’Amérique, la soif d’idéal, la passion du beau, du bien et du vrai commenceront par envahir les natures les plus précoces. Une à une les autres suivront le mouvement, chacune à son heure. A mesure que la Chine quittera l’état stationnaire pour l’état de transformation, les individus, selon qu’ils avanceront plus ou moins vite, se détacheront plus ou moins de la famille commune en biens. Alors la capillarité sociale se rétablira, et il sera