Eng. Simon, ibid
NOUVEAU PRINCIPE DE POPULATION
inévitable que la natalité diminue. Ces mariages jeunes, ces familles unies et stables ne peuvent exister que grâce à
l’état harmonique et homogène des mœurs, des croyances et des opinions politiques. La division et le mouvement venant à pénétrer dans la sphère des idées, l’unité et la fixité de la famille seront brisées, l’individu redeviendra isolé et mobile. Seul chargé de pourvoir à la subsistance de soi-même et des siens, à son développement personnel et' au leur, il sera peu disposé à désirer de nombreux enfants.
On aperçoit suffisamment de ce point de vue la liaison
étroite, la dépendance réciproque qui existent d’une part entre l’organisation de la famille chinoise et l’état général stationnaire, d’autre part entre cet état stationnaire, l’absence
de capillarité sociale et l’énorme développement de la natalité.
Le système des castes, lui aussi, nie radicalement la capillaîité sociale et, partout où il a régné, le nombre des naissances s est accru à proportion. Hérodote nous apprend que l’ancienne Égypte était extrêmement peuplée. Mais abandonnons ce pays trop mal connu et tenons-nous-en à l’Inde anglaise. L activité, dans la sphère philosophique et religieuse, est toute entière accaparée parles brahmes; dans la sphère politique, administrative et militaire par les Anglais ou sous eux par la caste des guerriers; en fait de commerce et d’industrie par les Parsis et les Anglais, dont la concurrence tend à ruiner le pays. En matière esthétique, le luxe des rajahs est énorme; mais l’excessive misère du peuple lui interdit toute imitation en ce genre et à plus forte raison toute initiative. Enfin la division de la masse du peuple parles castes et les souscastes comme par autant de cloisons étanches contribuerait encore à rendre impossible aux individus l’ascension vers un idéal de développement personnel, quand bien même ces o stades accumulés ne les auraient pas détournés depuis longtemps de les ambitionner.
natalité et civilisation.
Bien qu’elle ignore le régime des castes, la Russie, qui présente la plus forte natalité de l’Europe entière, le doit également à l’impossibilité de l’attraction capillaire. Dans le domaine intellectuel, l’ignorance, les préjugés et les religions sont restés intacts, entravant dans la masse du peuple toute curiosité, toute inquiétude d’esprit ; l’ambition politique est encore totalement étrangère à ces serfs émancipés d’hier, la religion immobilise l’art dans des formes hiératiques dont il est interdit de s’écarter, le progrès esthétique est impossible dans la misère où ils vivent plongés; enfin le progrès en richesse leur est à peu près interdit par le régime communautaire de la propriété. Ce dernier point possède une influence décisive. Les artelis, corporations ouvrières fondées sur l’égalité des salaires, existent depuis des siècles en Russie et comprennent presque tous les artisans, souvent des commis, des garçons de bureau, des caissiers. L’immense majorité des paysans ne connaît encore que la propriété collective, V obchtchina, la propriété communale, cette institution essentiellement russe. Elle n’est que facultative et chaque commune peut l’abolir si cela lui plaît, l’individu d’ailleurs a toujours le droit d’abandonner sa part et d’aller vivre où bon lui semble; mais en fait, la force de la tradition l’empêche de rompre, et son intérêt l’y attache comme à un abri.
Ainsi donc, ici comme dans l’Inde, l’individu est sevré de tout développement personnel; la force d’expansion de la race ne peut faire explosion que dans un sens, celui d’une exubérante natalité, et l’homme y augmente en nombre, ne pouvant croître en valeur.
■ Aux cas de la plus extrême fécondité que puisse présenter le monde, opposons ceux de la plus extrême stérilité. Quand les causes et les effets sont également énormes, le rapport qui les unit s’en montre avec plus d’évidence.
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Lorsque les circonstances n’imposent aux peuples la réalisation d’aucun progrès, ils sont, avons-nous dit, très léconds. Lorsqu’ils voient au-dessus d’eux un idéal qui les préoccupe peu ou qu’ils ont les moyens d’atteindre par un effort modéré, leur natalité n’en est que légèrement diminuée. Si 1 idéal ambitionné est assez pressant et assez éloigné pour que sa réalisation exige un effort considérable, leur natalité est diminuée à proportion. Enfin si un idéal d’une supériorité écrasante et d’une obsession incessante exige l’accomplissement d’une révolution irréalisable et hors de toute proportion avec les forces disponibles, il y a découragement, prostration. L’attraction capillaire est devenue si intense qu’elle se détruit. L’individu méprisant le peu qu’il est, mais incapable de devenir ce qu’il voudrait être, n’essaye même pas de lutter; il se couche de désespoir et sa race s’éteint. C’est le cas des sauvages.
Désormais aucun peuple n’est capable de soutenir la lutte contre les nations européennes. Le canon a récemment ouvert la Chine et le Japon à nos idées, à nos arts et à nos marchandises aussi facilement qu’il leur ouvrit Tahiti au siècle dernier. Les nations musulmanes sont décidément subalternisées. Il est inévitable que toutes les civilisations fassent connaissance et se pénètrent les unes les autres, les parties défectueuses périssant dans la lutte contre les parties meilleures des civilisations rivales.
Dans ce combat nos sciences et nos armes ont une supériorité certaine et, sous ce rapport, le monde entier doit venir à notre école. Mais, sous tous les autres rapports, la situation des divers peuples est toute différente selon qu’ils sont plus ou moins vaincus, qu’ils reconnaissent ou subissent plus ou moins la supériorité de notre idéal.
Tandis que le Japonais l’adopte en entier et ne désespère point de nous égaler, la Chine n’est vaincue que militaire-
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ment et scientifiquement. Au point de vue économique, industriel et commercial, elle soutient la lutte sans infériorité; au point de vue social, esthétique et religieux, elle affirme son idéal national en face du nôtre, méprisant nos lois, nos mœurs, nos manières, notre costume et nos arts en comparaison des siens.
Les peuples musulmans sont plus complètement vaincus, puisqu’à la défaite militaire et scientifique s’ajoute la défaite économique et financière. Ils sont incapables de soutenir notre concurrence, ce qui tôt ou tard deviendra une grande cause d’humiliation pour leur idéal esthétique et religieux. Encore est-il que sous ce rapport, ils ne subissent nullement l’attraction de notre exemple et qu’ils lui tournent le dos avec mépris. La femme d’un mandarin ou d’un cheik arabe n’enviera pas la toilette d’une élégante de Paris, tandis qu’une provinciale peut en sécher d’envie, sacrifier santé, nourriture, enfants et repos afin de l’égaler.
Seuls les sauvages ont tout à imiter, tout à envier, se reconnaissant eux-mêmes et malgré eux vaincus sur tous points. Les Indiens de l’Amérique du Nord haïssent la civilisation américaine et sont également impuissants à l’égaler et à l’entraver. De là leur extinction. « Il y a moins de quatrevingts ans, on évaluait à six cent mille le nombre des Indiens répartis sur la partie du sol américain dont les Etat-Unis ont depuis pris possession. Un demi-siècle après, ce chiffre était descendu à trois cent mille environ. D’après les derniers recensements, la décroissance devient, pour certaines tribus, beaucoup plus rapide. Ainsi les Indiens de la Californie diminuent de moitié par décades d’années, et, dans vingt ans, il n’y en aura plus.
« Rien n’égale le mépris des Yankees pour les Indiens de toute dénomination, et plusieurs auteurs attribuent l’extinction des tribus nord -américaines, comme d’ailleurs celles des
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tribus de l’Océanie, au sentiment de tristesse que le dédain et la supériorité des races civilisées font peser sur ces sauvages.
« Car il faut le dire, l’orgueil est de tous les temps et de tous les lieux; et, quand l’orgueil est blessé, l’être tout entier dépérit et meurt1. »
Dans le récit de son voyage scientifique à bord du vaisseau le Beugle, Darwin explique de la manière suivante la disparition des sauvages de l’Australie : « Cette disparition provient sans doute de l’usage des spiritueux, des maladies européennes (les maladies européennes les plus simples, telles que la rougeole, provoquent chez les sauvages les ravages les plus épouvantables) et de l’extinction graduelle des animaux sauvages. On dit que la vie errante des sauvages fait périr une quantité d’enlants pendant les premiers mois de leur vie. Oi , a mesure qu il devient plus difficile de se procurer des aliments, il devient aussi plus nécessaire d’errer beaucoup. En conséquence la population, sans qu'on puisse attribuer la moi tait té à la famine, décroît de façon extrêmement soudaine, comparativement à ce qui se passe dans les pays civilisés... Outre ces causes de destruction, il paraît y avoir ordinairement en jeu quelque agent mystérieux. Partout où
l’Européen porte ses pas, la mort semble poursuivre l’indigène. »
Un exemple plus concret fera mieux saisir l’effet du contact des Européens avec les sauvages. Il s’agit des Aths, peuplade habitant Elle de Vancouver. Us reçurent d’abord fort bien les Anglais et travaillèrent pour eux à la journée. « Mais le «econd hiver venu, ils manifestèrent des dispositions toutes mer en tes. Tandis que les jeunes gens se livraient à l’ivrognerie, les vieillards et les hommes faits fuyaient la présence