A. de Fonpcrtuis, Revue scientifique, 12 août
NATALITÉ ET CIVILISATION
des Anglais; cachés au fond de leurs huttes, ils semblaient nourrir de funestes desseins. D’abord inquiet, le résident anglais eut bientôt démêlé la vraie cause de cette attitude. La vue des Anglais, de leurs vaisseaux, de leurs machines, le sentiment de leur écrasante infériorité avaient comme hébété ces pauvres gens, leur avaient enlevé toute confiance en euxmêmes, tout respect de leurs traditions et de leurs usages. Bientôt une épidémie fondit sur eux et y fit les plus grands ravages. Vainement M. Sproat avait-il interdit de la façon la plus rigoureuse la vente des liqueurs fortes; vainement la débauche sexuelle était-elle inconnue parmi eux, les Aths mouraient les uns après les autres, victimes du découragement morne et stupide dont ils avaient été atteints dès leur premier contact avec une race mieux douée que la leur1. »
Par toute la terre il en est ainsi. Quelles que soient la latitude, la race, l’abondance ou la rareté des subsistances, la douceur ou la brutalité des envahisseurs, dans l’Amérique du Nord comme dans les archipels océaniens, partout le même fait, cent fois constaté, se reproduit avec uniformité. Si l’on a pu mettre quelques exceptions en avant, elles ne concernent que des sauvages convertis à la civilisation comme les Durons ou les Iroquois, qui ont en effet conservé leur fécondité comme les animaux domestiques conservent la leur et à peu près au même prix, en renonçant à tout développement spontané ou librement choisi.
« Cook, en 1769, évaluait à quatre cent mille le nombre total des Maoris, quatre-vingts ans plus tard, ce nombre est réduit à cent neuf mille. En 1858, il est de cinquante-six mille et en 1874 de quarante-trois mille cinq cents. En d’autres termes, dans l’espace d’environ cent ans les indigènes de la Nouvelle-Zélande ont vu leur nombre diminuer