A. de Fonpertuis, loc. cil
NATALITÉ ET CIVILISATION
groupes ou familles, chaque famille possédant un territoire de chasse sur lequel son droit est absolument reconnu et respecté.
« Se tenant éloignés de leurs voisins, même de leurs frères plus civilisés, ils ne sortent de leurs profondes retraites des forêts que pour échanger le miel, la cire, les peaux et la viande des bêtes sauvages d’ordinaire contre des instruments en fer. Presque jamais ils ne se laissent approcher : ils déposent en certains endroits leurs marchandises avec le modèle grossièrement représenté des objets qu’ils veulent se procurer et qu’ils viendront plus lard enlever secrètement... Hommes et femmes vont à peu près nus. Des cavernes ou des huttes grossières de branchage et d’écorce leur fournissent parfois un abri contre les intempéries; mais ils n’y séjournent jamais longtemps. Tenent rapporte qu’ils construisent parfois au haut des arbres des espèces de plates-formes sur lesquelles ils dorment. Ils sont en effet excellents grimpeurs.
« De mœurs douces et paisibles, les Weddas vivent en paix avec leurs voisins tant qu’on ne cherche pas à les inquiéter. Ils ont à un haut degré le respect de la propriété; ils sont loyaux et droits. Le sentiment de la famille est très développé chez eux. Le respect de la foi conjugale et la monogamie sont la règle chez les Weddas et ce n’est que là où l’on a tenté de les civiliser que l’adultère et la polygamie ont été signalés. »
Ils sont donc soustraits à l’influence des vices et des maladies contagieuses. Cependant leur race périt; la natalité est constamment inférieure à la mortalité; ils ne veulent pas se reproduire.
Où en est la cause? Dans l’intelligence. « Ils sont d'intelligence très inférieure, n’ont pas de noms de nombre, ne comptent qu’avec difficulté sur leurs doigts et pas au delà de cinq, cela pour les plus civilisés. Une inaptitude complète à
NOUVEAU PRINCIPE DE POPULATION
se former des idées générales (espace, temps), pas de terme correspondant à la notion d’année, de jour et d’heure ; aucune mémoire. »
De celte infériorité intellectuelle dont ils ont conscience vient leur tristesse, signe précurseur de 1 infécondité. « On les voit traduire par des larmes leurs émotions tristes; mais ils ne connaissent pas le rire. Ils vivent dans une sorte d’indolence morose, sans besoins (ils ne connaissent ni l’usage du tabac ni celui du bétel), sans passions, sales, n’ayant ni jeux ni musique1. »
Si pareil état pathologique se faisait remarquer chez un civilisé, aucun aliéniste n’hésiterait à lui donner le nom de lypémanie. C’est une maladie mentale née de luttes morales incessantes, du sentiment accablant de la disproportion de nos forces avec la tâche que les circonstances nous imposent. Elle est très fréquemment accompagnée d’une tendance au suicide, etici, généralisée à toute une race, elle aboutit effectivement à l’extinction volontaire par défaut de natalité.
Individu ou peuple, l’homme qui se méprise est perdu, perdues son activité, sa vigueur et sa vertu, sa vitalité et sa fécondité. Il dépouille d’abord la prétention esthétique et la gaieté, puis l’amour-propre, l’amour delà vie, et, dès auparavant, cet appétit de perpétuité qui fonde la famille.
La sève tend naturellement à monter suivant une ligne verticale. Quand les arbres sont serrés les uns contre les autres, il n’est pas rare d’en voir qui s’élèvent, frêles et minces, sans une branche jusqu’à la hauteur où sont parvenus leurs prédécesseurs plantés longtemps avant eux. Enfin d’autres décidément trop pelits meurent et sèchent sous l’ombre de leurs aînés qui les couvrent de leur feuillage. Chez ces derniers aussi la capillarité végétale, l’ascension de la sève vers la