RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE L’O L I G ANTH ROP I E
des Deux-Sèvres place, selon le précédent mode de classement, à un niveau beaucoup trop élevé.
Par la confirmation générale qu’il donne aux résultats précédemment acquis aussi bien que par les légères modifications qu’il leur apporte, ce dernier mode d’évaluation contribue à rendre plus certaine et plus claire la signification de la répartition géographique des natalités faibles et des natalités élevées.
En étudiant sur une carte cette répartition de la fécondité et de l’infécondité, la première remarque qui s’impose, c’est l’influence des monlagnes sur la fécondité. On dirait que le niveau de la natalité s’élève avec celui du sol. Tandis qu’il est au minimum dans les plaines de la Normandie, de l’Ile-de-France, de la Champagne, de la Bourgogne, de la Gascogne et sur le littoral méditerranéen, il s’élève dans le massif des Alpes et des Pyrénées, dans les Cévennes et les contreforts du plateau central, dans le Jura, dans les Vosges, les montagnes de la Corse. Les montagnes, nous l’avons déjà dit, sont le conservatoire des races.
Mais il faut admettre que l’éloignement du centre parisien peut suppléer à l’altitude du sol, ce qui est notamment le cas pour la Bretagne, pour le Haut-Rhin, pour le Nord et le Pas-de-Calais.
Que l’altitude du sol ait par elle-même la vertu singulière d’élever le chiffre des naissances, c’est ce qui serait incompréhensible, si l’altitude n’agissait par un intermédiaire plus efficace, la pauvreté. En jetant les yeux sur la répartition de la richesse et de la pauvreté dans les deux dernières colonnes du tableau B ci-dessus, il est facile de se convaincre que la richesse est d’une façon générale en raison inverse de la fécondité, ce qui est du reste une opinion souvent émise par les économistes et les démographes. Mais il faut se hâter
NATALITÉ ET CIVILISATION
d’ajouter, ce qui sera démontré par la suite, que la pauvreté elle-même est non la cause véritable, mais la condition de la conservation de la natalité.
Sans entrer dans une discussion prématurée, nous pouvons dire dès maintenant que nos départements féconds sont ceux qui ont le mieux résisté à l’attraction de la civilisation centrale, ceux où la population a le moins dépouillé ses particularités caractéristiques et fait encore le moins d’efforts pour se transformer. Éloignement des grands centres urbains, pauvreté, ignorance, difficulté des communications matérielles, persistance de patois locaux, voilà autant d’obstacles au développement des aspirations vers la civilisation française, autant de circonstances favorables au maintien d’une natalité élevée. Trois des groupes de départements féconds ont conservé chacun une langue à eux. Le Finistère, le Morbihan et une partie des Côtes-du-Nord parlent breton, le Nord a un talon de population parlant flamand, le département des Basses-Pyrénées parle le basque en partie, en partie le béarnais, la Corse a gardé l’italien; une fraction des paysans du plateau central ne parle pas le français. Dans ces conditions, l’effort vers le développement personnel en valeur intellectuelle, politique ou esthétique devait être des plus faibles; la fièvre des nouveautés et du progrès, les ambitions lointaines, la fascination de l’idéal parisien ont fatalement été inconnues ou n’ont agi que récemment. L’individu a mis son but plus près de soi, dans sa famille, son canton, il n’a aspiré pour lui-même qu’à une condition semblable a celle de ses parents et n’a pas désiré plus pour ses enfants.
Cependant aucune de ces raisons ne semble exister pour le groupe flamand ou pour la Seine-Inférieure. La, la richesse, l’instruction, la facilité des communications, la densité de la population ne sont pas des laits récents. Si l’effort vers le développement individuel s’y trouve entravé,