‹ Dépopulation et civilisationChapitre 46 sur 98 · RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE L’O L IG ANT II RO P IE · texte numérisé non relu

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE L’O L IG ANT II RO P IE

c’est par l’effet de causes particulières faciles à saisir. La Seine-Inférieure possède un nombreux prolétariat industriel, pour lequel le chemin vers la fortune est absolument barré par la superposition d’une féodalité manufacturière, formant au-dessus de l’ouvrier un obstacle en fait absolument infranchissable. S’élever au-dessus de sa condition, parvenir à la condition de patron, lui est aussi impossible que si le code le lui interdisait, et le prolétaire, détourné du progrès personnel, tourne ses efforts vers le développement en nombre.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, la même cause peut être invoquée jusqu’à un certain point. Mais en outre les habitants de ces deux départements participent dans une large mesure du génie belge, profondément différent du génie français.

Les Belges ont beau parler notre langue sur une grande partie de leur territoire et partout dans la classe riche, malgré la communauté de religion et des frottements continus, prolongés pendant des siècles, ils ont toujours eu leur idéal chez eux et non en France. Depuis le moyen âge, ils se développent parallèlement à nous avec une indifférence relative, d’abord pour la cour de France, et depuis pour la culture parisienne. Moins peut-être que les Allemands des pro vinces du Rhin, ils en ressentent l’attraction. La cause de ce phénomène parait résider surtout dans la différence de la conception esthétique chez les deux peuples.

Leur art est d’une valeur incontestable et cependant il commence toujours par choquer le français nourri de traditions classiques. De leur côté, ils n’ont pas moins d’antipathie pour le nôtre que Louis XIY n’en ressentait pour leur peinture. L’idéal français leur paraît brillant; mais il est incommode parce qu’il est châtié, ils le trouvent sec, tendu et maigre; en tout ce que nous faisons, quelque chose les blesse et leur répugne : car ils ont leur genre propre et fortement caracté-

NATALITÉ ET CIVILISATION

risé. Quand un peuple a une esthétique à lui, elle ne se reilète pas seulement dans les grandes œuvres, elle imbibe loulé la nation, tous les individus, leurs attitudes et leurs actions. Elle détermine des aversions extrêmement tenaces, précisément parce qu’elles sont involontaires et complètement inconscientes. La science est impersonnelle, la philosophie cherche à le devenir, la conquête peut changer le centre où aspirent les ambitions politiques; mais le goût est vivace et indestructible; il est notre personnalité même, nous ne le dépouillons qu’avec l’existence.

Ce qui a sauvé la natalité dans la Flandre française, c’est la raison même qui l’a préservée dans la Flandre belge. La race est restée féconde parce qu’elle est restée elle-même en dépit de l’attraction centrale. Le résultat qu’ont produit ailleurs l’éloignement, le défaut de communications, l’ignorance et la pauvreté, a été dû ici à la puissance d’une individualité exceptionnellement trempée.

CelLe exception ainsi expliquée, on peut maintenir que la natalité, qui atteint son maximum dans les régions stériles et reculées, descend à son minimum dans les plaines fertiles, les vallées grasses et à plus forte raison dans les villes.

Il est naturel que les contrées de forte natalité, où la vie .est dure et pauvre, envoient au dehors plus d’émigrants qu’elies ne reçoivent d’immigrants. C’est ainsi que chacun des départements bretons déverse en moyenne sur le reste de la France deux mille habitants par an, les Landes plus de trois mille, les trois départements de la Savoie, de la Haute- Savoie et de l’Isère, chacun mille en moyenne par année, les trois départements du Jura, Haute -Saône, Saône-et-Loire près de deux mille, presque tous les départements du plateau central, environ un mille chacun par année. Mais ce qui est, à première vue, surprenant, c’est que des départements où les décès dépassent chaque année les naissances envoient

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