‹ Dépopulation et civilisationChapitre 47 sur 98 · RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE L’O LI G AN T II R OPI E · texte numérisé non relu

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE L’O LI G AN T II R OPI E

encore en dehors de leurs frontières plus d’émigrants qu’ils ne reçoivent d’immigrants. Tel est le cas des départements formant le centre de dépression normand et de la majorité des départements de faible natalité. Au contraire les départements formant les centres de dépression gascon, parisien et bourguignon, ainsi que la plupart de ceux qui contiennent de grandes villes, sont des foyers d’appel pour les émigrants venus du reste du territoire. D’une façon générale, et malgré des variations assez considérables d’une année a l’autre, on peut dire que vingt-cinq départements absorbent les émigrants fournis par les soixante autres, ce sont les gouffres de la population française.

Mais c’est surtout aux villes que convient cette qualification, car c’est vers elles que se dirige la grande majorité des émigrants. De recensement en recensement on voit croître leur importance relative et, leur natalité étant généralement extrêmement faible, cet accroissement se fait aux dépens delà population rurale.

Le recensement de 1881 accusait sur celui de 1876 un accroissement de 766,000 habitants. Paris et le département de la Seine, considérés comme un seul Lout en opposition avec la province, absorbaient à eux seuls la moitié plus 300 de cet accroissement. Les quarante-cinq villes ayant plus de 30,000 habitants, situées en dehors du département de la Seine, absorbaient dans le surplus 273,665 habitants. Ensemble donc, la Seine et elles absorbaient sur le chiffre de l’accroissement quinquennal plus de 661,000 habitants, en en laissant seulement 105,000 à répartir entre les villes moyennes, les petites villes elles campagnes.

En 1886, l’accroissement de population pour la France entière est seulement de 646,855 habitants. Sur ce chiffre, Paris ne prélève plus qu’une part assez faible (75,500 hab.); mais les cinquante-trois villes de plus de 30,000 habitants

NATALITÉ ET CIVILISATION

absorbent ensemble 309/126 unités, laissant seulement un accroissement de 237,729 à partager entre les 36,068 autres communes.

L’accroissement des grandes villes d’une période quinquennale à la suivante est un fait normal qui subit à peine quelques légères exceptions. En 1881 six villes seulement de plus de 30,000 habitants avaient présenté une diminution; encore, pour quatre d’entre elles, Versailles et nos trois grands ports militaires, la cause de la perte de population se ramenait à des mesures politiques ou administratives.

En 1886, trois villes seulement ont décru. Besançon a perdu 556 habitants, Béziers 120, ce qui est sans importance. Mais Saint-Etienne qui avait déjà perdu 2,206 habitants de 1876 à 1881, en perd 5,938 de 1881 à 1886. C’esten réalité la seule ville de France où ce phénomène mérite d’être remarqué. Toutes les autres villes sont en progrès, la plupart en progrès rapide, plus rapide en tout cas que celui du département. Les unes absorbent le tiers, les autres la moitié, les deux tiers ou même la totalité de l’accroissement départemental, quelques-unes ont un accroissement absolu supérieur à celui de leur département. En pareil cas, le cheflieu commence à être pour la région environnante ce qu’est Paris pour la France, une capitale vampire.

Le mal est encore dépassé dans certains départements, qui sont en voie de diminution, tandis que les grandes villes continuent de s’y accroître. Tel est le cas de la Sarthe, qui a perdu plus de 10,000 habitants de 1876 à 1886, tandis que le Mans en gagnait près de 7,500; de la Somme, qui pendant la même période perdait 7,660 habitants, tandis que Amiens en gagnait près de 13,400; de l’Isère, qui en perdail 4,800, tandis que Grenoble augmentait de plus de 7,000 ; de la Charente, qui en perdait plus de 7,500; tandis que Angou- 16 me s’accroissait de 4,500. Dans ces départements et dans

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