‹ Dépopulation et civilisationChapitre 48 sur 98 · RÉPARTITION GEOGRAPHIQUE DE L’OLIGANTHROPIE · texte numérisé non relu

RÉPARTITION GEOGRAPHIQUE DE L’OLIGANTHROPIE

tous ceux où le même phénomène se produit, pour se rendre compte de l’étendue de la perte subie par la population autre que celle du chef-lieu, il faut additionner 1 accroissement qu’il a reçu à la perte subie par le département tout entier.

Cet énorme accroissement des grandes villes n’est pas un fait très ancien. En 1789, Paris avait 650,000 habitants, et 1,000,000 en 1840. 11 en a aujourd’hui 2,300,000. Au commencement du siècle, la population de Lyon n’était encore que de 109,000 habitants, elle est aujourd’hui de 402,000. Pendant le même temps, celle de Marseille s’est élevée de

111.000 à 376,000; celle de Lille de 55,000 à 188,000; celle de Toulouse, de 50,000 à 148,000; celle de Bordeaux de

91.000 à 230,000; celle du Havre de 16,000 à 112,000 ; enfin celle de Roubaix de 10,000 à plus de 100,000. Pendant que la population de la France entière augmentait d’un tiers, les grandes villes ont, les unes doublé, les autres triplé, quadruplé, décuplé.

Il n’est pas possible d’évaluer exactement l’accroissement de la population urbaine, le gain de quelques unités par une agglomération de près de 2,000 habitants suffisant pour la faire classer administrativement parmi les villes. Mais, outre les 53 grandes villes ayant plus de 30,000 habitants, la France compte aujourd’hui.

46 villes de 20,000

11 existe en outre 1,892 gros bourgs ayant de 1,500 à 2,000 habitants dont une partie vit de la vie urbaine. Ils se comportent à l’égard des campagnes environnantes comme de

véritables capitales, ayant comme elles une natalité faible, une moi table lorte et s accroissant par l'immigration, Toutes ces agglomérations augmentent constamment aux dépens des communes plus petites, de sorte que l’on voit à chaque recensement le nombre des villes de chaque catégorie s’augmenter de quelques unités. Par exemple, en 1881 il n’y a que 47 villes ayant plus de 30,000 habitants, en 1880, il y en a 53; six villes ont passé de la seconde à la première catégorie. Il est bien vrai que cet accroissement rapide des villes n’est pas particulier à la France; mais c’est en France seulement qu’il épuise à ce point la population rurale. On peut affirmer sans crainte de se tromper que celle-ci a décru non seulement par rapport à la population urbaine, mais encore absolument parlant. Or si les villes ont un rôle indispensable dans l’élaboration de la civilisation, ce sont les campagnes qui ont le principal quand il s’agit du nombre et de la valeur physiologique de la race.

Les causes de ce progrès constant des agglomérations urbaines sont faciles à saisir. L’accumulation des moyens de culture et de jouissance est en général proportionnelle à l’importance des villes et celles-ci ont grandi en raison de la population et de la richesse de l’aire géographique dont elles constituent le centre naturel.

Les moindres villes exercent leur attraction dans un rayon plus court en offrant des moyens moindres de culture et de plaisir. Enfin, les campagnes riches, les vallées populeuses à proximité des grands centres jouent le même rôle à l’égard des pays où la population est plus pauvre, le sol plus ingrat, et qui occupent en un mot le dernier degré de l’échelle en fait de civilisation.

Ce fait si simple, rapproché de la tendance de tous les hommes vers un développement déplus en plus complet et des jouissances de plus en plus raffinées, engendre une

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