‹ Dépopulation et civilisationChapitre 50 sur 98 · NATALITÉ ET CIVILISATION · texte numérisé non relu

NATALITÉ ET CIVILISATION

l’industrie, s’il est moins robuste que celui des champs, étant ordinairement aussi fécond.

Mais l’émigration vraiment préjudiciable à la natalité, eelle qui d’ailleurs entraîne la première en emportant les capitaux à la ville, c’est l’émigration des habitants riches ou simplement aisés. Pour ceux-ci, les vrais motifs, qui d’ailleurs ne sont pas non plus sans action sur la classe ouvrière, sont « l’attrait d’une existence plus variée, de rapports sexuels plus faciles, d’une activité sensorielle et cérébrale plus indépendante... Ainsi, c’est une remarque qui est faite partout en province, ce sont les plus vivants, les plus nerveux, les plus intelligents, les plus instruits qui subissent cette influence1 ».

L’émigration rurale a donc pour cause le besoin d’excitation, le besoin de se sentir fort au point de vue physique, intellectuel et moral, de se mettre dans des circonstances qui, multipliant l’activité, multiplient aussi le plaisir qui s’y attache. Le progrès constant de la consommation des excitants physiques, du tabac, du café, de l’alcool, en dépit de l’augmentation des impôts, prouve suffisamment que ce goût n’est pas un caprice passager.

La vie en agglomération joue, elle aussi, le rôle d’excitant intellectuel. Elle stimule et féconde le cerveau en permettant la discussion et l’échange continuel des idées; elle tend l’esprit, l’échauffe et tient l’énergie dans une tonalité plus vibrante.

La ville la plus morte, la plus insipide, est animée en comparaison de la campagne. Là, non seulement les moyens de culture manquent absolument; mais le désir d’apprendre manque beaucoup lui-même. Rien ne l’éveille, et s’il a pris naissance ailleurs, rien ne le soutient. Peu à peu la curiosité s’éteint, une détente prolongée du système nerveux entraîne

1. D' Bertillon, Dictionnaire des Sciences médicales de Dechambre, art. ÉMIGRATION.

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