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Denis Poulot, le Sublime, p

LE DÉSIR DE S’ÉLEVER DANS LA Sl'HÉRE POLITIQUE. 237

cent y parvient, ce n’est pas à cause des examens ; et pour les autres à quoi servent-ils ?

Que sert à un avocat de cour d’assises d’avoir appris les verbes en X«, pu, v», pu, pour trouver des circonlances atténuantes à un infanticide, ou à un avocat de première instance pour exposer le préjudice causé par une gouttière mal placée? Peut-être non plus n’est-il pas nécessaire d’avoir appris par cœur que « l’eau est un corps liquide, clair et transparent qui prend la forme de tous les objets qui l’environnent », et cent choses du même genre. Le vrai savoir fortifie l’esprit, cette vaine teinture l’énerve et l’affadit.

Nous continuons de subir en cela l’influence catholique, transmise par les jésuites à l’université. L’Église, pour maintenir son empire, a besoin que les hommes ne réfléchissent point. Elle vise donc à former pour la société un état-major d’esprits façonnés à sa guise, superficiels et gavés d’instruction verbale. Elle s’entend à développer les facultés d’expression et la précocité, elle excelle à faire des humanistes, des rhétoriciens vides et n’en obtient que plus de succès aux examens et aux concours.

Malgré tout, ce système est très en faveur près de la démocratie. Faire distribuer par l’État l’instruction primaire à tous les jeunes Français, choisir parmi eux au concours un nombre déterminé de sujets pour leur donner l’instruction secondaire, et parmi ceux-ci en choisir encore de la même manière un nombre restreint pour les destiner à l’instruction supérieure ; enfin dans toute carrière, depuis l’armée jusqu’au notariat, ne donner toujours les places et l’avancement qu’à la suite d’examens, voilà un idéal qui hante secrètement l’esprit d’un certain nombre de républicains avancés. Ce système leur présente une séduisante apparence de raison. N’est-il pas juste que celui qui a du talent soit mis à même de le montrer, indépendamment de son origine et de sa

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posilion sociale, et qu’il en profite en en faisant profiter ses semblables? Quoi de plus logique avec les idées de la Révolution qui ne reconnaît de supériorité que celle du mérite et semble avoir pris pour devise : Au plus digne ?

Ici comme partout le génie démocratique de la France a d’excellentes tendances ; mais, ici comme souvent, il se trompe sur les moyens propres à les faire triompher. Le système des examens n’atteint pas son but. Le grand problème de notre époque, confusément agité dans toute âme démocratique, est l’organisation de la concurrence intellectuelle et morale et sa substitution à la concurrence industrielle et commerciale où le mérite est si souventsacrifié, comme celle-ci a remplacé jadis la concurrence vitale qui écrasait l’esprit de travail sous la violence. La concurrence économique est mise aujourd’hui en état de siège par le socialisme. Ses abus, ses cruautés sont signalés par ses adversaires et, ce qui est bien pis, sont sentis par ceux même qui la défendent. Si l’on connaissait une réforme qui pût conserver les avantages qu’elle procure en évitant ses inconvénients, ce n’est pas trop s’avancer que de prédire qu’elle serait accomplie en peu d’années. Mais les mesures à prendre restent cà trouver, et le système des examens ne constitue certainement pas la solution cherchée. Loin qu’il soit rationnel de lui donner de l’extension, on pourrait reprocher à la France de n’avoir que trop abondé dans ce sens.

C’est qu’en effet, tout examen est et sera toujours presque uniquement une affaire de mémoire; il n’est que très accessoirement une question d’intelligence. Or, parmi les facultés intellectuelles, la mémoire n’est pas la plus précieuse; le jugement, l’esprit d’observation lui sont préférables, et il est impossible qu’un examen porte sur ces points. Il ne peut porter davantage sur l’énergie et la droiture du caractère, sur la moralité et le goût réel du sujet pour la

fonction qu’il ambitionne. Les qualités solides et profondes seront donc sacrifiées à la mémoire, à la facilité d’élocution, à la précocité surtout.

Donner la palme à la précocité est cependant un détestable calcul, la rapidité du développement étant le plus souvent un signe que le développement ne sera pas long. La lourdeur du premier âge est fréquemment un gage de force et de puissance future. Galton a constaté que les grands hommes de l’Angleterre avaient presque tous fait de très médiocres études. Un chien d’un mois, comme on sait, est plus intelligent qu’un enfant d’un an. Une fille ou un négrillon sont plus éveillés jusqu’à douze ans qu’un jeune garçon européen du même âge. Mais le progrès cérébral d’un nègre s’arrête dès seize ou dix-liuit ans, les facultés mentales d’un blanc adonné aux travaux de la pensée peuvent s’accroître jusqu’à quarante et même jusqu’à cinquante ans. Le système des examens et des concours tend donc à organiser une sélection régressive.

Ce qu’il tue, ce sont précisément les facultés caractéristiques de nos races, celles qui assurent à l’Européen sa place à la tête de l’humanité, le principe même du progrès, je veux dire l’esprit philosophique. Or, l’esprit philosophique n’est point un don précoce, c’est une qualité du caractère au moins autant que l’intelligence, puisqu’il est fait d’indépendance, d’instinct chercheur, de courage à s’isoler dans une sorte de chasse à la vérité dont les fatigues sont payées par la découverte. Il faut fomenter ces qualités si précieuses et si rares qui, même chez nous, ont à lutter contre tant de causes d’avortement. On ne voit déjà que trop souvent les talents irréguliers, les génies initiateurs condamnés à l’insuccès. Sous le régime des examens, comme sous celui d’une Église intolérante, ils seraient infailliblement désespérés par l’assurance de ces médiocrités qui, possédant tous les diplômes, croient avoir la science infuse. Une école tend toujours à

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devenir une orthodoxie, et c’est même par là qu’elle perd habituellement sa fécondité intellectuelle. Quelle puissance de stérilisation n’aurait pas une aristocratie de lettrés se recrutant par voie d’examen depuis des siècles, etquelle race se sentirait assez vivace pour oser se croire en état d’y résister ?

En Chine, elle a formé une barrière infranchissable au progrès, en entravant l’ascension du peuple vers les sommets de la vie politique et intellectuelle. Jointe au petit nombre des fonctionnaires publics et au collectivisme familial, elle a déterminé en même temps qu’un état stationnaire de la civilisation une natalité sans pareille en Europe.

En France, au contraire, le système des concours, dans la mesure où il est pratiqué, s’ajoute au grand nombre et à la toute-puissance des fonctionnaires pour former dans la sphère potitique une cause active de capillarité sociale et par conséquent de dépopulation.

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