‹ Dépopulation et civilisationChapitre 63 sur 98 · Dr Bertillon, Revue (l'anthropoloyie · texte numérisé non relu

Dr Bertillon, Revue (l'anthropoloyie

NATALITÉ ET CIVILISATION

ligieux resteront secrets, invisibles pour l’étranger. Dèsavanl le mariage les fiancés savent la lutte qu’ils auront à soutenir sur ce point et s’attachent à dissimuler. La jeune fille affecte d’y penser aussi peu que possible, et le jeune homme seplic, pour suivre l’usage, aux exigences ennuyeuses du mariage religieux; il y a des deux parts comme une entente tacite pour éviter ce sujet. Mais à peine l’union contractée, les tiraillements commencent; chacun des deux essaye d’entraîner l’autre, de lui arracher le plus de concessions possible. Le mari est fort de sa réflexion personnelle, la femme de l’appui de son confesseur; l’accord est impossible; on y renonce. Mais dès lors le mariage n’est plus complet : il est des choses auxquelles on pense, pour lesquelles on se passionne secrètement et dont il est impossible de se parler. En conséquence, chacun s’efforce de trouver au dehors, dans les relations du monde et les plaisirs de la société, les satisfactions qu’il ne peut trouver à son foyer. On vit un peu moins chez soi; on devient plus sensible à la joie de briller, on dépense pour paraître, et le nombre des enfants est réduit au minimum, parce qu’on s’aime moins, qu’on les trouve gênants pourunc vie de vanité et parce qu’enfin les ressources qui eussent servi aies élever ont reçu d’avance une autre destination.

Pourquoi un peuple protestant est-il en général plus sévère dans ses maximes et dans sa tenue, moins en dehors, moins mondain qu’un peuple catholique? Parce que le mari se plaît mieux chez lui ; et il s’y plaît mieux parce que sa femme lui appartient plus entièrement, parce qu’il ne retrouve pas à tout moment dans son cœur et dans celui de ses enfants ces odieuses traces d’un autre homme qui révoltent sourdement jusqu’aux moins délicats. Voyez les nombreuses familles des Anglais et des Allemands, la les prêtres sont mariés et donnent l’exemple.

Du reste, sur ce point les résultats de la statistique sont

d’accord avec les inductions d’une saine logique. De 1851 à 1864, les 123,625,000 catholiques d’Europe ont eu un accroissement annuel de 0,48 p. 100; les 52,212,000 protestants en ont eu un de 0,98 p. 100 et les 1,300,000 juifs un de 1,53 p. 100, chiffres qui sont entre eux comme 1 est à 2 et à 3,3. (Communication de M. Lagneau à l’Académie de médecine, le 17 février 1885.)

La raison en est que la mortalité, moindre chez les protestants que chez les catholiques, est généralement de un tiers, parfois de moitié plus faible chez les juifs. Il est consolant de constater qu’une communauté quelconque présente d’autant moins de mort-nés, que l’enfant nouveau-né, le malade, y sont d’autant mieux soignés et payent un tribut d’autant moindre à la mort que l’autorité du père de famille est plus considérable. Or, il ne faut jamais oublier qu’elle n’a pas de plus grand ennemi que l’influence du directeur de conscience.

11 se pourrait cependant qu’au milieu de notre nation, où la famille est minée par les divisions religieuses et les habitudes qui en résultent, un groupe de population échappât à la fois à ces deux influences; elle conserverait alors une forte natalité. Nous avons constaté en effet que les provinces les plus pauvres, les plus arriérées, les plus éloignées des grandes voies de communication sont demeurées les plus fécondes. Une des raisons qui contribuent le plus à leur conserver ce privilège est la faiblesse de la tendance démocratique, l’ignorance et le peu d’attraction vers la vérité positive. Elles restent prolifiques, comme le sont dans leur ensemble l’Espagne et l’Italie, parce que l’évolution intellectuelle qui entraîne actuellement l’humanité n’y est encore commencée que dans une très minime fraction de la bourgeoisie.

En résumé, la faible natalité en France reconnaît pour une de ses causes la division de la famille sur les questions intel-

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lecluelles et morales, et celte division elle-même provient de l’attraction exercée sur chaque individu ;\ raison de son plus ou moins d’indépendance d’esprit parla vérité positive. Nous portons la peine de l’état transitoire où nous vivons. La contradiction actuelle ne peut prendre fin que par l’élimination du vieux dogmatisme et l’union définitive de tous les esprits dans le dogmatisme scientifique. En attendant, plus le désir de s’élever dans la sphère du savoir est grand, plus la natalité décroît.

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